• ANGEL 

     Le retour de l’Art Rock

     

    Figure marquante du label Casablanca dans les années ’70, Angel a été un entertainment band à l’américaine comme Kiss, son partenaire d’écurie dont il fut le vivant contraire. Dans le magazine Best n°112 (novembre 1977), le journaliste Hervé Picart décrivait la formation de Washington DC en ces termes élogieux : « l’archange blanc joue avec la foudre et pratique l’incendie comme un des Beaux-Arts. » Après 20 années de sevrage discographique, les fans d’Angel vont pouvoir se gaver jusqu’à plus soif avec Risen, un 7è album studio qui compte pas moins de 17 titres. Le groupe se produisait pour la toute première fois en Belgique, à l’occasion du Golden Age Rock Festival, à Liège. Nous avons rencontré à cette occasion les deux membres historiques, Frank DiMino (chant) et Punky Meadows (guitare solo) ainsi que leur nouveau complice Danny Farrow (guitare rythmique). [Interview par Philippe Saintes – photos : Phil de Fer]

      

     Angel band 2019

     

    Ce retour était très attendu et espéré par vos fans. Votre nouvel album porte un titre de circonstance, Risen (Résurrection). Pourquoi avoir redonné vie à Angel ?

    Punky : Angel n’a jamais officiellement arrêté. Il y a eu plusieurs changements de personnel au sein de la formation mais les musiciens d’origine ont continué à travailler ensemble occasionnellement et nous sommes restés d’excellents camarades. C’est le business qui a mis notre carrière en veilleuse quand Casablanca Records a été repris par Polygram en 1980. Nous étions tellement désabusés et fatigués par l’industrie musicale, que nous n’avons même pas réclamé les droits de nos chansons. Alors que le sort du groupe était en suspens, on nous demandait tout le temps si on allait se reformer un jour. A vrai dire, les choses se sont faites naturellement. Tout est parti du disque de Frank en 2016 (Old Habits Die Hard), puis de mon album solo (Fallen Angel) l’année suivante. Nous avons chacun joué sur le disque de l’autre. Ensuite, nous sommes partis en tournée avec mon groupe. L’accueil fantastique du public a été le détonateur de la nouvelle vie d’Angel. De là, on a signé avec une maison de disques qui a pignon sur rue, Cleopatra Records, en l’occurrence. La suite logique est ce nouvel album Risen qui sortira le 1er novembre. Il contient seize titres passionnants et une nouvelle version de « Tower », chanson emblématique du premier Lp.

    Frank : Risen est un album varié et divertissant.  Tu as un concentré de notre univers : le hard rock et une musique esthétique, avec un son moderne et une nouvelle énergie. On a toujours joué sur les contrastes. Si tu écoutes  « Stick Like A Glue » et « Under Suspicious » sur l’album White Hot, il y a un abîme, les ambiances sont totalement différentes. Nous avons gardé la même diversité sur Risen.

    Punky : Angel a changé de musique de nombreuses fois parce que nous sommes avant tout des musiciens éclectiques. Sur Risen, il y a des morceaux profonds et d’autres plus fun. Avec certains artistes, tu as l’impression que toutes les chansons sonnent pareilles. Ce n’est pas notre cas. Nous n’avons jamais recherché la facilité.  Frank, Danny et moi avons travaillé très dur même si on n’était pas toujours dans la même pièce. Il ne nous a pas été possible d’enregistrer ensemble en studio car nous sommes trop éloignés les uns des autres géographiquement. On se voyait de temps en temps pour des échanges puis on rentrait à la maison et on s’envoyait la matière par email. Travailler à distance n’a pas empêché la complicité.

     

    Le morceau « 1975 » est-il un clin d’œil à la période dorée du groupe ?

    Punky : Absolument. 1975 est un excellent millésime. David Bowie, Kiss, Aerosmith, Queen ont connu la consécration et Angel sortait son premier opus. Les disques de cette année mémorable vieillissent bien et s'écoutent toujours autant. « 1975 » parle de notre envie de grimper dans la machine à remonter le temps.                                                                                                                                                  Danny : La choriste que l'on entend sur la chanson s'appelle Amy Anderson.

    Les fans de la première heure sont restés fidèles. Pensez-vous que votre public s’est élargi à de nouvelles générations ?

    Punky : Angel a toujours eu pour but de toucher plusieurs générations. Les personnes qui viennent à nos concerts ont grandi avec nous mais il y a aussi des jeunes de 15-16 ans qui trouvent que la musique du groupe est intemporelle. C’est agréable d’avoir des gens qui découvrent aujourd’hui nos premiers albums. 

    Angel - Punky Meadows

    On ne trouve plus que deux membres fondateurs dans le groupe aujourd’hui. Pouvez-vous nous présenter les nouveaux ?

    Danny : Je m’appelle Danny Farrow et je suis le guitariste rythmique. J’ai co-écrit et co-produit l’album solo de  Punky. Steve E. Ojane (Initial Kick) est notre bassiste. Billy « The Beast » Orrico est à la batterie et est connu pour sa participation au tribute band Queen Extravaganza. Enfin, Charly Calv qui a fondé Shotgun Symphony est aux claviers. Il joue également sur le disque de Punky.

    Les autres musiciens du line-up classique (Felix Robinson, Barry Brandt et Gregg Giuffria) ne se sont pas montrés intéressés par ce come-back ?

     

    Frank : Félix n’était pas disponible pour participer à la tournée mondiale. Je suis régulièrement en contact avec Barry  mail il connaît des soucis de santé. Il n’est pas impossible que ce dernier nous rejoigne bien que cela ne soit pas à l’ordre du jour. Nous avons surtout envie d’aller de l’avant avec le line-up actuel.

    Punky : Steve, Bill, Charly et Danny sont incroyablement forts. Ils ont très vite trouvé leur place. Ce groupe est vraiment soudé. Je suis fier d’en faire partie. 

     

    Sur scène, vous avez gardé vos « peintures de guerre », les fameux costumes immaculés…

    En effet. Les personnes qui se rendent à un concert d’Angel veulent voir les costumes blancs et le logo lisible dans les deux sens (à l’endroit et à l’envers). La tournée sur la Côte Est aux Etats-Unis, a déclenché une vague d’enthousiasme. Je conserve également sur scène le micro blanc que j’avais utilisé lors de notre première tournée en 1975.

    Sur la pochette de White Hot, vos personnages (Note : cinq anges martyrs de la Terreur) sont immortalisés devant la cathédrale Notre Dame de Paris qui a été ravagée par les flammes plutôt cette année.

    Punky : Oui, c’est intéressant quand tu écoutes les paroles de Tower : Just A Light from a Tower, Burning on from dusk to dawn (Juste une lumière qui s’élève de la Tour, brûlant du crépuscule à l’aube…). Nous avons eu une sorte de vision prémonitoire. C’est triste bien sûr ! Notre Dame exerce une fascination et une attraction universelle. Nous étions en tournée et j’ai entendu l’information à la radio alors que je me trouvais dans ma voiture. La situation empirait d’heure en heure. J’ai été profondément ému en voyant les images terribles de la Flèche entrain de  s’effondrer. J’ai toujours du mal à comprendre l’origine de cet incendie. 

    Casablanca a déployé les grands moyens en finançant l’une des créations musicales les plus spectaculaires. C’était David Copperfield à la sauce hard rock.

    Frank : Le show était gigantesque en effet. Un logo de douze pieds (+/- 4m) représentant l’archange Gabriel s’élevait dans les airs au son de la musique de Ben-Hur, ouvrait les yeux et s’adressait à la foule (Note : la voix de l’acteur Marvin Miller). Des tours transparentes se matérialisaient puis s’illuminaient laissant apparaître à l’intérieur chacun des membres du groupe. Les illusions étaient bluffantes. A la fin du concert, nous devions nous diriger vers la pochette de l’album installée sur une plateforme qui montait avant de se désintégrer dans un déluge d’artifices, donnant l’illusion que le groupe s’était évaporé. Rien n’était improvisé, nous devions être synchro. Pour cela, nous avons intensément travaillé avec des illusionnistes d’Hollywood. La console digitale que Gregg Giuffria utilisait pour quitter son blockhaus de claviers était aussi quelque chose d’inédit. Il existe malheureusement très peu d’archives sur les premières années du groupe. A l’époque les caméras étaient énormes et tu ne pouvais pas entrer dans une salle de spectacle comme on le fait aujourd’hui avec un smartphone. Même les appareils photos étaient interdits. Ils étaient  retirés lors de la fouille à l'entrée ou dans la salle. Il y a bien quelques images 8mm filmées par des fans qui circulent mais pas vraiment de documents officiels si ce n’est quelques émissions télés. Je sais que Casablanca a enregistré notre show à Cleveland mais personne ne sait où sont passées les bandes. Après ce concert, nous sommes rentrés à Los Angeles pour réaliser des prises de vue dans un studio d’enregistrement pour le film Angel At Midnight mais une fois encore les vidéos sont introuvables.

    ANGEL : DiMino et Farrow

    Le groupe a reçu des critiques positives de la part de la presse spécialisée dans le monde entier, vous avez obtenu le prix très convoité de meilleur groupe de l’année 1976, les salles étaient bondées aux Etats-Unis et pourtant, vous n’avez jamais eu le succès que vous méritiez en terme de vente d’albums faute de passage en radio.

    Frank : Le destin nous a malheureusement pas toujours été favorable. Aujourd’hui encore, je m’interroge sur les raisons de ce rendez-vous manqué. Nous avons tout fait pour nous rapprocher au plus près du soleil du succès. Nous avons évolué d’un rock progressif et sans concession vers un univers plus proche du sacro saint hit parade, sans doute à cause de la pression mise sur nos épaules par notre label, mais je n’ai aucun regret sur le travail accompli durant les six premières années. Si je devais remonter le temps, je ne changerais rien. On a vécu des montagnes russes émotionnelles avec ce tremplin, et l’aboutissement fut au-delà de tout ce que l’on pouvait espérer. Angel a changé notre vie. Le groupe s’est investi à 100% aussi bien dans les répétitions, la composition, le travail en studio, le light-show. Cela reste une aventure inoubliable. L’absence de soutien des radios ne nous a tout simplement pas permis de nous faire une place sous les projecteurs. Nous étions sur un jeune label indépendant qui était surtout lié à la scène disco avec des  artistes comme Donna Summer ou Village People. Aucun groupe de Casablanca Records n’était diffusé sur les chaînes « rock » ni mentionné par les magazines comme Rolling Stones. Seul Creem, un journal musical mensuel moins prestigieux mais surtout moins prétentieux, nous a accordé plusieurs pages.

    Punky : Il n’y avait pas non plus de place pour la musique progressive sur les radios. Fleetwood Mac et Peter Frampton dominaient les ondes avec un rock grand public. Nous n’avons jamais basé nos chansons sur des tubes mais bien sur des albums à l‘instar de Led Zeppelin ou de Kiss qui a dû attendre la ballade « Beth » (1976) pour que les airplays lui soient enfin accordés ainsi que les unes des magazines.

    Frank : Le Web a institué de nouvelles pratiques d’écoute de la musique qui ne passe plus obligatoirement par les radios. Les réseaux sociaux sont devenus des médias de masse. Nous n’avions pas la même accessibilité à l’époque.

     

    Le grand public n’a pas acheté vos albums dans les années ’70 mais Angel est aujourd’hui devenu un groupe culte auprès de la presse et des musiciens.

    Frank : Pour un groupe connu de son vivant, il y a toujours un passage dans un purgatoire et, lorsqu’il est redécouvert, on utilise effectivement le mot culte. La mythologie autour d’Angel et notre attitude scénique ont contribué à cette légende.

    Avez-vous été approché par les producteurs du biopic Spinning Gold qui retrace la carrière de Neil Bogart, le patron de Casablanca ?

    Punky : Non ! Nous ne savons pas si le groupe figure dans le script. Le fils de Bogart a dit avoir acquis les droits d’utilisation de plusieurs grands succès de Kiss, Donna Summer, Village People et Parliament (Note : le groupe de George Clinton) mais il ne nous a pas contactés.  J’espère qu’au moins une de nos chansons figurera sur la bande-originale. Si l’on considère juste nos ventes, n’importe quelle maison de disques nous aurait probablement jetés ! Mas pas Casablanca. Neil préférait continuer avec nous. Il voulait faire d’Angel une machine aussi puissante que Kiss. C’était son obsession. Travailler avec lui ne fut pas de tout repos mais c’était un visionnaire et une personne drôle et loyale qui savait instaurer un climat familial. Nous avons été très accablés par son décès en 1982.

    Angel - Punky Meadows and Steve Ojane

    Le premier album, l’éponyme Angel sorti en 1975 est un mélange de rock « classique » avec des éléments de rock progressif. Pour la première fois, les claviers, du mellotron aux synthés, ont fait leur entrée dans le monde du métal lourd.

    Notre premier disque peut effectivement être classé dans la catégorie rock progressif. On a composé la majorité des morceaux de l’album dans un local de répétition situé à l’étage du Bogeys, à Washington DC. Nous les avons ensuite joués pour la première fois en public dans ce nightclub. Le travail a été intensif. Angel est sans aucun doute l’enregistrement le plus progressif de notre catalogue. Une chanson comme « Long Time » qui dure plus de sept minutes a été diffusée de façon inattendue à la radio. « Tower » et « Rock and Rollers » sont toutefois les plages dont on est le plus fier, elles nous ont permis de réunir une solide base de fans aux Etats-Unis.

    Helluva Band, votre deuxième opus est déjà plus contrasté avec le délicat « Feelings » et aussi plus agressif avec le bouillonnant « Feelin’ Right ». Ce fut d’ailleurs l’un des meilleurs albums de 1976.

    Frank : Comme nous étions en tournée pour soutenir le premier disque, nous avons passé moins de temps en studio. Helluva Band et donc plus viscéral. Nous avons approfondi les trouvailles sur le morceau symphonique « The Fortune ». On voulait en tirer la quintessence et ainsi montrer qu’Angel c’était du sérieux.  Les autres chansons ont certainement souffert de cette recherche de la perfection.  Nous avons travaillé avec la même équipe que pour le premier album.   

    Pour On Earth As It is In Heaven, Casablance a fait appel au génial Eddie Kramer, le célèbre producteur des Electric Lady studios de New York.

    Frank : Eddie est une légende. Il peut se vanter d'avoir travaillé avec les plus grands, les Beatles, les Rolling Stones, Hendrix, Bowie, Led Zep, Clapton, Kiss… A l’origine nous devions réaliser l’album au Record Plant mais il était déjà pris par Stevie Wonder tandis que le studio mobile était loué au même moment. Gary Kellgren, le patron du studio nous a proposé d’occuper son manoir sur les collines d’Hollywood où s’est déroulé le tournage du film le magicien d’Oz. Chaque instrument a été enregistré dans de conditions particulières. Toutes les pièces étaient truffées de micros. Les bases des morceaux ont été capturées dans le salon d’entrée. Nous avons aussi utilisé une petite salle ronde pour la voix de « Telephone Exchange ». La batterie a été installée dans une cuisine au rez-de-chaussée. La méthode était à la fois amusante et très intéressante. Le mixage de « Sur terre comme au paradis » a été réalisé avec Eddie à New York. En dix-huit mois, nous avions mis en boîte trois albums, ce qui est impensable aujourd’hui. 

    J’ai récemment trouvé sur Internet un bootleg de votre concert à Hiroshima, le 7 février 1977. Cette unique tournée au Japon a été un triomphe.

    Punky : On était des dieux vivants là-bas à l’instar des Beatles, de Kiss ou de Cheap Trick. Les gens voulaient nous toucher, arracher une mèche de cheveux ou un vêtement, tout ce qui pouvait leur servir de reliques. Il existe des photos où l’on voit chaque membre escorté par cinq gardes du corps en train de courir à travers des meutes de fans. La foule était hystérique. Je n’avais jamais connu cela auparavant. Nous avons joué deux soirs à guichets fermés au célèbre Budokan, à Tokyo. Cela reste une expérience fascinante et excitante.   

    White Hot marque un virage vers une musique plus pop, plus à la portée des teenagers.

