•  AXL RUDI PELL

    Le teuton errant

    17è album studio déjà pour le modeste et sympathique virtuose allemand. Alors que sort Knights Call, nous n’allons pas nous battre pour tenter de vous persuader que ce travailleur acharné est un génie. On se contentera de lui laisser la parole. Comme on vous laisse juges de poser une oreille ou non sur son œuvre. C’est désormais une affaire entre lui et vous. [Entretien avec Axl Rudi Pell (guitare) par Philippe Saintes – photos : SPV]

      Axel Rudi Pell Band

    Axl, comment s’est passée la composition de l’album ? 

    J’écris les textes et la musique seul. Je m’installe avec ma guitare, en compagnie d’un ordinateur et je laisse l’inspiration venir. Ensuite, Bobby (Rondinelli, batterie) m’accompagne ; c’est donc avec lui que j’enregistre les maquettes. Après, je réenregistre les guitares rythmiques et je viens greffer les claviers et la basse avec les logiciels. Une fois les structures des morceaux terminées, Johnny Gioeli (chant) vient apposer  sa voix. Je finis toujours le boulot avec les parties lead. Je suis un artiste fondamentalement indépendant dans l’âme et, à ce titre, j’ai besoin d’avoir un maximum de contrôle sur ce que je crée. Et puis, je n’avais pas le budget pour réunir tous les musiciens dans un studio. Le climat économique actuel est ce qu’il est. 

    A l’écoute de Knights Call on ressent plusieurs gammes d’émotions.

    Le feeling est différent, en effet. Cet album est plus varié, plus étendu. Chaque morceau est différent et a sa propre couleur. Knights Call couvre un spectre plus large de genres tout en restant cohérent puisque l’aspect mélodique d’ « ARP » est toujours présent.

    Le morceau « Long Live Rock » est-il un clin d’œil à Dio ?

    (Il rit). C’est vrai J’ai écrit ce morceau qui a une orientation musicale proche de Dio. Je voulais un titre fort pour la scène. Sans Dio, « A.R.P. » n’existerait sans doute pas. 

    L’instrumental « Truth And Lies » met en relief tous les musiciens d’A.R.P. 

    Chacun a effectivement son moment de gloire. Pour l’anecdote, je tiens la basse sur ce titre. Certains fans m’ont déjà dit que ça ressemblait à du Uriah Heep. Pour d’autres, il sonne plutôt comme du Deep Purple. Pour d’autres encore, le son est proche du répertoire de Michael Schenker. Je ne peux pas leur donner tort, c’est un mélange d’influences.  C’est là que sont mes racines.

    En parlant des influences, on trouve un morceau arabisant sur le disque, l’excellent « Tower Of Babylon ».  

    Merci. En fait, il s’agit d’un hommage à Rainbow, période « Stargazer », avec une influence zeppelinienne. J’adore ces deux groupes. C’est également mon titre préféré de l’album ! Il devrait figurer dans la setlist de la tournée avec quatre autres morceaux de Knights Call.  

    Axl Rudi Pell 2018

    « Slaves On The Run » évoque de son côté la « zombification » de la société moderne.

    Effectivement, je suis très touché par la destruction du lien sociale. Internet a vraiment modifié les comportements. Aujourd’hui les gens sont accrocs à leur portable. J’ai un smartphone mais je ne l’utilise pas 60 fois sur une journée. Ce n’est pas utile. Malheureusement, on n'a plus la possibilité de se retirer de ce monde numérique.  Bon, je ne vais pas monter sur scène et me plaindre du monde dans lequel nous vivons.

    Quels sentiments aimes-tu suggérer à ton public ?

    Lorsque je compose mes textes, j’aime qu’ils laissent l’auditeur assez libre de les interpréter à sa guise. Je n’écris guère sur des sujets trop personnels, à l’exception d’un titre adressé à mon épouse sur le précédent opus. Mais à mon avis, la musique c’est avant tout l’évasion.

    Tu as collaboré avec de nombreux chanteurs Bob Rock, Jeff Scott Soto et aujourd’hui Johnny Geoli. N’as-tu jamais souhaité chanter tes propres compositions ?

    Oh, mon Dieu non ! J’ai mis ma voix une seule fois, ça devait  être en 1999 sur « Hey Joe », la reprise du classique de Jimi Hendrix, titre bonus figurant sur l’album Ballads II. Les gens ont détesté, c’était une calamité. (il rit). Johnny fait ça beaucoup mieux que moi. On travaille ensemble depuis exactement 20 ans. C’est quelqu’un de très charismatique et sans discussion l’un des meilleurs chanteurs de heavy metal mélodique. 

    Into The Storm (2014) et Game Of Sins (2016)  ont connu le succès dans les charts dans plusieurs pays européens.  Est-ce que tu regardes les chiffres de ventes de tes albums?

    Je ne vais pas te mentir, bien sûr mais je regarde surtout les commentaires des fans lorsqu’un nouvel album sort. Les deux précédents disques studios se sont bien vendus. Cool ! Knights Call est  meilleur et plus fort du début à la fin, dès lors je m’attends à un bon accueil du public même tu ne sais jamais comment cela va se passer. Laissons donc le temps au temps…

    Axl Rudi Pell : Knights Call cover

    Tu rends souvent hommage à l’ère médiévale dans tes albums. Comment expliques-tu le succès de cette période auprès des groupes de heavy metal ?

    Je ne sais pas l’expliquer. Je pense qu’il y a une similitude entre le poing levé des kids en l'honneur du rock'n'roll lors de chaque concert et celui des guerriers sur le champ de bataille. Le geste est nettement plus populaire et amusant aujourd’hui, heureusement d’ailleurs (il rit).

    Uli Jon Roth participe la tournée européenne du 3G en compagnie de Joe Satriani et John Petrucci.  A quand un 3G 100% allemand, Uli Jon Roth, Michael Schenker et Axl Rudi Pell ?

    Si un organisateur me le propose, je le fais sans problème. Michael Schenker a bercé ma jeunesse quand il évoluait au sein de UFO dans les années ’70. J’ai également le plus grand respect pour Uli. Ce serait un honneur de jammer sur scène avec de tels musiciens. Qui sait ? 


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  • STRYPER

    Vade Retro Satanas !

    Les hard-rockers chrétiens bousculent une nouvelle fois avec assurance les préjugés grâce à un album à mi-chemin entre génie artistique et « hérésie » musicale! Mais que cache donc le titre choc : God Damn Evil ? [Entretien avec Michael Sweet (chant, guitare) par Philippe Saintes – photos : Alex Solca]

    Stryper : God Damn Evil - groupe

    Voilà un disque surprise. Les critiques qui ont suivi la sortie de God Damn Evil ont été élogieuses. Même des metallistes endurcis ont apprécié votre travail.

    Nous avons donné le meilleur de nous-même pour cet album et les retours sont effectivement très positifs. Il a été bien accueilli par nos fans mais également par des inconditionnels de Judas Priest ou de Slayer, comme j’ai pu le constater sur le web et les réseaux sociaux. J’en suis très fier car je suis moi-même un grand admirateur de Rob Halford et de Judas Priest. Si un témoignage doit rester, ce sont les mots et sensations du public. 

    « Take It To The Cross » est le morceau le plus ‘endiablé’ de l’album en raison notamment des grognements  death metal de Matt Bachand (Shadows Fall, Act Of Defiance). Peux-tu nous en dire plus sur cette collaboration. 

    Matt est un artiste passionné originaire comme moi du Massachusetts. Il habite à 10 minutes du studio d’enregistrement. Il était disponible et en une demi-heure, il a bouclé sa partie vocale. Matt était une évidence pour cette chanson car il a un timbre guttural incroyable. Il faut une technique vocale particulière pour cela. Ce n’est pas du tout mon style !

    35 années d’existence, ça donne la liberté de composer ce qui vous tient à cœur, quitte à désorienter votre public ?

    Oui ! Mais quoi qu’il en soit, tu dois aussi garder ton cap pour ne pas décevoir les fans. L’album a un côté heavy  et rapide mais on trouve aussi des chansons mid-tempo comme « The Valley », « Sorry », ou « Lost », des titres à la fois mélodiques et puissants, qui sont selon moi les meilleurs de l’album. Ces chansons épiques rappellent la glorieuse époque de Stryper entre 1986 et 1988. Nous les avons d’ailleurs intégrées dans la set-list.  Musicalement et artistiquement, il ne faut jamais oublier son héritage, pourquoi on a eu envie de faire ça un jour, pourquoi des gens continuent à écouter ton travail. Je crois que nous avons réussi la fusion entre deux styles, l’ancien et le moderne. Il n’y a pas d’opportunisme. J'aime beaucoup ce disque car le son est très naturel. Les compositions ont été terminées en une dizaine de jours. Nous n’avons fait aucune démo, préférant nous focaliser sur l’élaboration des bandes finales. Il n’y a pas eu plus de deux ou trois prises par morceau, en studio.

    Il y a eu une brève polémique à propos du titre « God Damn Evil » aux Etats-Unis. La chaîne de distribution Walmart a décidé de retirer l’album de la vente. Visiblement les responsables de cette boîte n’ont pas pris la peine d’écouter ou de lire les paroles. Il s’agit clairement d'une déclaration de foi et non d’un juron. Dès lors, quel est le problème ?

    Je n’en sais rien, à vrai dire. C’est une bonne question. Certaines personnes ont besoin de créer le problème là où il n’y en n’a pas. C’est typique de notre société. Ce n’est pas du racolage. Nous sommes attachés à des convictions et nous sommes très à l’aise avec cela, parce que la musique ne sert pas qu'à se changer les idées ou à danser. C’est aussi un moyen de communiquer. Stryper a souvent utilisé des titres forts pour ses albums :  To Hell With The Devil », In God We Trust, Murder By Pride, c’est dans notre nature.  « God Damn Evil » ( littéralement « Dieu damne le mal ») invite les individus à demander à Dieu de mettre fin à la haine et à la violence qui gangrènent le monde. C’est une à la fois une prière et un hymne ! Lorsque nous jouons cette chanson en concert, le public se déchaîne. Je n'ai pas de mots pour décrire le plaisir et les émotions que celui-ci ressent.

    STRYPER :groupe 2018

    Quel a été le rôle de Robert (Sweet, batteur) et de Oz (Fox, guitariste) sur cet album ?

    Ils ont collaboré à l’écriture de certains morceaux et Robert a trouvé le titre de l’album. J’ai toujours composé la majorité des titres au sein de Stryper tout simplement parce que c’est mon rôle. Robert a peut-être co-écrit une dizaine de chansons sur les 200 de notre catalogue. L’écriture est quelque chose qui vient facilement chez moi. Créer une chanson me prend généralement deux heures. J’imagine le groove puis le riff et ensuite je trouve les paroles et la mélodie et c’est terminé. Cela me vient naturellement ! 

    « God Damn Evil » invite les individus à demander à Dieu de mettre fin à la haine et à la violence qui gangrènent le monde. » 

    Considères-tu que Stryper a encore des choses à dire après un tel album ?

    Bien sûr car le groupe regarde toujours vers l’avant. On m’a dit plusieurs fois que nous ne pourrions pas réaliser un album plus fort que No More Hell To Pay ! Pourtant, on l’a fait avec Fallen en 2015 et maintenant God Damn Evil. Notre secret ? Celui d’être animé par la passion. Pour moi, chaque nouvel album doit être supérieur au précédent.

    Au niveau de l’artwork, vous avez choisi de confier le travail à un certain Stanis Dekker qui avait réalisé les pochettes des deux précédents albums, No More Hell To Pay et Fallen.

    Absolument, il s’agit d’un artiste français. Si tu regardes d’un peu plus près les trois images en les plaçant l’une à côté de l’autre, tu constateras qu’il s’agit d’une trilogie. Il y a une similarité au niveau de la technique, du graphisme, des couleurs, des détails. 'Stan' est un passionné qui est également fan du groupe. Cela se voit car il restitue à merveille l’univers de Stryper grâce à ses illustrations. 

    La lyric vidéo de « Take It To The Cross » vaut le coup d’œil, elle semble directement inspirée des jeux vidéos. La réalisation est très réussie.

    C'était le single idéal pour présenter l'album. La vidéo a été conçue par Wayne Joyner, un grand spécialiste en matière de multimédia et d’images de synthèse. Je trouve l’animation  vraiment intéressante. Wayne a fait un travail remarquable. Cela ressemble davantage à un clip musical qu’à une simple vidéo avec lyrics.

    Une nouvelle fois Stryper est le grand absent des principaux festivals Metal de l’été en Europe.

