•  BURNING RAIN

    Toujours Incandescent 

    Grand retour discographique pour la paire Aldrich-St John. Si les deux compères tournent actuellement en Europe dans une formule « duo acoustique », le nouvel album a été réalisé avec le renfort du batteur Blas Elias (ex-Slaughter) et Brad Lang (Y & T). Face The Music et aussi agressif qu’accrocheur. [Entretien avec Keith St John (chant) par Philippe Saintes  - photos : Jeff Forney]

    BURNING RAIN 2019 - promo

    Keith, comment a été composé l’album ?

    Doug et moi avons composé et arrangé toutes les chansons. Le mixage a été confié à Alessandro Del Vecchio (Revolution Saints), un spécialiste, pour gagner du temps. On avait des tas d’ébauches de morceaux au moment de commencer à travailler sur l’album. On se retrouve chez Doug ou chez moi à L.A. et les idées germent dans nos têtes au fur et à mesure de la session. C’est très simple comme procédé. Autrement Doug m’envoie des idées claires sous forme de démo, avec les parties de guitare, la basse et des boîtes à rythmes. J’ajoute des paroles et lui fait part de quelques suggestions. C’est bien, parce que nous nous motivons mutuellement. Nous avons utilisé protools et de nombreux logiciels de guitares. On enregistrait directement de la maison et on s’envoyait les corrections par e-mail. Nous avons déjà procédé comme cela, et cela ne nous pose pas de problème. D’autres chansons ont vu le jour après une jam dans un studio avec Blas Elias notre batteur. Ce fut une super expérience, sur pleins d’aspects différents. Je suis très satisfait des chansons de Face The Music que je qualifierai de « directes » par rapport aux titres d’Epic Obsession (2013) dont les arrangements étaient plus complexes.

    Tu collabores avec Doug depuis 20 ans. Comment expliquer que Burning Rain est toujours présent en 2019 ?

    L’amitié et la passion tout simplement. On a effectivement créé ce groupe en 1998 et c’est vrai que ça commence à être une longue histoire. Tant que l’on aura la sensation de bien faire les choses ensemble, on continuera. Et puis, Doug est quelqu’un d’unique. Il peut tout jouer, du heavy metal au hard rock en passant par le blues. Il parvient à adapter son style mais en conservant ses textures caractéristiques. 

    Autour de toi et Doug, la formation a régulièrement changé. Finalement Burning Rain est-il un duo ou un groupe ?

    Si l’on regarde notre parcours, on peut effectivement dire que Burning Rain est un duo, à l’instar de The Cult, mais avec ce nouveau line-up, je pense que nous allons poursuivre l’aventure en tant que groupe. Brad et Elias ont apporté un nouveau souffle. Ils ont vraiment l’esprit d’équipe, cela fait partie de leur ADN, et la cohésion musicale est indéniable.

    BURNING RAIN band 2019 :

    Vous donnez actuellement une tournée européenne acoustique en duo, peux-tu nous parler de la setlist…

    On adore la scène et Face The Music est encore très frais. Je ne sais pas si nous allons jouer tous les morceaux de l’album mais chaque concert sera différent. On peut jouer un soir « Hit And Run » et le remplacer le concert suivant par « Nasty Hustle ». On trouve également dans la setlist des titres de nos précédents albums mais aussi des reprises de Whitesnake et de Montrose.  

    Qu’en est-il des concerts électriques ?

    Nous avons donné un premier set lors d’une soirée de présentation de l’album à  Las Vegas, le 28 mars dernier. Ce 28 avril, nous jouerons au Frontiers Rock Festival à Milan. Le groupe est en contact avec des promoteurs américains et européens. Je pense que la formation au grand complet devrait se produire vers le mois de septembre en Europe. L’annonce officielle doit tomber prochainement. L’objectif est de tourner davantage en 2020 car Doug  a des obligations cette année avec les Dead Daisies et moi avec Kingdom Come. 

    Tu as effectivement tourné l’an dernier avec Kingdom Come aux Etats-Unis, en remplacement de Lenny Wolf, le chanteur d’origine. A la fin des années ’80, ce groupe a été taxé de clone de Led Zeppelin par la critique. Aujourd’hui une jeune formation comme Greta Van Fleet qui s’inspire très largement du style du Zep, est portée au pinacle par les médias et a même reçu un Grammy Award. Kingdom Come est-il né 30 ans trop tôt ?

    (Il rit). C’est vrai que Led Zep a été un modèle inspirateur. C’est malheureux à dire mais Kingdom Come est un groupe que tout le monde avait oublié avant cette tournée, à l’exception des fans de la première heure qui sont venus massivement à nos concerts. On a pu tester notre niveau de popularité au cours de cette tournée et le bilan est très positif. Le groupe est bien rôdé et le show s’améliore. J’ai adoré me produire avec James (Kottak, batterie) qui est un bon copain. J’ai aussi tissé des liens avec Johnny (B. Frank, basse), Danny (Stag, lead) et Rick (Steier, guitare rythmique). Kingdom Come a fait partie du mouvement pop metal initié par Quiet Riot durant les 80s. Ce style populaire qui faisait un ravage sur MTV a été la cible de certains journalistes prétentieux. Cette presse pompeuse a profité de la vague grunge pour enterrer toute une génération. Ce fut le déclin. Dans les années ‘90, il fallait se réinventer ou disparaître. Aujourd’hui à l’époque du post-millenium, la jeune génération est à la recherche de l’âme des années ‘70 et ’80. Des gamins de 14 ans écoutent à nouveau Led Zeppelin et Jimi Hendrix. Les groupes « badas » reviennent à la mode. Les mentalités évoluent et c’est rafraîchissant de voir que qu’un groupe comme Greta Van Fleet, qui incarne cette jeunesse, est présenté comme le nouveau Led Zeppelin. 

    "Brad et Elias ont apporté un nouveau souffle. Ils ont vraiment l’esprit d’équipe, cela fait partie de leur ADN, et la cohésion musicale est indéniable."

    BURNING RAIN : Keith and Doug

    Tu as été le bras droit de feu Ronnie Montrose pendant 13 ans mais ton nom n’apparaît pas sur l’album posthume du guitariste 10x10 sorti l’an dernier, pourquoi ?

    Je pense qu’à la base, il y a eu un problème de communication. Entre la sortie de l’album et le décès de Ronnie, cinq ans se sont écoulés. J’ai travaillé une bonne année avec Ronnie sur ce qui devait être le 6è album de Montrose. On se rendait mutuellement l’un chez l’autre pendant le processus de composition. Ensuite, Ricky Philips (The Babies, Styx) et Eric Singer (Kiss) ont commencé à enregistrer les parties rythmiques. Ronnie a alors connu des hauts et des bas à cause de la maladie. Il pouvait décrocher pendant une demi-année puis revenir plein d’enthousiasme au point de vouloir repartir en tournée. Malheureusement avec les emplois du temps de chacun, il a été bien difficile de finaliser ce projet. Après le décès tragique de Ronnie, Ricky a commencé à travailler sur des chutes de studio. Je n’ai jamais vraiment su pourquoi il ne m’avait pas contacté pour finir le disque. Comme tu l’as mentionné, j’ai été le chanteur de Montrose pendant de nombreuses années. Je sais que Ronnie souhaitait collaborer avec divers  chanteurs mais il m’avait aussi convié sur deux ou trois titres. Finalement, toutes mes chansons ont été écartées et je n’ai pas été invité sur l’album. Dommage ! J’aurai peut-être un jour une discussion avec Ricky Philips à ce sujet. 

    Ton premier groupe officiel fut Big Trouble. On trouvait au sein de cette formation,  Bobby Rondinelli (ex-Rainbow), Jon Levin (Dokken) et Tommy Henriksen (Alice Cooper, Hollywood Vampires). Aujourd’hui on parlerait d’un « supergroupe ». As-tu gardé des contacts avec tes anciens partenaires. Et existe-t-il encore des bandes de l’époque ?

    J’ai convaincu Jon de s’installer ici en Californie. Il habite à une demi-heure de la maison et on se voit régulièrement. Je parle occasionnellement à Bobby que je croise parfois lors de concerts, en revanche, je n’ai plus eu de contact avec Tommy depuis un bon moment. Concernant des enregistrements, Jon doit avoir quelques mixes chez lui. Un ingé son qui a travaillé avec nous doit aussi posséder quelques prises.   

    Quel a été ton premier concert ? 

    Ozzy Osbourne au début des années ’80 à North Island, en Californie. 

    Et ton premier disque vinyle ?

    Oh, mon Dieu ! J’ai reçu de nombreux disques à Noël ou lors d’anniversaires quand j’étais ado. Ils sont toujours à la maison d’ailleurs. Je pense que ça doit être Rock And Roll Over de Kiss. Plus ou moins à la même période, j’ai dû recevoir les doubles best-of « rouge » et « bleu » des Beatles.

    Retrouvez cet article dans Hellzine (mai-juin 2019)

     

    BURNING RAIN : Face The Music - cover

    BURNING RAIN 

     Face The Music  

     Frontiers Records

    Une bonne nouvelle : les gars sont de retour. Quand on dit les gars, on parle de Doug Aldrich et Keith St John, soit la cheville ouvrière de Burning Rain qui sort un quatrième album pour son vingtième anniversaire. La principale force de ce disque est sa simplicité. Pas d’effets de style douteux, ici tout est clair, limpide, à l’image des guitares fluides d’Aldrich et du chant de St John qui relève de la performance. « Lorelei » et « Shelter » sont des titres de rock blues efficaces,  « Beautiful Road » et le single « Midnight Train » sont bourrés de tripes alors que le groove infectieux de « Hideway », interprété façon James Brown, apporte une nouvelle dimension au groupe. Burning Rain n’a pas oublié ses racines puisque l’on entend sur cette galette certaines influences prédominantes : Aerosmith  (« Nasty Hustle », « Hit And Run »), AC/DC (« Face The Music »), Whitesnake (« If It ‘s Love »)  et Led Zeppelin (« Since I’m Loving You »). Voici incontestablement l’album du premier semestre 2019. Et si un groupe sort un CD contredisant ce jugement, j’en serai le premier à m’en féliciter : ce ne pourrait être que l’album de l’année…[Ph. Saintes]

     


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  •  LAST IN LINE

     Engagé et engageant

    Après le succès de leur premier album Heavy Crown, nombreux sont ceux qui attendent avec impatience ce second disque des anciens membres de Dio. Que les amateurs se rassurent, Last In Line  propose douze morceaux saignants dont la qualité est à la mesure du talent des quatre musiciens. [Entretien avec Vivian Campbell (guitare) par Philippe Saintes  - photos : Jim Wright]

    Last In Line - II

    Viv, comment va ta santé ?

    Chaque jour qui passe est un cadeau. Je suis heureux de pouvoir jouer dans deux groupes fantastiques comme Def Leppard et Last In Line. Ce sont mes deux poumons. Je suis emballé par la sortie du nouvel album de Last In Line. Nous avons donné notre 1er concert le 17 janvier aux Etats-Unis. J'ai toujours l'énergie suffisante pour me produire sur scène et faire ce merveilleux métier.

    Le décès de Jimmy Bain (68 ans) début 2016 a été brutal. Last In Line a néanmoins souhaité poursuivre son parcours musical avec Phil Soussan. Comment définirais-tu leur façon de jouer? 

    Jimmy et Phil ont la même sensibilité. Ils ont évolué dans le même registre. Phil a en effet accompagné Ozzy Osbourne à l’époque où Jimmy, Vinny Appice et moi jouions avec Ronnie James Dio. Techniquement, le jeu de Jimmy était simple et carré. Phil est plus créatif. Son style ressemble davantage à celui de Geezer Butler (Black Sabbath) ou de John Entwistle (The Who). On a eu deux ans pour bien connaître la façon de jouer de Phil avant d’entrer en studio. Il s’est parfaitement intégré au sein du groupe. 

    Savais-tu que Phil avait aussi tourné avec la star française Johnny Halliday (1995-1996) ?

    Oui, il m’en a parlé. Il a été très affecté par la disparition de Johnny. Nous étions en tournée lorsque la nouvelle est tombée. Phil parle parfaitement le français. Il a même de la famille dans l’Hexagone. Celle-ci est d’ailleurs venue nous voir en concert à Paris, il y a deux ans. Ce n’est donc pas une surprise s’il a été recruté par Johnny Halliday. Ce dernier s’est toujours bien entouré.  

