•  L.A. GUNS

    Gros calibres

     Vétéran de la scène du Sunset Strip, L.A. Guns était devenu un groupe à deux têtes. D’un côté la formation « officielle » menée par Phil Lewis et de l’autre, son alter ego dirigé par Tracii Guns (fondateur et guitariste). Une situation qui a débouché sur une certaine confusion, même auprès des fans. Quinze ans après leur séparation, les deux musiciens ont fini par enterrer la hache de guerre. Une réconciliation à défaut d’une vraie reformation mais  une attitude rock and roll. [Entretien avec Phil Lewis (chant) par Philippe Saintes – photos : Dustin Jack]

    L.A Guns - promo shoot 2017
     

    On est ravi de vous voir de nouveau réunis. Comment s’est fait le rapprochement avec Tracii Guns ? 

    C’est à l’occasion d’un événement caritatif à Las Vegas au profit d’enfants défavorisés, que nos chemins se sont croisés à nouveau. On ne s’était plus vu ni parlé depuis 15 ans. J'ai reçu un coup de téléphone du  promoteur de l’événement pour m’annoncer que mon ancien acolyte allait participer à ce concert-charité. Il m’a demandé si j’étais intéressé de jouer deux ou trois chansons avec Tracii, pour la bonne cause. Comme je résidais à Las Vegas, je n’avais aucune excuse. J’étais plutôt anxieux, car nous n’étions pas en très bons termes. Toutefois, les retrouvailles ont été cordiales. On a juste parlé de la soirée et des personnes qui allaient y prendre part. Sur scène, ce fut magique ! J’ai senti que l’alchimie était à nouveau là quand nous avons joué ces quelques morceaux…. On était là tous les deux, heureux de pouvoir récolter de l’argent pour des enfants. L’idée d’une reformation n’a même pas été effleurée. La semaine suivante, j’ai invité Tracii à un concert Unplugged. L’ambiance était détendue. Il m’a fait entendre quelques chansons de son nouvel album et m’a proposé de venir chanter sur quelques titres. C’était le début de notre seconde lune de miel (rires).

    Quelle a été ton implication dans cet album ? 

    Le projet remonte à 2015. Traci travaillait déjà sur ce disque depuis un an, lorsque je suis monté à bord. Il a été très impliqué dans le processus de composition et le son de The Missing Peace. Tout le mérite lui revient ! Une fois les pistes enregistrées, j’ai pris l’avion pour me rendre dans le studio du producteur Mitch Davis, à New-York. On a mis quatre jours à enregistrer les voix. Mitch m’a poussé dans mes derniers retranchements. Grâce à lui, il en est ressorti des émotions incroyables. Je n’ai jamais aussi bien chanté. 

    Tu es originaire de Londres, comment as-tu rejoint la bande de L.A., en 1985 ? 

    Tracii était fan de mon premier groupe Girl, qui a connu un certain succès en Angleterre (1980-1982). Je connaissais déjà à cette époque le manager de L.A Guns, Alan Johns. Tracii n’était pas très heureux avec son premier chanteur (Mars Black) en raison de son addiction pour les substances illégales. Par l’intermédiaire d’Alan, il m’a invité à le rejoindre à Los Angeles. Il tenait à ce que je devienne le nouveau frontman de L.A. Guns. Je suis parti dès le lendemain avec 200 dollars en poche et un sèche-cheveux, pour devenir une rockstar à L.A. (il rit). A Londres, il pleuvait depuis trente jours et je suis arrivé dans une ville où il y a 330 jours de soleil par an. C’était vraiment le paradis. Mon meilleur souvenir d’artiste ? Ma première tournée dans un van avec le groupe. J’ai alors découvert les Etats-Unis, d’Hollywood à Phénix en passant par Las Vegas, avec une bande de potes. Ce fut une aventure fantastique, inoubliable.  

    Qu'est-ce qui a changé aujourd'hui? 

    D’une certaine manière les années ’80 me manquent mais d’un autre côté, je ne regrette pas les interférences des maisons de disque, des managers ou des publicitaires. Nous étions devenus une machine à fric avec un tas de gens autour de nous pour nous ‘conseiller’. Nous n’avons pas su nous prémunir des aspects néfastes de ce milieu et la formation d’origine s’est scindée. La musique était devenue la propriété d’une industrie sans âme. Aujourd’hui, le groupe s’exprime librement et The Missing Peace est sans doute notre meilleur album. 