    Sur le plan de la logistique et financièrement, c’est très compliqué de jouer en Europe. Par ailleurs, certains organisateurs préfèrent nous éviter pour ne pas être estampillés de l’appellation « chrétien ». Je ne mets pas tout le monde dans le même sac puisque le groupe est invité au Rock Fest de Barcelone, le 7 juillet prochain. Ensuite nous nous envolerons vers l’Australie et le Japon.

    Quels sont tes plans et projets futurs ? 

    J’ai signé un deal avec le label Rat Pack pour un nouveau disque solo. Ensuite, je vais enchaîner avec un album en duo avec Joel Hoekstra (Whitesnake). L’enregistrement commencera au mois de janvier 2019. J’imagine que le prochain Stryper sortira fin 2019 ou début 2020.  Il y aura entre-temps la commercialisation d’un album acoustique qui a déjà été enregistré mais aussi d’un documentaire sur le groupe. Enfin, il y a toujours une probabilité de voir un troisième Sweet-Lynch. J’espère pouvoir continuer notre collaboration. George (Lynch) désire faire un album concept sur la chrétienté mais ça ne me botte pas car nous avons des divergences sur le sujet. Et puis, nous n’avons jamais pu défendre sur scène les deux premiers albums. Sans tournée, ce projet deviendrait superflu pour moi !

     Stryper : God Damn Evil - cover

    STRYPER

     God Damn Evil

    Frontiers Records

     « Je pense que le white-metal est un concept stupide. Faire du rock ou du hard-rock est un moyen de se rebeller, de sortir d’une certaine sorte d’oppression. Les groupes de white-metal, en plus de n’avoir rien compris au rock, n’ont aucun talent ! Stryper, c’est de la daube ! ».

    Ces paroles sont celles de Fernando Ribeiro (Moonspell), un grand visionnaire qui n’a probablement jamais écouté un album de Stryper. Ce groupe de métal chrétien fut incontestablement la bête noire des musiciens de black et death metal mais aussi de journalistes rock souvent méprisants. Il a lutté contre les préjugés et les stéréotypes tout au long de sa carrière. Ignoré, snobé par les organisateurs de concert en France, Stryper tient sa revanche avec ce sulfureux God Damn Evil. La riposte est foudroyante. Dès le 1er morceau, « Take It To The Cross » vos enceintes prennent une grande paire de « baffles » tant le rythme est speedé. Sur la musique se mêlent deux voix, celle gutturale de Matt Bachand (Shadows Fall) et une claire, celle de Michael Sweet. Deux chanteurs, deux univers différents qui se marient très bien ! Avec des titres comme « The Devil Doesn’t Live », « Open Up » ou « The Sea Of Thieves », c’est la lourdeur qui prédomine. La qualité ne souffre d’aucune critique. Comment ne pas réaliser en écoutant cet album que Michael Sweet et Oz Fox méritent leur place dans le panthéon des guitar-heroes. Leur jeu combine une technique hallucinante à un rare sens de la mélodie. La basse de John O’ Boyle gronde tandis que Robert Sweet enfonce le clou avec sa batterie. Michael Sweet nous déclarait avant la sortie ce brulôt : « Nous sommes convaincus qu’il s’agit d'un excellent enregistrement studio. Il a une touche unique mais également une énergie et un groove communicatif.  Il y a une ballade rock, quelques  chansons qui restent dans la continuité de notre répertoire mélodique, je pense à « Sorry » ou « Beautiful », mais le reste de l’album ravira les fans de metal. »

    Stryper va effectivement recruter de nouveaux disciples dans les rangs des fans d’Accept, Judas Priest, King Diamond ou Megadeth. Le titre God Damn Evil s'est même attiré les foudres de l'Amérique puritaine. La chaîne de magasins Walmart et quelques béotiens pontifiants ont boycotté l’album car ils n’avaient pas compris le jeu de mot. Le groupe reste fidèle à ses convictions. Il ne reste plus qu’à espérer que la métamorphose musicale soit acceptée. [Ph. Saintes]     

     


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  •  The Dead Daisies 

     Rock dur, rock pur, rock fort

    Les musiciens des Dead Daisies ne sont pas nés de la dernière pluie. Avec leur 4è album studio, Burn It Down, le quintet US attaque de plein fouet le printemps 2018. C’est un déluge de décibels et de riffs électriques qui s’abat sur nos tympans. Grâce à ces irréductibles, le vent du rock’n’roll n’a pas fini de souffler, comme en témoignent ces propos. Entretien avec Doug Aldrich (guitare) par Philippe Saintes – photos : DR]

    Doug Aldrich

    © Phil de Fer 2018

    Burn It Down se démarque de vos précédents disques en composition comme en production. Qu’est ce qui pour vous, prononce cette différence ?

    Ce quatrième album on l'a voulu différent avec des sons plus 70s  et des riffs bien rock’n’roll. C’est notre ami producteur Marti Frederiksen qui nous rapproché de ce hard rock traditionnel. Nous avons écrit 25 chansons en dix jours à New-York. Marti a écouté le tout et effectué la sélection. Nous avons ensuite enregistré les backing tracks dans son studio à Nashville. Nous avions besoin de sang neuf, d’énergie nouvelle, d’excitation….Des titres comme « Set Me Free », « Burn It Down » ou « Judgement Day » apportent une couleur différente.

    Quel est ton titre préféré de l’album ?

    Probablement « Set Me Free » qui est une ballade mais surtout un morceau de blues avec une touche hendrixienne dans le solo joué à la moitié du morceau. J‘adore aussi le refrain et la mélodie. C’est une très belle chanson. Ensuite, je placerai « Burn It Down » qui possède le style et le son des années 70. La plupart de nos groupes favoris sont issus de ces années.

    Votre reprise métal de « Bitch » des Rolling Stones est une réussite…

    Au départ on l’a fait pour le fun et finalement nous en avons fait un morceau des Dead Daisies avec un riff plus heavy.  Les reprises feront toujours parties de la setlist. Elles apportent une certaine fraîcheur à nos concerts. 

    J’imagine que tu as contribué à faire entrer dans le groupe ton compère Deen Castronovo (ex-Journey, Revolution Saints) après le départ de Brian Tichy ?

    Brian a été honnête, il nous a informé qu’il n’était pas certain de pouvoir remplir toutes ses obligations en 2018. C’est un batteur très demandé. Deen étant l’un de mes meilleurs amis, j’ai logiquement pensé à lui pour remplacer au pied levé Brian. Les autres membres ont été enchantés par cette idée. Ce fut le bon choix ! Je suis heureux pour Deen car il a traversé une période difficile dans sa vie (problèmes avec la justice en 2015). Il a perdu sa place au sein de Journey, cependant il a pu compter sur mon soutien et celui de Jack (Blades, bassiste des Revolution Saints) pour résoudre ses problèmes. Il a payé cher certaines erreurs mais il a grandi en tant que personne ! Sur le plan musical, Deen a apporté plus de groove aux chansons. C’est un atout pour nous de l’avoir sur scène car en plus d'être un fabuleux batteur c’est un excellent chanteur.

    Peut-on tirer une comparaison entre ta collaboration avec David et celle avec Reb Beech du temps de Whitesnake ?

    Ces sont deux profils différents. Dans Whitesnake on jouait l’un contre l’autre, à la demande de David Coverdale. David Lowy et moi sommes complémentaires pour fonctionner en duo. Cela s’entend d’ailleurs sur l’album Live And Louder. Le style de David est  simple, direct et brut. Le mien est davantage « poli ». Parfois sur scène nous jouons le même riff mais bien souvent nous alternons ce qui permet d’avoir deux sonorités bien distinctes. C’est aussi plus amusant.  Bun It Down véhicule d’ailleurs cette impression. On entend parfaitement le son des deux guitares.

    "Le groupe est devenu plus stable aujourd’hui. On a un excellent line-up tant sur le plan humain que musical."

     Dead Daisiesphoto promo 2018

    Vois-tu une perspective à long terme pour The Dead Daisises ?

    A chaque jour suffit sa peine !  Si tu penses trop à l'avenir tu ne peux pas réussir complètement ce que tu entreprends dans le présent. Evidemment, chaque fois que j’intègre un projet je souhaite qu’il rencontre le succès et à chaque fois je vis des choses intenses, comme actuellement avec les Dead Daisies. Cette formation a un énorme potentiel mais la vie est imprévisible. J’ai toujours pris les choses au jour le jour. Je considère que cette attitude est la plus réaliste.

    Il y a toutefois eu divers changements depuis que le collectif s’est mis en place en 2013.

    Effectivement mais le groupe est devenu plus stable aujourd’hui. On a un excellent line-up tant sur le plan humain que musical. J’inclus Brian dans cette remarque. Et puis, c’est vraiment incroyable d'avoir à présent Deen avec nous. C’est un groupe fort, solide et soudé. Les Dead Daisies vont  déchirer sur la tournée.

    Vous avez l’habitude de rencontrer gratuitement vos fans après chaque concert. Que penses-tu des artistes qui chargent entre mille et deux mille dollars pour des M&G ?

    Si des personnes sont prêtes à dépenser de telles sommes alors ce n’est pas un soucis, je crois. Les grands groupes doivent financer le personnel technique et un équipement très coûteux pendant de longs mois lors de tournées marathons dans des grands lieux de spectacle. Tout cela a un prix j’imagine. Je ne veux pas juger. Les Dead Daisies ne font pas payer les Meet & Greet. Nous devons toutefois limiter le temps de la séance de dédicace car nous n’avons pas toujours la possibilité de rester deux heures supplémentaires après un concert mais c’est une chance de pouvoir échanger des impressions et discuter avec les personnes qui ont payé pour vous voir jouer et qui achètent vos albums. Des fans sont là à plusieurs concerts. Ils viennent du monde entier. Certains sont d’ailleurs devenus des amis proches.

    As-tu écouté Viva La Rock, l’album solo de Marco Mendoza ?

    Absolument. C’est un excellent album de hard-rock avec un gros son et des mélodies accrocheuses. Marco a une magnifique voix et il voulait vraiment réaliser son propre disque. On va peut-être jouer quelques titres de cet album bien que Marco tourne actuellement avec ses musiciens en Europe. Il n’a donc plus besoin de nous pour en faire la promotion (rires).

    Tu as accompagné Glenn Hughes sur scène en 2016. Aimerais-tu retravailler avec lui ?

    Absolument. Jouer avec cet artiste a été du pur bonheur. Glenn est quelqu’un d’exceptionnel. L’un des plus grands chanteurs de sa génération. Je l’ai appelé il y a quelques jours et on a longuement parlé du dernier album des Black Country Communion. Glenn est infatigable. Il est actuellement en tournée avec le Classic live Deep Purple. C’est un show exceptionnel, que je recommande. J’espère évidemment travailler à nouveau avec lui mais ce n’est pas pour tout de suite au vu de nos programmes respectifs. 

    Dans son autobiographie, Michael Sweet a écrit qu tu avais auditionné pour Stryper en 1983. Est-ce exact ?

    Non, je ne sais pas pourquoi il a déclaré cela. C’est probablement lié au fait qu l’on tournait dans les mêmes petits clubs à l’époque. J’étais alors le guitariste de la formation Fighter. Le groupe de Michael et Robert Sweet ne s’appelait pas encore Stryper mais Roxx Regime.  Ce sont d’excellents amis. J’adore ce qu’ils font. 

    Dead Daisies promo 2018

    L’hiver dernier tu as enregistré un titre (« It Might Be This Christmas ») pour les victimes du feu en Californie, avec le chanteur Keith St. John. A quand un nouvel album de Burning Rain ?

    Des personnes ont tout perdu dans les incendies apocalyptiques qui ont ravagé l’état en 2017. Nous avons modestement tenté d’apporter une éclaircie dans la vie de ces gens. Pour répondre à ta question, le nouvel album est prêt. Je suis très content du résultat. C’est probablement le meilleur disque de Burning Rain et c’est pour ça qu’on est impatient. Une fois que la tournée des Dead Daisies sera clôturée, j’aurais plus de temps pour le promouvoir. J’espère qu’il sortira cette année.

    Je te propose de terminer l’interview avec le portrait chinois …. 

    Si tu étais un livre ? All Quiet On The Western Front (Tout est calme sur le front Ouest), pour la symbolique du titre. Je vis en Californie, dans l’Ouest des Etats-Unis, depuis plus de 35 ans maintenant et je suis quelqu’un de calme et posé, sauf quand j’ai une guitare dans les mains (rires).

    Une émission ou une série télé ? (Il rit). Les Real Housewives de Beverly Hill, une émission familiale très amusante. J’adore l’esprit seventies de cette télé-réalité.

    Un sportif ? Nick Foles, le quarterback des Eagles de Philadelphie.

    Quel a été ton premier concert ? Les Beach Boys. 

    Et ton premier disque vinyle ? Led Zeppelin II acheté en 1972.