    Andrew Freeman met le feu sur cet album. On peut dire que c’est une bonne pioche !

    C’est un chanteur qui a du coffre, ce qui est un critère indispensable pour faire partie de Last In Line car il y a beaucoup d’énergie sur scène. On joue très fort et le chanteur doit répondre à cette dynamique. Andrew s’est imposé de façon magistrale. Il apporte quelque chose de frais et de différent dans son interprétation. Il a réussi à donner une couleur très personnelle à Last In Line. Cette évolution se ressent sur ce deuxième opus.

    Quant à ton vieux complice Vinny Appice (batterie), il développe toujours un style puissant, sans fioriture. 

    J’ai eu la chance de côtoyer plusieurs batteurs exceptionnels au cours de ma carrière comme Rick Allen (Def Leppard), Tommy Aldridge (Whitesnake) ou Terry Bozio mais Vinny est unique. Personne ne frappe aussi fort que lui. Il ne joue jamais deux fois de la même façon. Je ne sais jamais à quoi m’attendre en concert. C’est pour cela que j’aime jouer avec lui. Il me pousse à me dépasser car sa vitalité est communicative. C’est un type exigeant mais incroyablement drôle et chaleureux. 

    Andrew Freeman

    On retrouve à la production, Jeff Pilson (Dokken, Foreigner) qui était déjà là sur Heavy Crown. C’est en quelque sorte le 5è élément du groupe.

    Jeff est très important pour nous. Ces compétences techniques sont impressionnantes et c’est quelqu’un  avec qui il est très facile de s’entendre. Il nous a surtout aidé à finaliser les arrangements des morceaux. Le programme de chacun était très serré, Jeff avec Foreigner, Andrew avec Devil’s Hand et moi avec Def Leppard. Nous n’avons travaillé ensemble que pendant quelques jours. L’idéal aurait été de passer 4 ou 5 semaines en studio tous ensemble mais cela n’a pas été possible. Il y a eu beaucoup d’aller et venue. Je suis étonné par la cohérence et la solidité de l’album compte tenu du processus d’enregistrement. On peut remercier Jeff pour cela. 

    Last In Line a passé un cap. Ce qui fut autrefois une « jam » informelle dans un studio de répétition de Los Angeles en 2011 est devenu un groupe à part entière.

    Effectivement. On s’est lancé dans ce projet un an après le décès de Ronnie. Nous jouions essentiellement des morceaux de Dio au début. Last In Line (Note : titre du 2è album de Dio) était le nom le plus approprié pour le groupe mais celui-ci n’a jamais été une copie de la formation originale. On a d'ailleurs voulu montrer cette nouvelle identité sonore dès le premier disque Heavy Crown. Cette émancipation se poursuit avec II. Toutefois, le groupe continuera à interpréter des titres des trois premiers albums de Dio en concert. Je me rappelle que sur la tournée Holy Diver nous avions intégré dans la setlist des morceaux de Black Sabbath et de Rainbow, formation dont Ronnie fut le chanteur. C’est bien connu le passé hante le présent et conditionne l'avenir.

    Parlons des compositions. II est tissé de texte profond sur le monde actuel et sur ses dangers.

    L’album est très sombre dans son ensemble. Il parle de la vie d’aujourd’hui. Nous traversons une période compliquée politiquement, sociologiquement et écologiquement. Nous évoquons simplement ce que vous voyez aux actualités.  Andrew est le parolier de « Year Of The Gun ». Il vit à Las Vegas, où s’est déroulé la fusillade la plus meurtrière de l’histoire des Etats-Unis, pendant un festival de musique (1er octobre 2017). Nous avons été affectés par cette tragédie. Andrew n’a pas l’habitude d’écrire des chansons fades ou mielleuses. Je pense qu’il a une perception assez négative de l’humanité et cela se comprend quand on voit qu’un idiot occupe le bureau présidentiel à la Maison-Blanche. Aujourd'hui, la question est au moins autant de comprendre comment on en est arrivé là que de savoir comment en sortir, et au plus vite. Je ne suis pas Américain mais j’ai passé la plus grande partie de ma vie dans ce pays. Et si je n’ai pas écrit les paroles de l’album, j’avais une vision sonore. J’ai voulu faire ressentir dans la musique mes propres doutes et les choses qui  me heurtent avec une note d’espoir néanmoins. En fait, je suis plus optimiste qu’Andrew (rires). 

    Tu évoques la situation aux Etats-Unis mais en Angleterre, le Brexit, ce n’est pas mal non plus.

    Tu as entièrement raison. Il y a aussi la Hongrie, l’Italie ou la Pologne, des pays touchés par la vague du populisme. Les gens se positionnent de plus en plus à droite et votent pour des leaders qui jouent sur la haine, sur les peurs avec des discours anti-migrants. Nous devons construire des ponts et pas des murs. Il faut plus de compassion entre les individus quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent. 

    Sur la vidéo de Lanslide on peut découvrir ta nouvelle guitare fabriquée par le Gibson Custom Shop, l’as-tu aussi employée sur ce disque ?

    Elle apparaît sur 20 à 25% de l’album seulement car je travaillais encore sur le prototype pendant l’enregistrement. Ce n’est qu’à la fin des séances que j’ai pu jouer sur la version définitive. Mais pour le reste, j’ai joué sur ma Les Paul période « Dio », la n°72987537 qui va bientôt être recréée par Epiphone.  Je me suis également servi d’une Strat pour les overdubs.

    Viv Campbell - Last In Line II

    Vous êtes est actuellement en tournée aux States. Tu rejoindras ensuite Def Leppard pour les festivals du printemps et de l’été en Europe. Pouvons-nous espérer voir Last In Line en Europe avant la fin de l’année ?

    Nous nous produirons au Download festival le même jour que Def Leppard, sur la scène principale. Ce sera une journée chargée pour moi (il rit). Auparavant, Last In Line se produira dans un club de Londres. Pour le reste de l’Europe, il faudra sans doute patienter jusqu’à l’automne.

    Def Leppard a clôturé en décembre sa tournée Hysteria au Royaume-Uni et en Irlande. Quelle est ta chanson préférée de cet album paru en août 1987.

    Sans hésitation, « Gods Of War » car c’est le morceau le plus rock de cet album. J’apprécie surtout sa complexité. J’adore jouer les riffs et aussi le solo ce qui est un extra pour moi car comme tu le sais, je dois surtout me cantonner dans un rôle de guitariste rythmique dans Def Leppard. Sinon, je prends aussi beaucoup de plaisir à interpréter en concert « Two Late For Love », un morceau sur lequel mon prédécesseur Steve Clarck jouait de la lead. Chaque fois que nous ajoutons une chanson à la setlist je suis emballé  parce que Def Leppard se doit de jouer les chansons que les fans veulent en concert : « Animal », « Hysteria », « Pour Some Sugar On Me », « Photograph » ou « Rock Of Ages ». C’est devenu une routine. Dès lors, jouer des titres plus obscurs est excitant pour nous tous.

    « Les gens se positionnent de plus en plus à droite et votent pour des leaders qui jouent sur la haine, sur les peurs avec des discours anti-migrants. Nous devons construire des ponts et pas des murs. » 

    L’éponyme Def Leppard, votre dernier album remonte à 2015. Comptez-vous enregistrer de nouvelles chansons ?

    J’ai enregistré quelques idées. Nous travaillons individuellement pour l’instant même si Sav, Joe et Phil se sont retrouvés pour composer quelques morceaux ensemble. Je pense que le groupe devrait se rendre à Dublin pour enregistrer un nouveau disque mais ce ne sera pas avant 2020. Ce n’est là qu’une pure spéculation de ma part.

     Last In Line - Viv Campbell

     

    Quand sortira le box-set Rock Of Ages II qui couvrira ta période au sein des "Léopards" ?

    Je ne peux pas te répondre. Je suis généralement le dernier averti des projets de Def Leppard.

    Brian May devrait introniser Def Leppard, lors de la 34è cérémonie du Rock’n’Roll Hall Of Fame, le 29 mars prochain. Est-ce que tu as vu le biopic Bohemian Rhapsody ?

    Oui, j’ai vu le film. Rami Malek est exceptionnel  dans le rôle de Freddy Mercury. Il s’est approprié à la perfection sa gestuel. Le résultat est bluffant ! Beaucoup de personnes m’ont dit que Bohemian Rhapsody ne respectait pas la chronologie des évènements mais ces libertés scénaristiques ou anachronismes qui jalonnent ce long-métrage ne m’ont pas choqué. Je pense que c’est une belle réussite cinématographique.

    J’ai lu que le regretté Phil Lynott t’avait invité chez lui à Londres pour travailler sur les démos de ce qui aurait dû être son troisième album solo. Que sont devenues ces maquettes ?

    Je n’en sais rien mais j’espère qu’elles ont été détruites. J’ai rejoins Phil sept mois avant son décès. Il était alors complètement accroc à l’alcool et les drogues dures. Je ne comprenais absolument pas ce qu’il me disait tellement il était usé mentalement. C’est triste à dire car il était un héros pour moi. J’étais vraiment mal à l’aise. Je l’adorais et le respectais mais là, il avait totalement sombré dans la déchéance. Phil tentait de m’expliquer ce qu’il voulait que je joue mais cela n’avait ni queue ni tête et lorsque je lui demandais de répéter, sa réponse était tout à fait incompréhensible. C’était embarrassant. Musicalement, je me rappelle que Phil avait davantage besoin d’un guitariste comme Mark Knopfler qui a joué sur son dernier album solo. Te souviens-tu de la chanson « King’s Call » ? On entend le son cristallin d’une Fender branchée sur un twin reverb alors que je préfère le mariage Gibson-Marshall (rires). J’ai conservé un très mauvais souvenir de cette collaboration éphémère.

    Phil Lynott aurait eu 70 ans en 2019. On parle d’une reformation de Thin Lizzy pour l’occasion. Pourrais-tu y participer ?

    J’en doute car personne ne m’a contacté mais j’aimerais le faire bien sûr. Thin Lizzy fait partie de mon héritage. Même si mon apparition dans le groupe n’a duré que quelques mois, elle m’a permis de me reconnecter à ma véritable passion, qui est de jouer de la guitare rock. Elle est même à l’origine du projet Last In Line. J’ai retrouvé le même désir qu’à l’époque où je jouais avec Dio au début de ma carrière. Lizzy a énormément compté pour moi. Alors oui, si on me le proposait, j’accepterais avec grand plaisir !

    Retrouvez cet article dans Classic Obs' Mag

     Last In Line - II cover

    LAST IN LINE

    II

    Frontiers Records 

    Last In Line est une deuxième vie pour Vivian Campbell  et ses camarades. Lorsqu’il peut s’échapper de la cage dorée des léopards, celui que ses amis surnomment « Viv » sort les crocs. Le guitariste délivre riffs et solos de guitare « badass » (écoutez donc « Give Up The Ghost » et « False Flag » !). Cette fois encore l’Irlandais a ressorti sa vieille Les Paul, celle-là même qui a irradié les trois premiers disques de Dio. « Cette guitare a un côté émotionnel pour moi. Elle m’accompagne aussi en tournée », nous a-t-il confié. Le groove de batterie nerveux et haletant de Vinny Appice et la ligne de basse solide de Phil Soussan donnent également un cachet indéniable à un disque qui en a sous le pied niveau production. Et puis, il y a la voix unique et grave d’Andrew Freeman qui balise des chansons à la fois denses et bouillantes. Ni chichi, ni paillettes, le hard-rock de la formation américano-britannique est profondément vivant et humain. Chaque incursion sonique possède sa propre personnalité. Avec des morceaux véloces comme « Landslide », « Year Of The Gun » et « Black Out The Sun », le groupe continuera à donner sans problème des concerts qui hérissent la crinière. [Ph. Saintes] 

    Site web : http://www.lastinlineofficial.com/

     


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  •  LEE AARON

    Inoxydable 

    Elle a tout vu, tout vécu. Lee Aaron n’a pas seulement traversé les âges, elle n’a cessé de se réinventer. Reine autoproclamée du metal, elle fut bien plus qu’une copie de Pat Benatar ainsi que l’attestent des albums comme Call Of The Wild ou Bodyrock. La jolie canadienne a régné sur les années ’80 avant que la vague grunge n’emporte tout sur son passage.  Après un break nécessaire pour élever ses enfants et une parenthèse jazz, elle est redevenue aujourd’hui une chanteuse de rock à part entière comme en témoigne sa récente prestation au festival de Wacken. [Entretien avec Lee Aaron (chant) par Philippe Saintes – photos : DR]

    Lee Aaron - promo 2018

    L’album Diamond Baby Blues sorti au printemps 2018 présente un répertoire plus roots et moins rentre-dedans que le précédent. Quelle est ta nouvelle approche musicale ?