    Frank : Une véritable Angelmania se propageait chez les 16-17 ans à travers les States et notre fan-club a vu le jour (Angel Earth Force) sur le modèle de la Kiss Army.  Il y a donc eu un peu plus de pression de la part de la maison de disque pour écrire des chansons aguichantes, plus accessibles mais nous n’avons pas pour autant perdu de notre fureur. On est parvenu à glisser dans un morceau deux ou trois mélodies qui accrochent  ou une attaque de solo jouée en harmonie. Sur les deux premiers albums, Punky, Gregg et moi avons écrit la majorité des morceaux. Nous étions les derniers à  arriver au studio ou à sortir des répétitions. L’un apportait le riff, un autre la mélodie et le troisième les paroles. Il y avait une extraordinaire complémentarité entre nous trois. Pour White Hot, nous avons commencé à composer séparément. J’ai écrit « Don’t Leave Me Lonely » avec Barry et  d’autres titres avec Punky. Il n’y avait plus nécessairement la combinaison des trois. Par ailleurs, les ingénieurs qui ont collaboré à cet album, nous ont aidé à pollisser notre son, avec succès je pense.

    Angel - Charly Calv

    « Ain’t Gonna Eat Out My Heart Anymore » la reprise des Young Rascals est d’ailleurs entrée dans le top 50 aux USA tandis que le morceau « The Winter Song » a bien marché en Europe et au Japon…

    Frank : « The Winter Song » s’appelait à l’origine « The Christmas Song ». Cette chanson ne devait pas figurer sur l’album. C’était un titre bonus pour les fans et les stations radios pendant la période de Noël mais les responsables de Casablanca ont adoré la chanson et nous ont demandés de l’inclure sur le disque et d’en faire le titre phare pour des raisons commerciales. Trente-six enfants d’un ensemble vocal de Californie nous ont accompagnés en studio. « Better Days » a été retiré de l’album et s’est retrouvé en face B du 45t. Opposé à cette idée au départ, j’ai finalement accepté de réécrire les paroles et de réenregistrer ma voix. Nous avons joué « The Winter Songs » en direct dans l’émission de Dick Clark « American Banstand » pour notre première télé nationale. La version originale se trouve sur une anthologie. Nous avons aussi donné deux chansons pour la bande-originale du teen movie Foxes (Ça plane, les filles !) en 1980 dont le disco « 21st Century Foxes » qui n’a malheureusement pas eu le couronnement planétaire d’ « I Was Made For Loving You » grâce auquel Kiss connut les ivresses du tube de l’été pleine vague disco quelques mois plus tard.

    Au cours de la tournée Heaven & Hell en 1978 qui a été enregistrée pour le double-album live Without A Net, vous avez été impliqué dans une bagarre homérique au Sport Arena de San Diego, le 7 mai 1978. Que s’est-il passé exactement ?

    Punky : Nous étions en plein milieu du concert et l’ambiance était excellente. Frank a alors demandé au public de se rapprocher de la scène. Aussitôt trois à quatre mille adolescents se sont miss debout. Dans cette salle, les règles étaient strictes. Les spectateurs ne pouvaient pas quitter leur siège. Les membres de la sécurité n’ont pas apprécié et ils ont commencé à malmener tous ceux qui leur tombaient sous la main. En se dirigeant vers le devant de la scène, Frankie s’est rendu compte que les vigiles frappaient violemment les kids. Il a demandé à un garde qui s’en prenait à une gamine de 14 ans, de la laisser tranquille. Le type très énervé lui a montré son index et a voulu attraper le pied de micro. Bang ! Frankie lui a envoyé celui-ci en pleine face. Le type a commencé à saigner et est entré dans une rage folle. Une énorme bagarre a éclaté devant la foule. Steve Brooks, un roadie, s’est jeté dans la fosse. J’ai suivi le mouvement tandis que Felix faisaient tournoyer sa basse au-dessus de sa tête. Barry lui a continué à jouer impassiblement. La lumière s’est rallumée au moment où nous sommes remontés sur scène. Personne n’était blessé. Nous avons eu le temps d’interpréter un dernier morceau avant la fermeture totale du courant mais il y avait toujours de l’adrénaline dans la salle. Le public continuait à siffler les vigiles zélés. Le garde qui nous a provoqués a rameuté plusieurs de ses collègues pour une nouvelle baston. Le groupe et les techniciens se sont regroupés autour de Frankie, puis nous nous sommes dirigés vers les loges, escortés par les membres de The Godz, la formation qui ouvrait nos concerts. Cela ne s’invente pas, les Dieux étaient venus à la rescousse des Anges (rires). Frankie est finalement revenu sur scène et il a demandé aux fans de rentrer calmement chez eux. Les esprits se sont aussitôt calmés. Pour les autres concerts de la tournée, un cordon de sécurité a été mis en place par la police pour contenir la foule.

    Sinful marie parfaitement le rock de Styx avec le hard FM des années ’80. Vous avez ouvert la voie à un nombre considérable de groupes, Poison, Warrant, Winger. Ce fut également votre dernier disque pour Casablanca. 

    Frank : Nous avons effectivement créé un pont entre ces deux décennies. Tous ces groupes que tu cites sont excellents. (rires) Le titre à l’origine devait être Bad Publicity. C’était de l’autodérision car l’artwork montrait le groupe faisant la fête avec des filles mais Neil Bogart s’y est opposé. Toutes les premières éditions ont été retirées de la vente et remplacées par une couverture  plus soft. Sur cette dernière, on voit le groupe en tenue de scène. C’était ça l’image d’Angel pour les responsables de Casablanca et pas celle d’une formation qui picole avec des groupies. Nous avons été déçus par ce manque de liberté artistique. Je pense surtout que ce fut une erreur de stratégie puisque contrairement à nos autre disques, Sinful n’a pas atteint le top 100 US alors que sa pochette originale est très recherchée par les collectionneurs.                                                                                                   Danny : Au moment de la sortie de Sinful, Casablanca était entrain de s’écrouler. Il n’y avait plus d’argent pour la promotion de l’album. Il n’y a eu aucun abattage publicitaire alors que ce disque avait un énorme potentiel. Angel était déjà une étoile montante du hard-rock américain mais il aurait pu hausser encore sa côte. Avec l’avènement du clip  et de MTV, le groupe aurait fait un carton, j’en suis convaincu. Il a malheureusement quitté la scène deux ans trop tôt.

    Angel - Billy Orrico

    Aujourd’hui comment analysez-vous In The Beginning, le premier disque sans le line-up original, sorti en 1999 ?

    Frank : J’ai composé les chansons de In The Begining avec Barry (Brandt). Après la séparation du line-up originel, nous avons continué à travailler ensemble, en studio mais aussi sur scène en compagnie d’un ami commun, le guitariste/claviériste Ritchie Marcello. Nous avons hésité à enregistrer ce disque sous le nom d’Angel. J’ai contacté Punky et les autres pour leur expliquer notre projet et ceux-ci se sont montrés très favorables. Avec le recul, nous n’aurions pas dû présenter In The Begining comme un album d’Angel même si Punky et Félix jouent sur quelques morceaux. Sur le plan personnel, je trouve ce disque intéressant.  

    Que pensez-vous du livre On A Wing And A Prayer With Angel, une sorte de biographie du groupe écrite par un ancien membre, Gordon G.G. Gebert ? 

    Punky : Nous n’avons rien à voir avec ce livre.

    Frank : Gordon fut un membre éphémère d’Angel (Note : claviériste de 1999 à 2002). Nous n’avons ni autorisé, ni participé à cet ouvrage. Je ne peux rien te dire sur son contenu car je ne l’ai pas lu.

    Pour conclure, comment s’annonce le futur d’Angel ?

    Punky : Nous comptons revenir en Europe au printemps 2020. On devrait aussi participer à quelques festivals durant l’été. Au mois de février nous jouerons en Australie, ensuite il y aura quelques dates au Japon. C’est un nouveau chapitre dans l’histoire d’Angel qui commence. Je suppose que l’on avisera ensuite mais j’espère que nous ferons encore un album, et ça ne devrait pas prendre 20 ans cette fois. (Rires)

    ANGEL Risen

     ANGEL

    Risen

    Cleopatra Records

    En tant que groupe de hard-rock esthétique, Angel était clairement en avance sur les autres dans les seventies. Des instrumentistes virtuoses, un chanteur de premier plan, des compositions, tout y était ! Pour ce come-back, le groupe n’a pas joué la carte de la modernité même si la proportion accordée aux claviers est nettement plus modérée que durant la période Greg Giuffria. Hard-rock de grande facture (« Slow Down » peut-être rapproché de Led Zep, l’excellent riff de « Punky’s Couch Blues » fait penser à AC/DC et « Tell Me Why » est tout simplement beatlesque), rock mainstream US (« Under The Gun », « Don’t Want You »), ballade bubblegum (« IOU »), morceau mid-tempo (« Turn Around ») et bien sûr hard progressif (« 1975 », « Revolution » ou « My Sanctuary »), Angel ne réécrit pas les tables de la loi du genre, mais s’applique à les mettre en œuvre pour offrir une musique de qualité bien produite avec un Frank DiMino exceptionnel qui sait donner du feeling à chaque chanson. Le flamboyant Punky Meadows, lui, renoue avec le jeu lourd, hérissé et virtuose de la grande époque. Il  n’est plus l’ange déchu, celui  qui avait raté les marches de l’élysée en refusant le poste laissé vacant par Ace Frehley au sein de Kiss en 1982. Plaisant et indéniablement accrocheur, Risen est le disque parfait pour rattraper le temps perdu ou tout simplement découvrir ce groupe culte. [Ph. Saintes]

      

     

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  •  LEE AARON

    Nouveau Règne

     

    Premier album en public pour la chanteuse canadienne. Le CD/DVD  Power, Soul, Rock N' Roll met en valeur la puissance vocale et l’énergie scénique de l'artiste. Dans une forme éblouissante, Lee  a en effet renoué avec le hard accrocheur et le blues rock lors de cette tournée estivale de 2017 en Allemagne. La Metal Queen a récupéré son trône de fer pour le plus grand bonheur de ses loyaux et fidèles sujets. [Entretien avec Lee Aaron (chant) par Philippe Saintes – photos : DR] 

      

     Lee Aaron

     

    As-tu choisi les morceaux en pensant à une rétrospective de ta carrière de rockeuse ?

    Absolument. Je voulais faire une sorte de greatest hits en mélangeant les chansons incontournables comme « Metal Queen » ou « Powerline » avec des titres plus récents et même inédits (Note : la tournée précédait la sortie de l’album Diamond Baby Blues) pour montrer que nous n’étions pas un groupe aux allures nostalgiques. Il existe un DVD live filmé en Suède (2012) et un autre plus ancien capté à Londres (2005) mais il s’agit de mon tout premier album en public. Une société de production allemande (Little-Guitar-Slinger) nous a proposé de réaliser la captation gratuitement à l’occasion du Bang Your Head Festival (2017). Nous nous sommes juste chargés du mixage. Power, Soul, Rock N' Roll a été filmé en très haute définition car aujourd’hui tu peux trouver les performances de tous les artistes sur Internet. En matière d’images, il y a souvent du très mauvais sur les plateformes d’hébergement de vidéos. Jack White et son groupe The Raconteurs ont en exigé qu’aucun smartphone ne soit sorti durant la durée de leur prestation. Un dispositif a même été installé à l’entrée pour mettre sous scellé tous les téléphones. Je trouve que c’est une excellente idée pour empêcher les gens de filmer parce que cela casse la communication entre les musiciens et le public. Certains ne suivent plus le concert en direct mais à travers leur application.

     

    Un mot sur les musiciens qui t’accompagnent en tournée depuis plusieurs années.

    Nous formons un véritable collectif aussi bien en studio que sur scène. C’est mon objectif de garder le même un line-up car la cohésion musicale est indéniable. John Cody est mon batteur depuis près de 20 ans, c’est aussi mon mari et le père des mes enfants. Dave Reimer (bassiste) est avec nous depuis quinze ans et le petit dernier, Sean Kelly (Helix, Four By Fate) a rejoint le groupe, il y a six ans maintenant. Nous recherchions à l’époque un soliste ayant l’esprit d’équipe. Cela fait partie de l’ADN de Sean qui est non seulement un brillant guitariste mais aussi un excellent compositeur.

    Lee Aaron band

    Tu joues désormais de la guitare rythmique sur scène.

     

    Oui, j’utilise une Stratocaster en tournée. Je ne suis pas une grande guitariste mais j’ai une bonne perception du rythme et un bon timing. Je compose d’ailleurs à la guitare. Après la tournée de 2017 en Europe, nous avons décidé de nous passer du claviériste. J’en ai profité pour jouer de la guitare rythmique. Je m’installe aussi au piano sur « Barely Holdin On ». Je trouve que le groupe sonne mieux dans une formule à quatre. 

     

    Es-tu satisfaite des ventes de Diamond Baby Blues (2018) malgré l’absence de diffusion sur les radios musicales ?

     

    Je ne sais pas comment cela se passe chez vous en Europe mais ici en Amérique du Nord, les artistes qui ont une carrière de plus de 20 ans ne sont plus diffusés. Vu de l'extérieur, ça peut sembler grotesque. Le dernier album de Bryan Adams et celui de Bruce Springsteen ne se sont pas retrouvés dans les playlists, alors tu penses bien, les nouvelles chansons de Lee Aaron n’ont aucune chance d’être programmées sur les stations commerciales. Aujourd’hui vous devez créer vos propres vidéos, profiter de YouTube ou des services de musique en streaming comme Spotify pour la diffusion. Le format physique de Fire And Gasoline s’est relativement bien vendu et selon la direction du label (Metalville Records) nous avons vendu deux fois plus de copies de Diamond Baby Blues en Europe. Je ne peux donc pas me plaindre.

    Lee aaron2

     

    Peux-tu nous donner des informations sur le prochain album studio.

     

    Nous avons réalisé une séance de compositions au mois d’avril à Vancouver. Cet enregistrement est différent. Pour les deux albums précédents, on s’envoyait des fichiers par e-mail. Cette fois, nous avons travaillé à « l’ancienne » en studio. Pendant que le groupe se lançait dans une séance de jam, je prenais le micro et commençais à chanter. C’était vraiment la musique qui nous dirigeait. Je veux que cet album dégage l’énergie des premiers disques de Led Zeppelin ou d’Appetite For Destruction des Guns N 'Roses, avec un son brut et live. Il n’a pas encore de titre mais je peux déjà te parler de quelques chansons.  « Devil’s Gold » évoque le côté matérialiste gens et notamment le côté addictif des réseaux sociaux sur de nombreux jeunes tandis que « Great Big Love » raconte l’histoire de deux personnes que tout oppose mais qui s’aiment. L’amour ne s’arrête pas aux différences, c’est en substance le message. Ma fille de quinze ans, que l’on peut voir dans les vidéos de « Tom Boy » et « American High », a une magnifique voix. Je souhaite l’inviter sur ce disque dont la sortie est prévue en 2020.

     

    Il paraît que toi et ton mai John, possédez une impressionnante collection de vinyles et de disques compacts.

     

    Oui, on a plus d’un quart de million de vinyles à la maison et environ cinquante mille CD. C’est vraiment dingue. (Rires)

      Lee Aaron Live

     LEE AARON

     Power, Soul and Rock'n'Roll

    Metalville Records

    Lee Aaron, toujours aussi splendide à 57 ans, publie un premier album live et nous procure beaucoup de plaisir. Au-delà des hymnes emblématiques comme « Metal Queen » et « Powerline », la chanteuse canadienne nous fait découvrir des morceaux des deux derniers albums qui sont tout aussi intéressants à commencer par le tonique « Tom Boy » (une chanson ironique sur les femmes s’inquiétant de leur âge et de leur aspect)  ou le bluesy « Diamond Baby », déjà remarquable en studio mais qui prend ici une toute autre dimension. Si on apprécie la poignante ballade « Barely Holdin On », le sommet du show reste la version époustouflante de « Mistreated » (Deep Purple) ou encore la reprise de Koko Taylor « I’m A Woman » - un pastiche du « I’m A Man » de Muddy Waters, sur lequel Lee sort les griffes. Derrière sa voix énergique, les musiciens font feu de tout bois si bien que les concerts donnés en plein air devant 20.000 personnes à Balingen et dans un club bondé à Nuremberg, explosent en une énergie brut. La reine du rock’n’roll est de retour ! En voici la preuve… [Ph. Saintes]   

     

    Retrouvez cet article dans Classic Obs' #4 (octobre-novembre 2019)

     

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  •    IAN GILLAN

     Le feu sacré

    En vue de la sortie de « Contractual Obligation » trois albums live avec le Don Airey Band et orchestre philarmonique enregistrés en 2016, j’ai eu l’honneur de m’entretenir avec Ian Gillan, l’un des monstres sacrés du hard-rock, Hellzine ayant apparemment une cote excellente auprès du label ! J’attends l’appel téléphonique avec une certaine appréhension mais l’entretien commence bien. Lorsque je lui fais part de mon sentiment sur ce projet musical, mon interlocuteur me signale que le café matinal qu’il est entrain de boire va passer plus facilement. Une touche de bonne humeur qui nous permet de plonger dans le vif du sujet. [Entretien avec Ian Gillan (chant) par Philippe Saintes – photos : Deadly Pix]

     IAN GILLAN

    Ian, « Contractual Obligation » est une collection de trois “live”. Il n’est pas inintéressant de se procurer les différentes versions  car c’est bien connu, tu ne chantes jamais deux fois de la même façon

    Je me souviens d’une conversation avec le regretté Luciano Pavarotti dans laquelle il m’a dit : ‘Je t’ai vu interpréter « Smoke On The Water » à six reprises et à chaque fois tu chantais différemment. Parfois la voix est plus claire, parfois plus grave. Je t’envie car si je fais cela, le public me crucifierait. Je suis obligé de chanteur de la même façon chaque soir à l’opéra.’ J’ai cette liberté. J’aime interpréter une chanson de façon spontanée, selon l’inspiration et le feeling du moment même si cela ne se remarque pas nécessairement en concert. C’est comme raconter une même histoire de 99 manières différentes dans un bistro.