      Dead Daisies cover Burn It Down

    THE DEAD DAISIES

    Burn It Down 

    Spitfire Music / SPV

    Burn It Down est un disque où l’influence penche clairement du côté de Black Sabbath et d’Aerosmith période ’70s. Il se situe un cran au-dessus de l’album précédent « Make Sone Moise » (2016) mais n’atteint pas la diversité de Revolución (2015). Comme si les idées s’étaient raréfiées après un effort de créativité intense. Il faut dire qu’entre temps le line-up a pas mal changé, que Doug Aldrich est retourné en studio avec les Revolutions Saints et que Marco Mendoza s’est offert une petite promenade solo. On trouve néanmoins ici des moments savoureux. Ainsi «  Resurrected » est un fracas sonore, le titre générique est soutenu par une basse vénéneuse et des colonnes de guitares alors que « Judgement Day », enregistré en une seule prise, est probablement le titre le plus subtil grâce à son mélange électrique-acoustique.  Mention très bien aussi pour « Set Me Free » une ballade blues sur laquelle Doug Aldrich tient une place prépondérante avec  une touche hendrixienne dans le solo. Enfin « Dead And Gone » devrait faire un malheur sur scène. En conclusion, Burn It Down est un disque tonique qui ne manquera pas de satisfaire les fans des Dead Daisies ! [Ph. Saintes] 

     


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  • Notre interview de Ian Hill publiée dans un numéro hors-série du magazine Metal Obs : http://www.metalobs.com/wp-content/uploads/2016/04/Hors-Se%CC%81rie-Judas-Priest.pdf


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  •   DELTA DEEP

     Couleur Café

    Le blues électrique est à nouveau à l’honneur grâce à des artistes comme Kenny Wayne Shepherd, Joe Bonamassa ou Beth Heart. Il faut désormais ajouter à cette liste, le groupe Delta Deep qui réunit en son sein quatre pointures : Phil Collen (guitare et chant, Def Leppard), Debbi Blackwell-Cook (chant, Michael Bublé), Robert DeLeo (basse, Stone Temple Pilots) et Forrest Robinson (batterie, Joe Sample & The Crusaders). Phil Collen, brillant comme jamais, nous parle de cette association, de la tournée américaine avec ses potes du G3 (Joe Satriani et John Petrucci) et des projets pour 2018. [Entretien avec Phil Collen (guitare, chant) par Philippe Saintes – photos : Helen L. Collen]

    Delta Deep 1

    Parle-nous de la récente tournée avec Joe Satriani et John Petrucci, cela a du être une expérience enrichissante….

    C’est un privilège d’avoir pu jouer avec Joe et John, deux virtuoses mais avant tout des personnes admirables. Chacun a  apporté sa touche personnelle en essayant d’atteindre le meilleur niveau possible mais il n’y avait pas de rivalité ou de compétition sur scène, juste une saine émulation artistique.  On ne jouait pas l’un contre l’autre mais ensemble pour le public. Cette tournée mélangeait reprises, exercices d'improvisation, émotion et bonne humeur. Pendant deux mois le groupe et les spectateurs ne faisaient plus qu'une grande famille. C’est certainement l’un des meilleurs moments de ma carrière.

    Malheureusement on ne te verra pas en Europe avec le G3…

    Effectivement. J’aurais aimé poursuivre l’aventure mais je dois donner un concert avec Def Leppard pour une bonne cause au Royal Albert Hall de Londres, le 25 mars et ensuite partir en tournée avec le groupe aux Etats-Unis pendant l’été. Mon programme est très chargé. Sinon, j’aurais adoré poursuivre cette aventure en Europe mais il n’est pas impossible que l’on se remette à jouer ensemble plus tard.

    Le bassiste Robert DeLeo n’était pas présent sur cette tournée G3/Delta Deep. Reste-t-il un membre officiel du groupe ?

    Oui, oui ! Robert est très occupé en ce moment avec le groupe Stone Temple Pilot qui a commencé à travailler en studio avec un nouveau chanteur (Jeff Gutt). Robert joue aussi avec le Joe Perry All-Star Band. Il ne pouvait donc pas faire cette tournée avec nous. Son remplaçant, Craig Martini est incroyable, il est membre du G4 et accompagne régulièrement Paul Gilbert (Mr. Big). C’est un bassiste funk-soul-rock  qui a vraiment le profil pour jouer avec Delta Deep. 

    La combinaison de ta voix rauque et celle de stentor de Debbi Blackwell-Cook sonne merveilleusement bien sur East Coast Live, un enregistrement public capté au Daryl's Club, une maison tenue par le fameux Daryl Hall du duo Hall & Oates…

    Merci pour le compliment. J’assure les backing vocals au sein de Def Leppard et je suis le lead singer du groupe Manraze, donc le chant n’est pas nouveau pour moi. Le blues est une influence majeure dans ma façon de chanter. Et puis, c’est une chance d’avoir Debbi à mes côtés. Elle est juste magistrale ! Il se dégage effectivement quelque chose de l’union de nos deux voix. Je suis très content du résultat car la clef de la réussite c’est avant tout le collectif. La section rythmique fait beaucoup et tient un rôle décisif dans le résultat final.

    Delta Deep est une sorte d’émancipation par rapport au rock « électronique » de Def Leppard. Musicalement, le groupe joue un blues spontané et diversifié.

    Le blues n’a cessé d’évoluer. Cela a commencé avec des guitares acoustiques à deux cordes dans le Delta du Mississippi dans les années ’20 puis le style s’est électrisé à Chicago avant d’être amené vers d’autres rivages par les Rolling Stones, Jimi Hendrix et Led Zeppelin. Je me souviens avoir vu une affiche annonçant un concert réunissant le même soir Chuck Berry, James Brown, BB King, les Isle Brothers, Little Richards et Jimi Hendrix. Toutes ces étoiles ont joué le même soir. Leurs univers étaient différents mais tous ont été influencés par le blues. Cette affiche me fait aujourd’hui penser à la musique de Delta Deep : du rock, du funk, du blues, de la soul. Nous sommes à facettes multiples. Je connais pas mal de bluesmen qui ont une très grande technique et pensent être les seuls à savoir ce qu'était le vrai blues mais en réalité ces puristes refusent de comprendre que ce genre continue à évoluer et à s'enrichir . Nous essayons vraiment d’amener de nouvelles idées pour rendre le blues plus accessible. Je dois dire que suis un blanc privilégié car j’ai la chance de jouer une musique qui m’inspire en compagnie d’excellents musiciens de couleur. 

    Delta Deep 2

    On voit aujourd’hui émerger d’excellents jeunes groupes qui proposent un style bien roots. Le courant n’est donc pas mort…

    Je crois que de nombreux jeunes sont saturés par tout ce qu’ils entendent à la télé ou en radio de nos jours. Je n’ai rien contre Katy Perry, Beyoncé, Taylor Swift ou Justin Bieber mais ils font partie d’une dérive médiatique. Je ne peux qu’encourager les jeunes à aller voir ailleurs. Il existe de très nombreux groupes et artistes qui méritent un meilleur statut et le soutient du public, partout dans le monde. Certains jeunes fascinés par le vintage se tournent aussi vers l’achat du vinyle, un support qui connaît un regain de popularité. Cela veut dire que des musiques old-school comme le rock et le blues vont traverser encore quelques décennies.

    Les textes de Delta Deep parlent notamment de la ségrégation. Peut-on vous coller l’étiquette de groupe à message ?

    Nous écrivons d'abord des chansons pour transmettre une émotion sincère. Le fait d’avoir deux Afro-Américains dans le groupe explique le métissage de notre musique. Le blues est une sorte d’exutoire, un cri de l’âme contre l’injustice ou  la ségrégation. J’ai toujours aimé la puissance émotionnelle de ce genre musical. Une chanson reste aujourd’hui encore un formidable vecteur d’idées et un moyen privilégié d’exprimer un engagement. On évoque dans nos chansons des sujets qui nous touchent comme la souffrance ou la colère. L’esclavagisme a pris une autre forme aujourd’hui. La chanson « Down in Delta » fait bien sûr référence aux champs de coton mais c’est aussi est une métaphore, le Delta représente ici l’enfer. Cette façon de composer est nouvelle pour moi. C’est ma femme (Note : la créatrice de mode Helen L. Simmons) qui a trouve le nom du groupe Delta Deep, elle a également co-écrit plusieurs morceaux du premier album. Sur le plan social et culturel, c’est enrichissant d’avoir une épouse de couleur.

    "Je connais pas mal de bluesmen qui ont une très grande technique et pensent être les seuls à savoir ce qu'était le vrai blues mais en réalité ces puristes refusent de comprendre que ce genre continue à évoluer et à s'enrichir." 

    Avez-vous derrière la tête de sortir un second album studio ?

    Sept nouvelles chansons sont pratiquement prêtes. Les parties vocales et les backing tracks ont déjà été enregistrés. Cet album sera différent du premier. Nous continuons à expérimenter et à défier les genres. Il y aura notamment un gospel hard rock qui colle bien avec l'idée de mue et l'esprit de ce deuxième opus. J’ai aussi produit le dernier album de Tesla qui doit sortir en mai ou en juin prochain.  J’ai été impliqué dans la création de toutes les chansons.  La musique  est un condensé d’influences des années ’60 et ’70 :  les Beatles, Queen, Led Zeppelin, Aerosmith, AC/DC,  les Who, des groupes qui ont marqué les musiciens de Tesla.  On a travaillé un an et demi pour donner naissance à une petite collection de joyaux.  La musique a été composée  backstage lors de la tournée nord-américaine. Je suis impatient que cet album sorte. 

    As-tu également en stock de nouvelles chansons pour Def Leppard ?

    Joe Elliott et moi avons commencé à composer les premiers morceaux. Un titre est déjà en boîte. Au cours de la tournée avec Delta Deep et le G3 j’ai aussi emmagasiné de bonnes idées pour le prochain album. C’est encore un processus très excitant pour moi, même après toutes ces années. En attendant, je peux te confirmer que Def Leppard sera sur les grands festivals européens l’année prochaine. On se verra certainement sur cette tournée.

    Delta Deep 3

    Ta première guitare fut une SG. J’imagine que tu dois être peiné par les difficultés financières du fabricant américain Gibson. On parle ici d’une gestion…« rock’n’roll » !

    C’est effectivement la crise et probablement la faillite, il n’y a aucun doute là-dessus. Les fabricants et les magasins qui vendent des instruments sont en souffrance mais je reste convaincu que les dirigeants de Gibson n’ont pas eu la bonne approche face à la concurrence des instruments bon marché ou en matière d’innovation. Ses activités dans l’électronique ont été un flop. L’industrie du disque a également connu des difficultés mais elle a su s’adapter pour retrouver de la rentabilité dans le secteur. Aujourd’hui elle continue de vendre des K7, des vinyles et des CD. Par contre, la société Gibson n’a pas su tirer son épingle du jeu.   

    Un mot sur ta récente participation à l’album posthume de Ronnie Montrose, 10X10  avec d’autres interprètes ? Tu joues sur le morceau « Still Singin’ With The Band »…

    J’adorais la formation Montrose qui a été une influence énorme lorsque le premier disque est sorti en 1973.  J’ai eu des contacts avec Ronnie lors de concerts et festivals où Def Leppard partageait l’affiche avec son groupe. J’ai été très touché par sa disparition. Ricky Phillips (producteur de l’album) a déclenché mon envie avec sa volonté de rendre hommage à ce grand guitariste qui était aussi son ami. On peut entendre la voix de Glenn Hughes sur ce titre. Ce dernier a eu la gentillesse de venir nous rejoindre trois fois sur scène lors de la tournée du G3. On interprété en sa compagnie « Superstition » et « Highway Star ».

    De nombreuses personnalités de la musique ont tiré leur révérence en 2017. Chris Cornell, Chuck Berry, Greg Allmann, Walter Becker, Tom Petty, Malcolm et George Young, Fats Domino, la star française Johhny Halliday,…As-tu été touché par la disparitions d’une de ces icônes du rock ? 

    Johnny a assisté à l’un de nos concerts à Paris, il y a quelques années.

    Vraiment ?

    Oui, on l’a rencontré après le show. C’était cool. Le décès de Malcolm Young est tragique tout comme celui de Lemmy de Mötorhead en 2015. La disparition de Prince m’a profondément marqué. Je trouve cela tragique car il était plus jeune que moi ! Je dis toujours à mes enfants que la mort fait partie de l’existence mais voir disparaître une personne plus jeune est profondément injuste. 

    Dans ton autobiographie tu évoquais ta passion pour le foot. As-tu des regrets de ne pas être devenu un joueur pro ?

    Pas du tout. Mais alors pas du tout. Je préfère le métier de musicien. C’est bien plus amusant. La carrière d’un footballeur est courte. Moi, je continue à vivre pleinement de ma passion, à donner du plaisir aux gens tout en côtoyant des musiciens extraordinaires. Je n’ai probablement jamais été aussi créatif qu’aujourd’hui. A 60 balais, c’est génial !