    Qu'attends-tu justement de celui-ci ?

    On sait que l’on ne vendra pas un million de copies comme Cocked and Loaded (1989) mais ce n’est pas le but. L.A. Guns n’est pas un groupe « fashion », la mode ne nous intéresse pas. Ce serait stupide de ma part de vouloir ressembler à Liam Gallagher (Oasis). Au niveau créatif, la collaboration avec Tracii me procure beaucoup de satisfaction. C’est juste génial de pouvoir faire un nouvel album ensemble.

    "Notre but était de régénérer le son rock des années '80 et de le transposer subtilement à l’époque actuelle."

    Tracii Guns & Phil Lewis 2017

     

    Steve Riley (batteur), qui a été un membre important de L.A. Guns ne figure pas sur The Missing Peace, pourquoi ?

    Tracii avait déjà un batteur, Gavin Purcell et un bassiste, Johnny Martin. Les textes étaient écrits et la musique déjà enregistrée, il n’y avait donc plus de place pour Steve sur cet album. Du groupe d’origine, nous avons invité Kelli Nickels (basse) et Mick Cripps (guitare) mais nos arguments n'ont guère provoqué d'enthousiasme chez eux, contrairement à Michael Grant, qui a joué auparavant dans ma version de L.A Guns. Ce surdoué de la six-cordes est le plus jeune membre du gang, et il apporte un véritable vent de fraîcheur. Tracii et Michael prennent vraiment du plaisir lors des démonstrations de guitare sur scène. Ce sont deux virtuoses.

    On imagine que vous allez opter pour une tournée européenne (novembre 2017) en forme de best-of. Comptez-vous aussi intégrer des chansons du nouvel album dans la setlist ? 

    « Speed » qui est le premier single, bien sûr. On vient d’ajouter la très belle ballade « The Flood Is The Fault Of The Rain » et je pense que « Sticky Fingers » sera le prochain titre de l’album à être transposé sur scène.

    Quel a été ton premier concert ?

    Black Sabbath et Uriah Heep au Royal Albert Hall de Londres, en 1973. J’en ai gardé un très bon souvenir.

    Et le premier album que tu as acheté ?

    J’ai assisté à Hyde Park à un festival gratuit avec notamment Grand Funk Railroad et Humble Pie. La prestation d’Humble Pie m’ayant impressionné, j’ai acheté leur premier disque en même temps qu’un vinyle de Ten Years After.

    Pour conclure, pourquoi nos lecteurs doivent-ils absolument acheter The Missing Peace ?

    L.A. Guns est un groupe catalogué 80s. Notre but était de régénérer le son rock des ces années et de le transposer subtilement à l’époque actuelle. Je pense que nous y sommes arrivés avec The Missing Peace. 

     

    L.A. GUNS : The Missing Peace cover

     L.A. GUNS

    The Missing Peace

    Frontiers / Harmonia Mundi 

    Guitares en bandoulières,  les Californiens (sans Steve Riley) repartent à l’assaut, bien décidés à remonter dans le peloton de tête du heavy Metal. La musique de L.A. Guns est une mixture de Led Zeppelin, Bon Jovi et des Sex Pistols mais le groupe parvient à conserver une certaine originalité. « It’s All The Same To Me » démarre l’album dans un nuage de poussière. Phil Lewis et Tracii Guns s’éclatent dans un heavy rock’n’roll sentant bon la sueur et le souffre. Ecoutez ces brulôts que sont « A Drop Of Bleach », le bien nommé « Speed » ou les entraînants « The Devil Made Me Do It » et « Baby Gotta Fever » alors que « Don’t Bring A Knife To A Gunfight » rappelle le gosier de Billy Idol. Les douze compositions sont très carrées et déboulent à une cadence d’un Colt 45. Lewis chante avec ses tripes. Les guitares ne sont pas en reste et, viennent zébrer de notes incandescentes ce hard rock qui a la valeur d’une grosse bouffée d’air pur. Energique, le groupe s’adonne aussi à des mélodies chatoyantes (« Christine », « The Missing Peace » ou la ballade à la Lynyrd Skynyrd « The Flood Is The Fault Of The Rain ») avec cette fois des guitares mélodieuses et sensuelles. Attention, ces fusils-là ne sont pas de vulgaires pistolets à eau ! [Ph. Saintes]   


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  • RIVERDOGS

    California dudes

    Malgré un cancer, Vivian Campbell a été capable de jouer dans trois groupes cette année. Entre les tournées de Def Leppard et Last In Line, le vaillant guitariste irlandais a encore eu le temps de réactiver le projet Riverdogs et donner une suite à l'album éponyme de 1990. Plein de fraîcheur, California n’est pas vraiment hard à 100% mais Mister Campbell est trop fertile pour se limiter à un genre cartésien. [Entretien avec Vivian Campbell (guitare) par Philippe Saintes – photos : Kelsey Danzeisen et Phil de Fer]

    VIVIAN CAMPBELL

    Viv, Riverdogs s’est formé en 1989. Peux-tu nous en rappeler la genèse ? 