    Tu as choisi les morceaux en pensant à une rétrospective de ta carrière ?

    Je dirais plutôt que c’est un miroir de ma personnalité.  J’aime le blues, la soul-music, la pop, le rock, le jazz, le classique. On retrouve ici toutes les sensations musicales qui me fascinent. J’ai analysé mon répertoire et sélectionné les titres qui, tout en plaisant aux fans, devaient sonner parfaitement en concert avec un orchestre. Des compositions moins connues comme « Razzle Dazzle » et « Anya » me plaisent tout comme « Ain't No More Cane On The Brazos », une chanson importante pour moi. Si j’avais écouté mon cœur, on aurait fait un show de dix heures (rires).

    Parmi les moments forts du concert, il y a effectivement cette magnifique interprétation de « Ain't No More Cane On The Brazos », un titre toujours d’actualité puisqu’il parle de migration.

    « Ain't No More Cane On The Brazos » fait effectivement référence à la grande migration d’anciens esclaves qui ont traversé le Mississippi pour se rendre à Chicago. Ils interprétaient des chants de travail (work songs) pour se donner du courage dans les champs de coton. C’était aussi un moyen de communiquer entre-eux discrètement avec des messages codés sans que le maître comprenne ou se doute de quelque chose. Il reste encore malheureusement aujourd’hui des préjugés raciaux. Lors d’une tournée aux Etats-Unis dans les années 90 dans la région de la côte du Golfe, j’ai vu un couple mixte, un homme noir et sa compagne blanche, se faire conspuer par des passants. Le pire est que la police a demandé à ce jeune couple de dégager car il… troublait l’ordre public. C’était vraiment choquant !

    On trouve également dans la playlist l’instrumental « Difficult To Cure» de Rainbow, le groupe formé par le guitariste Ritchie Blackmore après son départ de Deep Purple. Un joli clin d’œil car malgré les conflits votre association fut extraordinaire.

    En effet ! Il a été mon compagnon de chambre en tournée lorsque j’ai rejoins le groupe en 1969. Nous nous sommes payés des parties de rigolades, nous nous encouragions mutuellement mais Ritchie est quelqu’un de lunatique. Avec lui, il y avait des jours avec et des jours sans. Cela fait partie de son caractère. Si les gens ne retiennent que les accrochages, nous avons réussi à tirer le meilleur de notre collaboration. Même si je doute que nous reparlions un jour, je suis le premier à dire qu’il nous a sorti de grandes choses et il m’arrivait d’être émerveillé. C’est un grand guitariste.

    Pour cette tournée symphonique, tu as pu compter sur le talent de Simon McBride, un virtuose dans la lignée des guitaristes de blues-rock irlandais, je pense  à Gary Moore et Rory Gallagher.

    Tout à fait d’accord. Pour moi, Il a de l’ADN de Rory Gallagher et de Jeff Beck. Simon maîtrise le rythme, le phrasé et la dynamique de façon incroyable. Il fait partie de cette catégorie de solistes dont on reconnaît la signature dès les premières notes. Le riff de « Hang Me Out To Dry »  qu’il joue en public est une merveille. C’est Leslie West qui avait créé celui-ci pour l’album « Toolbox » (1992). Je n’avais jamais entendu jusqu’ici quelqu’un capable de le reproduire parfaitement. Simon lui y est parvenu avec brio. Nous nous sommes revus il y a quelques mois et j’espère très vite retravailler avec lui.  

    Don Airey (v. Hellzine n° 14) t’a accompagné sur cette tournée. Qu’est-ce que tu apprécies le plus chez lui.

    La fidélité qui est la base de son éducation et de sa philosophie. Il n’y a jamais de surprise avec Don. Il ne joue jamais en demi-teinte. Ces prestations sont toujours cinq étoiles. Il domine son sujet chaque soir. Je le compare à un grand joueur de football avec beaucoup de technique et de style. Son groupe est composée d’excellents musiciens.  Il y a quelques semaines, j’ai assisté avec Ian Paice à un concert du Laurence Cottle Big Band au Ronnie Scott’s jazz club à Soho. Laurence (basse) était l’élément moteur sur scène avec beaucoup de présence. Il a chaque fois une approche différente des chansons, que ce soit des titres de Deep Purple ou de Ian Gillan. Il évolue dans un style qui est plus jazz que rock, et cette ouverture d’esprit a influencé notre performance collective lors des concerts donnés en 2016. N’importe quel chanteur serait heureux de se produire avec le groupe de Don Airey.

    Tu  as interprète « You’re Gonna Ruin Me Baby » en duo avec ta fille Grace lors de ces concerts. A n'en point douter, la relève est assurée !

    Nous avions déjà chanté ensemble dans des pubs ou des évènements organisés dans notre village mais jamais sur une grande scène. C’était génial. Elle a fredonné pour la première fois cette chanson à l’âge de 5 ans. Grace a aujourd’hui son propre groupe (Psychadelephant), mais tirer son épingle du jeu dans un secteur musical en crise, reste un parcours du combattant.

    IAN GILLAN (2)

     « Si j’avais écouté mon cœur, on aurait fait un show de dix heures » 

     Il n’est pas étonnant que ton choix se soit porté sur les pays de l’Est puisque tu as régulièrement tourné dans l’ancienne Union Soviétique durant ta carrière solo.

    La tourné « Naked Thunder », entreprise en 1990, un peu après la chute du Mur, fut un voyage épique. Nous avons débuté à Saint-Pétersbourg et terminé à Makhatchkala au Daghestan. Nous sommes passés par la Géorgie et la Tchétchénie avec notamment trois soirs d’affilées au stade de Grozny. Des villageois, descendus des montagnes pour venir nous entendre jouer, se sont installés autour d'un feu de camp avec des oies, des poulets et des chiens. C’était assez surréaliste. Ils n’avaient jamais écouté de musique occidentale et encore moins du rock. Le sourire de ces braves gens a été une belle leçon d’humilité. Plus tard, j’ai été reçu par Dmitry Medvedev qui occupait le poste de président de la fédération de Russie. Ce dernier m’a révélé qu’il avait été DJ dans son école de Léningrad. Avec l’aval de la jeunesse communiste et de son professeur, il a pu traduire en classe les paroles des chansons de l’album « In Rock », les analyser et les commenter. C’est ainsi qu’il a appris à parler anglais. Il a saisi le sens du message derrière le titre « Child In Time » qui est librement inspiré de la guerre froide. ‘On voyait les occidentaux comme des ennemis, des gens effrayants mais j’ai compris qu’il n’y avait pas de différences, les êtres humains veulent tous les mêmes choses et ont les mêmes espoirs.’ Je n’oublierai jamais ces paroles. Dmitry Medvedev est aujourd’hui l’un de nos plus grands fans. La culture n’a pas de frontière, elle rapproche les peuples.

    Ce n’est bien sûr pas la première fois que tu joues en compagnie d’un orchestre symphonique. On se souvient du fameux « Concerto pour groupe et orchestre », au Royal Albert Hall de Londres, en 1969. Ce devait être à la fois excitant et impressionnant pour le jeune chanteur que tu étais à l’époque ?  

    Je ne me rappelle pas avoir été impressionne. Néanmoins, ce fut un véritable défi car le climat était hostile durant les répétitions. Le groupe respectait évidemment le nom et la réputation de l’orchestre symphonique de Londres mais plusieurs de ses musiciens ne nous appréciaient guère. Deep Purple n’était pas encore très connu à cette époque et ils semblaient embarrassés de jouer avec une bande de  jeunes chevelus. L'autorité du chef d’orchestre (Malcolm Arnold) a néanmoins permis de remettre de l'ordre dans les rangs. Certains membres de l’orchestre étaient toutefois dissipés pendant la performance, si tu écoutes bien, tu peux entendre des erreurs et fausses notes mais je n’y ai pas prêté attention sur le moment. Ce n’est que trente ans plus tard, en 1999, quand nous avons réinterprété ce concerto que j’ai réalisé  l’extraordinaire œuvre musicale composée par Jon Lord. Elle est basée sous le signe du conflit, de la confrontation. Grâce à cette passe d’arme John a réussi à tracer des ponts entre deux genres musicaux. Deep Purple a été le premier à le faire. Ce fut compliqué car nous étions en pleine répétition de « In Rock », un album de hard rock. Ritchie Blackmore et Ian Paice n’ont pas pris du plaisir mais cette expérience a tout de même été bénéfique sur le plan médiatique. Personnellement, je retiens que mon grand-père, le prototype du gentleman anglais et ancien chanteur d’opéra, a assisté à ma prestation au Royal Albert Hall. Il était le plus heureux des hommes ce soir-là.

    Il y a également 50 ans, l’homme marchait pour la première fois sur la lune. As-tu regardé cet évènement en direct ? 

    Oui absolument. Je me souviens de ce jour comme si c'était hier. Cela peut paraître démodé aujourd’hui mais à l’époque on appelait cela l’ère spatiale. Ce fut un pas de géant technologique. Ceux qui possèdent aujourd’hui un iPhone, ne peuvent s’imaginer que l'informatique qui a permis l'alunissage de Neil Armstrong et de Buzz Aldrin a entraîné de nombreuses innovations. La conquête de la lune a été une vraie source d'inspiration pour ma génération. J’ai visité pas plus tard qu’hier une exposition sur la mission Apollo 11, c’était fantastique.

    Deep Purple se porte à merveille en 2019. Je ne vous vois pas ranger les guitares et le micro. Envisagez-vous de retourner tous les cinq en studio ?

    De toi à moi, je ne serais pas vraiment surpris. Pour ce qui est du futur, je vais mettre un frein aux  tournées après nos dates aux Etats-Unis cet été. Je viens de quitter les studios de Nashville et Toronto où j’ai travaillé sur trois projets différents. J’ai donc besoin d’un peu de repos. Je vais mettre à profit ce temps libre pour composer. Je pense que le prochain disque de Purple sortira dans un an et évidemment il y aura une tournée pour l’accompagner bien que pour l’instant, je ne peux pas te le confirmer car nous n’en avons pas encore vraiment parlé entre nous.

    Gillan Moscou

    Gillan - St Petersbourg

    Gillan - varsovie

     IAN GILLAN

    Contractual Obligation»

    Frontiers Records

    De sa dernière tournée dans la partie est de l’Europe en compagnie du groupe de Don Airey et de différents orchestres philharmoniques, Ian Gillan propose un triple live. Intégralement filmé au Kremlin Palace, le show de Moscou est disponible en Blu-ray, celui de Varsovie en disque compact tandis que le concert donné à Saint-Pétersbourg a été immortalisé sur vinyle. Une série labellisée avec humour « Contractual Obligation ». Nous sommes rassurés sur le contenu dès les premières arpèges de « Hang Me Out To Dry ». Tous les acteurs sont à la hauteur, à commencer par le boss dont les performances vocales restent d’un haut niveau. Don Airey s’amuse derrière ses claviers, Laurence Cottle donne du groove à l’ensemble et Simon McBride irradie sur scène sans en faire des tonnes. L’interaction entre le groupe et l’orchestre tient souvent de la perfection (« Lazy », « Anya », « Ain't No More Cane On The Brazos », « When A Blind Man Cries »). Outre des classiques de Deep Purple et quelques morceaux du répertoire du chanteur anglais, on note dans la setlist l’adaptation de l’hymne à la joie de Beethoven (« Difficult To Cure ») et la reprise d’un standard du blues « You’re Gonna Ruin Me Baby » que Gillan interprète en duo avec sa fille, Grace. Sur « A Day Late 'n' A Dollar Short », Ian rend hommage à son ancien complice au sein de Repo Depo, le batteur Lenny Haze, décédé un peu avant cette tournée (2016). Les concerts se terminent sur deux titres phares « Hush » et « Black Night » durant lesquels le public de 7 à 77 se déchaîne. Une belle leçon technique et émotionnelle. [Ph. Saintes] 

     

     

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  •  THE END MACHINE

     Les copains d’abord

    The End Machine est composé de trois membres de la formation américaine Dokken : George ‘Mr. Scary’ Lynch, Jeff Pilson, et ‘Wild’Mick Brown. Le chant étant assuré par un ami de la ‘famille’, Robert Mason (Warrant). Ce spin-off de Dokken méritait donc bien l’attention de Metal Obs’. [Entretien avec Jeff Pilson (basse) par Philippe Saintes  - photos : Alex Solca et Kevin Baldes]

    THE END MACHINE

    Jeff, The End Machine mélange retour aux sources et modernité. Il est d’ailleurs bien difficile de ne pas succomber à la fraîcheur qui se dégage de ce disque.

    Merci. Il est vrai que certaines chansons se rapprochent de nos racines mais c’est quelque chose de naturel et non de calculé. D’autant que nous ne sommes pas du genre à regarder en arrière. Il y a surtout des titres très actuels sur cet album. Il ne répond finalement qu’à nos propres envies et notre propre intuition du moment. Le secret de sa fraîcheur ? Les musiciens se connaissent depuis longtemps et ça se ressent.

     

    Robert Mason est votre chanteur mais Michael Sweet (Stryper) n’avait-il pas été pressenti pour ce poste à l’origine ?

    Nous avions pensé à lui pour une tournée avec le projet Tooth & Nail en 2012. C’est un excellent chanteur mais aussi un très bon guitariste. Michael aurait été la personne idéale pour nous renforcer en concert et interpréter les chansons de Dokken. La tournée n’a cependant pas eu lieu. Entre-temps, Michael et George ont sorti deux albums sous le nom Sweet & Lynch. Cela n’aurait eu aucun sens de prendre Michael car le but était de proposer quelque chose de nouveau. Je l’adore et j’espère que nous aurons l’occasion de travailler ensemble dans le futur mais c’est Robert qui a été choisi. Ce dernier n’est pas un inconnu puisqu’il a évolué au sein de Lynch Mob et a chanté sur « It’s Not Love », un titre de l’album de Slave To The Empire de T&N.

    Comment envisages-tu l’avenir de The End Machine ?

    Honnêtement c’est très compliqué de se projeter dans l’avenir. Robert joue dans Warrant, George a des projets avec Lynch Mob et je serai en tournée avec Foreigner jusqu’en novembre. En avril dernier, nous avons donné trois concerts sur la Côte Ouest sans Mick. Officiellement parce qu’il devait se produire la même semaine avec Dokken. En réalité, il n’a plus le feu sacré pour jouer simultanément dans deux groupes. Un jour, j’ai pris l’avion à Mexico où je m’étais produit avec Foreigner afin de me rendre à une répétition de The End Machine à Los Angeles.  C’est épuisant physiquement mais je prends du plaisir. Je ne peux toutefois par exiger la même chose de Mick. Il a été remplacé sur ces trois dates par Will Hunt (Evanescence, Black Label Socienty, Gus G.). On verra bien ce qui va se passer mais je suis convaincu qu’ il y aura un deuxième album de The End Machine car l’accueil du premier a été très positif et le label nous soutient à 100%.