     Delta Deep Live Cover

    DELTA DEEP

     

    East Coast Live 

     

    Frontiers Records

     

    On déguste avec avidité ce « live » enregistré dans un club de la banlieue de New-York. Le concert respire la bonne humeur grâce notamment à Debbi Blackwell-Cook qui met l'ambiance en s'adressant au public avec beaucoup humour. Les spectateurs prennent un repas tout en écoutant religieusement la voix de Debbi, sœur  spirituelle d'Aretha Franklin, les riffs et solos de Phil Collen ainsi que le groove de la section rythmique. Avec cette formation, Collen accentue ses références black à tel point que le blues vit ici en intermittence avec une soul éventuellement funk, mélangée à du hard rock. Au total quinze morceaux  dont la plupart proviennent du premier album éponyme sorti en 2015. Le set qui débute avec une solide reprise du « Black Dog » de Led Zeppelin, se poursuit avec un gospel endiablé « Bang The Lid », le sensuel « Treat Her Like Candy » chanté par Collen, l’émouvant « Whiskey » (en hommage au fils assassiné de la chanteuse), les plus nerveux « Shuffle Sweet », « Black Coffee » et « Bless These Blues » mais aussi « Private Number » influencé par Smokey Robinson sans oublier la splendide interprétation du « Mistreated » de Purple. La soirée s’achève par un court  solo de batterie de Forrest Robinson enchaîné avec le solide « Down In The Delta » puis un medley funk et rythmé repris en chœur par l’assistance. Ce show joué avec simplicité et un charme indéniable laisse éclater le talent de tous les musiciens et propose surtout une musique qui fait du bien. [Ph. Saintes] 

     


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  • Sweet & Lynch

     Le trait d’union

    Dans le pseudo-marasme qui existe au sein de l’industrie du disque, il est encourageant de voir certains se prendre en charge et unir leurs efforts afin de mieux se faire entendre. Michael Sweet (Stryper) et George Lynch (Lynch Mob) proposent en cette fin d’année un second album en duo à la fois déroutant et fracassant. Son titre Unified, symbolise la collaboration entre un chrétien convaincu et un athée spirituel, uni par la passion  du rock. [Entretien téléphonique avec Michael Sweet (chant) par Philippe Saintes – photos : Alex Solca]

    Sweet | Lynch

    Pour Only To Rise, tout le monde était tombé d’accord sur la qualité du disque dès les premières notes. Unified, est plus complexe. Plusieurs écoutes sont nécessaires pour assimiler tout le travail créatif, les effets et les arrangements…

    Je crois que de nombreuses personnes ont du mal à ressentir toutes les choses que tu viens de décrire. C’est un album qui mérite effectivement plusieurs écoutes attentives pour en saisir les subtilités et l'assimiler dans sa totalité. C’était l’idée de départ, nous n’avons pas souhaité faire un « copier-coller » des albums de Dokken, de Stryper ou même du premier Sweet & Lynch. Il y a peut-être deux ou trois titres qui sonnent familier comme « Promise Land » ou « Make Your Mark » mais pour le reste, le but était de proposer un son différent. Les morceaux « Walk », « Afterlife » et « Live To Die »  sont clairement dans l'esprit George Lynch-Michael Sweet mais différents dans la forme. Musicalement « Walk » est un mix d’Aerosmith , des Bee Gees et de Queen. C’est en grande partie la raison pour laquelle certains l’adoreront et d’autres le détesteront. La musique d’ « Afterlife » est plus dépouillée et mélancolique mais derrière une apparence sombre, ce titre délivre un message d’espoir.    

    Tu n’es donc pas surpris par la réaction de certains fans qui ne s’attendaient pas à une telle révolution musicale ?

    Effectivement. Peut-être qu’au premier abord cela peut paraître déroutant pour l’auditeur. Il faut juste prendre le temps de s’y habituer. Quand un disque est particulièrement apprécié et qu’ensuite tu proposes quelque chose de totalement différent,  l’auditeur est logiquement surpris mais cela ne veut pas dire pour autant que ce deuxième opus n’est pas bon. Nous ne voulions tout simplement pas faire un Only To Rise bis. On l’assume totalement. Les groupes doivent prendre des risques, malgré ce que vont penser les gens, c’est ça être un artiste. Prenons l’exemple de Van Halen. J’ai adoré le premier album qui a bouleversé le monde de la musique rock mais si on écoute ensuite 1984, il n’y a aucune comparaison possible. Le groupe a pris une direction complètement différente sur le plan musical comparé à Van Halen I. Pourtant ce sont deux excellents albums. Je pense qu’il faut tout simplement rester ouvert d’esprit.

    L'album fait une place à chacun des membres du groupe. Tu as su retirer le meilleur de chaque musicien en tant que producteur de Unified.

    La musique est toujours plus motivante quand elle est reliée au processus créatif. On a essayé différentes choses, de nouvelles idées. Peu de gens le savent mais je suis rentré pour la première fois dans un studio à l’âge de 10 ans. Mon père était musicien et compositeur. Je l’accompagnais lorsqu’il enregistrait des démos dans un petit studio à Whittier, en Californie. J’ai vraiment passé ma vie dans les studios, en travaillant notamment dans l’ombre des Michael Wagner, Stephan Galfas et  Tom Werman qui ont produit les albums de Stryper. Cette passion n’est pas neuve. J’ai réalisé de nombreux albums dans le passé mais aujourd’hui je souhaite vraiment me faire un nom comme producteur au sein de la scène musicale, proposer une nouvelle carte de visite en quelque sorte. 

    George a affirmé avoir été impressionné par ton travail de producteur. C’est un fameux compliment.

    C’est vrai. Il ne savait pas réellement à quoi s’attendre mais au final,  il a vraiment adoré tout l’album.  C’est gratifiant et valorisant lorsque cela vient d’un immense artiste comme George qui est très exigeant sur le plan musical.

    Comment vous êtes-vous partagé le travail ? 

    Sur le premier album George a composé une bonne partie de la musique et je me suis occupé des mélodies et des textes, à l’exception de « The Wish », « Recover » et « Strengt In Numbers » qui portent ma signature. Pour Unified, George a écrit les musiques et moi les mélodies, les textes et quelques arrangements. Je joue aussi un peu de guitare mais c’est George qui a fait 75-80 % du boulot sur l’album. Il joue tous les solos. On a défini les rôles de cette collaboration dès le départ, je suis le chanteur et George le guitariste. Je me suis volontairement mis en retrait en tant que six-cordistes. 

    George Lynch

    "Unified est un album qui mérite plusieurs écoutes attentives pour en saisir les subtilités et l'assimiler dans sa totalité."

    Un monde uni est un gigantesque puzzle comme  la  pochette de l'album. Le titre Unified est aussi un clin œil à l’Amérique actuel qui apparaît de plus en plus désunie et divisée. 

    C’est vraiment triste. Le pays est divisé par des fractures sociales, économiques et politiques. C'est la première fois que les institutions sont ébranlées à ce point depuis la guerre civile. Jamais l’opposition entre deux camps n’a été aussi forte, c’est la raison pour laquelle j’ai écrit cette chanson qui est un appel au rassemblement malgré les différences. On est dans une société où tout est sujet à polémique. Il suffit de voir le déversement de haine sur les réseaux sociaux.  Si vous publiez un message de soutien à une personne, vous êtes aussitôt attaqué via des messages d’injures par des milliers d’autres individus. Ce n’est pas comme cela que devrait fonctionner l’humanité mais c’est malheureusement le monde dans lequel nous vivons. Il est temps de recréer le dialogue et d’accepter d’être confronté à d’autres idées. On m’a demandé comment un croyant  et un « esprit libre » pouvaient s’entendre dans un même groupe. La réponse tient en un mot : respect ! Bien que nous ayons des idées opposées sur la foi, moi et George, nous nous respectons en tant que musiciens, amis et êtres humains.

    Il y a également du neuf du côté de Stryper, l’arrivée d’un nouveau bassiste, Perry Richardson (ex-Firehouse), et l’enregistrement d’un 11è album studio.

    On est tout excité par l’arrivée de Perry qui a insufflé un nouvel état d’esprit au sein de notre formation. Quand il est entré pour la première fois dans le studio avec nous, la pièce s’est « illuminée » . Il s'est rapidement intégré à notre petite famille. Son sourire est contagieux, il se transmet de personne en personne. Il a amené beaucoup d'énergie positive, vraiment ! On avait tous besoin de cela. Perry est non seulement un excellent bassiste mais aussi un très bon chanteur.  Lorsque les gens le verront sur scène, ils seront convaincus que nous avons fait le bon choix. On a l'impression d'un nouveau départ avec Perry dans le groupe ! Il a été auditionné début novembre et quelques jours plus tard, nous avons commencé à enregistrer les bases à savoir les guitares rythmiques, la basse, la batterie, les claviers et les chœurs ainsi que les overdubs des guitares. Il ne reste donc plus qu’à finaliser le chant principal et les solos de guitares.    

    Tu as déclaré sur ta page Facebook qu’il s’agissait probablement de votre meilleur album.

    Laisse-moi apporter une petite correction, j’ai dit qu’il s’agissait certainement de notre meilleur album (rires). C’est peut-être un cliché mais je l’affirme sans langue de bois. Ce n’est pas juste mon avis, c’est aussi celui de Rob (Sweet, batteur) et de Oz (Fox, guitariste). Nous sommes tous le trois convaincus qu’il s’agit d'un excellent enregistrement studio. Il a une touche unique mais également une énergie et un groove communicatif.  Stryper Got the Groove Back (une référence au film How Stella Got Her Groove Back - Sans complexes), c’est difficile à expliquer, tu dois écouter cet album pour comprendre . Il y a une ballade rock, quelques  chansons qui restent dans la continuité de notre répertoire mélodique, je pense à « Free » ou « Calling On You », mais le reste de l’album ravira les fans de metal. Le titre « Sorry » par exemple est à la fois heavy et accrocheur. Les fans vont adorer.

    Est-ce que chaque membre a proposé des morceaux ou as-tu écrit toutes les chansons comme sur  Fallen?

    Cet album comporte onze morceaux dans la tradition rock. Oz (Fox) a composé quelques musiques tandis que Rob a co-écrit des textes et a trouvé l’idée du titre de l’album mais il est encore trop tôt pour le dévoiler. 

    Michael Sweet

    Que devient l’album acoustique de Stryper évoqué lors d’une précédente interview ?

    Cet album a été enregistré il y a plusieurs mois afin de proposer aux fans une relecture acoustique d'anciens morceaux,  mais nous n’avons pas encore trouvé le temps de le mixer. C’est quelques chose qui devrait être fait dans un avenir assez proche. On pourrait envisager une sortie pour septembre 2018.  

    On devrait entendre quelques titres de Sweet & Lynch en public au cours d’une tournée qui réunirait sur une même affiche Stryper et Lynch Mob. 

    Exact. De nombreuses personnes aimeraient me voir partager la scène avec George. Mon idée est donc de partir en tournée avec Lynch Mob. Stryper serait la tête d’affiche et Sweet & Lynch débuterait la soirée.  Mon frère Rob et Jimmy D'Anda se partageraient la batterie sur quelques morceaux tandis que Sean McNabb et Perry Richardson tiendraient la basse en alternance pour un set assez court, de 7 à 8 chansons.  J’ai à cœur de faire cette tournée qui s’annonce très excitante.  

    Tu as aussi évoqué la possibilité d’un album avec Joel Hoekstra (Whitsenake)…  

    Un album commun avec Joel est quelque chose qui sommeille depuis plusieurs années maintenant. Je regrette que ce projet ne se soit pas encore matérialisé. C'est assez compliqué de faire coïncider nos agendas. Todd Sucherman, l’actuel batteur de Styx, pourrait nous rejoindre. On est également en contact avec Arnel Pineda (chanteur de Journey) et d’autres musiciens. Rien n’est encore confirmé mais en tout cas, si ça se fait, ce sera tout simplement dingue. Je peux en tout cas te certifier qu’un album estampillé Joel Hoekstra et Michael Sweet va débarquer quoiqu’il arrive.

    Je propose de terminer l’interview avec ton portrait chinois ….

    Si tu étais un livre ? Même si ça peut paraître cliché, je crois que tu connais la réponse. La Bible !

    Une série télé ou un film ? J’ai regardé avec beaucoup de plaisir Stranger Thing, avec mon épouse. Quant au film, je dirais une production Marvel, probablement Iron Man, mon super héros  préféré. 

    Un sportif ? Tom Brady un joueur de football américain…

    Et si tu étais une femme ? (Il rit) Mon épouse, Lisa.