    Je ne voulais pas faire un deuxième Fire and Gazoline qui était un retour à un style plus hard et aussi percutant qu’à mes débuts avec Metal Queen et Bodyrock. Cette fois le but était de créer un disque old school mais dans un esprit résolument moderne. On retrouve la richesse du son et les harmonies vocales du blues rock des années ’70. Des chanteurs comme Paul Rogers ou Janis Joplin, des groupes comme Led Zeppelin, Deep Purple, Fleetwood Mac. J'ai adoré jouer ces titres et également de cette patine Soul de ma voix  sur ce disque. Je suis folle de cette musique !

    La complicité en matière de composition avec le nouveau guitariste, Sean Kelly (Nelly Furtado, Helix), rappelle ta collaboration avec Steve Albany au tout début de ta carrière.

    Elle est assez similaire, c’est vrai ! La différence est que je n’étais que simple co-auteur à l’époque.  Sur ce disque, j’ai aussi co-signé plusieurs titres avec Sean ou mon bassiste Dave Reimer mais si tu regardes attentivement les crédits tu peux voir que j’ai composé seule « Mercy ». C’est une question d’expérience et de confiance en soi. Aujourd’hui, je suis bien plus téméraire pour écrire les textes et la musique. Les retours positifs de Sean m’ont beaucoup aidé aussi. J’adore ça ! Le compositeur est un architecte du son, et en bien des points, l'écriture d'une chanson peut s'apparenter à la construction d'une maison. Mes chansons ont un côté social. « American High » est une référence à l’America First de Donald Trump. « Best Thing »  parle d’une fille qui est devenue plus forte sur le plan mental et plus mature après une rupture. C’est un titre autobiographique en quelque sorte. Je m’inspire d’expériences personnelles, de sentiments connus. « The Bedroom » évoque les stéréotypes « homme-femme ». C’est parti d’une plaisanterie de mon mari qui dit souvent que je porte la culotte (rires). J’aime l’esprit d’entreprise au féminin. De nos jours, une femme doit souvent assumer plusieurs rôles à la fois.

    Que penses-tu de l’affaire Harvey Wenstein qui ébranle pas mal de monde ? 

    Je suis heureuse que les femmes s’élèvent pour dire « non, ça suffit ! » Cette affaire a levé le voile sur l’épidémie d’abus et de harcèlement qui sévit dans nos sociétés. J’ai aussi connu cela durant ma carrière. Mon premier manager qui avait droit de regard sur tout ce que je faisais me répétait sans cesse que j’étais stupide si je ne posais pas nue pour un magazine national américain. J’avais 19 ans, j’étais jeune et influençable. Le harcèlement, les jeux de pouvoir où un contact intime est exigé par des hommes pour une quelconque raison, et bien sûr, toutes formes d’agression sont des outrages qui ne devraient jamais se produire. Je suis en revanche exaspérée par le caractère unilatéral des messages publiés sur les réseaux sociaux. Un grand nombre de personnes préfèrent fustiger des individus pour avoir voulu se défendre juridiquement contre des accusations fausses et extrêmement dommageables pour leur carrière.  Il faut laisser la justice faire son travail. Elle condamnera les coupables et ceux-ci affronteront les conséquences.

    Avant le premier album, Lee Aaron Project (1982), tu as longtemps hanté le circuit des clubs canadiens en faisant des imitations de Janis Joplin. 

    J’ai interprété des reprises des Who, de Led Zeppelin, Deep Purple,…au début de ma carrière, à l’âge de 19 ans mais c’est Janis qui m’a influencée. Sa capacité vocale me fascinait. Elle a touché mon âme au plus profond. Elle n’interprétait jamais deux fois de la même manière ses chansons. Elle vivait les sentiments et les émotions différemment chaque soir. C’est la plus belle chose qu’une artiste m’ait transmise. Chez Janis Joplin tout venait du coeur. Elle avait une approche similaire à celles des artistes de jazz en live. Ses morceaux n’étaient pas identiques à ceux des albums.  

    Tu reprends un titre d’une autre grande dame sur Diamond Baby Blues : « I’m A Woman » de Koko Taylor. 

    On a ajouté ce morceau à la setlist. C’est toujours un challenge de jouer devant le public un titre qu’il ne connaît pas ou qu’il n’a pas l’habitude d’entendre mais j’adore ça. Je suis curieuse de voir la réaction des fans pendant le show. « I’m A Woman » est un classique du blues. C’est un pastiche du  « I’m A Man » de Muddy Waters. Koko a subtilement transformé le refrain. Sa version est un hymne de l’émancipation avec un texte coup de poing : ‘profite de mon mari si tu veux, mais laisse-le moi pour faire le ménage…’ Lorsque l’on joue ce titre en concert, les gens deviennent hystériques (rires).

    Mon fils qui a 11 ans adore ce morceau…. 

    Génial ! Le mien en a 12. Cette chanson est intemporelle. Nous l’avons réinventé en ajoutant des éléments rock à la Led Zeppelin au milieu du morceau. Il faut parfois dépoussiérer de belles chansons avec audace et je pense effectivement que la jeune génération apprécie notre adaptation.

    Lee Aaron band 2018

    Le groove de « Mercy » est un autre moment fort de l’album…

    Je suis d’accord. L’histoire de cette chanson est amusante. Mon manager à Montréal travaillait avec un jeune prodige de la guitare âgé de 18 ans. Ce dernier a signé un contrat avec une maison de disque ici au Canada. Ce garçon me fait penser à Eddie Van Halen. Le problème est qu’il n’a aucune chanson car il ne sait pas composer. A la demande de mon manager, j’ai écrit « Mercy » pour lui mais il n’a pas aimé. Donc, j’ai décidé de l’utiliser pour mon album en modifiant les paroles. Ma version est nettement plus mature. Je me suis tellement appliquée sur cette chanson. Quant à ce jeune guitariste, il n’a toujours rien sorti jusqu’à présent. Il déteste les chansons des autres (rires). Comment veux-tu qu’il ait une carrière alors qu’il ne sait pas composer et refuse les titres des autres ?

    Comme de nombreux artistes rock des années 80 tu as été rayées du paysage musical durant la mode grunge qui a bouleversé le panorama de la musique. Ce fut une période pénible pour toi. 

    Le grunge a effectivement eu un impact terrible sur la vie de nombreux groupes et chanteurs de glam rock. Peu de gens le savent mais j’ai été déclarée en faillite en 1996. J’ai senti le vent tourner dans l’industrie musicale au début des années ’90 avec la percée du courant « Indie ». Lorsque votre maison de disque investit des millions pour votre carrière elle a automatiquement un droit de regard sur la façon dont vous vous habillez, sur le choix des chansons, du producteur. Cela fait partie du business. Pendant plusieurs années, j’ai été pieds et poings liés avec Attic qui contrôlait tout. J’ai créé mon label dans un esprit d’indépendance, pour avoir un meilleur contrôle sur ma carrière, sur le marketing mais pas plus que les autres, je n’avais anticipé le tsunami grunge. Les années 90 furent un véritable désastre. Du jour au lendemain, je n’étais plus une artiste, j’avais disparu de l’espace médiatique. Plus personne ne voulait m’accorder d’interviews. L’industrie musicale était devenu complètement folle. En conséquence, j’ai arrêté mon label sur les conseils de mon manager et de mon avocat. C’était la seule chose à faire. Ce fut un coup très dur mais je m’en suis bien remise. Je considère cela comme une expérience de la vie ! J’ai pu faire le point sur les aspects négatifs du business et je me suis accordée une pause pour réfléchir de la suite à donner à ma carrière. J’ai changé d’univers en explorant des musiques qui m’ont toujours attirées comme la musique classique et le jazz. J’ai été invitée à jouer dans les principaux festival de jazz au Canada. Finalement, ce fut la plus belle période de ma vie sur le plan musical. Certains fans de hard rock n’ont pas compris, ils ont cru que je les abandonnais pourtant ce ne fut pas une démarche opportuniste de ma part. Le jazz et le blues sont les racines du rock. Ce sont les jazzmen et les bluesmen qui ont « électrifié » la musique. Je suis juste revenue aux sources. Grâce à cela, je suis devenue une meilleure chanteuse et j’ai également pu développer mes talents en tant que productrice.

    « Ce sont les jazzmen et les bluesmen qui ont ‘électrifié’la musique. »

    Pourquoi dès lors être revenue au son des années ’80 sur ton précédent disque ? 

    2004 fut l’année de la naissance de ma fille. Mon fils est arrivé deux ans plus tard. J’ai fait un break d’environ 10 ans pour remplir mon rôle parental. J’ai donné mon temps, mon amour et mon énergie pour qu’ils deviennent de bonnes personnes. C’est important à mes yeux. Mes enfants ont grandi et l’envie de faire des disques est revenue. J’ai commencé par écrire des chansons pour l’album Fire and Gazoline avec Sean Kelly.  Je n’avais pas de but précis sur son orientation, blues ou rock ? Ce sont finalement les titres de rock mélodique qui ont pris le dessus. Sean a trouvé sa place dans le groupe, il a inclus sa vision de la musique. C’est un excellent guitariste et quelqu’un qui a du cœur. Les choses sont allées très vite. Une fois encore ce ne fut pas quelque chose de prémédité. 

    Tu as été l’une des artistes féminines de hard-rock les plus en vue durant les 80s avec la regrettée Wendy O’Williams, le groupe Vixen, Doro Pesch, Lita Ford, Fiona, les sœurs Wilson et Joan Jett. Vous jouissez encore aujourd’hui d’un statut « culte ». Existait-il une sorte de compétition ou d’émulation entre-vous ? 

    Lorsque nous étions jeunes chanteuses, la comparaison était inévitable. On avait toute une image, un look, une attitude. Je dirais un mélange de sensuel et de classe mais les groupes et artistes féminins souhaitaient réussir avec leur musique et pas seulement pour leur impact visuel dans le milieu macho des hard-rockers. Je pense sincèrement que les gens ont commencé à nous prendre au sérieux à la fin des 80s, avant cela on en a bavé. Je nous considère comme des survivantes. C’est intéressant ce que tu me dis là car j’ai joué avec Joan Jett il y a quelques années et j’ai rejoins sur scène le groupe Heart plus récemment. J’ai d’ailleurs reçu à cette occasion un compliment de la part d’An Wilson, une de mes idoles. Elle est venue me voir dans la loge parce que j’étais tellement anxieuse de ne pas pouvoir sortir la bonne note pendant le show mais elle a eu ces mots rassurants : « pas de problème Lee, tu sais tout chanter ! » Ça m’a touché très profondément. En octobre 2017, j’ai également joué avec Lita Ford à Winnipeg. On s’est bien amusée en coulisse et on a interprété en duo « Cherry Bomb » des Ru

    Lee Aaron 2018

    nnaways. Il y a beaucoup de complicité entre-nous. Il y a un respect mutuel. J’admire les filles qui se sont investies dans le rock comme Lita et Doro car elles sont restées honnêtes envers leur art..

    Lee, pour toi la musique est un travail ou un hobby ?  

    Ni l’un, ni l’autre. Je ne vois pas cela comme un job alimentaire mais c’est tout de même plus sérieux qu’un hobby. Ma vie n’est plus consacrée à 200% au rock’n’roll et je ne fais plus de tournée de 300 dates chaque année, néanmoins je monte sur scène 2 à 3 fois tous les mois et je le fais très sérieusement. J’ai décidé de ne plus être tout le temps sur la route. C’est peut-être à cause de l’âge (rires). A présent, je détermine ce que je fais et quand je veux le faire. On vient de terminer deux vidéos clips et d’autres projets sont inscrits sur les tablettes. Après la tournée de l’été, le groupe va s’accorder un peu de repos puis nous allons nous atteler à l’écriture de chansons pour un nouvel album qui devrait être enregistré au printemps prochain.

    Qui sont les jeunes filles qui t’accompagnent dans la vidéo de « Tom Boy » qui a cartonné sur You Tube ? 