     THE END MACHINE, promo

    Tu a également travaillé sur un nouveau projet pour le label Frontiers en compagnie de Reb Beach (Whitesnake, Winger), Robin McAuley (MSG) et Matt Starr (MR. Big, Ace Frehley). Que peux-tu nous en dire ?

    L’album sortira à la fin de l’année. Reb et moi avons composé onze chansons en onze jours. Ce sont des morceaux solides et pleins d’énergie. Robin n’a jamais aussi bien chanté. Je suis impatient de lire les commentaires. Pour l’instant, je ne suis pas autorisé à te dévoiler le nom du groupe parce que le label a imposé un embargo. Désolé !

    Tu es un ingénieur du son, un producteur, un musicien et un compositeur. Quelle facette de ton métier apprécies-tu le plus ?

    Je donne toujours le meilleur de moi-même dans tout ce que j’entreprends. J'ai eu la chance d'avoir de multiples rôles au cours de mon parcours musical mais comme je suis souvent sur la route pour le moment, mon job de producteur est celui qui me procure le plus de satisfaction. J’aime me retrouver dans mon propre studio.

    Tu as produit récemment le deuxième album de Last In Line dont tu es devenu en quelque sorte le 5è membre… 

    Les musiciens de Last In Line sont des gens ouverts et humbles. Ce qui me touche c'est surtout l'énergie et les émotions que dégagent Vinny Appice, Vivian Campbell, Phil Soussan et Andrew Freeman sur scène mais aussi en studio. C’est facile de travailler avec de tels professionnels parce que nous avons une vision similaire de la musique. Ma contribution principale consiste à amener l’artiste à donner le meilleur de lui-même. Je peux m’adapter tant que cela reste dans mon univers. J’adore sincèrement les gars de Last In Line. Ils sont merveilleux. Leur deuxième album est certainement mon favori.

    Tu as rejoint Foreigner il y a tout juste quinze ans (2004). Le groupe n’est-il pas impatient de retourner en studio et d'enregistrer un nouvel album?

    Foreigner a fêté ses 40 ans en sortant un double CD Forty Hits From Forty Years sur lequel on trouve un inédit « Give My Life For Love ». Nous avons ensuite réenregistré la chanson « The Flame Still Burns » que Mick (Jones) avait composé pour le film Still Crazy en 1998. Nous continuerons à proposer occasionnellement de nouveaux morceaux mais je ne nous vois pas interrompre notre tournée pour retourner en studio et enregistrer un album complet. Nous n’avons tout simplement pas le temps.

    THE END MACHINE, Jeff Pilson

    Toi qui a joué dans le film culte Rock Star, qu’as-tu pensé du biopic dédié à Mötley Crüe The Dirt ?

    Ce n’est pas un chef-d’œuvre mais ce n’est pas la faute de Mötley Crüe (il rit). C’est difficile de juger quand tu connais les personnes. Le comédien qui joue le rôle de Tommy Lee (Machine Gun Kelly) est excellent. Son interprétation est remarquable. Celui qui campe Niki Sixx est également crédible. En revanche, je n’ai pas reconnu Vince Neil et encore moins Mick Mars. Le jeu d’acteur est un peu bancal. Cependant, l’histoire est passionnante et j’ai beaucoup de respect pour les « Saints de Los Angeles ». Ils ont donné au rock une place plus grande qu’il n’en avait. Chapeau pour ce qu’ils ont accompli. Mötley Crüe mérite bien une consécration au Rock’n’Roll Hall of Fame. 

    The Dirt montre que le slogan « sex, drugs and rock’n’roll » n’était pas une légende urbaine dans les années ‘80. Tu as aussi dû connaître des histoires étonnantes avec Dokken ?

    (Il rit). Oh oui beaucoup. J’ai commis pas mal d’excès mais le meilleur souvenir remonte à mon 30è anniversaire.  Dokken se produisait à Vancouver et à la fin de la soirée, on a évidemment décidé de faire la bringue. Je ne bois plus mais à l’époque quand je faisais la tournée des bars avec les copains, j’étais complètement bourré. Le propriétaire d’un club a commencé à m’insulter en insinuant que j’avais tripoté des filles. Est-ce que j’avais flirté ? Absolument mais je n’ai pas eu de geste déplacé envers qui que ce soit. Soudain, quatre types me sont tombés dessus et m’ont traîné vers la sortie. Ce n’est pas une histoire spécialement glorieuse mais j’en rigole aujourd’hui car elle s’est bien terminée. Don Dokken, George et Mick qui avaient suivi la scène, se sont précipités sur les quatre types et le propriétaire. La bagarre a tourné à notre avantage. La presse a souvent parlé des engeulades et des conflits internes chez Dokken, pourtant cette soirée a été ma plus belle expérience de camaraderie. 

    Si tu devais résumer ta carrière en cinq chansons. Quels titres choisirais-tu ?

    Pour commencer « Burn The Truth », mon morceau préféré de The End Machine. J’en suis très fier. Ensuite, « It’s Not Love » de Dokken, une très bonne chanson mélodique qui résiste bien à l’épreuve du temps mais aussi l’emblématique « Dream Warriors ». Nous étions en pleine tournée et le producteur de Nightmare On Elm Street 3 (« Les Griffes du Cauchemar ») est venu nous proposer ce titre, pour lequel nous devions composer un morceau. Ça a été l’un des succès de l’été aux States en 1987. Dokken qui participé à la carrière de Freddy Kruger mérite bien deux titres dans ce top 5 (rires). J’ajouterai « Ever Higher » une plage électro-acoustique de l’album Wicked-Underground (Lynch-Pilson) que les gens ne connaissent pas beaucoup. On y trouve pourtant d’excellentes compositions. Mon dernier choix se porte sur « Back From The Dead » titre éponyme de l’album d’Adler sorti en 2012. Collaborer avec Steven Adler (ex-Guns N’ Roses) fut une chouette expérience. Steven est selon moi un batteur sous-estimé. Quand il tient le groove, il dégage une énergie unique. C’est aussi l’un de mes meilleurs amis.

    Quel a été ton premier concert ? 

    Le M’Woky Pop Fest au Memorial County Stadium de Milwaukee, en juin 1970, avec les Beach Boys, Tommy Row, les Supremes, Andy Kim et le groupe Ides Of March. Un événement fabuleux !

    Et ton premier disque vinyle ?

    Meet The Beatles. J’ai été complètement soufflé quand j’ai entendu pour la première fois les Beatles. Et je continue à les écouter encore maintenant car on découvre toujours quelque chose de nouveau dans leur travail.

     Retrouvez cet article dans Classic Obs' #3

     THE END MACHINE, cover

     THE END MACHINE

    The End Machine

    Frontiers Records 

    The End Machine est un spin-off de Dokken, puisque composé de trois membres de la formation américaine : George ‘Mr. Scary’ Lynch (guitare), Jeff Pilson (basse) et ‘Wild’Mick Brown (batterie). Il fait également suite au projet musical T&N. Le chant ici est assuré par un ami de la ‘famille’, Robert Mason (Warrant) actif autrefois au sein de Lynch Mob. Alors que trouve-t-on sous le capot de cette machine ? Un moteur à explosion surgénéré qui délivre au quart de tour des guitares vitaminées, des lignes de basse dévastatrices et une batterie graissée à la moelle de buffle. Je ne vous livrerai pas l’album en pièces détachées. Je signalerai juste que l’on trouve des titres accrocheurs (« Leap Of Faith », « Hold Me Down ») , du gros calibres (« Bulletproof » et « Ride It »), mais aussi un titre atmosphérique (« Burn The Truth ») qui navigue entre le Dog Eat Dog de Warrant et le style mi-blues de Lynch Mob. Mason est en état de grâce sur cet album, Pilson impressionne avec son jeu de basse percutant, Brown cogne toujours aussi fort tandis que Lynch reste ce grand acrobate du solo pirouette et incisif. Tempo cul de plomb, déluge électrique, riffs au napalm et chant divin, tout est au top niveau sur ce disque qui en laissera plus d’un sur le bitume. [Ph. Saintes] 

     

     

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  • JIM PETERIK & WORLD STAGE

     L’empreinte du tigre

    Le nom de Jim Peterik (ex-Survivor) évoque immanquablement un nombre de mélodies gravées dans la mémoire collective universelle. C’est aussi paradoxalement l’un des musiciens les plus mal connus alors qu’il a aligné les hits planétaires comme « Vehicle », « Eye Of The Tiger » ou « Burning Heart ». Cinquante-cinq ans après ses premiers balbutiements musicaux, ‘Jimbo’ continue à produire des disques inspirés tout en restant un songwriter de génie. Si son supergroupe World Stage a fait l’actualité au printemps, l’homme à la chevelure pourpre termine déjà un nouvel album avec le groupe de funk rock The Ides Of March.[Entretien avec David Coverdale (chant) par Philippe Saintes  - photos : Kristie Mayfair Schram]

    Jim, Winds Of Change est le 2è album studio du collectif World Stage. Il fait suite au Vol. 1  sorti en 2012. On retrouve une nouvelle fois le concept des duos avec des monstres sacrés du hard mélodique.

    World Stage est avant tout un projet « live ». Pour cet album, j’ai souhaité capturer avec mes compagnons de route, notre héritage musical. Prenons l’exemple de Mike Reno [chanteur de Loverboy] avec lequel j’ai écrit « Without A Bullet Being Fired » après un concert de World Stage. Nous n’avions jamais composé ensemble auparavant. Survivor et son groupe Loverboy étaient représentatifs du genre appelé « Arena Rock » dans les années ’80. J’ai voulu faire apparaître cette énergie dans la chanson. Je formulerai la même remarque pour « Winds Of Change ». Don Barnes [chanteur de 38 Special} préférait faire quelque chose de plus moderne mais je l’ai convaincu de garder intact l’esprit des années ’80. Mon ami Dennis DeYoung s’est lui carrément inspiré du style de Styx sur « Proof Of Heaven » avec des arrangements prog rock et des éléments du théâtre. Je trouve cela très rafraîchissant car aujourd’hui trop de grands noms du rock des années ’70 et ’80 se détachent de l’univers musical qui a fait leur succès. En réalité, ils sont découragés par la crise de l’industrie du disque. 

    Le titre générique de l’album « Winds Of Change » est un vrai message d’espoir.

    Je me suis inspiré d’une fusillade dans un lycée en Floride qui a fait plusieurs victimes. Ces tueries de masse se répètent malheureusement à un rythme trop soutenu aux Etats-Unis. Des centaines d'étudiants ont manifesté dans la rue. Ce qui m’a frappé c’est le discours tenu par les enfants qui ont survécu au massacre à propos du contrôle des armes. Personnellement, à 17 ans, je n’aurais pas pu avoir des paroles aussi sensées après un tel drame. Ces enfants ont fait preuve d’une maturité incroyable. Ils incarnent le vent du changement. Grâce à eux, je reste optimiste devant l’humanité. 

    JIM PETERIK, promo

    On peut aussi entendre la version originale de « Just For You » qui a été popularisée par REO Speedwagon en 1999.

    En effet. Après avoir écrit « Just For You », j’ai invité Kevin Cronin [chanteur de REO] à me rejoindre dans mon home studio à Chicago. La chanson d’origine a un côté fragile, touchant.  Kevin a finalement choisi d’enregistrer avec son groupe une version alternative sur laquelle on peut entendre les merveilleux arrangements de Peter Asher [album The Ballads]. Il m’a appelé il y a quelques mois pour me dire qu’il possédait toujours la démo et m’a suggéré de l’ajouter sur le nouvel album. On se connaît depuis plus de 40 ans. C’est l’un de mes meilleurs amis.

    Tu partages le chant de « I Will What I Want » avec Kelly Keagy (Night Ranger) dont tu as produit les deux albums solos. Il ne se contente pas d’être un bon batteur, Il possède aussi une très belle voix à l’instar de Peter Criss (Kiss), Dean Castronovo (Journey) ou Don Henley (Eagles).

    Comme tous les artistes que tu viens de citer. Kelly est une force de la nature. C’est un batteur imprévisible. Tu ne sais jamais à quoi t’attendre avec lui. C’est assez surprenant mais une fois que tu as compris la subtilité qui se dégage de son jeu et entre dans le rythme, cela devient vraiment explosif. « I Will What I Want » est un bon exemple, c’est un titre plein d’énergie. Sa voix est sublime. Kelly est aussi un compositeur de talent. Et puis, humainement, c’est quelqu’un de très positif et de chaleureux.  

    Parlons des petits nouveaux, les Scandinaves de Work Of Art présents sur le très aéré « When The Eagles Dare ». Etait-ce un choix du label ?

    Non. Lors du MelodicRock Fest à Chicago, il y a quatre ans, j’ai fait la connaissance des gars de Work Of Art. J’ai été fasciné par la voix de Lars Safsund tandis que Robert Säll est un brillant guitariste. Il s’est avéré qu’ils étaient tous les deux fans de mon travail. Je leur ai donné le titre « The Music Remembers »  la plage d’ouverture de l’album hommage à Jimi Jamison et Fergie Frederiksen [Torch]. Work Of Art est le premier groupe que j’ai contacté pour ce 2è opus de Live Stage. J’ai imaginé « When The Eagles Dare » en me basant sur le jeu de Robert et la voix de Lars. C’est l’un de mes morceaux préférés de ce disque bien qu’il soit différent du reste. 

    Comment vous êtes vous réparti le travail ? Quel a été la part de chacun ?

    En fat c’est assez simple, on travaillait ensemble sur la musique et j’apportais généralement les paroles sauf pour « Proof Of Heaven », une chanson entièrement écrite par Dennis DeYoung. C’était généralement du 50/50. Tous m’ont rejoint en studio à l’exception de Danny Vaughn [Tyketto] qui habite en Alaska. C’était compliqué au niveau organisation. Nous avons donc utilisé Skype et FaceTime pour créer « The Hand I Was Dealt ». C’est un enregistrement spontané.  C’est même l’un des moments fort du disque.

    JIM PETERIK et DENIS DE YOUNG

    On trouve aussi le très beau et émouvant « Love All Over The World » interprété par Jimi Jamison (Survivor). Un  titre posthume. 

    En effet, l’idée était d’avoir une chanson de Jimi Jamison que personne n’avait jamais entendue, même sur scène. En 2008, Jimi a commencé  à travailler sur un album orienté country car il était attaché à ses racines. J’ai trouvé l’idée excellente. Nous avons enregistré sept ou huit chanson dans l’esprit « new country ». Je considère certaines d’entre-elles comme intéressantes mais « Love All Over The Wolrd » est une perle. J’ai ajouté sur la démo des mandolines, des guitares acoustiques et une guitare dobro. Cependant, nous n’avons jamais achevé ce morceau car le boss du label de Frontiers m’a demandé de réaliser un nouvel album rock pour Jimi, le futur Crossroads Moment. Les premières années après sa mort, j’ai dû sortir du brouillard mais quand j’ai commencé à travailler sur ce deuxième disque de Wolrd Stage, cette chanson m’a traversé l’esprit. J’ai contacté la famille de Jimi et celle-ci m’a donné carte blanche pour utiliser sa voix avec une nouvelle orchestration.. Mon fils Colin, joue de la batterie sur ce morceau posthume, je partage les guitares avec Mike Aquino et Bill Syniar tient la basse. Ce fut une session très émouvante. Jimi n’était pas vraiment absent, son esprit était avec nous dans le studio. Je devais bien à mon vieil acolyte de fermer cette parenthèse. Il me manque beaucoup.

    Tu as perdu un autre bon camarade, Stephan Ellis (bassiste de Survivor) qui est décédé au mois de février. As-tu une anecdote à partager avec nous ?

    Stephan avait deux passions, le vin rosé et sa basse. C’était un homme très modeste mais il a été l’un des architectes du son de Survivor. Il faisait galoper son médiator donnant ainsi une attaque puissante aux notes. Son style était en fait similaire à celui de Chris Squire de Yes. Stephen était heureux de son statut d’artiste. Après la sortie du 1er album, Frankie et moi cherchions un son différent. Nous venions de nous séparer de Dennis Keith Johnson [bassiste] et Gary Smith [batteur]. Nous sommes partis à Los Angeles pour trouver leurs remplaçants. On a auditionné de nombreux musiciens sans succès jusqu’au jour où notre ami Ferggie Frederiksen nous a invité à boire un verre dans un bar appelé le Flippers Roller Disco. On regardait des filles qui faisaient du pole dance pendant qu’un groupe répondant au nom de Baxter jouait du rock’n’roll. Leur bassiste se débrouillait vraiment bien. Frankie trouvait qu’il avait le profil. J’étais de son avis. Profitant d’une pause j’ai invité Stephan à venir passer une audition pour Survivor. Sa réponse fut brève : « qui ? Jamais entendu parler ! » (il rit). Nous n’étions pas encore célèbres à ce moment-là. Je lui ai répondu que le groupe était sous contrat avec le label Scotti Brothers et avait déjà réalisé un disque. Le lendemain matin, il s’est présenté au studio d’enregistrement. Le batteur Marc Droubay était également présent ce jour-là. La séance fut magique. Nous tenions enfin notre section rythmique. Le nouveau line-up a travaillé durant cette première session sur « Heart Of Stone », un enregistrement qui n’a jamais vu le jour.