     Sweet & Lynch - Unified cover

     SWEET & LYNCH

    Unified

    Frontiers Records

    Le talent de composition de George Lynch et Michael Sweet se révèle à la hauteur de leurs ambitions pour Unified. Leur grande maîtrise de l'écriture musicale et leur faculté à marier avec brio un metal offensif et les harmonies leur permettent de retenir l'attention de l'auditeur tout au long des 50 minutes de musique d'une richesse rare. Encore faut-il comprendre que les deux compères n'ont pas voulu rester enfermé dans un hard mélodique et qu'ils ont délibérément décidé d'évoluer vers quelque chose de plus léché au niveau de la production. A chaque instant sur cet album, il se passe quelque chose d’excitant, que ce soit sur les titres énergiques comme « Heart Of Fire » et « Make Your Mark », ou alors des morceaux plus calmes, l’exemple le plus flagrant étant « Tried & True ». Sweet & Lynch c’est l’esthétisme du hard porté au rouge vif. On peut regarder en ronchonnant dans le rétro ou enfin accepter que la paire a changé de direction. Cette route prendra peut-être plus de temps et davantage d’écoutes, mais le voyage en compagnie de ces deux musiciens reste en tout cas toujours aussi magique... [Ph. Saintes] 

     


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  •  L.A. GUNS

    Gros calibres

     Vétéran de la scène du Sunset Strip, L.A. Guns était devenu un groupe à deux têtes. D’un côté la formation « officielle » menée par Phil Lewis et de l’autre, son alter ego dirigé par Tracii Guns (fondateur et guitariste). Une situation qui a débouché sur une certaine confusion, même auprès des fans. Quinze ans après leur séparation, les deux musiciens ont fini par enterrer la hache de guerre. Une réconciliation à défaut d’une vraie reformation mais  une attitude rock and roll. [Entretien avec Phil Lewis (chant) par Philippe Saintes – photos : Dustin Jack]

    L.A Guns - promo shoot 2017
     

    On est ravi de vous voir de nouveau réunis. Comment s’est fait le rapprochement avec Tracii Guns ? 

    C’est à l’occasion d’un événement caritatif à Las Vegas au profit d’enfants défavorisés, que nos chemins se sont croisés à nouveau. On ne s’était plus vu ni parlé depuis 15 ans. J'ai reçu un coup de téléphone du  promoteur de l’événement pour m’annoncer que mon ancien acolyte allait participer à ce concert-charité. Il m’a demandé si j’étais intéressé de jouer deux ou trois chansons avec Tracii, pour la bonne cause. Comme je résidais à Las Vegas, je n’avais aucune excuse. J’étais plutôt anxieux, car nous n’étions pas en très bons termes. Toutefois, les retrouvailles ont été cordiales. On a juste parlé de la soirée et des personnes qui allaient y prendre part. Sur scène, ce fut magique ! J’ai senti que l’alchimie était à nouveau là quand nous avons joué ces quelques morceaux…. On était là tous les deux, heureux de pouvoir récolter de l’argent pour des enfants. L’idée d’une reformation n’a même pas été effleurée. La semaine suivante, j’ai invité Tracii à un concert Unplugged. L’ambiance était détendue. Il m’a fait entendre quelques chansons de son nouvel album et m’a proposé de venir chanter sur quelques titres. C’était le début de notre seconde lune de miel (rires).

    Quelle a été ton implication dans cet album ? 

    Le projet remonte à 2015. Traci travaillait déjà sur ce disque depuis un an, lorsque je suis monté à bord. Il a été très impliqué dans le processus de composition et le son de The Missing Peace. Tout le mérite lui revient ! Une fois les pistes enregistrées, j’ai pris l’avion pour me rendre dans le studio du producteur Mitch Davis, à New-York. On a mis quatre jours à enregistrer les voix. Mitch m’a poussé dans mes derniers retranchements. Grâce à lui, il en est ressorti des émotions incroyables. Je n’ai jamais aussi bien chanté. 

    Tu es originaire de Londres, comment as-tu rejoint la bande de L.A., en 1985 ? 

    Tracii était fan de mon premier groupe Girl, qui a connu un certain succès en Angleterre (1980-1982). Je connaissais déjà à cette époque le manager de L.A Guns, Alan Johns. Tracii n’était pas très heureux avec son premier chanteur (Mars Black) en raison de son addiction pour les substances illégales. Par l’intermédiaire d’Alan, il m’a invité à le rejoindre à Los Angeles. Il tenait à ce que je devienne le nouveau frontman de L.A. Guns. Je suis parti dès le lendemain avec 200 dollars en poche et un sèche-cheveux, pour devenir une rockstar à L.A. (il rit). A Londres, il pleuvait depuis trente jours et je suis arrivé dans une ville où il y a 330 jours de soleil par an. C’était vraiment le paradis. Mon meilleur souvenir d’artiste ? Ma première tournée dans un van avec le groupe. J’ai alors découvert les Etats-Unis, d’Hollywood à Phénix en passant par Las Vegas, avec une bande de potes. Ce fut une aventure fantastique, inoubliable.  

    Qu'est-ce qui a changé aujourd'hui? 

    D’une certaine manière les années ’80 me manquent mais d’un autre côté, je ne regrette pas les interférences des maisons de disque, des managers ou des publicitaires. Nous étions devenus une machine à fric avec un tas de gens autour de nous pour nous ‘conseiller’. Nous n’avons pas su nous prémunir des aspects néfastes de ce milieu et la formation d’origine s’est scindée. La musique était devenue la propriété d’une industrie sans âme. Aujourd’hui, le groupe s’exprime librement et The Missing Peace est sans doute notre meilleur album. 

    Qu'attends-tu justement de celui-ci ?

    On sait que l’on ne vendra pas un million de copies comme Cocked and Loaded (1989) mais ce n’est pas le but. L.A. Guns n’est pas un groupe « fashion », la mode ne nous intéresse pas. Ce serait stupide de ma part de vouloir ressembler à Liam Gallagher (Oasis). Au niveau créatif, la collaboration avec Tracii me procure beaucoup de satisfaction. C’est juste génial de pouvoir faire un nouvel album ensemble.

    "Notre but était de régénérer le son rock des années '80 et de le transposer subtilement à l’époque actuelle."

    Tracii Guns & Phil Lewis 2017

     

    Steve Riley (batteur), qui a été un membre important de L.A. Guns ne figure pas sur The Missing Peace, pourquoi ?

    Tracii avait déjà un batteur, Gavin Purcell et un bassiste, Johnny Martin. Les textes étaient écrits et la musique déjà enregistrée, il n’y avait donc plus de place pour Steve sur cet album. Du groupe d’origine, nous avons invité Kelli Nickels (basse) et Mick Cripps (guitare) mais nos arguments n'ont guère provoqué d'enthousiasme chez eux, contrairement à Michael Grant, qui a joué auparavant dans ma version de L.A Guns. Ce surdoué de la six-cordes est le plus jeune membre du gang, et il apporte un véritable vent de fraîcheur. Tracii et Michael prennent vraiment du plaisir lors des démonstrations de guitare sur scène. Ce sont deux virtuoses.

    On imagine que vous allez opter pour une tournée européenne (novembre 2017) en forme de best-of. Comptez-vous aussi intégrer des chansons du nouvel album dans la setlist ? 

    « Speed » qui est le premier single, bien sûr. On vient d’ajouter la très belle ballade « The Flood Is The Fault Of The Rain » et je pense que « Sticky Fingers » sera le prochain titre de l’album à être transposé sur scène.

    Quel a été ton premier concert ?

    Black Sabbath et Uriah Heep au Royal Albert Hall de Londres, en 1973. J’en ai gardé un très bon souvenir.

    Et le premier album que tu as acheté ?

    J’ai assisté à Hyde Park à un festival gratuit avec notamment Grand Funk Railroad et Humble Pie. La prestation d’Humble Pie m’ayant impressionné, j’ai acheté leur premier disque en même temps qu’un vinyle de Ten Years After.

    Pour conclure, pourquoi nos lecteurs doivent-ils absolument acheter The Missing Peace ?

    L.A. Guns est un groupe catalogué 80s. Notre but était de régénérer le son rock des ces années et de le transposer subtilement à l’époque actuelle. Je pense que nous y sommes arrivés avec The Missing Peace. 

     

    L.A. GUNS : The Missing Peace cover

     L.A. GUNS

    The Missing Peace

    Frontiers / Harmonia Mundi 

    Guitares en bandoulières,  les Californiens (sans Steve Riley) repartent à l’assaut, bien décidés à remonter dans le peloton de tête du heavy Metal. La musique de L.A. Guns est une mixture de Led Zeppelin, Bon Jovi et des Sex Pistols mais le groupe parvient à conserver une certaine originalité. « It’s All The Same To Me » démarre l’album dans un nuage de poussière. Phil Lewis et Tracii Guns s’éclatent dans un heavy rock’n’roll sentant bon la sueur et le souffre. Ecoutez ces brulôts que sont « A Drop Of Bleach », le bien nommé « Speed » ou les entraînants « The Devil Made Me Do It » et « Baby Gotta Fever » alors que « Don’t Bring A Knife To A Gunfight » rappelle le gosier de Billy Idol. Les douze compositions sont très carrées et déboulent à une cadence d’un Colt 45. Lewis chante avec ses tripes. Les guitares ne sont pas en reste et, viennent zébrer de notes incandescentes ce hard rock qui a la valeur d’une grosse bouffée d’air pur. Energique, le groupe s’adonne aussi à des mélodies chatoyantes (« Christine », « The Missing Peace » ou la ballade à la Lynyrd Skynyrd « The Flood Is The Fault Of The Rain ») avec cette fois des guitares mélodieuses et sensuelles. Attention, ces fusils-là ne sont pas de vulgaires pistolets à eau ! [Ph. Saintes]   


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  • RIVERDOGS

    California dudes

    Malgré un cancer, Vivian Campbell a été capable de jouer dans trois groupes cette année. Entre les tournées de Def Leppard et Last In Line, le vaillant guitariste irlandais a encore eu le temps de réactiver le projet Riverdogs et donner une suite à l'album éponyme de 1990. Plein de fraîcheur, California n’est pas vraiment hard à 100% mais Mister Campbell est trop fertile pour se limiter à un genre cartésien. [Entretien avec Vivian Campbell (guitare) par Philippe Saintes – photos : Kelsey Danzeisen et Phil de Fer]

    VIVIAN CAMPBELL

    Viv, Riverdogs s’est formé en 1989. Peux-tu nous en rappeler la genèse ? 

    J'ai commencé par aider ce groupe sur quelques démos alors que je jouais pour Whitesnake. Au moment, de la préparation de l’album Slip Of The Tongue, j’étais mal à l'aise avec les choix de David Coverdale, j'ai donc saisi l'occasion pour me joindre à Riverdogs. Le timing était parfait puisque leur guitariste (Chris Buttleman) ne convenait pas. Nous avons obtenu un contrat avec CBS, le label de Tony Martell en mai 1989. L’enregistrement de l’album fut une galère en raison de la  dégradation des relations avec le premier producteur (Michael Frondelli) puis le rachat de CBS par Sony qui a entraîné de nombreux changements de personnel au sein du label. Le nouveau ponte (Richard Griffiths) nous a clairement fait savoir qu'il consacrerait son budget promotion à d'autres groupes (Note : Pearl Jam et plusieurs formations de la vague Grunge). Il ne croyait pas dans le potentiel de l’album, jugé trop « hard ». Ironiquement, Riverdogs n’était pas un groupe de heavy metal classique. Avec des intonations blues et folk, notre répertoire était même assez éloigné de celui du microcosme rock de L.A. Après des problèmes de batteurs (quatre changements en un an) et les frictions avec ‘Mike’ Frondelli, la maison de disque nous lâchait. Entre le début de l’enregistrement et sa sortie, un an et demi s’était écoulé. Je n’ai jamais reçu le moindre centime.  Désabusé par tous ses soubresauts, j’ai décidé de rejoindre Shadow King (1991) avant d'être appelé par Def Leppard un an plus tard. Riverdogs a continué un temps sans moi. Psychologiquement, ce fut une période difficile, pourtant notre travail a récolté des commentaires dithyrambiques de la part de la presse spécialisée, surtout en Europe. Depuis, le disque est devenu culte. La carrière du groupe a été interrompue suite au mauvais jugement d'un individu.