    La demoiselle qui tient la guitare est ma fille. Les autres sont ses copines de classe à l’école d’art. « Tom Boy » est une chanson ironique sur les femmes qui s’inquiètent de leur âge et de leur aspect. J’adore l’esprit frivole des jeunes filles de 10-12 ans qui ne se préoccupent pas de leur look ou du jugement que l’on pourrait avoir d’elles. C’est la période de l’insouciance.

    Quel est ton film préféré ? 

    Les nuits de Cabiria de Frederico Fellini 

    Pour conclure, quel serait pour toi le groupe idéal ?

    Oh mon Dieu ! C’est difficile. Je déteste cette question (elle rit).  Il y a tellement de noms qui me viennent à l'esprit. Bon, je me lance, Keith Moon à la batterie, Paul Mc Cartney à la basse et Jimi Hendrix à la guitare !

    Lee Aaron Diamond Baby Blues

     


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  •  AXL RUDI PELL

    Le teuton errant

    17è album studio déjà pour le modeste et sympathique virtuose allemand. Alors que sort Knights Call, nous n’allons pas nous battre pour tenter de vous persuader que ce travailleur acharné est un génie. On se contentera de lui laisser la parole. Comme on vous laisse juges de poser une oreille ou non sur son œuvre. C’est désormais une affaire entre lui et vous. [Entretien avec Axl Rudi Pell (guitare) par Philippe Saintes – photos : SPV]

      Axel Rudi Pell Band

    Axl, comment s’est passée la composition de l’album ? 

    J’écris les textes et la musique seul. Je m’installe avec ma guitare, en compagnie d’un ordinateur et je laisse l’inspiration venir. Ensuite, Bobby (Rondinelli, batterie) m’accompagne ; c’est donc avec lui que j’enregistre les maquettes. Après, je réenregistre les guitares rythmiques et je viens greffer les claviers et la basse avec les logiciels. Une fois les structures des morceaux terminées, Johnny Gioeli (chant) vient apposer  sa voix. Je finis toujours le boulot avec les parties lead. Je suis un artiste fondamentalement indépendant dans l’âme et, à ce titre, j’ai besoin d’avoir un maximum de contrôle sur ce que je crée. Et puis, je n’avais pas le budget pour réunir tous les musiciens dans un studio. Le climat économique actuel est ce qu’il est. 

    A l’écoute de Knights Call on ressent plusieurs gammes d’émotions.

    Le feeling est différent, en effet. Cet album est plus varié, plus étendu. Chaque morceau est différent et a sa propre couleur. Knights Call couvre un spectre plus large de genres tout en restant cohérent puisque l’aspect mélodique d’ « ARP » est toujours présent.

    Le morceau « Long Live Rock » est-il un clin d’œil à Dio ?

    (Il rit). C’est vrai J’ai écrit ce morceau qui a une orientation musicale proche de Dio. Je voulais un titre fort pour la scène. Sans Dio, « A.R.P. » n’existerait sans doute pas. 

    L’instrumental « Truth And Lies » met en relief tous les musiciens d’A.R.P. 

    Chacun a effectivement son moment de gloire. Pour l’anecdote, je tiens la basse sur ce titre. Certains fans m’ont déjà dit que ça ressemblait à du Uriah Heep. Pour d’autres, il sonne plutôt comme du Deep Purple. Pour d’autres encore, le son est proche du répertoire de Michael Schenker. Je ne peux pas leur donner tort, c’est un mélange d’influences.  C’est là que sont mes racines.

    En parlant des influences, on trouve un morceau arabisant sur le disque, l’excellent « Tower Of Babylon ».  

    Merci. En fait, il s’agit d’un hommage à Rainbow, période « Stargazer », avec une influence zeppelinienne. J’adore ces deux groupes. C’est également mon titre préféré de l’album ! Il devrait figurer dans la setlist de la tournée avec quatre autres morceaux de Knights Call.  

    Axl Rudi Pell 2018

    « Slaves On The Run » évoque de son côté la « zombification » de la société moderne.

    Effectivement, je suis très touché par la destruction du lien sociale. Internet a vraiment modifié les comportements. Aujourd’hui les gens sont accrocs à leur portable. J’ai un smartphone mais je ne l’utilise pas 60 fois sur une journée. Ce n’est pas utile. Malheureusement, on n'a plus la possibilité de se retirer de ce monde numérique.  Bon, je ne vais pas monter sur scène et me plaindre du monde dans lequel nous vivons.

    Quels sentiments aimes-tu suggérer à ton public ?

    Lorsque je compose mes textes, j’aime qu’ils laissent l’auditeur assez libre de les interpréter à sa guise. Je n’écris guère sur des sujets trop personnels, à l’exception d’un titre adressé à mon épouse sur le précédent opus. Mais à mon avis, la musique c’est avant tout l’évasion.

    Tu as collaboré avec de nombreux chanteurs Bob Rock, Jeff Scott Soto et aujourd’hui Johnny Geoli. N’as-tu jamais souhaité chanter tes propres compositions ?

    Oh, mon Dieu non ! J’ai mis ma voix une seule fois, ça devait  être en 1999 sur « Hey Joe », la reprise du classique de Jimi Hendrix, titre bonus figurant sur l’album Ballads II. Les gens ont détesté, c’était une calamité. (il rit). Johnny fait ça beaucoup mieux que moi. On travaille ensemble depuis exactement 20 ans. C’est quelqu’un de très charismatique et sans discussion l’un des meilleurs chanteurs de heavy metal mélodique. 

    Into The Storm (2014) et Game Of Sins (2016)  ont connu le succès dans les charts dans plusieurs pays européens.  Est-ce que tu regardes les chiffres de ventes de tes albums?

    Je ne vais pas te mentir, bien sûr mais je regarde surtout les commentaires des fans lorsqu’un nouvel album sort. Les deux précédents disques studios se sont bien vendus. Cool ! Knights Call est  meilleur et plus fort du début à la fin, dès lors je m’attends à un bon accueil du public même tu ne sais jamais comment cela va se passer. Laissons donc le temps au temps…

    Axl Rudi Pell : Knights Call cover

    Tu rends souvent hommage à l’ère médiévale dans tes albums. Comment expliques-tu le succès de cette période auprès des groupes de heavy metal ?

    Je ne sais pas l’expliquer. Je pense qu’il y a une similitude entre le poing levé des kids en l'honneur du rock'n'roll lors de chaque concert et celui des guerriers sur le champ de bataille. Le geste est nettement plus populaire et amusant aujourd’hui, heureusement d’ailleurs (il rit).

    Uli Jon Roth participe la tournée européenne du 3G en compagnie de Joe Satriani et John Petrucci.  A quand un 3G 100% allemand, Uli Jon Roth, Michael Schenker et Axl Rudi Pell ?

    Si un organisateur me le propose, je le fais sans problème. Michael Schenker a bercé ma jeunesse quand il évoluait au sein de UFO dans les années ’70. J’ai également le plus grand respect pour Uli. Ce serait un honneur de jammer sur scène avec de tels musiciens. Qui sait ? 


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  • STRYPER

    Vade Retro Satanas !

    Les hard-rockers chrétiens bousculent une nouvelle fois avec assurance les préjugés grâce à un album à mi-chemin entre génie artistique et « hérésie » musicale! Mais que cache donc le titre choc : God Damn Evil ? [Entretien avec Michael Sweet (chant, guitare) par Philippe Saintes – photos : Alex Solca]

    Stryper : God Damn Evil - groupe

    Voilà un disque surprise. Les critiques qui ont suivi la sortie de God Damn Evil ont été élogieuses. Même des metallistes endurcis ont apprécié votre travail.

    Nous avons donné le meilleur de nous-même pour cet album et les retours sont effectivement très positifs. Il a été bien accueilli par nos fans mais également par des inconditionnels de Judas Priest ou de Slayer, comme j’ai pu le constater sur le web et les réseaux sociaux. J’en suis très fier car je suis moi-même un grand admirateur de Rob Halford et de Judas Priest. Si un témoignage doit rester, ce sont les mots et sensations du public. 

    « Take It To The Cross » est le morceau le plus ‘endiablé’ de l’album en raison notamment des grognements  death metal de Matt Bachand (Shadows Fall, Act Of Defiance). Peux-tu nous en dire plus sur cette collaboration. 

    Matt est un artiste passionné originaire comme moi du Massachusetts. Il habite à 10 minutes du studio d’enregistrement. Il était disponible et en une demi-heure, il a bouclé sa partie vocale. Matt était une évidence pour cette chanson car il a un timbre guttural incroyable. Il faut une technique vocale particulière pour cela. Ce n’est pas du tout mon style !

    35 années d’existence, ça donne la liberté de composer ce qui vous tient à cœur, quitte à désorienter votre public ?

    Oui ! Mais quoi qu’il en soit, tu dois aussi garder ton cap pour ne pas décevoir les fans. L’album a un côté heavy  et rapide mais on trouve aussi des chansons mid-tempo comme « The Valley », « Sorry », ou « Lost », des titres à la fois mélodiques et puissants, qui sont selon moi les meilleurs de l’album. Ces chansons épiques rappellent la glorieuse époque de Stryper entre 1986 et 1988. Nous les avons d’ailleurs intégrées dans la set-list.  Musicalement et artistiquement, il ne faut jamais oublier son héritage, pourquoi on a eu envie de faire ça un jour, pourquoi des gens continuent à écouter ton travail. Je crois que nous avons réussi la fusion entre deux styles, l’ancien et le moderne. Il n’y a pas d’opportunisme. J'aime beaucoup ce disque car le son est très naturel. Les compositions ont été terminées en une dizaine de jours. Nous n’avons fait aucune démo, préférant nous focaliser sur l’élaboration des bandes finales. Il n’y a pas eu plus de deux ou trois prises par morceau, en studio.

    Il y a eu une brève polémique à propos du titre « God Damn Evil » aux Etats-Unis. La chaîne de distribution Walmart a décidé de retirer l’album de la vente. Visiblement les responsables de cette boîte n’ont pas pris la peine d’écouter ou de lire les paroles. Il s’agit clairement d'une déclaration de foi et non d’un juron. Dès lors, quel est le problème ?

    Je n’en sais rien, à vrai dire. C’est une bonne question. Certaines personnes ont besoin de créer le problème là où il n’y en n’a pas. C’est typique de notre société. Ce n’est pas du racolage. Nous sommes attachés à des convictions et nous sommes très à l’aise avec cela, parce que la musique ne sert pas qu'à se changer les idées ou à danser. C’est aussi un moyen de communiquer. Stryper a souvent utilisé des titres forts pour ses albums :  To Hell With The Devil », In God We Trust, Murder By Pride, c’est dans notre nature.  « God Damn Evil » ( littéralement « Dieu damne le mal ») invite les individus à demander à Dieu de mettre fin à la haine et à la violence qui gangrènent le monde. C’est une à la fois une prière et un hymne ! Lorsque nous jouons cette chanson en concert, le public se déchaîne. Je n'ai pas de mots pour décrire le plaisir et les émotions que celui-ci ressent.

    STRYPER :groupe 2018

    Quel a été le rôle de Robert (Sweet, batteur) et de Oz (Fox, guitariste) sur cet album ?

    Ils ont collaboré à l’écriture de certains morceaux et Robert a trouvé le titre de l’album. J’ai toujours composé la majorité des titres au sein de Stryper tout simplement parce que c’est mon rôle. Robert a peut-être co-écrit une dizaine de chansons sur les 200 de notre catalogue. L’écriture est quelque chose qui vient facilement chez moi. Créer une chanson me prend généralement deux heures. J’imagine le groove puis le riff et ensuite je trouve les paroles et la mélodie et c’est terminé. Cela me vient naturellement ! 

    « God Damn Evil » invite les individus à demander à Dieu de mettre fin à la haine et à la violence qui gangrènent le monde. » 

    Considères-tu que Stryper a encore des choses à dire après un tel album ?

    Bien sûr car le groupe regarde toujours vers l’avant. On m’a dit plusieurs fois que nous ne pourrions pas réaliser un album plus fort que No More Hell To Pay ! Pourtant, on l’a fait avec Fallen en 2015 et maintenant God Damn Evil. Notre secret ? Celui d’être animé par la passion. Pour moi, chaque nouvel album doit être supérieur au précédent.