    Quelles sont tes relations aujourd’hui avec les membres historiques de Survivor ?

    Stephan Ellis (basse) nous a malheureusement quitté au mois de février à l’âge de 69 ans. C’était un quelqu’un de très modeste mais il a été l’un des architectes du son de Survivor. Je suis resté en contact avec Dave Bickler (chant). Nos carrières ne se sont pas vraiment séparées puisqu’il joue occasionnellement au sein du collectif World Stage. Nous avons d’ailleurs interprété un titre de son album solo [Darklight] pendant un concert l’an dernier. Pour ce qui est de Frankie [Sullivan] c’est plus compliqué. Il y a un respect mutuel entre-nous mais on ne communique pas vraiment. Il est très protecteur par rapport au nom de Survivor (Katy Perry échappera de peu à un procès pour avoir utilisé, en 2013, l'expression «  Eye of the Tiger  » dans les paroles de son titre «  Roar  »). Je ne peux pas le blâmer pour cela car il a apporté énormément au groupe. C’est un guitariste et compositeur brillant. Est-ce que j’envisage de revenir au sein de Survivor ? Non, je préfère continuer mon bonhomme de chemin seul.

    Tu as écrit plus de 5.000 chansons au cours de ta carrière. Quel serait ton top 5 ?

    Tout d’abord « Vehicle » des Ides Of March. Je devais avoir une petite vingtaine d’année au moment d’écrire  ce tube. J’ai eu beaucoup de chance. Ensuite, il y a évidemment l’incontournable « Eye Of The Tiger » choisi par mon ami Sylvester Stallonne comme générique d'ouverture de Rocky III. « The Search Is Over », un autre titre de Survivor, « Hold On Loosely » un morceau composé pour 38 Special et « That’s Why God Made The Radio » des Beach Boys car j’ai réalisé un de mes rêves en composant une chanson pour mon idole, Brian Wilson.

    Ce sont pour la plupart des tubes intemporels. Il est certain que dans cinquante ans, « Vehicle » et « Eye Of The Tiger » seront encore diffusés sur les ondes.

    Je suis fier de savoir que ma musique me survivra. Ce n’est pas facile d’évoquer sa fin mais ces mélodies resteront gravées dans la mémoire collective car elles sont universelles. J’ai déjà atteint l’âge de la retraite. Je suis grand-père aujourd’hui et mon fils est un excellent musicien, compositeur et ingénieur du son. Je sais qu’il gérera efficacement mon patrimoine musical. Je ne me tracasse pas pour cela. Si je suis arrivé à faire passer des émotions à travers mes chansons durant toutes ces années, c’est ma plus belle récompense, mort ou vif (rires) !

    JIM PETERIK, promo 2

    Tu as présenté à Sylvester Stallone deux titres pour la B.O du film Rocky III, « Eye Of The Tiger » bien sûr mais quel a été le second morceau ?

    « Ever Since The Love Began », une de mes plus belles compositions. Malheureusement, cette ballade n’a pas été retenue par la compagnie cinématographique au grand dam de Sylvester Stallone d’ailleurs toutefois, il l’a utilisée pour la bande originale de Lock Up [Haute Sécurité}) en 1989. J’étais fier d’annoncer à mon père que j’avais écrit deux chansons deux chansons pour le long-métrage Rocky. Lorsque je lui ai joué « Ever Since The Love Began » il a eu les larmes aux yeux. Malheureusement, il n’a jamais entendu « Eye Of The Tiger » car son état s’est dégradé pendant que nous enregistrions l’album aux studios Rumbo, à Canoga Park, dans la banlieue de Los Angeles. Alerté par mon épouse, j’ai pris le premier avion pour Chicago mais je suis arrivé trop tard. C’est mon plus grand regret. Comme je suis une personne très spirituelle, je suis certain qu’il a entendu la chanson là-haut. « Fighter », une autre titre inspiré par le film est resté à l’état de maquette, Frankie Sullivan estimant qu’il ressemblait à « Eye Of The Tiger ».

    As-tu vu le film Creed II ?

    Non !

    La bande son de ne vaut pas celle des quatre premiers Rocky. On ne trouve pas des chansons iconiques de le trempe de « Eye Of The Tiger » et « Burning Heart »…

    C’est probablement la raison pour laquelle je n’ai pas été le voir. Je suis resté en contact avec Sly. Il m’a demandé plusieurs fois de lui écrire un nouvel hymne rock mais les types de la société de production ne voulaient que des artistes de hip hop et de rap pour la série Creed. Il n’a pas le contrôle la-dessus.

    On voit des images des missions Apollo dans le clip de « Vehicle ». Où étais-tu lorsque Neill Armstrong et Buzz Aldrin ont posé le pied sur la lune, il y a 50 ans ?

    J’avais 18 ans au moment de l’alunissage. Je me souviens avoir écarquillé des yeux comme des soucoupes en entendant la voix de Neill en direct. Mon frère s’est alors mis à rire : « c’est du chiqué Jim. Ces images sont prises dans un studio de télé… » Je lui ai répondu « Tu es complètement fou, tout cela est bien réel ! » . Il m’a vraiment mis hors de moi sur le moment. Les premiers hommes sur la lune, c’est l’Amérique que j’adore. Ce pays a accompli des choses extraordinaires durant de longues années. Je n’ai pas eu de rôle majeur dans le montage du clip mais la vidéo est devenue culte. Le type qui a réalisé cela a été bien inspiré.

    Tu ne chômes pas puisque le nouveau disque de la formation The Ides Of March, Play On devrait sortir en août 2019.

    Nous fêtons cette année notre 55è anniversaire. Le titre fait référence  à une citation de Shakespeare : If Music is the Food of Love, Play On ! (« Si la musique est la pâture de l’amour, joue encore ! »). C’est vraiment la philosophie de notre bande d’amis. De nombreux invités sont venus nous rejoindre en studio à Chicago pour cet enregistrement comme Joe Bonamassa et Mark Farner [Grand Funk Railroad]. Ce dernier chante avec moi sur « Swagger », une très belle chanson. Je fais aussi un duo avec Cathy Richardson [Jefferson Starship] sur « Blue Storm Rising » le 1er single. On trouve également sur le disque Bo Bice [participant de l’émission American Idol] et Paul Shaffer [pianiste du David Letterman Late Show] ainsi que Mindi Abair, une saxophoniste de blues rock qui joue un solo incroyable. Vous trouverez tous les ingrédients qui ont fait le succès des Ides Of March : des mélodies qui collent au cœur et au corps, des textes intéressants et des harmonies calibrées.

    Te souviens-tu de tes deux passages au Lokerse Feesten ?

    Bien sûr. Je m’y suis produit une première fois en 2005 avec Pride Of Lions. On ne savait pas trop à quoi s'attendre en venant en Belgique mais on n'a pas été déçu ! Nous avons joué devant 18.000 personnes enthousiastes. Je me rappelle avoir aperçu une banderole sur laquelle on pouvait lire « We Believe In Pride Of Lions ». Ce fut un moment particulier. Toby [Hitchcock, chant] a été tellement bon ce soir-là que nous avons décidé d’immortaliser le concert sur le CD/DVD « Pride Of Lions - Live In Belgium ». Je suis revenu deux ans plus tard avec Wolrd Stage en compagnie de Jimi Jamison, Kip Winger et Kelly Keagy. Nous avons terminé la nuit dans un bar de Lokeren où la bière belge a coulé à flots. Crois-moi, j’en garde un souvenir impérissable. (rires).

     Retrouvez cet article dans Hellzine (mai-juin 2019)

    JIM PETERIK & WORLD STAGE

    Winds Of Change

    Frontiers Records

    JIM PETERIK, Wolrd Stage cover

    Jim Peterik, l’ex-guitariste et claviériste de Survivor et co-auteur de la chanson « Eye Of The Tiger » n’a pas lésiné sur les moyens pour faire de ce nouvel exercice avec le projet World Stage, une bombe ! Winds Of Change propose un casting de fou. Don Barnes (38 Special), Jason Scheef (Chicago), Mike Reno (Loverboy), Dennis DeYoung (Styx), Kevin Cronin (REO Speedwagon), Kelly Keagy (Night Ranger), Danny Vaughn (Tyketto), Toby Hitchcock (Pride Of Lions), Kevin Chalfant (The Storm)… bref la Rolls des chanteurs. Chaque chanson correspond adéquatement au casting de cet album qui retrace quarante-cinq ans de Metal AOR. « Sometimes You Just Want More » et « Home Fires » sont des titres mélodiques, énergiques et accrocheurs tandis que « Without A Bullet Being Fired » est un tube en puissance.  L’album propose surtout une musique qui a pour elle de toucher directement l’auditeur. Si « Proof Of Heaven » est impérial, retrouver la voix du regretté Jimi Jamison (Survivor) sur une chanson inédite de 2008 (« Love You All Over The World »), est un réel bonheur. Les fans seront aussi heureux d’apprendre que Jim Peterik a enregistré un nouveau disque avec les Ides Of March (sortie en août).
     [Ph. Saintes]

     


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  • WHITESNAKE

    La langue du serpent 

    David Coverdale n’a jamais sa langue dans sa poche. Un regard tourné avec lucidité vers le passé, un autre qui fixe le futur avec enthousiasme, la tête pensante de Whitesnake évoque pour Metal Obs le nouvel album Flesh & Blood avant la tournée européenne qui fera escale au Graspop le 23 juin. [Entretien avec David Coverdale (chant) par Philippe Saintes  - photos : Tyler Bourns]

    WHITESNAKE : Band 2018

    Tu t’apprêtes à repartir pour une tournée mondiale avec Whitesnake. Les ennuis de santé sont derrière toi ?

    Oui, je suis d’attaque. J’ai souffert pendant dix ans d’une forme de dégénérescence articulaire au niveau des genoux. J’ai consulté de nombreux spécialistes dans le monde entier. Des injections de stéroïdes, des antidouleurs puissants et du gel m’ont permis de me produire sur scène jusqu’en 2016. Pendant les concerts  en Amérique du Sud et les traitements médicaux ne suffisaient plus à soulager les douleurs. J’ai alors appelé mon épouse pour lui dire que je ne pouvais plus continuer comme ça et qu’une opération était inévitable si je ne voulais pas terminer mon existence dans un fauteuil roulant. Mon genou droit abîmé a été remplacé par une prothèse en titane au mois de janvier 2017 et le gauche a suivi en mai. Grâce au docteur Brad Penenberg, un chirurgien remarquable, tout s’est bien déroulé.  Une fois remis sur pied, mon ami Mick Jones de Foreigner m’a invité à participer à une tournée des salles aux USA pendant deux mois, l’été dernier. Ce fut pour moi l’occasion de tester mes nouveaux genoux sans pression. A présent, je suis fin prêt pour la nouvelle tournée ! 

    Avec Flesh & Blood, vous allez droit au but. Tout est dit dans le titre (la chair et le sang)…

    Ce 13è album de Whitesnake est une extension de toutes les choses que le groupe a pu faire dans le passé, du hard rock au rhythm'n'blues en passant par des ballades, des morceaux couillus et des titres accrocheurs comme  « When I Think Of You (Color Me Blue) ». On retrouve aussi une inspiration plus sombre sur « Heart Of Stone » et des instants joyeux sur le single  « Shut Up & Kiss Me ». Je suis resté fidèle à ma façon d’écrire. C’est un album organique, honnête et sans artifice. En terme de progression, je pense que ce line-up s’est encore amélioré. Tommy Aldridge [batterie] et Michael Devin [basse] ont joué de façon incroyable. Les amateurs de bonne rythmique vont apprécier. Tous les membres ont travaillé dans une ambiance collective. Nous avons été très soudés tout au long de l’album. Ce groupe est un véritable mur du son !

    Beaucoup de grands guitaristes sont passés dans Whitesnake. Il y a eu Micky Moody, Bernie Marsden, Mel Galley, John Sykes, Vivian Campbell, Adrian Vandenberg, Steve Vai, Doug Aldrich et maintenant Joel Hoekstra. Ce dernier a très vite trouvé sa place.

    C’est la première fois que je composais avec Reb Beach et Joel Hoekstra. Je suis convaincu que cette association a été fructueuse et consistante. Joel est un musicien vrai, naturel et très créatif.  C’est un véritable plaisir de travailler avec lui. Nous avons écrit ensemble « Good To See You Again » la plage titulaire, qui me fait penser aux premiers enregistrements de Whitesnake, des Rolling Stones ou des Faces avec Rod Stewart, bref à la belle époque du blues-rock. « After All » a été le premier morceau que nous avons travaillé à l’issue du « Purple Tour » fin 2016. Joel a pris l’avion à New York pour me rejoindre à Reno et enregistrer la chanson avec la complicité d’un quatuor à cordes mais nous n’avons pas eu le temps de la terminer pour l’inclure dans le boxset Unzipped. J’avais ce titre en tête depuis plusieurs années déjà.  Je tenais à exprimer ma reconnaissance et ma gratitude à mon épouse, Cindy, qui m’accompagne depuis 29 ans maintenant. Dans le milieu du rock c’est un record ! Elle est une source d’inspiration au quotidien pour moi. 

    WHITESNAKE :David Coverdale Flesh And Blood

    Ton épouse et ton fils font une apparition dans le clip de la chanson « Shut Up And Kiss Me » qui est un clin d’œil à la période MTV du groupe…

    Absolument. J’ai écrit le script avec Tyler Bourns, un jeune réalisateur et scénariste qui avait déjà travaillé sur les vidéos de The Purple Album. Nous nous sommes retrouvés dans mon bureau avec un véritable storyboard comme pour un scénario de film ou de série télévisée. Whitesnake ne fait pas des vidéos au rabais. J’ai pu constater que plusieurs de mes collègues réalisaient des clips minimalistes parce qu’aujourd’hui le principale média de diffusion est internet. « Shut Up And Kiss Me » a été tourné comme un film. C’est le teasing parfait pour lancer l’album. Dans un premier temps, j’avais songé à louer un club dans le centre ville de Reno mais je me remettais seulement de mes opérations. J’éprouvais un certain mal être physique et ne souhaitais pas apparaître en public. Nous avons donc tourné ce clip chez moi, dans mon propre studio. C’est fou comme celui-ci donne l’illusion d’un club de rock. Nous avons fait appel à des amis  de tous âges. J’ai aussi ressorti du garage la Jaguar XJ qui avait été utilisée dans le clip de « Here I Go Again » réalisé il y a plus de trente ans. Grâce à Dieu, elle est toujours dans un état impeccable. C’est incroyable ! Cette vidéo est vraiment une machine à remonter le temps. On s’est énormément amusé durant le tournage avec cette voiture iconique et terriblement rok’n’roll. Pourquoi ne font-il plus des modèles aussi sexy aujourd’hui ? Je possède une Lexus LC 500 custom, cependant je préfère la vieille anglaise qui est la vraie vedette du clip. Come on baby (rires) !

    Flesh And Blood aurait dû sortir en 2018, mais vous avez rencontré de nombreux pépins…

    Comme chaque fois que je prépare un album il m’arrive des bricoles toujours au plus mauvais moment.  Après ma double opération, j’étais épuisé physiquement et mentalement. Pendant l’enregistrement, j'ai eu une horrible grippe. Il a fallu environ six semaines avant que je ne me sente de nouveau bien. Ensuite, alors que nous étions à un stade avancé de la production de l’album,  l’ordinateur avec le logiciel Pro tools a fait un crash pendant une session de mixage. C'était horrible ! Heureusement un spécialiste a pu récupérer les fichiers mais là encore nous avons perdu énormément de temps.

    Peux-tu confirmer que « Gonna Be Alright » est un morceau écrit à l’origine pour Jimmy Page ?