    La ligne directrice était  de créer un album comparable à ce 1er opus…  

    Absolument ! Nous avons voulu reproduire les sons et la texture du premier disque même si la recette est différente. Il y a par exemple moins de guitares acoustiques sur California et mon jeu est plus dynamique. Je suis d’ailleurs très satisfait du résultat. Les onze chansons de l’album sont le fruit d’un travail collectif, d’une équipe soudée. Dans le but de sonner artistiquement avec l’histoire de Riverdogs, Nick (Brophy, basse), qui est un ingénieur du son très talentueux, a analysé nos premières chansons et pris des tonnes de notes sur les plans et les arrangements réalisés à l’époque. Il a également consulté Jeff Glixman, le producteur qui a mixé et terminé l’album de 1990. On a aussi employé un équipement à l’ancienne pour renforcer ce caractère. Personnellement, j’ai joué sur quelques guitares utilisées lors de l’enregistrement de Riverdogs et avec le même ampli.

    C’est une véritable ode à la Californie. La nostalgie est palpable du titre de l'album à son artwork.

    Nick, Mark (Danzeisen, batterie) et Rob (Lamothe, chant) sont originaires du sud de la Californie. Je réside à Los Angeles depuis l’enregistrement de l’album Holy Diver avec Dio (1983) et mon épouse est américaine. J’ai passé une grande partie de mon existence là-bas, même si mes origines sont irlandaises, indiscutablement. Avant la sortie du premier album, nous avions écumé les clubs de San Diego, Los Angeles, Sacramento et San Fransisco.  California est en quelque sorte un retour à nos racines. Rob parle d’ailleurs dans ses textes d'expériences vécues et des endroits fréquentés à nos débuts. C’est à la fois un album conceptuel et autobiographique.

     

    RIVERDOGS 2017

     

    A l'écoute de California le premier mot qui m'est venu à l'esprit est « spontanéité »... 

    Rob habite aujourd'hui en Ontario (Canada) et Nick à Nashville, Tennessee. Tout notre budget est passé en frais d'hôtels, location de voiture, billets d'avions, nourriture... L'enregistrement fut par conséquent des plus rapides puisque concentré sur deux séances de cinq jours dans le studio privé de Mark, à Los Angeles, pour ce qui concerne la composition et les bases instrumentales.  La batterie et mes parties de guitares ont ensuite été réenregistrées dans un plus grand studio de la côte Ouest tandis que le chant de Rob et les harmonies vocales ont été mis en boîte à Nashville, dans le propre studio de Nick. La qualité des chansons est très forte. On s'est éclaté tous les quatre et tu peux effectivement entendre cet esprit spontané sur l'album. Il y a une grande complicité humaine et artistique entre nous. J'aime faire de la musique avec des gens qui prennent leur travail au sérieux mais qui ne se prennent pas au sérieux !

    Musicalement, tu sembles épanoui avec le répertoire de Riverdogs ou celui de Last In Line. Ton jeu est plus riche et étoffé comparé à l'univers de Def Leppard.  

    C’est très compliqué de jouer dans trois groupes à la fois. J’ai rejoint Def Leppard en 1992. Les harmonies vocales subtiles et les refrains accrocheurs sont la marque de fabrique du groupe. Nous bossons dur là-dessus. Il y a certes des parties de guitares complexes et intéressantes dans les morceaux de Def Leppard mais j’aime relever de nouveaux défis. Avec Riverdogs et Last In Line, je peux me concentrer essentiellement sur mon jeu  et la production. Mes expérimentations correspondant à ce que je peux être réellement. Je me suis libéré de certaines choses et j'ai aujourd'hui davantage confiance dans mon style (il rit).

    Outre ton jeu de guitare, le point fort de l'album est la magnifique voix de Rob Lamothe, un chanteur rock aux accents blues et soul...

    Effectivement ! J’ai travaillé durant ma carrière avec des chanteurs exceptionnels, Ronnie James Dio, Lou Gramm (Foreigner), Joe Elliott (Def Leppard) ou David Coverdale (Whitesnake). Rob fait partie de cette catégorie, c’est un chanteur de classe mondiale et aussi un très grand compositeur. Son talent n’est malheureusement pas reconnu à sa juste valeur. Lorsque je l’ai entendu pour la première fois, j’étais convaincu qu’il allait devenir une grande star de la chanson. L’industrie musicale est bizarre. J’ai côtoyé une foule d’artistes doués qui n’ont pas rencontré le succès. Le talent et la réussite  ne font pas toujours bon ménage… 

    Cette idée de reformation on la doit au label Frontiers qui a su se montrer persuasif… 

    Après le succès de l’album Heavy Crown (Last In Line), Serafino Peugino, le Directeur du label Frontiers Records m’a appelé pour me demander si j’étais intéressé par la réalisation d’un nouvel opus de Riverdogs, dans l’esprit  du premier album. Son honnêteté m’a plu. Nous avions déjà enregistré un autre disque il y a quelques années, World Gone Wild (2011) à l’occasion d’une réunion occasionnel. Je ne vais pas dire qu’il ne présente aucun intérêt, toutefois il était loin d’avoir donné satisfaction. Avec le recul, je sais que nous aurions pu faire mieux, connaissant notre potentiel.

    Comptes-tu tourner avec Riverdogs dans les mois à venir ? 

    On envisage de donner un concert à la fin de l'année en Californie du Sud mais il n'y aura pas de tournée. Cette année a été très intense pour moi. J'ai terminé les dates US de Def Leppard en juin et j'enchaîne avec une série de shows avec Last In Line, en Europe pendant l'été. En septembre, je rentre en studio pour enregistrer le deuxième album de Last In Line qui sera produit cette fois encore par Jeff Pilson (Dokken, Foreigner). Mon agenda musical est bien rempli. 

    RIVERDOGS 2017(2)

    Le décès de Jimmy Bain (68 ans) pendant la croisière « Def Leppard » début 2016 a été brutal. Last In Line a néanmoins souhaité poursuivre son parcours musical avec un autre bassiste.

    Cela a été un choc terrible pour nous. Son décès est intervenu un mois avant la sortie de Heavy Crown. Jimmy avait mis beaucoup d’espoir dans ce disque. Il y a quelques années, il a joué de malchance. Il était pratiquement insolvable et a connu des soucis avec la justice. La musique fut en quelque sorte une bouée de sauvetage. Il était très enthousiaste, et s'était même fait tatouer notre logo sur son bras droit, son seule tatouage d’ailleurs, c'est dire son engagement envers le groupe. Jimmy était une personne avec qui il était agréable de travailler. Entre lui, Vinny (Appice, batterie) et moi, l'alchimie fonctionnait à la perfection. Bien qu’il luttait contre un cancer, nous avons tous été ébranlé par sa disparition soudaine. Dans un premier temps, la tournée a été annulé, mais Last In Line est finalement remonté sur scène pour honorer sa mémoire, avec Phil Soussan (ex-Ozzy Osbourne, Vince Neill) à la basse. Phil est un ami de longue date et son style est similaire à celui de Jimmy. A chaque concert nous continuons à le célébrer à travers la chanson « Starmaker ». Il sera toujours avec nous.

    A l'exception du Royaume-Uni, Def Leppard s'est montré plutôt discret sur le « Vieux continent » ces dernières années.

    Même si aucune date n’a encore été annoncée, je peux te dire que nous viendrons en Europe l’année prochaine dans le cadre d’une tournée mondiale. Pour l'heure, nous commémorons les 30 ans de la sortie de l'album Hysteria, les 40 ans du groupe (formé en 1977)  et ma 25è année au sein de Def Leppard. On a aussi quelques idées pour un nouvel album mais il n'y a pas de plan pour l'instant. 

    Comme tout britannique qui se respecte, le football est l'une de tes passions. Quel est ton club préféré ?  

    A vrai dire, je ne suis pas un partisan inconditionnel. Quand j'étais gamin à Belfast dans les années'70, le sectarisme était profondément ancré dans le football nord-irlandais. Je n'ai jamais supporté un club local par contre j'ai été fasciné très jeune par le FC Chelsea car mes parents ont brièvement habité dans le quartier de Stamford Bridge. Vers l'âge de quinze, seize ans quand je me suis mis à la guitare, j'ai lâché le foot. Il aura fallu attendre mon passage dans Def Leppard dans les années 90 pour renouer avec le ballon rond. Aujourd’hui, je vais voir l'un ou l'autre match quand j'en ai la possibilité.

    Tu sais qu'il y a un talentueux joueur belge dans les rangs des Blues... 

    Bien sûr, Eden Hazard (rires).

    RIVERDOGS 2017(3):

     

    En tant que Nord-Irlandais, que penses-tu du Brexit ? 

    L'Irlande du Nord est un cas particulier. C'est probablement la nation du Royaume-Uni qui risque de perdre le plus d'argent avec le Brexit car elle est la plus subventionnée. La sortie de l'euro risque de desservir la jeunesse. C'est un non-sens. Une réunification irlandaise permettrait à l'Irlande du Nord de rester dans l'UE. Ce serait ironique, l'Irlande réunifiée grâce au Brexit (rires). Je suis en principe un citoyen du Royaume-Uni mais ma famille à ses racines en République d'Irlande, dans les comtés de Tyrone et du Donegal. C'est très difficile pour moi de m'identifier à l'une ou l'autre communauté. Tout comme pour le Brexit, j'ai un sentiment négatif par rapport à l'identité nationale, le patriotisme exacerbé. Cela me fait penser à la chanson de John Lennon « Imagine » : Imagine qu'il n'y a aucun Paradis, Imagine qu'il n'y a aucun pays ! C'est sans doute très naïf mais à la fin de la journée, on est finalement tous humains et on a tous des envies.

    Pour conclure, comment évolue ton combat contre le lymphome de Hodgkin (cancer du système immunitaire) ? 

    Les derniers résultats sont prometteurs. Il y a deux ans, les médecins ont décidé de passer à l’immunothérapie, un traitement qui vise à mobiliser les défenses immunitaires contre la maladie (Note : c’est aussi le cas de Johnny Hallyday). Environ 40% des patients tous cancers confondus, traités avec cette molécule, étaient encore en vie trois ans après le diagnostic. Je ne suis pas pour autant sorti d'affaire mais la maladie est enrayée avec un minimum d'effets secondaires. Je suis dès lors en mesure de continuer d'enregistrer des disques et de me produire sur scène, ce qui est déjà une victoire.   

     

    RIVERDOGS : California

    RIVERDOGS

    « California »  

     Frontiers / Harmonia Mundi

    Il y a 27 ans, Riverdogs  sortait un album qui était musicalement un OVNI dans le milieu rock à forte testostérone. Plus acéré que son prédécesseur, California est exécuté avec la même passion et la même simplicité. Riffs efficaces, harmonies vocales, l’auditeur chavire dans une ambiance emplie d'émotion qui lui fait retrouver l'insouciance des années ’80 et ce soleil Californien sous lequel nous aurions tous aimé grandir pour vivre une période d'effervescence sur la mythique Côte Ouest. Les quinquas s’éclatent et font valdinguer les frontières. Rock (« American Dream »), blues (« Welcome To The New Disaster »), et même pop (« I Don’t Know Anything »), l’univers de Riverdogs est mutant et tournoyant. Il faut aussi souligner la qualité de jeu exceptionnelle de Vivian Campbell sur l'ensemble des titres. Mais si les guitares se taillent la part du lion, Rob Lamothe, chanteur à la voix d’or, n’a rien perdu de son formidable talent de compositeur. Un retour aux sources réussi. [Ph. Saintes]   

     

     


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  • DEEP PURPLE
    Vers l'infini et au-delà... 

     Le 20e album studio, InFinite, qui sort le 7 avril sur le label earMusic, va propulser Deep Purple vers de nouveaux sommets. Le groupe défie une nouvelle fois le temps qui passe, en proposant un disque qui séduira trois générations, ce qui est peu banal. Vous comprendrez alors que le jour où l’on a mythique batteur de cette formation à l'autre bout du téléphone, l’on puisse trouver le temps bien court. [Entretien avec Ian Paice (batterie) par Philippe Saintes – photos : Jim Rakete]

    Deep Purple  - Infinite promo

    Avant d’aborder le nouvel album, on se souvient Ian que tu as été victime d’un mini AVC, en juin dernier. Peux-tu nous donner des nouvelles de ta santé ? 

    Effectivement, j’ai été hospitalisé après avoir constaté un engourdissement et une gêne au côté droit avant un show en Suède. C’est le premier concert de Deep Purple annulé par ma faute depuis 1968, ah, ah ! J’ai été très chanceux de ne pas avoir gardé de séquelles sérieuses. Je considère cela comme un avertissement divin. Mon sang étant trop épais et j’ai dû avaler quatre tablettes de comprimés par jour pour le faire fluidifier et baisser la tension. Le médecin, m’a également imposé une période de revalidation de 6 mois mais aujourd’hui, je suis bon pour le service, crois-moi  !

    C’est une bonne nouvelle. Tu as aujourd’hui 68 ans et Roger Glover s’apprête à fêter son 71è anniversaire. Est-ce le succès de No What ?! qui a poussé le groupe à retourner en studio ou simplement l’enthousiasme de jouer ensemble ?