    J'ai commencé par aider ce groupe sur quelques démos alors que je jouais pour Whitesnake. Au moment, de la préparation de l’album Slip Of The Tongue, j’étais mal à l'aise avec les choix de David Coverdale, j'ai donc saisi l'occasion pour me joindre à Riverdogs. Le timing était parfait puisque leur guitariste (Chris Buttleman) ne convenait pas. Nous avons obtenu un contrat avec CBS, le label de Tony Martell en mai 1989. L’enregistrement de l’album fut une galère en raison de la  dégradation des relations avec le premier producteur (Michael Frondelli) puis le rachat de CBS par Sony qui a entraîné de nombreux changements de personnel au sein du label. Le nouveau ponte (Richard Griffiths) nous a clairement fait savoir qu'il consacrerait son budget promotion à d'autres groupes (Note : Pearl Jam et plusieurs formations de la vague Grunge). Il ne croyait pas dans le potentiel de l’album, jugé trop « hard ». Ironiquement, Riverdogs n’était pas un groupe de heavy metal classique. Avec des intonations blues et folk, notre répertoire était même assez éloigné de celui du microcosme rock de L.A. Après des problèmes de batteurs (quatre changements en un an) et les frictions avec ‘Mike’ Frondelli, la maison de disque nous lâchait. Entre le début de l’enregistrement et sa sortie, un an et demi s’était écoulé. Je n’ai jamais reçu le moindre centime.  Désabusé par tous ses soubresauts, j’ai décidé de rejoindre Shadow King (1991) avant d'être appelé par Def Leppard un an plus tard. Riverdogs a continué un temps sans moi. Psychologiquement, ce fut une période difficile, pourtant notre travail a récolté des commentaires dithyrambiques de la part de la presse spécialisée, surtout en Europe. Depuis, le disque est devenu culte. La carrière du groupe a été interrompue suite au mauvais jugement d'un individu.

    La ligne directrice était  de créer un album comparable à ce 1er opus…  

    Absolument ! Nous avons voulu reproduire les sons et la texture du premier disque même si la recette est différente. Il y a par exemple moins de guitares acoustiques sur California et mon jeu est plus dynamique. Je suis d’ailleurs très satisfait du résultat. Les onze chansons de l’album sont le fruit d’un travail collectif, d’une équipe soudée. Dans le but de sonner artistiquement avec l’histoire de Riverdogs, Nick (Brophy, basse), qui est un ingénieur du son très talentueux, a analysé nos premières chansons et pris des tonnes de notes sur les plans et les arrangements réalisés à l’époque. Il a également consulté Jeff Glixman, le producteur qui a mixé et terminé l’album de 1990. On a aussi employé un équipement à l’ancienne pour renforcer ce caractère. Personnellement, j’ai joué sur quelques guitares utilisées lors de l’enregistrement de Riverdogs et avec le même ampli.

    C’est une véritable ode à la Californie. La nostalgie est palpable du titre de l'album à son artwork.

    Nick, Mark (Danzeisen, batterie) et Rob (Lamothe, chant) sont originaires du sud de la Californie. Je réside à Los Angeles depuis l’enregistrement de l’album Holy Diver avec Dio (1983) et mon épouse est américaine. J’ai passé une grande partie de mon existence là-bas, même si mes origines sont irlandaises, indiscutablement. Avant la sortie du premier album, nous avions écumé les clubs de San Diego, Los Angeles, Sacramento et San Fransisco.  California est en quelque sorte un retour à nos racines. Rob parle d’ailleurs dans ses textes d'expériences vécues et des endroits fréquentés à nos débuts. C’est à la fois un album conceptuel et autobiographique.

     

    RIVERDOGS 2017

     

    A l'écoute de California le premier mot qui m'est venu à l'esprit est « spontanéité »... 