    Oui, c’est vrai. L’enregistrement de ce morceau m’a rappelé le bon vieux temps. « Gonna Be Alright » est basé sur un riff que j’avais spécialement écrit pour Jimmy. Ce dernier a été une vraie source d’inspiration. Travailler avec lui a été l’un des temps forts de ma carrière. Dans l’éventualité d’une suite au projet Coverdale-Page, je souhaitais proposer à Jimmy « Gonna Be Alright » ainsi que des titres comme « Woman Trouble Blues » et « Take Me Back Again » finalement achevés avec Adrian Vandenbergh pour l’album Restless Heart [1997]. Nous nous sommes mis d’accord, Jimmy et moi, pour remixer bientôt l’album Coverdale-Page. Cette nouvelle édition comportera 4 ou 5 titres inédits.

    Les fans ont été gâtés ces derniers temps avec l’édition spéciale 30è anniversaire de l’album 1987 puis le coffret Unzipped en 2018 et plus récemment l’édition de luxe de Slide It In. Comptez-vous sortir d’autres coffrets de ce type prochainement ?

    Certainement. Le box set Slip Of The Tongue sera commercialisé à la fin de l’année à l’occasion du 30è anniversaire de cet album. Nous allons faire des remixes avec plusieurs invités prestigieux. En 50 ans de carrière j’en ai des anniversaires à célébrer (rires). Comme tu le vois, je navigue en permanence entre le studio et la scène.

    WHITESNAKE :David Coverdale

    En 2021, tu fêteras tes 70 ans. C’est un cap !

    Je suis moi-même étonné. J’ai 67 ans. Avant c’était vieux, plus aujourd’hui. Et je suis toujours aussi jeune dans ma tête. Lors de la sortie du précédent disque studio, j’avais annoncé vouloir prendre ma retraite mais la tournée de 2016 a eu sur mois un effet régénérateur. Tout le monde est emballé par le nouvel album, le label, les musiciens, mon entourage. Le succès n'est pas garanti à l'avance mais il y a une telle énergie positive autour de ce disque que je n’ai qu’une seule envie, continuer à faire ce merveilleux métier le plus longtemps possible.

    Whitesnake se produira en Europe au mois de juin. Un mot sur la setlist ?

    2019 marque le 35è anniversaire de Slide It In. Le public aura droit à quelques morceaux de cet album. On jouera évidemment les classiques « Is This Love, « Here I Go Again » et « Still Of The Night » et j’espère quatre ou cinq chansons de Flesh And Blood. Je pense que « Shut Up And Kiss Me » et « Gonna Be Alright » sont taillés pour la scène. Le public va apprécier cette tournée car Whitesnake ne joue jamais à l’automatique.

    Pour les fans belges de Whitesnake, peux-tu me dire de que quoi s’inspire l’instrumental « Belgian Tom’s Hat Trick » qui figure sur le premier album de Whitesnake Trouble (1978) ?

    Cette histoire remonte à la 1ère tournée de Whitesnake. Le mouvement punk qui venait d’envahir des capitales comme Londres, Berlin et New York, avait quelque peu ringardisé les groupes de hard rock et de rhythm'n'blues. À 27 ans, j’étais considéré comme un dinosaure par la presse britannique. En guise de riposte, je décidai de baptiser la tournée « Back To The Roots » (retour aux sources). Nous avons joué dans des petits clubs en Angleterre. De nombreuses personnes devaient écouter à l’extérieur car il n’y avait pas assez de places pour tout le monde. Après un concert à Scarborough, une ville du littoral du Yorkshire, je me suis assis au bar avec Micky Moody. Celui-ci avait son légendaire chapeau à large bord vissé sur la tête. Une fille s’est approchée et lui a demandé : d'où viens-tu. D’un air très naturel, Micky a répondu :  Je suis belge et je m’appelle Tom. Elle a fini par le croire ! Comme ils étaient attirés physiquement, ils ont fait cela trois fois, si tu vois ce que je veux dire…le coup du chapeau. Voilà l’histoire ‘romantique’ de « Belgian Tom’s Hat Trick » (rires)…

     Retrouvez cet article dans Classic Obs' #3

     WHITESNAKE : Flesh And Blood - cover

     WHITESNAKE

     Flesh & Blood

    Frontiers Records 

    Avec Flesh & Blood, Whitesnake a retrouvé la flamme d’antan. On s’en souviendra comme des premiers albums ou de l’incontournable 1987. Reb Beach et Joel Hoekstra dessinent ensemble des chorus en arabesque comme à la belle époque. Quant au vieux routier Tommy Aldridge, il est resté un frappeur hors pair. Les musiciens ont mis leur compétence au service du patron Coverdale, dans l’esprit que celui-ci désirait, à savoir un hard musclé, bluesy et catchy. « Shut Up And Kiss Me » vous reste aussi facilement dans la tête qu’un conte de Perrault. « Good To See You Again », « Gonna Be All Right » et « Trouble Is Your Middle Name » sont obstinément heavy. « Well I Never» claque juste comme il faut. Tout aussi nerveux, le titre éponyme « Flesh & Blood » confirme le bien que l’on pense de cet album. « Heart Of Stone » est un blues plus vrai que nature. Enfin, trois morceaux sont à classer parmi les ballades rock. L’acoustique « After All » vous donne le frisson (normal pour un serpent), « Always & Forever » semble tout droit sorti de la période Slide It In tandis que « When I Think Of You » est une chanson d’amour triste. Coverdale reste parmi les plus grands, incapable de se trahir et incontestablement trop « jeune » pour s’embarquer dans une tournée d’adieu ! [Ph. Saintes] 

     

     


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  •  BURNING RAIN

    Toujours Incandescent 

    Grand retour discographique pour la paire Aldrich-St John. Si les deux compères tournent actuellement en Europe dans une formule « duo acoustique », le nouvel album a été réalisé avec le renfort du batteur Blas Elias (ex-Slaughter) et le bassiste Brad Lang (Y & T). Face The Music et aussi agressif qu’accrocheur. [Entretien avec Keith St John (chant) par Philippe Saintes  - photos : Jeff Forney]

    BURNING RAIN 2019 - promo

    Keith, comment a été composé l’album ?

    Doug et moi avons composé et arrangé toutes les chansons. Le mixage a été confié à Alessandro Del Vecchio (Revolution Saints), un spécialiste, pour gagner du temps. On avait des tas d’ébauches de morceaux au moment de commencer à travailler sur l’album. On se retrouve chez Doug ou chez moi à L.A. et les idées germent dans nos têtes au fur et à mesure de la session. C’est très simple comme procédé. Autrement Doug m’envoie des idées claires sous forme de démo, avec les parties de guitare, la basse et des boîtes à rythmes. J’ajoute des paroles et lui fait part de quelques suggestions. C’est bien, parce que nous nous motivons mutuellement. Nous avons utilisé protools et de nombreux logiciels de guitares. On enregistrait directement de la maison et on s’envoyait les corrections par e-mail. Nous avons déjà procédé comme cela, et cela ne nous pose pas de problème. D’autres chansons ont vu le jour après une jam dans un studio avec Blas Elias notre batteur. Ce fut une super expérience, sur pleins d’aspects différents. Je suis très satisfait des chansons de Face The Music que je qualifierai de « directes » par rapport aux titres d’Epic Obsession (2013) dont les arrangements étaient plus complexes.

    Tu collabores avec Doug depuis 20 ans. Comment expliquer que Burning Rain est toujours présent en 2019 ?

    L’amitié et la passion tout simplement. On a effectivement créé ce groupe en 1998 et c’est vrai que ça commence à être une longue histoire. Tant que l’on aura la sensation de bien faire les choses ensemble, on continuera. Et puis, Doug est quelqu’un d’unique. Il peut tout jouer, du heavy metal au hard rock en passant par le blues. Il parvient à adapter son style mais en conservant ses textures caractéristiques. 

    Autour de toi et Doug, la formation a régulièrement changé. Finalement Burning Rain est-il un duo ou un groupe ?

    Si l’on regarde notre parcours, on peut effectivement dire que Burning Rain est un duo, à l’instar de The Cult, mais avec ce nouveau line-up, je pense que nous allons poursuivre l’aventure en tant que groupe. Brad et Elias ont apporté un nouveau souffle. Ils ont vraiment l’esprit d’équipe, cela fait partie de leur ADN, et la cohésion musicale est indéniable.

    BURNING RAIN band 2019 :

    Vous donnez actuellement une tournée européenne acoustique en duo, peux-tu nous parler de la setlist…

    On adore la scène et Face The Music est encore très frais. Je ne sais pas si nous allons jouer tous les morceaux de l’album mais chaque concert sera différent. On peut jouer un soir « Hit And Run » et le remplacer le concert suivant par « Nasty Hustle ». On trouve également dans la setlist des titres de nos précédents albums mais aussi des reprises de Whitesnake et de Montrose.  

    Qu’en est-il des concerts électriques ?

    Nous avons donné un premier set lors d’une soirée de présentation de l’album à  Las Vegas, le 28 mars dernier. Ce 28 avril, nous jouerons au Frontiers Rock Festival à Milan. Le groupe est en contact avec des promoteurs américains et européens. Je pense que la formation au grand complet devrait se produire vers le mois de septembre en Europe. L’annonce officielle doit tomber prochainement. L’objectif est de tourner davantage en 2020 car Doug  a des obligations cette année avec les Dead Daisies et moi avec Kingdom Come. 

    Tu as effectivement tourné l’an dernier avec Kingdom Come aux Etats-Unis, en remplacement de Lenny Wolf, le chanteur d’origine. A la fin des années ’80, ce groupe a été taxé de clone de Led Zeppelin par la critique. Aujourd’hui une jeune formation comme Greta Van Fleet qui s’inspire très largement du style du Zep, est portée au pinacle par les médias et a même reçu un Grammy Award. Kingdom Come est-il né 30 ans trop tôt ?

    (Il rit). C’est vrai que Led Zep a été un modèle inspirateur. C’est malheureux à dire mais Kingdom Come est un groupe que tout le monde avait oublié avant cette tournée, à l’exception des fans de la première heure qui sont venus massivement à nos concerts. On a pu tester notre niveau de popularité au cours de cette tournée et le bilan est très positif. Le groupe est bien rôdé et le show s’améliore. J’ai adoré me produire avec James (Kottak, batterie) qui est un bon copain. J’ai aussi tissé des liens avec Johnny (B. Frank, basse), Danny (Stag, lead) et Rick (Steier, guitare rythmique). Kingdom Come a fait partie du mouvement pop metal initié par Quiet Riot durant les 80s. Ce style populaire qui faisait un ravage sur MTV a été la cible de certains journalistes prétentieux. Cette presse pompeuse a profité de la vague grunge pour enterrer toute une génération. Ce fut le déclin. Dans les années ‘90, il fallait se réinventer ou disparaître. Aujourd’hui à l’époque du post-millenium, la jeune génération est à la recherche de l’âme des années ‘70 et ’80. Des gamins de 14 ans écoutent à nouveau Led Zeppelin et Jimi Hendrix. Les groupes « badas » reviennent à la mode. Les mentalités évoluent et c’est rafraîchissant de voir que qu’un groupe comme Greta Van Fleet, qui incarne cette jeunesse, est présenté comme le nouveau Led Zeppelin. 

    "Brad et Elias ont apporté un nouveau souffle. Ils ont vraiment l’esprit d’équipe, cela fait partie de leur ADN, et la cohésion musicale est indéniable."

    BURNING RAIN : Keith and Doug

    Tu as été le bras droit de feu Ronnie Montrose pendant 13 ans mais ton nom n’apparaît pas sur l’album posthume du guitariste 10x10 sorti l’an dernier, pourquoi ?

    Je pense qu’à la base, il y a eu un problème de communication. Entre la sortie de l’album et le décès de Ronnie, cinq ans se sont écoulés. J’ai travaillé une bonne année avec Ronnie sur ce qui devait être le 6è album de Montrose. On se rendait mutuellement l’un chez l’autre pendant le processus de composition. Ensuite, Ricky Philips (The Babies, Styx) et Eric Singer (Kiss) ont commencé à enregistrer les parties rythmiques. Ronnie a alors connu des hauts et des bas à cause de la maladie. Il pouvait décrocher pendant une demi-année puis revenir plein d’enthousiasme au point de vouloir repartir en tournée. Malheureusement avec les emplois du temps de chacun, il a été bien difficile de finaliser ce projet. Après le décès tragique de Ronnie, Ricky a commencé à travailler sur des chutes de studio. Je n’ai jamais vraiment su pourquoi il ne m’avait pas contacté pour finir le disque. Comme tu l’as mentionné, j’ai été le chanteur de Montrose pendant de nombreuses années. Je sais que Ronnie souhaitait collaborer avec divers  chanteurs mais il m’avait aussi convié sur deux ou trois titres. Finalement, toutes mes chansons ont été écartées et je n’ai pas été invité sur l’album. Dommage ! J’aurai peut-être un jour une discussion avec Ricky Philips à ce sujet. 

    Ton premier groupe officiel fut Big Trouble. On trouvait au sein de cette formation,  Bobby Rondinelli (ex-Rainbow), Jon Levin (Dokken) et Tommy Henriksen (Alice Cooper, Hollywood Vampires). Aujourd’hui on parlerait d’un « supergroupe ». As-tu gardé des contacts avec tes anciens partenaires. Et existe-t-il encore des bandes de l’époque ?

    J’ai convaincu Jon de s’installer ici en Californie. Il habite à une demi-heure de la maison et on se voit régulièrement. Je parle occasionnellement à Bobby que je croise parfois lors de concerts, en revanche, je n’ai plus eu de contact avec Tommy depuis un bon moment. Concernant des enregistrements, Jon doit avoir quelques mixes chez lui. Un ingé son qui a travaillé avec nous doit aussi posséder quelques prises.   

    Quel a été ton premier concert ? 

    Ozzy Osbourne au début des années ’80 à North Island, en Californie. 

    Et ton premier disque vinyle ?

    Oh, mon Dieu ! J’ai reçu de nombreux disques à Noël ou lors d’anniversaires quand j’étais ado. Ils sont toujours à la maison d’ailleurs. Je pense que ça doit être Rock And Roll Over de Kiss. Plus ou moins à la même période, j’ai dû recevoir les doubles best-of « rouge » et « bleu » des Beatles.

    Retrouvez cet article dans Hellzine (avril-mai 2019)

     

    BURNING RAIN : Face The Music - cover

    BURNING RAIN 

     Face The Music  

     Frontiers Records

    Une bonne nouvelle : les gars sont de retour. Quand on dit les gars, on parle de Doug Aldrich et Keith St John, soit la cheville ouvrière de Burning Rain qui sort un quatrième album pour son vingtième anniversaire. La principale force de ce disque est sa simplicité. Pas d’effets de style douteux, ici tout est clair, limpide, à l’image des guitares fluides d’Aldrich et du chant de St John qui relève de la performance. « Lorelei » et « Shelter » sont des titres de rock blues efficaces,  « Beautiful Road » et le single « Midnight Train » sont bourrés de tripes alors que le groove infectieux de « Hideway », interprété façon James Brown, apporte une nouvelle dimension au groupe. Burning Rain n’a pas oublié ses racines puisque l’on entend sur cette galette certaines influences prédominantes : Aerosmith  (« Nasty Hustle », « Hit And Run »), AC/DC (« Face The Music »), Whitesnake (« If It ‘s Love »)  et Led Zeppelin (« Since I’m Loving You »). Voici incontestablement l’album du premier semestre 2019. Et si un groupe sort un CD contredisant ce jugement, j’en serai le premier à m’en féliciter : ce ne pourrait être que l’album de l’année…[Ph. Saintes]

     


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  •  LAST IN LINE

     Engagé et engageant

    Après le succès de leur premier album Heavy Crown, nombreux sont ceux qui attendent avec impatience ce second disque des anciens membres de Dio. Que les amateurs se rassurent, Last In Line  propose douze morceaux saignants dont la qualité est à la mesure du talent des quatre musiciens. [Entretien avec Vivian Campbell (guitare) par Philippe Saintes  - photos : Jim Wright]

    Last In Line - II

    Viv, comment va ta santé ?

    Chaque jour qui passe est un cadeau. Je suis heureux de pouvoir jouer dans deux groupes fantastiques comme Def Leppard et Last In Line. Ce sont mes deux poumons. Je suis emballé par la sortie du nouvel album de Last In Line. Nous avons donné notre 1er concert le 17 janvier aux Etats-Unis. J'ai toujours l'énergie suffisante pour me produire sur scène et faire ce merveilleux métier.