    Au niveau de l’artwork, vous avez choisi de confier le travail à un certain Stanis Dekker qui avait réalisé les pochettes des deux précédents albums, No More Hell To Pay et Fallen.

    Absolument, il s’agit d’un artiste français. Si tu regardes d’un peu plus près les trois images en les plaçant l’une à côté de l’autre, tu constateras qu’il s’agit d’une trilogie. Il y a une similarité au niveau de la technique, du graphisme, des couleurs, des détails. 'Stan' est un passionné qui est également fan du groupe. Cela se voit car il restitue à merveille l’univers de Stryper grâce à ses illustrations. 

    La lyric vidéo de « Take It To The Cross » vaut le coup d’œil, elle semble directement inspirée des jeux vidéos. La réalisation est très réussie.

    C'était le single idéal pour présenter l'album. La vidéo a été conçue par Wayne Joyner, un grand spécialiste en matière de multimédia et d’images de synthèse. Je trouve l’animation  vraiment intéressante. Wayne a fait un travail remarquable. Cela ressemble davantage à un clip musical qu’à une simple vidéo avec lyrics.

    Une nouvelle fois Stryper est le grand absent des principaux festivals Metal de l’été en Europe.

    Sur le plan de la logistique et financièrement, c’est très compliqué de jouer en Europe. Par ailleurs, certains organisateurs préfèrent nous éviter pour ne pas être estampillés de l’appellation « chrétien ». Je ne mets pas tout le monde dans le même sac puisque le groupe est invité au Rock Fest de Barcelone, le 7 juillet prochain. Ensuite nous nous envolerons vers l’Australie et le Japon.

    Quels sont tes plans et projets futurs ? 

    J’ai signé un deal avec le label Rat Pack pour un nouveau disque solo. Ensuite, je vais enchaîner avec un album en duo avec Joel Hoekstra (Whitesnake). L’enregistrement commencera au mois de janvier 2019. J’imagine que le prochain Stryper sortira fin 2019 ou début 2020.  Il y aura entre-temps la commercialisation d’un album acoustique qui a déjà été enregistré mais aussi d’un documentaire sur le groupe. Enfin, il y a toujours une probabilité de voir un troisième Sweet-Lynch. J’espère pouvoir continuer notre collaboration. George (Lynch) désire faire un album concept sur la chrétienté mais ça ne me botte pas car nous avons des divergences sur le sujet. Et puis, nous n’avons jamais pu défendre sur scène les deux premiers albums. Sans tournée, ce projet deviendrait superflu pour moi !

     Stryper : God Damn Evil - cover

    STRYPER

     God Damn Evil

    Frontiers Records

     « Je pense que le white-metal est un concept stupide. Faire du rock ou du hard-rock est un moyen de se rebeller, de sortir d’une certaine sorte d’oppression. Les groupes de white-metal, en plus de n’avoir rien compris au rock, n’ont aucun talent ! Stryper, c’est de la daube ! ».

    Ces paroles sont celles de Fernando Ribeiro (Moonspell), un grand visionnaire qui n’a probablement jamais écouté un album de Stryper. Ce groupe de métal chrétien fut incontestablement la bête noire des musiciens de black et death metal mais aussi de journalistes rock souvent méprisants. Il a lutté contre les préjugés et les stéréotypes tout au long de sa carrière. Ignoré, snobé par les organisateurs de concert en France, Stryper tient sa revanche avec ce sulfureux God Damn Evil. La riposte est foudroyante. Dès le 1er morceau, « Take It To The Cross » vos enceintes prennent une grande paire de « baffles » tant le rythme est speedé. Sur la musique se mêlent deux voix, celle gutturale de Matt Bachand (Shadows Fall) et une claire, celle de Michael Sweet. Deux chanteurs, deux univers différents qui se marient très bien ! Avec des titres comme « The Devil Doesn’t Live », « Open Up » ou « The Sea Of Thieves », c’est la lourdeur qui prédomine. La qualité ne souffre d’aucune critique. Comment ne pas réaliser en écoutant cet album que Michael Sweet et Oz Fox méritent leur place dans le panthéon des guitar-heroes. Leur jeu combine une technique hallucinante à un rare sens de la mélodie. La basse de John O’ Boyle gronde tandis que Robert Sweet enfonce le clou avec sa batterie. Michael Sweet nous déclarait avant la sortie ce brulôt : « Nous sommes convaincus qu’il s’agit d'un excellent enregistrement studio. Il a une touche unique mais également une énergie et un groove communicatif.  Il y a une ballade rock, quelques  chansons qui restent dans la continuité de notre répertoire mélodique, je pense à « Sorry » ou « Beautiful », mais le reste de l’album ravira les fans de metal. »

    Stryper va effectivement recruter de nouveaux disciples dans les rangs des fans d’Accept, Judas Priest, King Diamond ou Megadeth. Le titre God Damn Evil s'est même attiré les foudres de l'Amérique puritaine. La chaîne de magasins Walmart et quelques béotiens pontifiants ont boycotté l’album car ils n’avaient pas compris le jeu de mot. Le groupe reste fidèle à ses convictions. Il ne reste plus qu’à espérer que la métamorphose musicale soit acceptée. [Ph. Saintes]     

     


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  •  The Dead Daisies 

     Rock dur, rock pur, rock fort

    Les musiciens des Dead Daisies ne sont pas nés de la dernière pluie. Avec leur 4è album studio, Burn It Down, le quintet US attaque de plein fouet le printemps 2018. C’est un déluge de décibels et de riffs électriques qui s’abat sur nos tympans. Grâce à ces irréductibles, le vent du rock’n’roll n’a pas fini de souffler, comme en témoignent ces propos. Entretien avec Doug Aldrich (guitare) par Philippe Saintes – photos : DR]

    Doug Aldrich

    © Phil de Fer 2018

    Burn It Down se démarque de vos précédents disques en composition comme en production. Qu’est ce qui pour vous, prononce cette différence ?

    Ce quatrième album on l'a voulu différent avec des sons plus 70s  et des riffs bien rock’n’roll. C’est notre ami producteur Marti Frederiksen qui nous rapproché de ce hard rock traditionnel. Nous avons écrit 25 chansons en dix jours à New-York. Marti a écouté le tout et effectué la sélection. Nous avons ensuite enregistré les backing tracks dans son studio à Nashville. Nous avions besoin de sang neuf, d’énergie nouvelle, d’excitation….Des titres comme « Set Me Free », « Burn It Down » ou « Judgement Day » apportent une couleur différente.

    Quel est ton titre préféré de l’album ?

    Probablement « Set Me Free » qui est une ballade mais surtout un morceau de blues avec une touche hendrixienne dans le solo joué à la moitié du morceau. J‘adore aussi le refrain et la mélodie. C’est une très belle chanson. Ensuite, je placerai « Burn It Down » qui possède le style et le son des années 70. La plupart de nos groupes favoris sont issus de ces années.

    Votre reprise métal de « Bitch » des Rolling Stones est une réussite…

    Au départ on l’a fait pour le fun et finalement nous en avons fait un morceau des Dead Daisies avec un riff plus heavy.  Les reprises feront toujours parties de la setlist. Elles apportent une certaine fraîcheur à nos concerts. 

    J’imagine que tu as contribué à faire entrer dans le groupe ton compère Deen Castronovo (ex-Journey, Revolution Saints) après le départ de Brian Tichy ?

    Brian a été honnête, il nous a informé qu’il n’était pas certain de pouvoir remplir toutes ses obligations en 2018. C’est un batteur très demandé. Deen étant l’un de mes meilleurs amis, j’ai logiquement pensé à lui pour remplacer au pied levé Brian. Les autres membres ont été enchantés par cette idée. Ce fut le bon choix ! Je suis heureux pour Deen car il a traversé une période difficile dans sa vie (problèmes avec la justice en 2015). Il a perdu sa place au sein de Journey, cependant il a pu compter sur mon soutien et celui de Jack (Blades, bassiste des Revolution Saints) pour résoudre ses problèmes. Il a payé cher certaines erreurs mais il a grandi en tant que personne ! Sur le plan musical, Deen a apporté plus de groove aux chansons. C’est un atout pour nous de l’avoir sur scène car en plus d'être un fabuleux batteur c’est un excellent chanteur.

    Peut-on tirer une comparaison entre ta collaboration avec David et celle avec Reb Beech du temps de Whitesnake ?

    Ces sont deux profils différents. Dans Whitesnake on jouait l’un contre l’autre, à la demande de David Coverdale. David Lowy et moi sommes complémentaires pour fonctionner en duo. Cela s’entend d’ailleurs sur l’album Live And Louder. Le style de David est  simple, direct et brut. Le mien est davantage « poli ». Parfois sur scène nous jouons le même riff mais bien souvent nous alternons ce qui permet d’avoir deux sonorités bien distinctes. C’est aussi plus amusant.  Bun It Down véhicule d’ailleurs cette impression. On entend parfaitement le son des deux guitares.

    "Le groupe est devenu plus stable aujourd’hui. On a un excellent line-up tant sur le plan humain que musical."

     Dead Daisiesphoto promo 2018

    Vois-tu une perspective à long terme pour The Dead Daisises ?

    A chaque jour suffit sa peine !  Si tu penses trop à l'avenir tu ne peux pas réussir complètement ce que tu entreprends dans le présent. Evidemment, chaque fois que j’intègre un projet je souhaite qu’il rencontre le succès et à chaque fois je vis des choses intenses, comme actuellement avec les Dead Daisies. Cette formation a un énorme potentiel mais la vie est imprévisible. J’ai toujours pris les choses au jour le jour. Je considère que cette attitude est la plus réaliste.

    Il y a toutefois eu divers changements depuis que le collectif s’est mis en place en 2013.

    Effectivement mais le groupe est devenu plus stable aujourd’hui. On a un excellent line-up tant sur le plan humain que musical. J’inclus Brian dans cette remarque. Et puis, c’est vraiment incroyable d'avoir à présent Deen avec nous. C’est un groupe fort, solide et soudé. Les Dead Daisies vont  déchirer sur la tournée.

    Vous avez l’habitude de rencontrer gratuitement vos fans après chaque concert. Que penses-tu des artistes qui chargent entre mille et deux mille dollars pour des M&G ?

    Si des personnes sont prêtes à dépenser de telles sommes alors ce n’est pas un soucis, je crois. Les grands groupes doivent financer le personnel technique et un équipement très coûteux pendant de longs mois lors de tournées marathons dans des grands lieux de spectacle. Tout cela a un prix j’imagine. Je ne veux pas juger. Les Dead Daisies ne font pas payer les Meet & Greet. Nous devons toutefois limiter le temps de la séance de dédicace car nous n’avons pas toujours la possibilité de rester deux heures supplémentaires après un concert mais c’est une chance de pouvoir échanger des impressions et discuter avec les personnes qui ont payé pour vous voir jouer et qui achètent vos albums. Des fans sont là à plusieurs concerts. Ils viennent du monde entier. Certains sont d’ailleurs devenus des amis proches.

    As-tu écouté Viva La Rock, l’album solo de Marco Mendoza ?

    Absolument. C’est un excellent album de hard-rock avec un gros son et des mélodies accrocheuses. Marco a une magnifique voix et il voulait vraiment réaliser son propre disque. On va peut-être jouer quelques titres de cet album bien que Marco tourne actuellement avec ses musiciens en Europe. Il n’a donc plus besoin de nous pour en faire la promotion (rires).

    Tu as accompagné Glenn Hughes sur scène en 2016. Aimerais-tu retravailler avec lui ?

    Absolument. Jouer avec cet artiste a été du pur bonheur. Glenn est quelqu’un d’exceptionnel. L’un des plus grands chanteurs de sa génération. Je l’ai appelé il y a quelques jours et on a longuement parlé du dernier album des Black Country Communion. Glenn est infatigable. Il est actuellement en tournée avec le Classic live Deep Purple. C’est un show exceptionnel, que je recommande. J’espère évidemment travailler à nouveau avec lui mais ce n’est pas pour tout de suite au vu de nos programmes respectifs. 

    Dans son autobiographie, Michael Sweet a écrit qu tu avais auditionné pour Stryper en 1983. Est-ce exact ?

    Non, je ne sais pas pourquoi il a déclaré cela. C’est probablement lié au fait qu l’on tournait dans les mêmes petits clubs à l’époque. J’étais alors le guitariste de la formation Fighter. Le groupe de Michael et Robert Sweet ne s’appelait pas encore Stryper mais Roxx Regime.  Ce sont d’excellents amis. J’adore ce qu’ils font. 