    Rob habite aujourd'hui en Ontario (Canada) et Nick à Nashville, Tennessee. Tout notre budget est passé en frais d'hôtels, location de voiture, billets d'avions, nourriture... L'enregistrement fut par conséquent des plus rapides puisque concentré sur deux séances de cinq jours dans le studio privé de Mark, à Los Angeles, pour ce qui concerne la composition et les bases instrumentales.  La batterie et mes parties de guitares ont ensuite été réenregistrées dans un plus grand studio de la côte Ouest tandis que le chant de Rob et les harmonies vocales ont été mis en boîte à Nashville, dans le propre studio de Nick. La qualité des chansons est très forte. On s'est éclaté tous les quatre et tu peux effectivement entendre cet esprit spontané sur l'album. Il y a une grande complicité humaine et artistique entre nous. J'aime faire de la musique avec des gens qui prennent leur travail au sérieux mais qui ne se prennent pas au sérieux !

    Musicalement, tu sembles épanoui avec le répertoire de Riverdogs ou celui de Last In Line. Ton jeu est plus riche et étoffé comparé à l'univers de Def Leppard.  

    C’est très compliqué de jouer dans trois groupes à la fois. J’ai rejoint Def Leppard en 1992. Les harmonies vocales subtiles et les refrains accrocheurs sont la marque de fabrique du groupe. Nous bossons dur là-dessus. Il y a certes des parties de guitares complexes et intéressantes dans les morceaux de Def Leppard mais j’aime relever de nouveaux défis. Avec Riverdogs et Last In Line, je peux me concentrer essentiellement sur mon jeu  et la production. Mes expérimentations correspondant à ce que je peux être réellement. Je me suis libéré de certaines choses et j'ai aujourd'hui davantage confiance dans mon style (il rit).

    Outre ton jeu de guitare, le point fort de l'album est la magnifique voix de Rob Lamothe, un chanteur rock aux accents blues et soul...

    Effectivement ! J’ai travaillé durant ma carrière avec des chanteurs exceptionnels, Ronnie James Dio, Lou Gramm (Foreigner), Joe Elliott (Def Leppard) ou David Coverdale (Whitesnake). Rob fait partie de cette catégorie, c’est un chanteur de classe mondiale et aussi un très grand compositeur. Son talent n’est malheureusement pas reconnu à sa juste valeur. Lorsque je l’ai entendu pour la première fois, j’étais convaincu qu’il allait devenir une grande star de la chanson. L’industrie musicale est bizarre. J’ai côtoyé une foule d’artistes doués qui n’ont pas rencontré le succès. Le talent et la réussite  ne font pas toujours bon ménage… 

    Cette idée de reformation on la doit au label Frontiers qui a su se montrer persuasif… 

    Après le succès de l’album Heavy Crown (Last In Line), Serafino Peugino, le Directeur du label Frontiers Records m’a appelé pour me demander si j’étais intéressé par la réalisation d’un nouvel opus de Riverdogs, dans l’esprit  du premier album. Son honnêteté m’a plu. Nous avions déjà enregistré un autre disque il y a quelques années, World Gone Wild (2011) à l’occasion d’une réunion occasionnel. Je ne vais pas dire qu’il ne présente aucun intérêt, toutefois il était loin d’avoir donné satisfaction. Avec le recul, je sais que nous aurions pu faire mieux, connaissant notre potentiel.

    Comptes-tu tourner avec Riverdogs dans les mois à venir ? 

    On envisage de donner un concert à la fin de l'année en Californie du Sud mais il n'y aura pas de tournée. Cette année a été très intense pour moi. J'ai terminé les dates US de Def Leppard en juin et j'enchaîne avec une série de shows avec Last In Line, en Europe pendant l'été. En septembre, je rentre en studio pour enregistrer le deuxième album de Last In Line qui sera produit cette fois encore par Jeff Pilson (Dokken, Foreigner). Mon agenda musical est bien rempli. 

    RIVERDOGS 2017(2)

    Le décès de Jimmy Bain (68 ans) pendant la croisière « Def Leppard » début 2016 a été brutal. Last In Line a néanmoins souhaité poursuivre son parcours musical avec un autre bassiste.