    Now What ?!  a dépassé toutes nos estimations ! Le succès commercial est évidemment une excellente chose mais c’est avant tout la volonté de poursuivre une collaboration fructueuse avec Bob (Ezrin) qui est à l’origine  de ce nouvel album. C’est le « boost » dont nous avions besoin. Il n’est jamais satisfait, va droit au but et ne nous laisse jamais déconner. Avec lui, vous avez toutes les chances d’arriver au meilleur résultat possible. Si on écoute nos deux derniers albums, on s’aperçoit qu’il y a une caractéristique, un lien de famille. A la fin de la production, Bob a déclaré « jamais deux sans trois, les gars ». C’est révélateur de l’excellente atmosphère qui a régné dans le studio. On est déjà impatient de retravailler avec lui.

    Vous avez effectivement opté pour le même studio (le Tracking Room à Nashville) et le même producteur. Pourtant InFinite n’est pas un copié-collé de Now What ?! Quelle est la principale différence selon toi, entre les deux albums ?

    Quand nous entamons un nouveau projet, notre but est de créer quelque chose de différent. Les évènements qui se déroulent dans le monde, ont toujours façonné notre façon de composer. Un album est un marqueur temporel qui illustre l’évolution musicale du groupe mais aussi nos influences à chaque période…Depuis l’enregistrement de Now What ?!, la planète a connu plusieurs tragédies. Les idées  proposées pendant la période d’écriture ont été influencées par ces évènements récents. Il y a évidemment eu les attentats terroristes qui ont touché Paris et Bruxelles. La  colère et la peur se reflètent dans le disque car nous avons été profondément bouleversés par ces attaques. Le climat était différent au moment d’enregistrer No What ?!, il y a cinq ans déjà...

    Est-ce que ce fut un enregistrement rapide comme le précédent ?

    Le processus est identique. Deep Purple est un cercle. Nous enregistrons toujours ensemble en studio. On a mis en boîte les bases instrumentales de Now What ?! en une dizaine de jours, et celle de inFinite en sept jours. Ensuite, mes partenaires ont rajouté les overdubs, les solos et d’autres trucs. Si vous enregistrez très vite, généralement le résultat est fort bon. Vous capturez en effet les 2, 3 premières prises de chaque chanson quand elles sont encore nouvelles, fraîches et existantes pour les musiciens. Lorsque vous arrivez à 15 ou 20 prises différentes,  vous ne créez plus mais vous recréez plutôt ce que vous aviez imaginé au départ, et l’instant magique disparaît. C’est horrible ! Si le résultat n’est pas parfait, grâce aux techniques modernes, vous pouvez toujours éliminer les petites imperfections. Le but était vraiment de garder intact le côté direct.  

    DEEP PURPLE :Infinite promo2

    Il y a des spéculations à propos du titre InFinite. Vous réalisez que certaines personnes sont inquiètes et pensent que c’est vraiment votre dernier disque ? Cette rumeur est d’ailleurs renforcée par le nom de la tournée, The Long Last Goodbye.

    C’est effectivement un titre ambigu et à la fois très intéressant. Le logo de Deep Purple sur la pochette est relié au symbole représentant l’infini. Il y a une réelle connexion entre l’image et le titre. La musique une fois enregistrée est immortelle, elle est infinie, ce qui n’est malheureusement pas le cas des musiciens (rires).  Il faut être honnête, nous sommes plus proche de la fin que du début mais aucune décision n’a été prise concernant l’avenir de Deep Purple. Ce titre peut être source de significations sans comporter pour autant un message caché. Pour être honnête, l’idée vient en fait de notre maison de disques. Chacun peut laisser libre cours à son imagination. Regarde le bateau sur cette même pochette, est-ce qu’il avance ou au contraire recule-t-il ? Une œuvre d’art a-t-elle toujours un sens ? On peut imaginer plein de choses, il n’y a rien de figé. On a là une pochette très esthétique  et c’est ce qui est le plus important. Si elle éveille l’esprit ou provoque une réaction auprès des personnes qui achètent le disque, tant mieux.

    Le premier single « Time For Bedlam » a déjà séduit les inconditionnels de Deep Purple…

    C’est une chanson très forte. Bedlam était un ancien hôpital où l’on traitait les personnes atteintes de folie, il y a deux siècles en Angleterre. Des dissidents politiques ou religieux étaient également envoyés dans cet asile. Le gouvernement employait cette méthode très simple finalement pour se débarrasser de « ses gêneurs ». De nombreux individus sains d’esprit ont été internés jusqu’à la fin de leur vie. Time For Bedlam raconte la vie d’une personne innocente qui, pour diverses raisons, a provoqué la colère des autorités de l’époque et a été injustement internée. Elle a vécu jusqu’à son dernier souffle dans cet enfer. Ce n’est pas une critique envers un mode de pensée ou une personne en particulier, c’est une fiction inspirée de faits qui se sont produits il y a 200 ans. Le solo de claviers au milieu du titre est aussi une description symbolique de la folie humaine.  Plusieurs idées ont été proposées  pour l’intro, mais nous avons opté pour un texte narratif proche du chant grégorien. 

    Il y a aussi des morceaux entraînants sur ce disque, je pense  notamment à  « One Night In Vegas ».

    « One Night in Vegas » est une histoire vraie. C’est arrivé à Don Airey (claviers) il y a plusieurs années alors qu’il jouait à Vegas. Ce fut une nuit bien arrosée et il ne tenait plus debout. Le lendemain matin, il s’est réveillé avec une fille dans son lit. Stupéfait, il lui a demandé : ‘Mais qui es-tu et qu’est-ce que tu fais là ?’. Elle lui a répondu : ‘mais je suis ta femme’ (rires). Don l’avait épousé lors de cette virée, alors qu’il ne tenait pratiquement plus debout. C’est une anecdote cocasse, mais la fin est encore plus drôle, puisqu’ils sont toujours ensemble aujourd’hui, trente ans plus tard !  

    On trouve aussi un véritable chef d’œuvre sur l’album, « The Surprising », un titre long de six minutes. Il y a une incroyable interaction entre tous les instruments …

    Nous étions dans le local de répétition, essayant de créer quelque chose de neuf, lorsque Steve a improvisé un riff de guitare qui m’a fait penser à un rythme de Ray Charles et j’ai aussitôt produit le break de cymbale qui résonne sur l’intro de Steve. Les autres se sont ensuite joints à nous. Chacun était dans une forme optimum et nous avons été littéralement portés par la musique. C’est vraiment une création collective. Quand j’ai quitté le studio avant les arrangements, il n’y avait pas ces longues notes de guitare et ce break de clavier au milieu de la chanson. La direction du morceau avait complètement changé. Le tempo augmente de façon vivace sur le dernier couplet, ce qui  dramatise le final. Même remarque pour « Get Me Outta Of Here » , les arrangements rendent le titre sensiblement plus massif et compact. En fait, ce disque est autant une découverte pour toi, qu’il ne l’est pour moi (rires).

     

    La musique de « Birds Of Prey » est également très complexe. Cela démontre qu’après toutes ces années, le groupe continue d’explorer.

    « Birds Of Prey » est ma chanson préférée. Il est très facile de répéter ce que vous avez imaginé antérieurement en changeant quelques éléments. Toutefois il est bien plus amusant pour un musicien d’essayer de trouver de nouvelles motivations. Certes, en musique tout a été dit et inventé mais cela n’empêche pas l’inspiration. Il ne faut pas avoir peur de revisiter un riff ou un accord mais en changeant habilement la perception pour que cela ne devienne pas  caricatural. Notre but sur ce disque a été de préserver notre patrimoine en ajoutant quelques subtilités.

    « On Top Of The World » se clôture avec un étonnant oratoire de Ian Gillan.

    Là encore, le texte fait référence à un fait réel. Une aventure rocambolesque qui est arrivée à Ian quand il était jeune. Les textes sont très vicieux. Avec tous les couplets, la chanson aurait duré au moins 15 minutes. Roger a alors imaginé de la synthétiser en proposant à Ian de lire le texte comme un poète, à la fin du morceau. La musique s’accorde parfaitement à la voix tout en saisissant bien le vrai caractère des paroles. Ian et Roger ont un talent fou pour superposer des idées !

    Enfin, l’album se clôture avec une reprise du « Roadhouse Blues » des Doors qui est jouée avec une aisance déconcertante.

    Nous avions déjà inclus une reprise de Jerry Lee Lewis « It’ll Be Me » sur Now What ?! On a grandi avec ces vieilles chansons qui sont, au fil des années, devenues une partie de nous-mêmes tellement nous y sommes attachés. Lorsque nous nous sommes posés la question de savoir quelle cover enregistrer sur InFinite,  j’ai suggéré « Roadhouse Blues », titre que j’avais joué en concert l’an dernier avec le cover-band Purpendicular. Un soir, nous avons mélangé cette reprise avec « Black Night » car elles ont des fondations communes au niveau du tempo et du groove. « Roadhouse Blues » sidère par son évidence et son pouvoir attractif. On l’adore ! Dans le studio tout le monde avait la banane, les musiciens, le producteur, l’ingé son,…. Cela nous a pris une demi-heure pour boucler le morceau. Les Doors ont marqué une époque avec des disques fabuleux.  

    DEEP PURPLE : Infinite promo3

    Quels sont les titres de InFinite qui ont le potentiel pour se retrouver sur la set-list ?

    Ça c’est la question à 63.000 dollars (rires). Lors d’un concert de 2 heures, ce qui est un timing raisonnable, nous allons essayer de contenter tout le monde en jouant des classiques et des morceaux du dernier album mais pour le moment nous ne sommes pas encore mis d’accord sur le choix des titres. On sera très sélectif car certaines chansons ne sont pas faites pour être vécues en live. Je pense que des titres up et mid-tempo comme « Time For Bedlam », « One Night In Vegas » ou peut-être « Birds Of Prey » peuvent fonctionner en concert. 

    Ian, en dehors de la musique, quelles sont tes passions ?

    J’adore cuisiner dans un cadre relaxant. J’aime savourer ce que j’ai préparé mais aussi découvrir de nouvelles saveurs. J’aime aussi pêcher en eau profonde mais pas pour l’aspect sportif comme Ian Gillan qui lui est plutôt  un ‘chasseur de poissons’ (il rit). J’apprécie surtout les petites choses simples qui peuvent me relaxer. C’est important car la vie en tournée est plutôt intensive  et il est dés lors essentiel d’être à 100% mentalement et physiquement. En dehors de la scène, je suis plutôt quelqu’un de passif. Sinon, comme tout britannique qui se respecte, j’aime un club de football, Nottingham Forest, qui évolue en division 2 anglaise. Ce n’est pas une grande équipe mais quand vous êtes supporter c’est pour la vie !

    J’ai lu que vous aviez vos petites habitudes. En Belgique, vous descendez presque systématiquement dans le même hôtel à Bruxelles et il n’est pas rare de vous voir dans un bar cubain de cette même ville, où des quidams peuvent vous aborder…

    C’est vrai, c’est devenu une tradition de fréquenter l’établissement qui se trouve juste sur la Grand Place et ce club appelé « Havana » où d’excellents artistes jouent la nuit de la musique populaire cubaine, à deux minutes à pied de notre hôtel. Après un concert, je m’y arrête généralement avec Roger et Don pour profiter d’un instant musical, me relaxer et savourer quelques bières pendant une heure/une heure et demie. C’est le  genre d’endroit tranquille où l’on peut bavarder normalement. Ces moments-là vous permettent de décompresser après une journée intensive. Se produire sur scène devant des milliers de personnes est un plaisir mais le reste du temps vous devez voyager, répondre aux interviews et diverses sollicitations, respecter des timings serrés.

    Jean-Claude, le batteur du tribute band belge Fireball m’a confié qu’il était devenu batteur après avoir entendu ton groove sur In Rock et Machine Head. Lars Ulrich de Metallica a déclaré la même chose. Tu as probablement influencé plus de batteurs que n’importe qui d’autres mais tu restes très humble sur le sujet. 