    Dead Daisies promo 2018

    L’hiver dernier tu as enregistré un titre (« It Might Be This Christmas ») pour les victimes du feu en Californie, avec le chanteur Keith St. John. A quand un nouvel album de Burning Rain ?

    Des personnes ont tout perdu dans les incendies apocalyptiques qui ont ravagé l’état en 2017. Nous avons modestement tenté d’apporter une éclaircie dans la vie de ces gens. Pour répondre à ta question, le nouvel album est prêt. Je suis très content du résultat. C’est probablement le meilleur disque de Burning Rain et c’est pour ça qu’on est impatient. Une fois que la tournée des Dead Daisies sera clôturée, j’aurais plus de temps pour le promouvoir. J’espère qu’il sortira cette année.

    Je te propose de terminer l’interview avec le portrait chinois …. 

    Si tu étais un livre ? All Quiet On The Western Front (Tout est calme sur le front Ouest), pour la symbolique du titre. Je vis en Californie, dans l’Ouest des Etats-Unis, depuis plus de 35 ans maintenant et je suis quelqu’un de calme et posé, sauf quand j’ai une guitare dans les mains (rires).

    Une émission ou une série télé ? (Il rit). Les Real Housewives de Beverly Hill, une émission familiale très amusante. J’adore l’esprit seventies de cette télé-réalité.

    Un sportif ? Nick Foles, le quarterback des Eagles de Philadelphie.

    Quel a été ton premier concert ? Les Beach Boys. 

    Et ton premier disque vinyle ? Led Zeppelin II acheté en 1972.

      Dead Daisies cover Burn It Down

    THE DEAD DAISIES

    Burn It Down 

    Spitfire Music / SPV

    Burn It Down est un disque où l’influence penche clairement du côté de Black Sabbath et d’Aerosmith période ’70s. Il se situe un cran au-dessus de l’album précédent « Make Sone Moise » (2016) mais n’atteint pas la diversité de Revolución (2015). Comme si les idées s’étaient raréfiées après un effort de créativité intense. Il faut dire qu’entre temps le line-up a pas mal changé, que Doug Aldrich est retourné en studio avec les Revolutions Saints et que Marco Mendoza s’est offert une petite promenade solo. On trouve néanmoins ici des moments savoureux. Ainsi «  Resurrected » est un fracas sonore, le titre générique est soutenu par une basse vénéneuse et des colonnes de guitares alors que « Judgement Day », enregistré en une seule prise, est probablement le titre le plus subtil grâce à son mélange électrique-acoustique.  Mention très bien aussi pour « Set Me Free » une ballade blues sur laquelle Doug Aldrich tient une place prépondérante avec  une touche hendrixienne dans le solo. Enfin « Dead And Gone » devrait faire un malheur sur scène. En conclusion, Burn It Down est un disque tonique qui ne manquera pas de satisfaire les fans des Dead Daisies ! [Ph. Saintes] 

     


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  • Notre interview de Ian Hill publiée dans un numéro hors-série du magazine Metal Obs : http://www.metalobs.com/wp-content/uploads/2016/04/Hors-Se%CC%81rie-Judas-Priest.pdf


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  •   DELTA DEEP

     Couleur Café

    Le blues électrique est à nouveau à l’honneur grâce à des artistes comme Kenny Wayne Shepherd, Joe Bonamassa ou Beth Heart. Il faut désormais ajouter à cette liste, le groupe Delta Deep qui réunit en son sein quatre pointures : Phil Collen (guitare et chant, Def Leppard), Debbi Blackwell-Cook (chant, Michael Bublé), Robert DeLeo (basse, Stone Temple Pilots) et Forrest Robinson (batterie, Joe Sample & The Crusaders). Phil Collen, brillant comme jamais, nous parle de cette association, de la tournée américaine avec ses potes du G3 (Joe Satriani et John Petrucci) et des projets pour 2018. [Entretien avec Phil Collen (guitare, chant) par Philippe Saintes – photos : Helen L. Collen]

    Delta Deep 1

    Parle-nous de la récente tournée avec Joe Satriani et John Petrucci, cela a du être une expérience enrichissante….

    C’est un privilège d’avoir pu jouer avec Joe et John, deux virtuoses mais avant tout des personnes admirables. Chacun a  apporté sa touche personnelle en essayant d’atteindre le meilleur niveau possible mais il n’y avait pas de rivalité ou de compétition sur scène, juste une saine émulation artistique.  On ne jouait pas l’un contre l’autre mais ensemble pour le public. Cette tournée mélangeait reprises, exercices d'improvisation, émotion et bonne humeur. Pendant deux mois le groupe et les spectateurs ne faisaient plus qu'une grande famille. C’est certainement l’un des meilleurs moments de ma carrière.

    Malheureusement on ne te verra pas en Europe avec le G3…

    Effectivement. J’aurais aimé poursuivre l’aventure mais je dois donner un concert avec Def Leppard pour une bonne cause au Royal Albert Hall de Londres, le 25 mars et ensuite partir en tournée avec le groupe aux Etats-Unis pendant l’été. Mon programme est très chargé. Sinon, j’aurais adoré poursuivre cette aventure en Europe mais il n’est pas impossible que l’on se remette à jouer ensemble plus tard.

    Le bassiste Robert DeLeo n’était pas présent sur cette tournée G3/Delta Deep. Reste-t-il un membre officiel du groupe ?

    Oui, oui ! Robert est très occupé en ce moment avec le groupe Stone Temple Pilot qui a commencé à travailler en studio avec un nouveau chanteur (Jeff Gutt). Robert joue aussi avec le Joe Perry All-Star Band. Il ne pouvait donc pas faire cette tournée avec nous. Son remplaçant, Craig Martini est incroyable, il est membre du G4 et accompagne régulièrement Paul Gilbert (Mr. Big). C’est un bassiste funk-soul-rock  qui a vraiment le profil pour jouer avec Delta Deep. 

    La combinaison de ta voix rauque et celle de stentor de Debbi Blackwell-Cook sonne merveilleusement bien sur East Coast Live, un enregistrement public capté au Daryl's Club, une maison tenue par le fameux Daryl Hall du duo Hall & Oates…

    Merci pour le compliment. J’assure les backing vocals au sein de Def Leppard et je suis le lead singer du groupe Manraze, donc le chant n’est pas nouveau pour moi. Le blues est une influence majeure dans ma façon de chanter. Et puis, c’est une chance d’avoir Debbi à mes côtés. Elle est juste magistrale ! Il se dégage effectivement quelque chose de l’union de nos deux voix. Je suis très content du résultat car la clef de la réussite c’est avant tout le collectif. La section rythmique fait beaucoup et tient un rôle décisif dans le résultat final.

    Delta Deep est une sorte d’émancipation par rapport au rock « électronique » de Def Leppard. Musicalement, le groupe joue un blues spontané et diversifié.

    Le blues n’a cessé d’évoluer. Cela a commencé avec des guitares acoustiques à deux cordes dans le Delta du Mississippi dans les années ’20 puis le style s’est électrisé à Chicago avant d’être amené vers d’autres rivages par les Rolling Stones, Jimi Hendrix et Led Zeppelin. Je me souviens avoir vu une affiche annonçant un concert réunissant le même soir Chuck Berry, James Brown, BB King, les Isle Brothers, Little Richards et Jimi Hendrix. Toutes ces étoiles ont joué le même soir. Leurs univers étaient différents mais tous ont été influencés par le blues. Cette affiche me fait aujourd’hui penser à la musique de Delta Deep : du rock, du funk, du blues, de la soul. Nous sommes à facettes multiples. Je connais pas mal de bluesmen qui ont une très grande technique et pensent être les seuls à savoir ce qu'était le vrai blues mais en réalité ces puristes refusent de comprendre que ce genre continue à évoluer et à s'enrichir . Nous essayons vraiment d’amener de nouvelles idées pour rendre le blues plus accessible. Je dois dire que suis un blanc privilégié car j’ai la chance de jouer une musique qui m’inspire en compagnie d’excellents musiciens de couleur. 

    Delta Deep 2

    On voit aujourd’hui émerger d’excellents jeunes groupes qui proposent un style bien roots. Le courant n’est donc pas mort…

    Je crois que de nombreux jeunes sont saturés par tout ce qu’ils entendent à la télé ou en radio de nos jours. Je n’ai rien contre Katy Perry, Beyoncé, Taylor Swift ou Justin Bieber mais ils font partie d’une dérive médiatique. Je ne peux qu’encourager les jeunes à aller voir ailleurs. Il existe de très nombreux groupes et artistes qui méritent un meilleur statut et le soutient du public, partout dans le monde. Certains jeunes fascinés par le vintage se tournent aussi vers l’achat du vinyle, un support qui connaît un regain de popularité. Cela veut dire que des musiques old-school comme le rock et le blues vont traverser encore quelques décennies.

    Les textes de Delta Deep parlent notamment de la ségrégation. Peut-on vous coller l’étiquette de groupe à message ?

    Nous écrivons d'abord des chansons pour transmettre une émotion sincère. Le fait d’avoir deux Afro-Américains dans le groupe explique le métissage de notre musique. Le blues est une sorte d’exutoire, un cri de l’âme contre l’injustice ou  la ségrégation. J’ai toujours aimé la puissance émotionnelle de ce genre musical. Une chanson reste aujourd’hui encore un formidable vecteur d’idées et un moyen privilégié d’exprimer un engagement. On évoque dans nos chansons des sujets qui nous touchent comme la souffrance ou la colère. L’esclavagisme a pris une autre forme aujourd’hui. La chanson « Down in Delta » fait bien sûr référence aux champs de coton mais c’est aussi est une métaphore, le Delta représente ici l’enfer. Cette façon de composer est nouvelle pour moi. C’est ma femme (Note : la créatrice de mode Helen L. Simmons) qui a trouve le nom du groupe Delta Deep, elle a également co-écrit plusieurs morceaux du premier album. Sur le plan social et culturel, c’est enrichissant d’avoir une épouse de couleur.

    "Je connais pas mal de bluesmen qui ont une très grande technique et pensent être les seuls à savoir ce qu'était le vrai blues mais en réalité ces puristes refusent de comprendre que ce genre continue à évoluer et à s'enrichir." 

    Avez-vous derrière la tête de sortir un second album studio ?

    Sept nouvelles chansons sont pratiquement prêtes. Les parties vocales et les backing tracks ont déjà été enregistrés. Cet album sera différent du premier. Nous continuons à expérimenter et à défier les genres. Il y aura notamment un gospel hard rock qui colle bien avec l'idée de mue et l'esprit de ce deuxième opus. J’ai aussi produit le dernier album de Tesla qui doit sortir en mai ou en juin prochain.  J’ai été impliqué dans la création de toutes les chansons.  La musique  est un condensé d’influences des années ’60 et ’70 :  les Beatles, Queen, Led Zeppelin, Aerosmith, AC/DC,  les Who, des groupes qui ont marqué les musiciens de Tesla.  On a travaillé un an et demi pour donner naissance à une petite collection de joyaux.  La musique a été composée  backstage lors de la tournée nord-américaine. Je suis impatient que cet album sorte. 

    As-tu également en stock de nouvelles chansons pour Def Leppard ?

    Joe Elliott et moi avons commencé à composer les premiers morceaux. Un titre est déjà en boîte. Au cours de la tournée avec Delta Deep et le G3 j’ai aussi emmagasiné de bonnes idées pour le prochain album. C’est encore un processus très excitant pour moi, même après toutes ces années. En attendant, je peux te confirmer que Def Leppard sera sur les grands festivals européens l’année prochaine. On se verra certainement sur cette tournée.

    Delta Deep 3

    Ta première guitare fut une SG. J’imagine que tu dois être peiné par les difficultés financières du fabricant américain Gibson. On parle ici d’une gestion…« rock’n’roll » !

    C’est effectivement la crise et probablement la faillite, il n’y a aucun doute là-dessus. Les fabricants et les magasins qui vendent des instruments sont en souffrance mais je reste convaincu que les dirigeants de Gibson n’ont pas eu la bonne approche face à la concurrence des instruments bon marché ou en matière d’innovation. Ses activités dans l’électronique ont été un flop. L’industrie du disque a également connu des difficultés mais elle a su s’adapter pour retrouver de la rentabilité dans le secteur. Aujourd’hui elle continue de vendre des K7, des vinyles et des CD. Par contre, la société Gibson n’a pas su tirer son épingle du jeu.   