    Cela a été un choc terrible pour nous. Son décès est intervenu un mois avant la sortie de Heavy Crown. Jimmy avait mis beaucoup d’espoir dans ce disque. Il y a quelques années, il a joué de malchance. Il était pratiquement insolvable et a connu des soucis avec la justice. La musique fut en quelque sorte une bouée de sauvetage. Il était très enthousiaste, et s'était même fait tatouer notre logo sur son bras droit, son seule tatouage d’ailleurs, c'est dire son engagement envers le groupe. Jimmy était une personne avec qui il était agréable de travailler. Entre lui, Vinny (Appice, batterie) et moi, l'alchimie fonctionnait à la perfection. Bien qu’il luttait contre un cancer, nous avons tous été ébranlé par sa disparition soudaine. Dans un premier temps, la tournée a été annulé, mais Last In Line est finalement remonté sur scène pour honorer sa mémoire, avec Phil Soussan (ex-Ozzy Osbourne, Vince Neill) à la basse. Phil est un ami de longue date et son style est similaire à celui de Jimmy. A chaque concert nous continuons à le célébrer à travers la chanson « Starmaker ». Il sera toujours avec nous.

    A l'exception du Royaume-Uni, Def Leppard s'est montré plutôt discret sur le « Vieux continent » ces dernières années.

    Même si aucune date n’a encore été annoncée, je peux te dire que nous viendrons en Europe l’année prochaine dans le cadre d’une tournée mondiale. Pour l'heure, nous commémorons les 30 ans de la sortie de l'album Hysteria, les 40 ans du groupe (formé en 1977)  et ma 25è année au sein de Def Leppard. On a aussi quelques idées pour un nouvel album mais il n'y a pas de plan pour l'instant. 

    Comme tout britannique qui se respecte, le football est l'une de tes passions. Quel est ton club préféré ?  

    A vrai dire, je ne suis pas un partisan inconditionnel. Quand j'étais gamin à Belfast dans les années'70, le sectarisme était profondément ancré dans le football nord-irlandais. Je n'ai jamais supporté un club local par contre j'ai été fasciné très jeune par le FC Chelsea car mes parents ont brièvement habité dans le quartier de Stamford Bridge. Vers l'âge de quinze, seize ans quand je me suis mis à la guitare, j'ai lâché le foot. Il aura fallu attendre mon passage dans Def Leppard dans les années 90 pour renouer avec le ballon rond. Aujourd’hui, je vais voir l'un ou l'autre match quand j'en ai la possibilité.

    Tu sais qu'il y a un talentueux joueur belge dans les rangs des Blues... 

    Bien sûr, Eden Hazard (rires).

    RIVERDOGS 2017(3):

     

    En tant que Nord-Irlandais, que penses-tu du Brexit ? 

    L'Irlande du Nord est un cas particulier. C'est probablement la nation du Royaume-Uni qui risque de perdre le plus d'argent avec le Brexit car elle est la plus subventionnée. La sortie de l'euro risque de desservir la jeunesse. C'est un non-sens. Une réunification irlandaise permettrait à l'Irlande du Nord de rester dans l'UE. Ce serait ironique, l'Irlande réunifiée grâce au Brexit (rires). Je suis en principe un citoyen du Royaume-Uni mais ma famille à ses racines en République d'Irlande, dans les comtés de Tyrone et du Donegal. C'est très difficile pour moi de m'identifier à l'une ou l'autre communauté. Tout comme pour le Brexit, j'ai un sentiment négatif par rapport à l'identité nationale, le patriotisme exacerbé. Cela me fait penser à la chanson de John Lennon « Imagine » : Imagine qu'il n'y a aucun Paradis, Imagine qu'il n'y a aucun pays ! C'est sans doute très naïf mais à la fin de la journée, on est finalement tous humains et on a tous des envies.

    Pour conclure, comment évolue ton combat contre le lymphome de Hodgkin (cancer du système immunitaire) ? 

    Les derniers résultats sont prometteurs. Il y a deux ans, les médecins ont décidé de passer à l’immunothérapie, un traitement qui vise à mobiliser les défenses immunitaires contre la maladie (Note : c’est aussi le cas de Johnny Hallyday). Environ 40% des patients tous cancers confondus, traités avec cette molécule, étaient encore en vie trois ans après le diagnostic. Je ne suis pas pour autant sorti d'affaire mais la maladie est enrayée avec un minimum d'effets secondaires. Je suis dès lors en mesure de continuer d'enregistrer des disques et de me produire sur scène, ce qui est déjà une victoire.   