    Le décès de Jimmy Bain (68 ans) début 2016 a été brutal. Last In Line a néanmoins souhaité poursuivre son parcours musical avec Phil Soussan. Comment définirais-tu leur façon de jouer? 

    Jimmy et Phil ont la même sensibilité. Ils ont évolué dans le même registre. Phil a en effet accompagné Ozzy Osbourne à l’époque où Jimmy, Vinny Appice et moi jouions avec Ronnie James Dio. Techniquement, le jeu de Jimmy était simple et carré. Phil est plus créatif. Son style ressemble davantage à celui de Geezer Butler (Black Sabbath) ou de John Entwistle (The Who). On a eu deux ans pour bien connaître la façon de jouer de Phil avant d’entrer en studio. Il s’est parfaitement intégré au sein du groupe. 

    Savais-tu que Phil avait aussi tourné avec la star française Johnny Halliday (1995-1996) ?

    Oui, il m’en a parlé. Il a été très affecté par la disparition de Johnny. Nous étions en tournée lorsque la nouvelle est tombée. Phil parle parfaitement le français. Il a même de la famille dans l’Hexagone. Celle-ci est d’ailleurs venue nous voir en concert à Paris, il y a deux ans. Ce n’est donc pas une surprise s’il a été recruté par Johnny Halliday. Ce dernier s’est toujours bien entouré.  

    Andrew Freeman met le feu sur cet album. On peut dire que c’est une bonne pioche !

    C’est un chanteur qui a du coffre, ce qui est un critère indispensable pour faire partie de Last In Line car il y a beaucoup d’énergie sur scène. On joue très fort et le chanteur doit répondre à cette dynamique. Andrew s’est imposé de façon magistrale. Il apporte quelque chose de frais et de différent dans son interprétation. Il a réussi à donner une couleur très personnelle à Last In Line. Cette évolution se ressent sur ce deuxième opus.

    Quant à ton vieux complice Vinny Appice (batterie), il développe toujours un style puissant, sans fioriture. 

    J’ai eu la chance de côtoyer plusieurs batteurs exceptionnels au cours de ma carrière comme Rick Allen (Def Leppard), Tommy Aldridge (Whitesnake) ou Terry Bozio mais Vinny est unique. Personne ne frappe aussi fort que lui. Il ne joue jamais deux fois de la même façon. Je ne sais jamais à quoi m’attendre en concert. C’est pour cela que j’aime jouer avec lui. Il me pousse à me dépasser car sa vitalité est communicative. C’est un type exigeant mais incroyablement drôle et chaleureux. 

    Andrew Freeman

    On retrouve à la production, Jeff Pilson (Dokken, Foreigner) qui était déjà là sur Heavy Crown. C’est en quelque sorte le 5è élément du groupe.

    Jeff est très important pour nous. Ces compétences techniques sont impressionnantes et c’est quelqu’un  avec qui il est très facile de s’entendre. Il nous a surtout aidé à finaliser les arrangements des morceaux. Le programme de chacun était très serré, Jeff avec Foreigner, Andrew avec Devil’s Hand et moi avec Def Leppard. Nous n’avons travaillé ensemble que pendant quelques jours. L’idéal aurait été de passer 4 ou 5 semaines en studio tous ensemble mais cela n’a pas été possible. Il y a eu beaucoup d’aller et venue. Je suis étonné par la cohérence et la solidité de l’album compte tenu du processus d’enregistrement. On peut remercier Jeff pour cela. 

    Last In Line a passé un cap. Ce qui fut autrefois une « jam » informelle dans un studio de répétition de Los Angeles en 2011 est devenu un groupe à part entière.

    Effectivement. On s’est lancé dans ce projet un an après le décès de Ronnie. Nous jouions essentiellement des morceaux de Dio au début. Last In Line (Note : titre du 2è album de Dio) était le nom le plus approprié pour le groupe mais celui-ci n’a jamais été une copie de la formation originale. On a d'ailleurs voulu montrer cette nouvelle identité sonore dès le premier disque Heavy Crown. Cette émancipation se poursuit avec II. Toutefois, le groupe continuera à interpréter des titres des trois premiers albums de Dio en concert. Je me rappelle que sur la tournée Holy Diver nous avions intégré dans la setlist des morceaux de Black Sabbath et de Rainbow, formation dont Ronnie fut le chanteur. C’est bien connu le passé hante le présent et conditionne l'avenir.

    Parlons des compositions. II est tissé de texte profond sur le monde actuel et sur ses dangers.

    L’album est très sombre dans son ensemble. Il parle de la vie d’aujourd’hui. Nous traversons une période compliquée politiquement, sociologiquement et écologiquement. Nous évoquons simplement ce que vous voyez aux actualités.  Andrew est le parolier de « Year Of The Gun ». Il vit à Las Vegas, où s’est déroulé la fusillade la plus meurtrière de l’histoire des Etats-Unis, pendant un festival de musique (1er octobre 2017). Nous avons été affectés par cette tragédie. Andrew n’a pas l’habitude d’écrire des chansons fades ou mielleuses. Je pense qu’il a une perception assez négative de l’humanité et cela se comprend quand on voit qu’un idiot occupe le bureau présidentiel à la Maison-Blanche. Aujourd'hui, la question est au moins autant de comprendre comment on en est arrivé là que de savoir comment en sortir, et au plus vite. Je ne suis pas Américain mais j’ai passé la plus grande partie de ma vie dans ce pays. Et si je n’ai pas écrit les paroles de l’album, j’avais une vision sonore. J’ai voulu faire ressentir dans la musique mes propres doutes et les choses qui  me heurtent avec une note d’espoir néanmoins. En fait, je suis plus optimiste qu’Andrew (rires). 

    Tu évoques la situation aux Etats-Unis mais en Angleterre, le Brexit, ce n’est pas mal non plus.

    Tu as entièrement raison. Il y a aussi la Hongrie, l’Italie ou la Pologne, des pays touchés par la vague du populisme. Les gens se positionnent de plus en plus à droite et votent pour des leaders qui jouent sur la haine, sur les peurs avec des discours anti-migrants. Nous devons construire des ponts et pas des murs. Il faut plus de compassion entre les individus quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent. 

    Sur la vidéo de Lanslide on peut découvrir ta nouvelle guitare fabriquée par le Gibson Custom Shop, l’as-tu aussi employée sur ce disque ?

    Elle apparaît sur 20 à 25% de l’album seulement car je travaillais encore sur le prototype pendant l’enregistrement. Ce n’est qu’à la fin des séances que j’ai pu jouer sur la version définitive. Mais pour le reste, j’ai joué sur ma Les Paul période « Dio », la n°72987537 qui va bientôt être recréée par Epiphone.  Je me suis également servi d’une Strat pour les overdubs.

    Viv Campbell - Last In Line II

    Vous êtes est actuellement en tournée aux States. Tu rejoindras ensuite Def Leppard pour les festivals du printemps et de l’été en Europe. Pouvons-nous espérer voir Last In Line en Europe avant la fin de l’année ?

    Nous nous produirons au Download festival le même jour que Def Leppard, sur la scène principale. Ce sera une journée chargée pour moi (il rit). Auparavant, Last In Line se produira dans un club de Londres. Pour le reste de l’Europe, il faudra sans doute patienter jusqu’à l’automne.

    Def Leppard a clôturé en décembre sa tournée Hysteria au Royaume-Uni et en Irlande. Quelle est ta chanson préférée de cet album paru en août 1987.

    Sans hésitation, « Gods Of War » car c’est le morceau le plus rock de cet album. J’apprécie surtout sa complexité. J’adore jouer les riffs et aussi le solo ce qui est un extra pour moi car comme tu le sais, je dois surtout me cantonner dans un rôle de guitariste rythmique dans Def Leppard. Sinon, je prends aussi beaucoup de plaisir à interpréter en concert « Two Late For Love », un morceau sur lequel mon prédécesseur Steve Clarck jouait de la lead. Chaque fois que nous ajoutons une chanson à la setlist je suis emballé  parce que Def Leppard se doit de jouer les chansons que les fans veulent en concert : « Animal », « Hysteria », « Pour Some Sugar On Me », « Photograph » ou « Rock Of Ages ». C’est devenu une routine. Dès lors, jouer des titres plus obscurs est excitant pour nous tous.

    « Les gens se positionnent de plus en plus à droite et votent pour des leaders qui jouent sur la haine, sur les peurs avec des discours anti-migrants. Nous devons construire des ponts et pas des murs. » 

    L’éponyme Def Leppard, votre dernier album remonte à 2015. Comptez-vous enregistrer de nouvelles chansons ?

    J’ai enregistré quelques idées. Nous travaillons individuellement pour l’instant même si Sav, Joe et Phil se sont retrouvés pour composer quelques morceaux ensemble. Je pense que le groupe devrait se rendre à Dublin pour enregistrer un nouveau disque mais ce ne sera pas avant 2020. Ce n’est là qu’une pure spéculation de ma part.

     Last In Line - Viv Campbell

     

    Quand sortira le box-set Rock Of Ages II qui couvrira ta période au sein des "Léopards" ?

    Je ne peux pas te répondre. Je suis généralement le dernier averti des projets de Def Leppard.

    Brian May devrait introniser Def Leppard, lors de la 34è cérémonie du Rock’n’Roll Hall Of Fame, le 29 mars prochain. Est-ce que tu as vu le biopic Bohemian Rhapsody ?

    Oui, j’ai vu le film. Rami Malek est exceptionnel  dans le rôle de Freddy Mercury. Il s’est approprié à la perfection sa gestuel. Le résultat est bluffant ! Beaucoup de personnes m’ont dit que Bohemian Rhapsody ne respectait pas la chronologie des évènements mais ces libertés scénaristiques ou anachronismes qui jalonnent ce long-métrage ne m’ont pas choqué. Je pense que c’est une belle réussite cinématographique.

    J’ai lu que le regretté Phil Lynott t’avait invité chez lui à Londres pour travailler sur les démos de ce qui aurait dû être son troisième album solo. Que sont devenues ces maquettes ?

    Je n’en sais rien mais j’espère qu’elles ont été détruites. J’ai rejoins Phil sept mois avant son décès. Il était alors complètement accroc à l’alcool et les drogues dures. Je ne comprenais absolument pas ce qu’il me disait tellement il était usé mentalement. C’est triste à dire car il était un héros pour moi. J’étais vraiment mal à l’aise. Je l’adorais et le respectais mais là, il avait totalement sombré dans la déchéance. Phil tentait de m’expliquer ce qu’il voulait que je joue mais cela n’avait ni queue ni tête et lorsque je lui demandais de répéter, sa réponse était tout à fait incompréhensible. C’était embarrassant. Musicalement, je me rappelle que Phil avait davantage besoin d’un guitariste comme Mark Knopfler qui a joué sur son dernier album solo. Te souviens-tu de la chanson « King’s Call » ? On entend le son cristallin d’une Fender branchée sur un twin reverb alors que je préfère le mariage Gibson-Marshall (rires). J’ai conservé un très mauvais souvenir de cette collaboration éphémère.

    Phil Lynott aurait eu 70 ans en 2019. On parle d’une reformation de Thin Lizzy pour l’occasion. Pourrais-tu y participer ?

    J’en doute car personne ne m’a contacté mais j’aimerais le faire bien sûr. Thin Lizzy fait partie de mon héritage. Même si mon apparition dans le groupe n’a duré que quelques mois, elle m’a permis de me reconnecter à ma véritable passion, qui est de jouer de la guitare rock. Elle est même à l’origine du projet Last In Line. J’ai retrouvé le même désir qu’à l’époque où je jouais avec Dio au début de ma carrière. Lizzy a énormément compté pour moi. Alors oui, si on me le proposait, j’accepterais avec grand plaisir !

    Retrouvez cet article dans Classic Obs' Mag

     Last In Line - II cover

    LAST IN LINE

    II

    Frontiers Records 

    Last In Line est une deuxième vie pour Vivian Campbell  et ses camarades. Lorsqu’il peut s’échapper de la cage dorée des léopards, celui que ses amis surnomment « Viv » sort les crocs. Le guitariste délivre riffs et solos de guitare « badass » (écoutez donc « Give Up The Ghost » et « False Flag » !). Cette fois encore l’Irlandais a ressorti sa vieille Les Paul, celle-là même qui a irradié les trois premiers disques de Dio. « Cette guitare a un côté émotionnel pour moi. Elle m’accompagne aussi en tournée », nous a-t-il confié. Le groove de batterie nerveux et haletant de Vinny Appice et la ligne de basse solide de Phil Soussan donnent également un cachet indéniable à un disque qui en a sous le pied niveau production. Et puis, il y a la voix unique et grave d’Andrew Freeman qui balise des chansons à la fois denses et bouillantes. Ni chichi, ni paillettes, le hard-rock de la formation américano-britannique est profondément vivant et humain. Chaque incursion sonique possède sa propre personnalité. Avec des morceaux véloces comme « Landslide », « Year Of The Gun » et « Black Out The Sun », le groupe continuera à donner sans problème des concerts qui hérissent la crinière. [Ph. Saintes] 

    Site web : http://www.lastinlineofficial.com/

     


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  •  LEE AARON

    Inoxydable 

    Elle a tout vu, tout vécu. Lee Aaron n’a pas seulement traversé les âges, elle n’a cessé de se réinventer. Reine autoproclamée du metal, elle fut bien plus qu’une copie de Pat Benatar ainsi que l’attestent des albums comme Call Of The Wild ou Bodyrock. La jolie canadienne a régné sur les années ’80 avant que la vague grunge n’emporte tout sur son passage.  Après un break nécessaire pour élever ses enfants et une parenthèse jazz, elle est redevenue aujourd’hui une chanteuse de rock à part entière comme en témoigne sa récente prestation au festival de Wacken. [Entretien avec Lee Aaron (chant) par Philippe Saintes – photos : DR]

    Lee Aaron - promo 2018

    L’album Diamond Baby Blues sorti au printemps 2018 présente un répertoire plus roots et moins rentre-dedans que le précédent. Quelle est ta nouvelle approche musicale ?

    Je ne voulais pas faire un deuxième Fire and Gazoline qui était un retour à un style plus hard et aussi percutant qu’à mes débuts avec Metal Queen et Bodyrock. Cette fois le but était de créer un disque old school mais dans un esprit résolument moderne. On retrouve la richesse du son et les harmonies vocales du blues rock des années ’70. Des chanteurs comme Paul Rogers ou Janis Joplin, des groupes comme Led Zeppelin, Deep Purple, Fleetwood Mac. J'ai adoré jouer ces titres et également de cette patine Soul de ma voix  sur ce disque. Je suis folle de cette musique !

    La complicité en matière de composition avec le nouveau guitariste, Sean Kelly (Nelly Furtado, Helix), rappelle ta collaboration avec Steve Albany au tout début de ta carrière.

    Elle est assez similaire, c’est vrai ! La différence est que je n’étais que simple co-auteur à l’époque.  Sur ce disque, j’ai aussi co-signé plusieurs titres avec Sean ou mon bassiste Dave Reimer mais si tu regardes attentivement les crédits tu peux voir que j’ai composé seule « Mercy ». C’est une question d’expérience et de confiance en soi. Aujourd’hui, je suis bien plus téméraire pour écrire les textes et la musique. Les retours positifs de Sean m’ont beaucoup aidé aussi. J’adore ça ! Le compositeur est un architecte du son, et en bien des points, l'écriture d'une chanson peut s'apparenter à la construction d'une maison. Mes chansons ont un côté social. « American High » est une référence à l’America First de Donald Trump. « Best Thing »  parle d’une fille qui est devenue plus forte sur le plan mental et plus mature après une rupture. C’est un titre autobiographique en quelque sorte. Je m’inspire d’expériences personnelles, de sentiments connus. « The Bedroom » évoque les stéréotypes « homme-femme ». C’est parti d’une plaisanterie de mon mari qui dit souvent que je porte la culotte (rires). J’aime l’esprit d’entreprise au féminin. De nos jours, une femme doit souvent assumer plusieurs rôles à la fois.

    Que penses-tu de l’affaire Harvey Wenstein qui ébranle pas mal de monde ? 