    Un mot sur ta récente participation à l’album posthume de Ronnie Montrose, 10X10  avec d’autres interprètes ? Tu joues sur le morceau « Still Singin’ With The Band »…

    J’adorais la formation Montrose qui a été une influence énorme lorsque le premier disque est sorti en 1973.  J’ai eu des contacts avec Ronnie lors de concerts et festivals où Def Leppard partageait l’affiche avec son groupe. J’ai été très touché par sa disparition. Ricky Phillips (producteur de l’album) a déclenché mon envie avec sa volonté de rendre hommage à ce grand guitariste qui était aussi son ami. On peut entendre la voix de Glenn Hughes sur ce titre. Ce dernier a eu la gentillesse de venir nous rejoindre trois fois sur scène lors de la tournée du G3. On interprété en sa compagnie « Superstition » et « Highway Star ».

    De nombreuses personnalités de la musique ont tiré leur révérence en 2017. Chris Cornell, Chuck Berry, Greg Allmann, Walter Becker, Tom Petty, Malcolm et George Young, Fats Domino, la star française Johhny Halliday,…As-tu été touché par la disparitions d’une de ces icônes du rock ? 

    Johnny a assisté à l’un de nos concerts à Paris, il y a quelques années.

    Vraiment ?

    Oui, on l’a rencontré après le show. C’était cool. Le décès de Malcolm Young est tragique tout comme celui de Lemmy de Mötorhead en 2015. La disparition de Prince m’a profondément marqué. Je trouve cela tragique car il était plus jeune que moi ! Je dis toujours à mes enfants que la mort fait partie de l’existence mais voir disparaître une personne plus jeune est profondément injuste. 

    Dans ton autobiographie tu évoquais ta passion pour le foot. As-tu des regrets de ne pas être devenu un joueur pro ?

    Pas du tout. Mais alors pas du tout. Je préfère le métier de musicien. C’est bien plus amusant. La carrière d’un footballeur est courte. Moi, je continue à vivre pleinement de ma passion, à donner du plaisir aux gens tout en côtoyant des musiciens extraordinaires. Je n’ai probablement jamais été aussi créatif qu’aujourd’hui. A 60 balais, c’est génial !

     Delta Deep Live Cover

    DELTA DEEP

     

    East Coast Live 

     

    Frontiers Records

     

    On déguste avec avidité ce « live » enregistré dans un club de la banlieue de New-York. Le concert respire la bonne humeur grâce notamment à Debbi Blackwell-Cook qui met l'ambiance en s'adressant au public avec beaucoup humour. Les spectateurs prennent un repas tout en écoutant religieusement la voix de Debbi, sœur  spirituelle d'Aretha Franklin, les riffs et solos de Phil Collen ainsi que le groove de la section rythmique. Avec cette formation, Collen accentue ses références black à tel point que le blues vit ici en intermittence avec une soul éventuellement funk, mélangée à du hard rock. Au total quinze morceaux  dont la plupart proviennent du premier album éponyme sorti en 2015. Le set qui débute avec une solide reprise du « Black Dog » de Led Zeppelin, se poursuit avec un gospel endiablé « Bang The Lid », le sensuel « Treat Her Like Candy » chanté par Collen, l’émouvant « Whiskey » (en hommage au fils assassiné de la chanteuse), les plus nerveux « Shuffle Sweet », « Black Coffee » et « Bless These Blues » mais aussi « Private Number » influencé par Smokey Robinson sans oublier la splendide interprétation du « Mistreated » de Purple. La soirée s’achève par un court  solo de batterie de Forrest Robinson enchaîné avec le solide « Down In The Delta » puis un medley funk et rythmé repris en chœur par l’assistance. Ce show joué avec simplicité et un charme indéniable laisse éclater le talent de tous les musiciens et propose surtout une musique qui fait du bien. [Ph. Saintes] 

     


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  • Sweet & Lynch

     Le trait d’union

    Dans le pseudo-marasme qui existe au sein de l’industrie du disque, il est encourageant de voir certains se prendre en charge et unir leurs efforts afin de mieux se faire entendre. Michael Sweet (Stryper) et George Lynch (Lynch Mob) proposent en cette fin d’année un second album en duo à la fois déroutant et fracassant. Son titre Unified, symbolise la collaboration entre un chrétien convaincu et un athée spirituel, uni par la passion  du rock. [Entretien téléphonique avec Michael Sweet (chant) par Philippe Saintes – photos : Alex Solca]

    Sweet | Lynch

    Pour Only To Rise, tout le monde était tombé d’accord sur la qualité du disque dès les premières notes. Unified, est plus complexe. Plusieurs écoutes sont nécessaires pour assimiler tout le travail créatif, les effets et les arrangements…

    Je crois que de nombreuses personnes ont du mal à ressentir toutes les choses que tu viens de décrire. C’est un album qui mérite effectivement plusieurs écoutes attentives pour en saisir les subtilités et l'assimiler dans sa totalité. C’était l’idée de départ, nous n’avons pas souhaité faire un « copier-coller » des albums de Dokken, de Stryper ou même du premier Sweet & Lynch. Il y a peut-être deux ou trois titres qui sonnent familier comme « Promise Land » ou « Make Your Mark » mais pour le reste, le but était de proposer un son différent. Les morceaux « Walk », « Afterlife » et « Live To Die »  sont clairement dans l'esprit George Lynch-Michael Sweet mais différents dans la forme. Musicalement « Walk » est un mix d’Aerosmith , des Bee Gees et de Queen. C’est en grande partie la raison pour laquelle certains l’adoreront et d’autres le détesteront. La musique d’ « Afterlife » est plus dépouillée et mélancolique mais derrière une apparence sombre, ce titre délivre un message d’espoir.    

    Tu n’es donc pas surpris par la réaction de certains fans qui ne s’attendaient pas à une telle révolution musicale ?

    Effectivement. Peut-être qu’au premier abord cela peut paraître déroutant pour l’auditeur. Il faut juste prendre le temps de s’y habituer. Quand un disque est particulièrement apprécié et qu’ensuite tu proposes quelque chose de totalement différent,  l’auditeur est logiquement surpris mais cela ne veut pas dire pour autant que ce deuxième opus n’est pas bon. Nous ne voulions tout simplement pas faire un Only To Rise bis. On l’assume totalement. Les groupes doivent prendre des risques, malgré ce que vont penser les gens, c’est ça être un artiste. Prenons l’exemple de Van Halen. J’ai adoré le premier album qui a bouleversé le monde de la musique rock mais si on écoute ensuite 1984, il n’y a aucune comparaison possible. Le groupe a pris une direction complètement différente sur le plan musical comparé à Van Halen I. Pourtant ce sont deux excellents albums. Je pense qu’il faut tout simplement rester ouvert d’esprit.

    L'album fait une place à chacun des membres du groupe. Tu as su retirer le meilleur de chaque musicien en tant que producteur de Unified.

    La musique est toujours plus motivante quand elle est reliée au processus créatif. On a essayé différentes choses, de nouvelles idées. Peu de gens le savent mais je suis rentré pour la première fois dans un studio à l’âge de 10 ans. Mon père était musicien et compositeur. Je l’accompagnais lorsqu’il enregistrait des démos dans un petit studio à Whittier, en Californie. J’ai vraiment passé ma vie dans les studios, en travaillant notamment dans l’ombre des Michael Wagner, Stephan Galfas et  Tom Werman qui ont produit les albums de Stryper. Cette passion n’est pas neuve. J’ai réalisé de nombreux albums dans le passé mais aujourd’hui je souhaite vraiment me faire un nom comme producteur au sein de la scène musicale, proposer une nouvelle carte de visite en quelque sorte. 

    George a affirmé avoir été impressionné par ton travail de producteur. C’est un fameux compliment.

    C’est vrai. Il ne savait pas réellement à quoi s’attendre mais au final,  il a vraiment adoré tout l’album.  C’est gratifiant et valorisant lorsque cela vient d’un immense artiste comme George qui est très exigeant sur le plan musical.

    Comment vous êtes-vous partagé le travail ? 

    Sur le premier album George a composé une bonne partie de la musique et je me suis occupé des mélodies et des textes, à l’exception de « The Wish », « Recover » et « Strengt In Numbers » qui portent ma signature. Pour Unified, George a écrit les musiques et moi les mélodies, les textes et quelques arrangements. Je joue aussi un peu de guitare mais c’est George qui a fait 75-80 % du boulot sur l’album. Il joue tous les solos. On a défini les rôles de cette collaboration dès le départ, je suis le chanteur et George le guitariste. Je me suis volontairement mis en retrait en tant que six-cordistes. 

    George Lynch

    "Unified est un album qui mérite plusieurs écoutes attentives pour en saisir les subtilités et l'assimiler dans sa totalité."

    Un monde uni est un gigantesque puzzle comme  la  pochette de l'album. Le titre Unified est aussi un clin œil à l’Amérique actuel qui apparaît de plus en plus désunie et divisée. 

    C’est vraiment triste. Le pays est divisé par des fractures sociales, économiques et politiques. C'est la première fois que les institutions sont ébranlées à ce point depuis la guerre civile. Jamais l’opposition entre deux camps n’a été aussi forte, c’est la raison pour laquelle j’ai écrit cette chanson qui est un appel au rassemblement malgré les différences. On est dans une société où tout est sujet à polémique. Il suffit de voir le déversement de haine sur les réseaux sociaux.  Si vous publiez un message de soutien à une personne, vous êtes aussitôt attaqué via des messages d’injures par des milliers d’autres individus. Ce n’est pas comme cela que devrait fonctionner l’humanité mais c’est malheureusement le monde dans lequel nous vivons. Il est temps de recréer le dialogue et d’accepter d’être confronté à d’autres idées. On m’a demandé comment un croyant  et un « esprit libre » pouvaient s’entendre dans un même groupe. La réponse tient en un mot : respect ! Bien que nous ayons des idées opposées sur la foi, moi et George, nous nous respectons en tant que musiciens, amis et êtres humains.

    Il y a également du neuf du côté de Stryper, l’arrivée d’un nouveau bassiste, Perry Richardson (ex-Firehouse), et l’enregistrement d’un 11è album studio.

    On est tout excité par l’arrivée de Perry qui a insufflé un nouvel état d’esprit au sein de notre formation. Quand il est entré pour la première fois dans le studio avec nous, la pièce s’est « illuminée » . Il s'est rapidement intégré à notre petite famille. Son sourire est contagieux, il se transmet de personne en personne. Il a amené beaucoup d'énergie positive, vraiment ! On avait tous besoin de cela. Perry est non seulement un excellent bassiste mais aussi un très bon chanteur.  Lorsque les gens le verront sur scène, ils seront convaincus que nous avons fait le bon choix. On a l'impression d'un nouveau départ avec Perry dans le groupe ! Il a été auditionné début novembre et quelques jours plus tard, nous avons commencé à enregistrer les bases à savoir les guitares rythmiques, la basse, la batterie, les claviers et les chœurs ainsi que les overdubs des guitares. Il ne reste donc plus qu’à finaliser le chant principal et les solos de guitares.    

    Tu as déclaré sur ta page Facebook qu’il s’agissait probablement de votre meilleur album.

    Laisse-moi apporter une petite correction, j’ai dit qu’il s’agissait certainement de notre meilleur album (rires). C’est peut-être un cliché mais je l’affirme sans langue de bois. Ce n’est pas juste mon avis, c’est aussi celui de Rob (Sweet, batteur) et de Oz (Fox, guitariste). Nous sommes tous le trois convaincus qu’il s’agit d'un excellent enregistrement studio. Il a une touche unique mais également une énergie et un groove communicatif.  Stryper Got the Groove Back (une référence au film How Stella Got Her Groove Back - Sans complexes), c’est difficile à expliquer, tu dois écouter cet album pour comprendre . Il y a une ballade rock, quelques  chansons qui restent dans la continuité de notre répertoire mélodique, je pense à « Free » ou « Calling On You », mais le reste de l’album ravira les fans de metal. Le titre « Sorry » par exemple est à la fois heavy et accrocheur. Les fans vont adorer.

    Est-ce que chaque membre a proposé des morceaux ou as-tu écrit toutes les chansons comme sur  Fallen?