     

    RIVERDOGS : California

    RIVERDOGS

    « California »  

     Frontiers / Harmonia Mundi

    Il y a 27 ans, Riverdogs  sortait un album qui était musicalement un OVNI dans le milieu rock à forte testostérone. Plus acéré que son prédécesseur, California est exécuté avec la même passion et la même simplicité. Riffs efficaces, harmonies vocales, l’auditeur chavire dans une ambiance emplie d'émotion qui lui fait retrouver l'insouciance des années ’80 et ce soleil Californien sous lequel nous aurions tous aimé grandir pour vivre une période d'effervescence sur la mythique Côte Ouest. Les quinquas s’éclatent et font valdinguer les frontières. Rock (« American Dream »), blues (« Welcome To The New Disaster »), et même pop (« I Don’t Know Anything »), l’univers de Riverdogs est mutant et tournoyant. Il faut aussi souligner la qualité de jeu exceptionnelle de Vivian Campbell sur l'ensemble des titres. Mais si les guitares se taillent la part du lion, Rob Lamothe, chanteur à la voix d’or, n’a rien perdu de son formidable talent de compositeur. Un retour aux sources réussi. [Ph. Saintes]   

     

     


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  • DEEP PURPLE
    Vers l'infini et au-delà... 

     Le 20e album studio, InFinite, qui sort le 7 avril sur le label earMusic, va propulser Deep Purple vers de nouveaux sommets. Le groupe défie une nouvelle fois le temps qui passe, en proposant un disque qui séduira trois générations, ce qui est peu banal. Vous comprendrez alors que le jour où l’on a mythique batteur de cette formation à l'autre bout du téléphone, l’on puisse trouver le temps bien court. [Entretien avec Ian Paice (batterie) par Philippe Saintes – photos : Jim Rakete]

    Deep Purple  - Infinite promo

    Avant d’aborder le nouvel album, on se souvient Ian que tu as été victime d’un mini AVC, en juin dernier. Peux-tu nous donner des nouvelles de ta santé ? 

    Effectivement, j’ai été hospitalisé après avoir constaté un engourdissement et une gêne au côté droit avant un show en Suède. C’est le premier concert de Deep Purple annulé par ma faute depuis 1968, ah, ah ! J’ai été très chanceux de ne pas avoir gardé de séquelles sérieuses. Je considère cela comme un avertissement divin. Mon sang étant trop épais et j’ai dû avaler quatre tablettes de comprimés par jour pour le faire fluidifier et baisser la tension. Le médecin, m’a également imposé une période de revalidation de 6 mois mais aujourd’hui, je suis bon pour le service, crois-moi  !

    C’est une bonne nouvelle. Tu as aujourd’hui 68 ans et Roger Glover s’apprête à fêter son 71è anniversaire. Est-ce le succès de No What ?! qui a poussé le groupe à retourner en studio ou simplement l’enthousiasme de jouer ensemble ?

    Now What ?!  a dépassé toutes nos estimations ! Le succès commercial est évidemment une excellente chose mais c’est avant tout la volonté de poursuivre une collaboration fructueuse avec Bob (Ezrin) qui est à l’origine  de ce nouvel album. C’est le « boost » dont nous avions besoin. Il n’est jamais satisfait, va droit au but et ne nous laisse jamais déconner. Avec lui, vous avez toutes les chances d’arriver au meilleur résultat possible. Si on écoute nos deux derniers albums, on s’aperçoit qu’il y a une caractéristique, un lien de famille. A la fin de la production, Bob a déclaré « jamais deux sans trois, les gars ». C’est révélateur de l’excellente atmosphère qui a régné dans le studio. On est déjà impatient de retravailler avec lui.

    Vous avez effectivement opté pour le même studio (le Tracking Room à Nashville) et le même producteur. Pourtant InFinite n’est pas un copié-collé de Now What ?! Quelle est la principale différence selon toi, entre les deux albums ?

    Quand nous entamons un nouveau projet, notre but est de créer quelque chose de différent. Les évènements qui se déroulent dans le monde, ont toujours façonné notre façon de composer. Un album est un marqueur temporel qui illustre l’évolution musicale du groupe mais aussi nos influences à chaque période…Depuis l’enregistrement de Now What ?!, la planète a connu plusieurs tragédies. Les idées  proposées pendant la période d’écriture ont été influencées par ces évènements récents. Il y a évidemment eu les attentats terroristes qui ont touché Paris et Bruxelles. La  colère et la peur se reflètent dans le disque car nous avons été profondément bouleversés par ces attaques. Le climat était différent au moment d’enregistrer No What ?!, il y a cinq ans déjà...