    Je suis heureuse que les femmes s’élèvent pour dire « non, ça suffit ! » Cette affaire a levé le voile sur l’épidémie d’abus et de harcèlement qui sévit dans nos sociétés. J’ai aussi connu cela durant ma carrière. Mon premier manager qui avait droit de regard sur tout ce que je faisais me répétait sans cesse que j’étais stupide si je ne posais pas nue pour un magazine national américain. J’avais 19 ans, j’étais jeune et influençable. Le harcèlement, les jeux de pouvoir où un contact intime est exigé par des hommes pour une quelconque raison, et bien sûr, toutes formes d’agression sont des outrages qui ne devraient jamais se produire. Je suis en revanche exaspérée par le caractère unilatéral des messages publiés sur les réseaux sociaux. Un grand nombre de personnes préfèrent fustiger des individus pour avoir voulu se défendre juridiquement contre des accusations fausses et extrêmement dommageables pour leur carrière.  Il faut laisser la justice faire son travail. Elle condamnera les coupables et ceux-ci affronteront les conséquences.

    Avant le premier album, Lee Aaron Project (1982), tu as longtemps hanté le circuit des clubs canadiens en faisant des imitations de Janis Joplin. 

    J’ai interprété des reprises des Who, de Led Zeppelin, Deep Purple,…au début de ma carrière, à l’âge de 19 ans mais c’est Janis qui m’a influencée. Sa capacité vocale me fascinait. Elle a touché mon âme au plus profond. Elle n’interprétait jamais deux fois de la même manière ses chansons. Elle vivait les sentiments et les émotions différemment chaque soir. C’est la plus belle chose qu’une artiste m’ait transmise. Chez Janis Joplin tout venait du coeur. Elle avait une approche similaire à celles des artistes de jazz en live. Ses morceaux n’étaient pas identiques à ceux des albums.  

    Tu reprends un titre d’une autre grande dame sur Diamond Baby Blues : « I’m A Woman » de Koko Taylor. 

    On a ajouté ce morceau à la setlist. C’est toujours un challenge de jouer devant le public un titre qu’il ne connaît pas ou qu’il n’a pas l’habitude d’entendre mais j’adore ça. Je suis curieuse de voir la réaction des fans pendant le show. « I’m A Woman » est un classique du blues. C’est un pastiche du  « I’m A Man » de Muddy Waters. Koko a subtilement transformé le refrain. Sa version est un hymne de l’émancipation avec un texte coup de poing : ‘profite de mon mari si tu veux, mais laisse-le moi pour faire le ménage…’ Lorsque l’on joue ce titre en concert, les gens deviennent hystériques (rires).

    Mon fils qui a 11 ans adore ce morceau…. 

    Génial ! Le mien en a 12. Cette chanson est intemporelle. Nous l’avons réinventé en ajoutant des éléments rock à la Led Zeppelin au milieu du morceau. Il faut parfois dépoussiérer de belles chansons avec audace et je pense effectivement que la jeune génération apprécie notre adaptation.

    Lee Aaron band 2018

    Le groove de « Mercy » est un autre moment fort de l’album…

    Je suis d’accord. L’histoire de cette chanson est amusante. Mon manager à Montréal travaillait avec un jeune prodige de la guitare âgé de 18 ans. Ce dernier a signé un contrat avec une maison de disque ici au Canada. Ce garçon me fait penser à Eddie Van Halen. Le problème est qu’il n’a aucune chanson car il ne sait pas composer. A la demande de mon manager, j’ai écrit « Mercy » pour lui mais il n’a pas aimé. Donc, j’ai décidé de l’utiliser pour mon album en modifiant les paroles. Ma version est nettement plus mature. Je me suis tellement appliquée sur cette chanson. Quant à ce jeune guitariste, il n’a toujours rien sorti jusqu’à présent. Il déteste les chansons des autres (rires). Comment veux-tu qu’il ait une carrière alors qu’il ne sait pas composer et refuse les titres des autres ?

    Comme de nombreux artistes rock des années 80 tu as été rayées du paysage musical durant la mode grunge qui a bouleversé le panorama de la musique. Ce fut une période pénible pour toi. 

    Le grunge a effectivement eu un impact terrible sur la vie de nombreux groupes et chanteurs de glam rock. Peu de gens le savent mais j’ai été déclarée en faillite en 1996. J’ai senti le vent tourner dans l’industrie musicale au début des années ’90 avec la percée du courant « Indie ». Lorsque votre maison de disque investit des millions pour votre carrière elle a automatiquement un droit de regard sur la façon dont vous vous habillez, sur le choix des chansons, du producteur. Cela fait partie du business. Pendant plusieurs années, j’ai été pieds et poings liés avec Attic qui contrôlait tout. J’ai créé mon label dans un esprit d’indépendance, pour avoir un meilleur contrôle sur ma carrière, sur le marketing mais pas plus que les autres, je n’avais anticipé le tsunami grunge. Les années 90 furent un véritable désastre. Du jour au lendemain, je n’étais plus une artiste, j’avais disparu de l’espace médiatique. Plus personne ne voulait m’accorder d’interviews. L’industrie musicale était devenu complètement folle. En conséquence, j’ai arrêté mon label sur les conseils de mon manager et de mon avocat. C’était la seule chose à faire. Ce fut un coup très dur mais je m’en suis bien remise. Je considère cela comme une expérience de la vie ! J’ai pu faire le point sur les aspects négatifs du business et je me suis accordée une pause pour réfléchir de la suite à donner à ma carrière. J’ai changé d’univers en explorant des musiques qui m’ont toujours attirées comme la musique classique et le jazz. J’ai été invitée à jouer dans les principaux festival de jazz au Canada. Finalement, ce fut la plus belle période de ma vie sur le plan musical. Certains fans de hard rock n’ont pas compris, ils ont cru que je les abandonnais pourtant ce ne fut pas une démarche opportuniste de ma part. Le jazz et le blues sont les racines du rock. Ce sont les jazzmen et les bluesmen qui ont « électrifié » la musique. Je suis juste revenue aux sources. Grâce à cela, je suis devenue une meilleure chanteuse et j’ai également pu développer mes talents en tant que productrice.

    « Ce sont les jazzmen et les bluesmen qui ont ‘électrifié’la musique. »

    Pourquoi dès lors être revenue au son des années ’80 sur ton précédent disque ? 

    2004 fut l’année de la naissance de ma fille. Mon fils est arrivé deux ans plus tard. J’ai fait un break d’environ 10 ans pour remplir mon rôle parental. J’ai donné mon temps, mon amour et mon énergie pour qu’ils deviennent de bonnes personnes. C’est important à mes yeux. Mes enfants ont grandi et l’envie de faire des disques est revenue. J’ai commencé par écrire des chansons pour l’album Fire and Gazoline avec Sean Kelly.  Je n’avais pas de but précis sur son orientation, blues ou rock ? Ce sont finalement les titres de rock mélodique qui ont pris le dessus. Sean a trouvé sa place dans le groupe, il a inclus sa vision de la musique. C’est un excellent guitariste et quelqu’un qui a du cœur. Les choses sont allées très vite. Une fois encore ce ne fut pas quelque chose de prémédité. 

    Tu as été l’une des artistes féminines de hard-rock les plus en vue durant les 80s avec la regrettée Wendy O’Williams, le groupe Vixen, Doro Pesch, Lita Ford, Fiona, les sœurs Wilson et Joan Jett. Vous jouissez encore aujourd’hui d’un statut « culte ». Existait-il une sorte de compétition ou d’émulation entre-vous ? 

    Lorsque nous étions jeunes chanteuses, la comparaison était inévitable. On avait toute une image, un look, une attitude. Je dirais un mélange de sensuel et de classe mais les groupes et artistes féminins souhaitaient réussir avec leur musique et pas seulement pour leur impact visuel dans le milieu macho des hard-rockers. Je pense sincèrement que les gens ont commencé à nous prendre au sérieux à la fin des 80s, avant cela on en a bavé. Je nous considère comme des survivantes. C’est intéressant ce que tu me dis là car j’ai joué avec Joan Jett il y a quelques années et j’ai rejoins sur scène le groupe Heart plus récemment. J’ai d’ailleurs reçu à cette occasion un compliment de la part d’An Wilson, une de mes idoles. Elle est venue me voir dans la loge parce que j’étais tellement anxieuse de ne pas pouvoir sortir la bonne note pendant le show mais elle a eu ces mots rassurants : « pas de problème Lee, tu sais tout chanter ! » Ça m’a touché très profondément. En octobre 2017, j’ai également joué avec Lita Ford à Winnipeg. On s’est bien amusée en coulisse et on a interprété en duo « Cherry Bomb » des Ru

    Lee Aaron 2018

    nnaways. Il y a beaucoup de complicité entre-nous. Il y a un respect mutuel. J’admire les filles qui se sont investies dans le rock comme Lita et Doro car elles sont restées honnêtes envers leur art..

    Lee, pour toi la musique est un travail ou un hobby ?  

    Ni l’un, ni l’autre. Je ne vois pas cela comme un job alimentaire mais c’est tout de même plus sérieux qu’un hobby. Ma vie n’est plus consacrée à 200% au rock’n’roll et je ne fais plus de tournée de 300 dates chaque année, néanmoins je monte sur scène 2 à 3 fois tous les mois et je le fais très sérieusement. J’ai décidé de ne plus être tout le temps sur la route. C’est peut-être à cause de l’âge (rires). A présent, je détermine ce que je fais et quand je veux le faire. On vient de terminer deux vidéos clips et d’autres projets sont inscrits sur les tablettes. Après la tournée de l’été, le groupe va s’accorder un peu de repos puis nous allons nous atteler à l’écriture de chansons pour un nouvel album qui devrait être enregistré au printemps prochain.

    Qui sont les jeunes filles qui t’accompagnent dans la vidéo de « Tom Boy » qui a cartonné sur You Tube ? 

    La demoiselle qui tient la guitare est ma fille. Les autres sont ses copines de classe à l’école d’art. « Tom Boy » est une chanson ironique sur les femmes qui s’inquiètent de leur âge et de leur aspect. J’adore l’esprit frivole des jeunes filles de 10-12 ans qui ne se préoccupent pas de leur look ou du jugement que l’on pourrait avoir d’elles. C’est la période de l’insouciance.

    Quel est ton film préféré ? 

    Les nuits de Cabiria de Frederico Fellini 

    Pour conclure, quel serait pour toi le groupe idéal ?

    Oh mon Dieu ! C’est difficile. Je déteste cette question (elle rit).  Il y a tellement de noms qui me viennent à l'esprit. Bon, je me lance, Keith Moon à la batterie, Paul Mc Cartney à la basse et Jimi Hendrix à la guitare !

    Lee Aaron Diamond Baby Blues

     


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  •  AXL RUDI PELL

    Le teuton errant

    17è album studio déjà pour le modeste et sympathique virtuose allemand. Alors que sort Knights Call, nous n’allons pas nous battre pour tenter de vous persuader que ce travailleur acharné est un génie. On se contentera de lui laisser la parole. Comme on vous laisse juges de poser une oreille ou non sur son œuvre. C’est désormais une affaire entre lui et vous. [Entretien avec Axl Rudi Pell (guitare) par Philippe Saintes – photos : SPV]

      Axel Rudi Pell Band

    Axl, comment s’est passée la composition de l’album ? 

    J’écris les textes et la musique seul. Je m’installe avec ma guitare, en compagnie d’un ordinateur et je laisse l’inspiration venir. Ensuite, Bobby (Rondinelli, batterie) m’accompagne ; c’est donc avec lui que j’enregistre les maquettes. Après, je réenregistre les guitares rythmiques et je viens greffer les claviers et la basse avec les logiciels. Une fois les structures des morceaux terminées, Johnny Gioeli (chant) vient apposer  sa voix. Je finis toujours le boulot avec les parties lead. Je suis un artiste fondamentalement indépendant dans l’âme et, à ce titre, j’ai besoin d’avoir un maximum de contrôle sur ce que je crée. Et puis, je n’avais pas le budget pour réunir tous les musiciens dans un studio. Le climat économique actuel est ce qu’il est. 

    A l’écoute de Knights Call on ressent plusieurs gammes d’émotions.

    Le feeling est différent, en effet. Cet album est plus varié, plus étendu. Chaque morceau est différent et a sa propre couleur. Knights Call couvre un spectre plus large de genres tout en restant cohérent puisque l’aspect mélodique d’ « ARP » est toujours présent.

    Le morceau « Long Live Rock » est-il un clin d’œil à Dio ?

    (Il rit). C’est vrai J’ai écrit ce morceau qui a une orientation musicale proche de Dio. Je voulais un titre fort pour la scène. Sans Dio, « A.R.P. » n’existerait sans doute pas. 

    L’instrumental « Truth And Lies » met en relief tous les musiciens d’A.R.P. 

    Chacun a effectivement son moment de gloire. Pour l’anecdote, je tiens la basse sur ce titre. Certains fans m’ont déjà dit que ça ressemblait à du Uriah Heep. Pour d’autres, il sonne plutôt comme du Deep Purple. Pour d’autres encore, le son est proche du répertoire de Michael Schenker. Je ne peux pas leur donner tort, c’est un mélange d’influences.  C’est là que sont mes racines.

    En parlant des influences, on trouve un morceau arabisant sur le disque, l’excellent « Tower Of Babylon ».  

    Merci. En fait, il s’agit d’un hommage à Rainbow, période « Stargazer », avec une influence zeppelinienne. J’adore ces deux groupes. C’est également mon titre préféré de l’album ! Il devrait figurer dans la setlist de la tournée avec quatre autres morceaux de Knights Call.  

    Axl Rudi Pell 2018

    « Slaves On The Run » évoque de son côté la « zombification » de la société moderne.

    Effectivement, je suis très touché par la destruction du lien sociale. Internet a vraiment modifié les comportements. Aujourd’hui les gens sont accrocs à leur portable. J’ai un smartphone mais je ne l’utilise pas 60 fois sur une journée. Ce n’est pas utile. Malheureusement, on n'a plus la possibilité de se retirer de ce monde numérique.  Bon, je ne vais pas monter sur scène et me plaindre du monde dans lequel nous vivons.

    Quels sentiments aimes-tu suggérer à ton public ?

    Lorsque je compose mes textes, j’aime qu’ils laissent l’auditeur assez libre de les interpréter à sa guise. Je n’écris guère sur des sujets trop personnels, à l’exception d’un titre adressé à mon épouse sur le précédent opus. Mais à mon avis, la musique c’est avant tout l’évasion.

    Tu as collaboré avec de nombreux chanteurs Bob Rock, Jeff Scott Soto et aujourd’hui Johnny Geoli. N’as-tu jamais souhaité chanter tes propres compositions ?

    Oh, mon Dieu non ! J’ai mis ma voix une seule fois, ça devait  être en 1999 sur « Hey Joe », la reprise du classique de Jimi Hendrix, titre bonus figurant sur l’album Ballads II. Les gens ont détesté, c’était une calamité. (il rit). Johnny fait ça beaucoup mieux que moi. On travaille ensemble depuis exactement 20 ans. C’est quelqu’un de très charismatique et sans discussion l’un des meilleurs chanteurs de heavy metal mélodique. 

    Into The Storm (2014) et Game Of Sins (2016)  ont connu le succès dans les charts dans plusieurs pays européens.  Est-ce que tu regardes les chiffres de ventes de tes albums?

    Je ne vais pas te mentir, bien sûr mais je regarde surtout les commentaires des fans lorsqu’un nouvel album sort. Les deux précédents disques studios se sont bien vendus. Cool ! Knights Call est  meilleur et plus fort du début à la fin, dès lors je m’attends à un bon accueil du public même tu ne sais jamais comment cela va se passer. Laissons donc le temps au temps…

    Axl Rudi Pell : Knights Call cover

    Tu rends souvent hommage à l’ère médiévale dans tes albums. Comment expliques-tu le succès de cette période auprès des groupes de heavy metal ?

    Je ne sais pas l’expliquer. Je pense qu’il y a une similitude entre le poing levé des kids en l'honneur du rock'n'roll lors de chaque concert et celui des guerriers sur le champ de bataille. Le geste est nettement plus populaire et amusant aujourd’hui, heureusement d’ailleurs (il rit).

    Uli Jon Roth participe la tournée européenne du 3G en compagnie de Joe Satriani et John Petrucci.  A quand un 3G 100% allemand, Uli Jon Roth, Michael Schenker et Axl Rudi Pell ?

    Si un organisateur me le propose, je le fais sans problème. Michael Schenker a bercé ma jeunesse quand il évoluait au sein de UFO dans les années ’70. J’ai également le plus grand respect pour Uli. Ce serait un honneur de jammer sur scène avec de tels musiciens. Qui sait ? 


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