    Cet album comporte onze morceaux dans la tradition rock. Oz (Fox) a composé quelques musiques tandis que Rob a co-écrit des textes et a trouvé l’idée du titre de l’album mais il est encore trop tôt pour le dévoiler. 

    Michael Sweet

    Que devient l’album acoustique de Stryper évoqué lors d’une précédente interview ?

    Cet album a été enregistré il y a plusieurs mois afin de proposer aux fans une relecture acoustique d'anciens morceaux,  mais nous n’avons pas encore trouvé le temps de le mixer. C’est quelques chose qui devrait être fait dans un avenir assez proche. On pourrait envisager une sortie pour septembre 2018.  

    On devrait entendre quelques titres de Sweet & Lynch en public au cours d’une tournée qui réunirait sur une même affiche Stryper et Lynch Mob. 

    Exact. De nombreuses personnes aimeraient me voir partager la scène avec George. Mon idée est donc de partir en tournée avec Lynch Mob. Stryper serait la tête d’affiche et Sweet & Lynch débuterait la soirée.  Mon frère Rob et Jimmy D'Anda se partageraient la batterie sur quelques morceaux tandis que Sean McNabb et Perry Richardson tiendraient la basse en alternance pour un set assez court, de 7 à 8 chansons.  J’ai à cœur de faire cette tournée qui s’annonce très excitante.  

    Tu as aussi évoqué la possibilité d’un album avec Joel Hoekstra (Whitsenake)…  

    Un album commun avec Joel est quelque chose qui sommeille depuis plusieurs années maintenant. Je regrette que ce projet ne se soit pas encore matérialisé. C'est assez compliqué de faire coïncider nos agendas. Todd Sucherman, l’actuel batteur de Styx, pourrait nous rejoindre. On est également en contact avec Arnel Pineda (chanteur de Journey) et d’autres musiciens. Rien n’est encore confirmé mais en tout cas, si ça se fait, ce sera tout simplement dingue. Je peux en tout cas te certifier qu’un album estampillé Joel Hoekstra et Michael Sweet va débarquer quoiqu’il arrive.

    Je propose de terminer l’interview avec ton portrait chinois ….

    Si tu étais un livre ? Même si ça peut paraître cliché, je crois que tu connais la réponse. La Bible !

    Une série télé ou un film ? J’ai regardé avec beaucoup de plaisir Stranger Thing, avec mon épouse. Quant au film, je dirais une production Marvel, probablement Iron Man, mon super héros  préféré. 

    Un sportif ? Tom Brady un joueur de football américain…

    Et si tu étais une femme ? (Il rit) Mon épouse, Lisa.

     Sweet & Lynch - Unified cover

     SWEET & LYNCH

    Unified

    Frontiers Records

    Le talent de composition de George Lynch et Michael Sweet se révèle à la hauteur de leurs ambitions pour Unified. Leur grande maîtrise de l'écriture musicale et leur faculté à marier avec brio un metal offensif et les harmonies leur permettent de retenir l'attention de l'auditeur tout au long des 50 minutes de musique d'une richesse rare. Encore faut-il comprendre que les deux compères n'ont pas voulu rester enfermé dans un hard mélodique et qu'ils ont délibérément décidé d'évoluer vers quelque chose de plus léché au niveau de la production. A chaque instant sur cet album, il se passe quelque chose d’excitant, que ce soit sur les titres énergiques comme « Heart Of Fire » et « Make Your Mark », ou alors des morceaux plus calmes, l’exemple le plus flagrant étant « Tried & True ». Sweet & Lynch c’est l’esthétisme du hard porté au rouge vif. On peut regarder en ronchonnant dans le rétro ou enfin accepter que la paire a changé de direction. Cette route prendra peut-être plus de temps et davantage d’écoutes, mais le voyage en compagnie de ces deux musiciens reste en tout cas toujours aussi magique... [Ph. Saintes] 

     


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  •  L.A. GUNS

    Gros calibres

     Vétéran de la scène du Sunset Strip, L.A. Guns était devenu un groupe à deux têtes. D’un côté la formation « officielle » menée par Phil Lewis et de l’autre, son alter ego dirigé par Tracii Guns (fondateur et guitariste). Une situation qui a débouché sur une certaine confusion, même auprès des fans. Quinze ans après leur séparation, les deux musiciens ont fini par enterrer la hache de guerre. Une réconciliation à défaut d’une vraie reformation mais  une attitude rock and roll. [Entretien avec Phil Lewis (chant) par Philippe Saintes – photos : Dustin Jack]

    L.A Guns - promo shoot 2017
     

    On est ravi de vous voir de nouveau réunis. Comment s’est fait le rapprochement avec Tracii Guns ? 

    C’est à l’occasion d’un événement caritatif à Las Vegas au profit d’enfants défavorisés, que nos chemins se sont croisés à nouveau. On ne s’était plus vu ni parlé depuis 15 ans. J'ai reçu un coup de téléphone du  promoteur de l’événement pour m’annoncer que mon ancien acolyte allait participer à ce concert-charité. Il m’a demandé si j’étais intéressé de jouer deux ou trois chansons avec Tracii, pour la bonne cause. Comme je résidais à Las Vegas, je n’avais aucune excuse. J’étais plutôt anxieux, car nous n’étions pas en très bons termes. Toutefois, les retrouvailles ont été cordiales. On a juste parlé de la soirée et des personnes qui allaient y prendre part. Sur scène, ce fut magique ! J’ai senti que l’alchimie était à nouveau là quand nous avons joué ces quelques morceaux…. On était là tous les deux, heureux de pouvoir récolter de l’argent pour des enfants. L’idée d’une reformation n’a même pas été effleurée. La semaine suivante, j’ai invité Tracii à un concert Unplugged. L’ambiance était détendue. Il m’a fait entendre quelques chansons de son nouvel album et m’a proposé de venir chanter sur quelques titres. C’était le début de notre seconde lune de miel (rires).

    Quelle a été ton implication dans cet album ? 

    Le projet remonte à 2015. Traci travaillait déjà sur ce disque depuis un an, lorsque je suis monté à bord. Il a été très impliqué dans le processus de composition et le son de The Missing Peace. Tout le mérite lui revient ! Une fois les pistes enregistrées, j’ai pris l’avion pour me rendre dans le studio du producteur Mitch Davis, à New-York. On a mis quatre jours à enregistrer les voix. Mitch m’a poussé dans mes derniers retranchements. Grâce à lui, il en est ressorti des émotions incroyables. Je n’ai jamais aussi bien chanté. 

    Tu es originaire de Londres, comment as-tu rejoint la bande de L.A., en 1985 ? 

    Tracii était fan de mon premier groupe Girl, qui a connu un certain succès en Angleterre (1980-1982). Je connaissais déjà à cette époque le manager de L.A Guns, Alan Johns. Tracii n’était pas très heureux avec son premier chanteur (Mars Black) en raison de son addiction pour les substances illégales. Par l’intermédiaire d’Alan, il m’a invité à le rejoindre à Los Angeles. Il tenait à ce que je devienne le nouveau frontman de L.A. Guns. Je suis parti dès le lendemain avec 200 dollars en poche et un sèche-cheveux, pour devenir une rockstar à L.A. (il rit). A Londres, il pleuvait depuis trente jours et je suis arrivé dans une ville où il y a 330 jours de soleil par an. C’était vraiment le paradis. Mon meilleur souvenir d’artiste ? Ma première tournée dans un van avec le groupe. J’ai alors découvert les Etats-Unis, d’Hollywood à Phénix en passant par Las Vegas, avec une bande de potes. Ce fut une aventure fantastique, inoubliable.  

    Qu'est-ce qui a changé aujourd'hui? 

    D’une certaine manière les années ’80 me manquent mais d’un autre côté, je ne regrette pas les interférences des maisons de disque, des managers ou des publicitaires. Nous étions devenus une machine à fric avec un tas de gens autour de nous pour nous ‘conseiller’. Nous n’avons pas su nous prémunir des aspects néfastes de ce milieu et la formation d’origine s’est scindée. La musique était devenue la propriété d’une industrie sans âme. Aujourd’hui, le groupe s’exprime librement et The Missing Peace est sans doute notre meilleur album. 

    Qu'attends-tu justement de celui-ci ?

    On sait que l’on ne vendra pas un million de copies comme Cocked and Loaded (1989) mais ce n’est pas le but. L.A. Guns n’est pas un groupe « fashion », la mode ne nous intéresse pas. Ce serait stupide de ma part de vouloir ressembler à Liam Gallagher (Oasis). Au niveau créatif, la collaboration avec Tracii me procure beaucoup de satisfaction. C’est juste génial de pouvoir faire un nouvel album ensemble.

    "Notre but était de régénérer le son rock des années '80 et de le transposer subtilement à l’époque actuelle."

    Tracii Guns & Phil Lewis 2017

     

    Steve Riley (batteur), qui a été un membre important de L.A. Guns ne figure pas sur The Missing Peace, pourquoi ?

    Tracii avait déjà un batteur, Gavin Purcell et un bassiste, Johnny Martin. Les textes étaient écrits et la musique déjà enregistrée, il n’y avait donc plus de place pour Steve sur cet album. Du groupe d’origine, nous avons invité Kelli Nickels (basse) et Mick Cripps (guitare) mais nos arguments n'ont guère provoqué d'enthousiasme chez eux, contrairement à Michael Grant, qui a joué auparavant dans ma version de L.A Guns. Ce surdoué de la six-cordes est le plus jeune membre du gang, et il apporte un véritable vent de fraîcheur. Tracii et Michael prennent vraiment du plaisir lors des démonstrations de guitare sur scène. Ce sont deux virtuoses.

    On imagine que vous allez opter pour une tournée européenne (novembre 2017) en forme de best-of. Comptez-vous aussi intégrer des chansons du nouvel album dans la setlist ? 

    « Speed » qui est le premier single, bien sûr. On vient d’ajouter la très belle ballade « The Flood Is The Fault Of The Rain » et je pense que « Sticky Fingers » sera le prochain titre de l’album à être transposé sur scène.

    Quel a été ton premier concert ?

    Black Sabbath et Uriah Heep au Royal Albert Hall de Londres, en 1973. J’en ai gardé un très bon souvenir.

    Et le premier album que tu as acheté ?

    J’ai assisté à Hyde Park à un festival gratuit avec notamment Grand Funk Railroad et Humble Pie. La prestation d’Humble Pie m’ayant impressionné, j’ai acheté leur premier disque en même temps qu’un vinyle de Ten Years After.

    Pour conclure, pourquoi nos lecteurs doivent-ils absolument acheter The Missing Peace ?

    L.A. Guns est un groupe catalogué 80s. Notre but était de régénérer le son rock des ces années et de le transposer subtilement à l’époque actuelle. Je pense que nous y sommes arrivés avec The Missing Peace. 

     

    L.A. GUNS : The Missing Peace cover

     L.A. GUNS

    The Missing Peace

    Frontiers / Harmonia Mundi 

    Guitares en bandoulières,  les Californiens (sans Steve Riley) repartent à l’assaut, bien décidés à remonter dans le peloton de tête du heavy Metal. La musique de L.A. Guns est une mixture de Led Zeppelin, Bon Jovi et des Sex Pistols mais le groupe parvient à conserver une certaine originalité. « It’s All The Same To Me » démarre l’album dans un nuage de poussière. Phil Lewis et Tracii Guns s’éclatent dans un heavy rock’n’roll sentant bon la sueur et le souffre. Ecoutez ces brulôts que sont « A Drop Of Bleach », le bien nommé « Speed » ou les entraînants « The Devil Made Me Do It » et « Baby Gotta Fever » alors que « Don’t Bring A Knife To A Gunfight » rappelle le gosier de Billy Idol. Les douze compositions sont très carrées et déboulent à une cadence d’un Colt 45. Lewis chante avec ses tripes. Les guitares ne sont pas en reste et, viennent zébrer de notes incandescentes ce hard rock qui a la valeur d’une grosse bouffée d’air pur. Energique, le groupe s’adonne aussi à des mélodies chatoyantes (« Christine », « The Missing Peace » ou la ballade à la Lynyrd Skynyrd « The Flood Is The Fault Of The Rain ») avec cette fois des guitares mélodieuses et sensuelles. Attention, ces fusils-là ne sont pas de vulgaires pistolets à eau ! [Ph. Saintes]   


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