    Est-ce que ce fut un enregistrement rapide comme le précédent ?

    Le processus est identique. Deep Purple est un cercle. Nous enregistrons toujours ensemble en studio. On a mis en boîte les bases instrumentales de Now What ?! en une dizaine de jours, et celle de inFinite en sept jours. Ensuite, mes partenaires ont rajouté les overdubs, les solos et d’autres trucs. Si vous enregistrez très vite, généralement le résultat est fort bon. Vous capturez en effet les 2, 3 premières prises de chaque chanson quand elles sont encore nouvelles, fraîches et existantes pour les musiciens. Lorsque vous arrivez à 15 ou 20 prises différentes,  vous ne créez plus mais vous recréez plutôt ce que vous aviez imaginé au départ, et l’instant magique disparaît. C’est horrible ! Si le résultat n’est pas parfait, grâce aux techniques modernes, vous pouvez toujours éliminer les petites imperfections. Le but était vraiment de garder intact le côté direct.  

    DEEP PURPLE :Infinite promo2

    Il y a des spéculations à propos du titre InFinite. Vous réalisez que certaines personnes sont inquiètes et pensent que c’est vraiment votre dernier disque ? Cette rumeur est d’ailleurs renforcée par le nom de la tournée, The Long Last Goodbye.

    C’est effectivement un titre ambigu et à la fois très intéressant. Le logo de Deep Purple sur la pochette est relié au symbole représentant l’infini. Il y a une réelle connexion entre l’image et le titre. La musique une fois enregistrée est immortelle, elle est infinie, ce qui n’est malheureusement pas le cas des musiciens (rires).  Il faut être honnête, nous sommes plus proche de la fin que du début mais aucune décision n’a été prise concernant l’avenir de Deep Purple. Ce titre peut être source de significations sans comporter pour autant un message caché. Pour être honnête, l’idée vient en fait de notre maison de disques. Chacun peut laisser libre cours à son imagination. Regarde le bateau sur cette même pochette, est-ce qu’il avance ou au contraire recule-t-il ? Une œuvre d’art a-t-elle toujours un sens ? On peut imaginer plein de choses, il n’y a rien de figé. On a là une pochette très esthétique  et c’est ce qui est le plus important. Si elle éveille l’esprit ou provoque une réaction auprès des personnes qui achètent le disque, tant mieux.

    Le premier single « Time For Bedlam » a déjà séduit les inconditionnels de Deep Purple…

    C’est une chanson très forte. Bedlam était un ancien hôpital où l’on traitait les personnes atteintes de folie, il y a deux siècles en Angleterre. Des dissidents politiques ou religieux étaient également envoyés dans cet asile. Le gouvernement employait cette méthode très simple finalement pour se débarrasser de « ses gêneurs ». De nombreux individus sains d’esprit ont été internés jusqu’à la fin de leur vie. Time For Bedlam raconte la vie d’une personne innocente qui, pour diverses raisons, a provoqué la colère des autorités de l’époque et a été injustement internée. Elle a vécu jusqu’à son dernier souffle dans cet enfer. Ce n’est pas une critique envers un mode de pensée ou une personne en particulier, c’est une fiction inspirée de faits qui se sont produits il y a 200 ans. Le solo de claviers au milieu du titre est aussi une description symbolique de la folie humaine.  Plusieurs idées ont été proposées  pour l’intro, mais nous avons opté pour un texte narratif proche du chant grégorien. 

    Il y a aussi des morceaux entraînants sur ce disque, je pense  notamment à  « One Night In Vegas ».

    « One Night in Vegas » est une histoire vraie. C’est arrivé à Don Airey (claviers) il y a plusieurs années alors qu’il jouait à Vegas. Ce fut une nuit bien arrosée et il ne tenait plus debout. Le lendemain matin, il s’est réveillé avec une fille dans son lit. Stupéfait, il lui a demandé : ‘Mais qui es-tu et qu’est-ce que tu fais là ?’. Elle lui a répondu : ‘mais je suis ta femme’ (rires). Don l’avait épousé lors de cette virée, alors qu’il ne tenait pratiquement plus debout. C’est une anecdote cocasse, mais la fin est encore plus drôle, puisqu’ils sont toujours ensemble aujourd’hui, trente ans plus tard !  