    La musique est une passion pas une obsession. Je connais des batteurs qui sont obnubilés par la technique. Moi, je joue avant tout parce que cela me donne un plaisir énorme, et si en plus ma musique suscite de l’admiration chez les jeunes et les pousse à se perfectionner toujours davantage, c’est fantastique. 99% des individus ne parviennent à trouver le don qui est enfoui en eux. Si fortuitement, nous arrivons à provoquer une réaction, à éveiller leur imagination, c’est fabuleux Je n’ai pas commencé la batterie en me disant que j’allais devenir une rock star et entrer dans l’histoire. Tout le monde peut atteindre ces buts à condition de faire ressortir ce talent caché et d’accepter les moments de découragement. Pour en revenir à ta remarque, je suis évidemment très honoré d’avoir pu allumer la flamme de plusieurs batteurs connus ou moins connus. J’ai moi-même beaucoup écouté et copié Gene Krupa qui apparaît dans de nombreux films en noir et blanc hollywoodiens (Note : « Certains l’aiment chaud » de Billy Wilder, « Romance inachevée », « The Gene Krupa story »,…). En fait, je n’avais aucune envie de devenir batteur, je voulais juste être Krupa à l’âge de 12 ans. Le mouvement de ses bras m’impressionnait et captait toute mon attention. C’est son improvisation qui m'intéressait. J’ai commencé ma démarche artistique en analysant son style et sa technique, devant la télé assis dans le sofa de la maison. A 15 ans mon père m’a acheté mon premier kit de batterie et l’histoire a continué.

    En tant que citoyen anglais, que penses-tu du Brexit ?

    J’ai voté pour le maintien dans l’Union européenne. Ce qui est normal pour un musicien qui a l’habitude de voyager. Mais pour la majorité des britanniques, c’est différent. L’Angleterre n’est pas dans l’espace Schengen, nous devons donc toujours présenter notre passeport et l'euro n'est pas la devise adoptée par le Royaume-Uni. Mon sentiment personnel est que l’union économique et monétaire européenne est une idée fantastique malheureusement l’institution évolue vers le fédéralisme ce qui est une erreur. Il y a trop de cultures différentes en europe. Les politiciens de Bruxelles voient cela différemment, pour eux il faut d’abord être européen. Chaque pays doit régir ses propres lois, ses propres tribunaux et parfois même sa propre unité monétaire au regard des difficultés qui affectent la zone euro. Une partie importante des lois nationales résultent de décisions prises par un organe non élu, non représentatif du peuple. C’est ce qui a entraîné la victoire du camp du Brexit. La souveraineté de la représentation nationale britannique est sacrée dans l'esprit des Anglais. On n’a pas voulu quitter l’Europe, mais simplement reprendre le contrôle. Je crois en une Europe intègre mais pas en un état fédéral.  Nous ne sommes pas les Etats-Unis. Le citoyen américain se sent totalement américain, tandis que l’Européen se réclamera d’abord  de son État d’origine. 

     

    DEEP PURPLE : Infinite cover

    DEEP PURPLE

    InFinite

    EarMusic -Verycords

    Si vous avez craqué sur Now What ?!, il y a cinq ans, il en ira de même pour ce 20è album. Les vétérans britanniques montrent qu’ils en ont encore sous la pédale. On a droit tantôt à des choses surprenantes (« Johnny’s Band » dont le break est librement inspiré du célèbre « Louie Louie » des Kingsmen), tantôt à du Purple tout ce qu’il y a de plus classique (« Time For Bedlam ») ainsi qu’à des chansons matinées d’une influence jazz (« The Suprising »). Sans surprise, le travail des musiciens est mis en valeur par la production du sorcier Bob Ezrin. Lorsque Ian Gillan ouvre la bouche, les oreilles vibrent tandis que les claviers et guitares s’en donnent à cœur joie (« All I Got Is You », « Get Me Outta Of Here »). Enfin, le riff de « Birds Of Prey » est asséné avec une force phénoménale par le groupe soudé comme un seul homme. Un chef-d’œuvre ? N’anticipons pas, seul l’avenir confirmera si InFinite  est digne ou non des In Rock, Fireball ou Machine Head. Agrémentée d’un documentaire (From Here To inFinite), la version Deluxe témoigne de la période d’écriture de l’album et des sessions d’enregistrement. L’histoire de cet album a été habilement capturée dans le studio par les caméras de Craig Hooper (réalisateur). C’est touchant, amusant et grisant. Un constat s’impose, nos sexagénaires savent encore s’amuser. Demande-t-on autre chose à Deep Purple qui n’a plus rien à prouver ? [Ph. Saintes] 

     www.deeppurple.com/

     


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  • FRONTIERS MUSIC
    20 ans déjà !

    20 ans déjà que le label italien Frontiers nous distille ses pépites ; il était temps de célébrer l’évènement avec l’un des papas de l’entreprise… [Entretien avec Mario De Riso par Philippe Saintes ; traduit de l’anglais par Philippe Jawor]

    Frontiers logo

    Qu’est-ce qui vous a motivé à entré dans le music business, à l’origine ?
    Ce n’était pas vraiment une décision consciente. Après avoir obtenu mon diplôme de Droit, j’ai commencé à écrire dans un magazine qui s’appelait Metal Shock, le plus populaire d’Italie en ce qui concerne le Heavy Metal. Pour faire bref, c’est à peu près à la même période que Serafino lance Frontiers, à Naples. Le truc marrant, c’est qu’on vivait dans la même ville, mais qu’on ne se connaissait pas. Quand on a fini par se rencontrer, le courant est très vite passé : non seulement on aimait les mêmes artistes, mais en plus on s’entendait vraiment bien. 

    Serafino n’avait, comme moi, aucune expérience de ce business. C’était, comme moi, un fan de music frustré parce qu’il ne pouvait pas acheter la musique qu’il aimait. Dans les années 1990, le climat n’était pas propice au Rock mélodique… il fallait se lancer. 

    Quand est-ce que démarre officiellement l’aventure de Frontiers Records, dans ce cas ? Quel est le premier artiste que vous signez ?
    Frontiers voit le jour en 1996, quand Serafino décide, après une nuit blanche, de lancer une entreprise qui distribuerait des labels Rock qui ne trouvent pas de partenaire en Italie. Ça a commencé avec un petit label suédois, Westcoast Records, puis il y a eu MTM Music, Escape Music et Now & Then Records, qui était le principal partenaire quand Serafino a décidé de se lancer dans la création d’un label à part entière. On avait un deal avec eux : tous leurs artistes sortaient leur disque en Europe via Frontiers. À l’époque, c’était un bon deal, parce que ça nous permettait d’avoir un catalogue assez conséquent. Cependant, le premier groupe à signer sur Frontiers a été Drive, She Said, même si la première sortie était un album live de TEN, Never Say Goodbye. 

     Drive She Said

     Drive, She Said : le premier

    C’est quoi, ta journée-type ? Écouter de la musique de 8h30 à 19h30 non-stop ?
    Pas vraiment ! Je me lève à 7h30, j’emmène mon gamin à l’école, et j’arrive au bureau vers 10h. C’est un bon horaire : ça nous permet de discuter avec les labels japonais qui finissent leur journée de travail, et le soir, on travaille jusqu’à 19h00, ce qui nous permet de discuter avec Los Angeles. Je n’écoute pas BEAUCOUP de musique en dehors de ce que je suis obligé d’écouter (un artiste que l’on décide de signer, ou une sortie à venir, par exemple). En fait, j’écoute plus de la musique pour enfants à la maison – mon fils n’aime pas trop ce que j’essaie de lui mettre dans les oreilles ! (rires)

    Honnêtement, je DEVRAIS écouter plus de musique, ne serait-ce que pour me tenir au courant des tendances du marché, mais ça reste surtout un vœu pieu… 

    Quels sont les éléments qui vont te convaincre de signer un artiste ?
    Les chansons, l’attitude, l’envie de réussir, la personnalité, et le désir de travailler dans un environnement positif et énergique. 

    En moyenne, combien d’artistes signez-vous par an ?
    Pas mal. Comme on sort trois, quatre albums par mois, on peut aisément dire un chiffre compris entre 40 et 50 

    Vous acceptez les candidatures spontanées ?
    Bien sûr. Plusieurs groupes que nous avons signés ont commencé à nous envoyer un disque, qu’on a écouté et que nous avons accepté de sortir. 

    Quand vous signez un groupe, vous impliquez-vous souvent dans le choix d’un producteur, ou vous préférez un groupe qui va avoir un nom en tête, que vous allez essayer de contacter ensuite ?
    Ça dépend de plusieurs facteurs (parmi lesquels le temps que l’on a à notre disposition, notre confiance en les capacités de tel ou tel producteur…) et tout peut arriver. Il n’y a pas de recette standard, pour l’enregistrement d’un disque. 

    Le fait que des groupes comme Whitesnake, Yes, Journey, Chicago, Def Leppard, Uriah Heep, Heart ou Toto soient chez Frontiers vous a offert une reconnaissance mondiale ; c’est une satisfaction personnelle ?
    Évidemment. Mais désormais, le palier à franchir est d’être aussi reconnu pour les nouveaux groupes que nous lançons. 

    Frontiers a aussi « réhabilité » de nombreux groupes qui ont connu le succès dans les 70’s et les 80’s. Certains ont même fait un come-back fantastique (Asia, Stryper, Mr. Big, Winger,… ) parce que vous avez cru en eux…
    On avait cette idée dès le départ. Pour Winger, ça nous a pris beaucoup de temps, mais nous sommes heureux que Kip ait décidé de réunir le groupe, surtout qu’ils ont sorti de bons titres après cette reformation. 

    Winger

    Winger : come-back réussit

    Quels ont été les cinq plus gros succès du label ? Qui aimeriez-vous signer désormais ?
    Les plus gros succès sont probablement les albums de Toto, Whitesnake, Journey (surtout Revelation), le Viva Hysteria de Def Leppard… plus l’album de la reformation d’Asia, et l’album de Boston, probablement au même niveau. Le Long Wave de Jeff Lynne a également eu beaucoup de succès. Qui nous voulons signer ? Les prochains AC/DC, Led Zeppelin, Journey, Whitesnake et Iron Maiden !  

    Le retour du vinyle offre une seconde vie aux disquaires ; penses-tu que le CD a un futur ?
    Bien sûr. Le format physique ne mourra jamais. Ça deviendra peut-être un produit de niche, vendu aux concerts ou en ligne, mais je ne pense pas qu’il disparaîtra. Les vinyles sont très chers à fabriquer ; c’est un business difficile. 

    Aujourd’hui, les radios et les télés ne diffusent plus que de la musique commerciale ; votre travail avec eux doit être plus difficile…
    Il y a d’autres moyens de promouvoir la musique. Internet a ouvert pas mal de portes, on essaie d’exploiter ces possibilités du mieux qu’on peut. 

    Tu as récemment appelé au boycott de certains sites après qu’un album ait leaké avant sa sortie ; penses-tu qu’il faut des mesures pour bloquer ce genre de sites ?
    C’est compliqué. Pour être honnête, je pense – et je vais le dire comme je le pense – que les fournisseurs d’accès ont vendu de la bande passante et de la vitesse de connexion sur notre dos. En d’autres termes, ce n’était pas dans leur intérêt de freiner le piratage, puisque chaque gamin des années 2000 a tanné ses parents pour avoir une connexion à la maison et télécharger gratuitement des films et de la musique.

    Le Stream n’est probablement pas la meilleure solution au problème, mais c’en est une. Pour l’instant, les gens estiment que c’est trop cher. Ça va prendre un peu de temps. Au début, ils ne comprenaient pas pourquoi payer pour des chaînes de télé en plus, mais ils s’y sont fait ; un jour ou l’autre ils comprendront le potentiel d’Apple Music, Spotify ou Deezer. 

    Ce que je trouve très gênant, c’est qu’en 2016, tous les labels sortent trois ou quatre singles (souvent avec des clips, qui coûtent de l’argent) avant la sortie de l’album. Même s’il est possible d’écouter l’album gratuitement à sa sortie, il y a quand même des gens qui ressentent le besoin de VOLER de la musique avant sa sortie ! Pourquoi ? Pour faire plaisir aux fans ? Non ! Ils vendent de la pub sur leur site, et se font de l’argent sur le dos des labels, des artistes, et de tous ceux qui essaient de maintenir ce business en vie. Il faudrait que les gens ouvrent les yeux et tournent le dos à ce genre de « services ». Pour moi, c’est totalement injustifiable quand on peut écouter quelque chose gratuitement et légalement avec les plate-formes de streaming. 

    Frontiers a désormais son propre festival, en Italie. Existe-t-il une possibilité  de le voir s’exporter ailleurs ? 

    On en parle beaucoup. Exporter ce concept est quelque chose que nous avons en tête, mais pouvoir le faire est une toute autre histoire. On a besoin de partenaires fiables, et l’aspect financier est à ne pas négliger non plus : jusqu’à maintenant, ces événements ne génèrent pas de bénéfices. C’est difficile : avec tous les festivals qu’il y a, les fans sont toujours plus exigeants. Par contre, on pourrait réfléchir à l’idée de plusieurs artistes Frontiers qui tourneraient ensemble ; ça, c’est quelque chose qu’on essaie de mettre en place. 

    Qu’est-ce qu’il vous reste à accomplir ? 

    Coller un sourire à chaque fan de rock pour chaque centime que l’on dépense sur une sortie Frontiers !

    Toto

    Toto : la plus grosse vente


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