    On trouve aussi un véritable chef d’œuvre sur l’album, « The Surprising », un titre long de six minutes. Il y a une incroyable interaction entre tous les instruments …

    Nous étions dans le local de répétition, essayant de créer quelque chose de neuf, lorsque Steve a improvisé un riff de guitare qui m’a fait penser à un rythme de Ray Charles et j’ai aussitôt produit le break de cymbale qui résonne sur l’intro de Steve. Les autres se sont ensuite joints à nous. Chacun était dans une forme optimum et nous avons été littéralement portés par la musique. C’est vraiment une création collective. Quand j’ai quitté le studio avant les arrangements, il n’y avait pas ces longues notes de guitare et ce break de clavier au milieu de la chanson. La direction du morceau avait complètement changé. Le tempo augmente de façon vivace sur le dernier couplet, ce qui  dramatise le final. Même remarque pour « Get Me Outta Of Here » , les arrangements rendent le titre sensiblement plus massif et compact. En fait, ce disque est autant une découverte pour toi, qu’il ne l’est pour moi (rires).

     

    La musique de « Birds Of Prey » est également très complexe. Cela démontre qu’après toutes ces années, le groupe continue d’explorer.

    « Birds Of Prey » est ma chanson préférée. Il est très facile de répéter ce que vous avez imaginé antérieurement en changeant quelques éléments. Toutefois il est bien plus amusant pour un musicien d’essayer de trouver de nouvelles motivations. Certes, en musique tout a été dit et inventé mais cela n’empêche pas l’inspiration. Il ne faut pas avoir peur de revisiter un riff ou un accord mais en changeant habilement la perception pour que cela ne devienne pas  caricatural. Notre but sur ce disque a été de préserver notre patrimoine en ajoutant quelques subtilités.

    « On Top Of The World » se clôture avec un étonnant oratoire de Ian Gillan.

    Là encore, le texte fait référence à un fait réel. Une aventure rocambolesque qui est arrivée à Ian quand il était jeune. Les textes sont très vicieux. Avec tous les couplets, la chanson aurait duré au moins 15 minutes. Roger a alors imaginé de la synthétiser en proposant à Ian de lire le texte comme un poète, à la fin du morceau. La musique s’accorde parfaitement à la voix tout en saisissant bien le vrai caractère des paroles. Ian et Roger ont un talent fou pour superposer des idées !

    Enfin, l’album se clôture avec une reprise du « Roadhouse Blues » des Doors qui est jouée avec une aisance déconcertante.

    Nous avions déjà inclus une reprise de Jerry Lee Lewis « It’ll Be Me » sur Now What ?! On a grandi avec ces vieilles chansons qui sont, au fil des années, devenues une partie de nous-mêmes tellement nous y sommes attachés. Lorsque nous nous sommes posés la question de savoir quelle cover enregistrer sur InFinite,  j’ai suggéré « Roadhouse Blues », titre que j’avais joué en concert l’an dernier avec le cover-band Purpendicular. Un soir, nous avons mélangé cette reprise avec « Black Night » car elles ont des fondations communes au niveau du tempo et du groove. « Roadhouse Blues » sidère par son évidence et son pouvoir attractif. On l’adore ! Dans le studio tout le monde avait la banane, les musiciens, le producteur, l’ingé son,…. Cela nous a pris une demi-heure pour boucler le morceau. Les Doors ont marqué une époque avec des disques fabuleux.  

    DEEP PURPLE : Infinite promo3

    Quels sont les titres de InFinite qui ont le potentiel pour se retrouver sur la set-list ?

    Ça c’est la question à 63.000 dollars (rires). Lors d’un concert de 2 heures, ce qui est un timing raisonnable, nous allons essayer de contenter tout le monde en jouant des classiques et des morceaux du dernier album mais pour le moment nous ne sommes pas encore mis d’accord sur le choix des titres. On sera très sélectif car certaines chansons ne sont pas faites pour être vécues en live. Je pense que des titres up et mid-tempo comme « Time For Bedlam », « One Night In Vegas » ou peut-être « Birds Of Prey » peuvent fonctionner en concert. 

    Ian, en dehors de la musique, quelles sont tes passions ?

    J’adore cuisiner dans un cadre relaxant. J’aime savourer ce que j’ai préparé mais aussi découvrir de nouvelles saveurs. J’aime aussi pêcher en eau profonde mais pas pour l’aspect sportif comme Ian Gillan qui lui est plutôt  un ‘chasseur de poissons’ (il rit). J’apprécie surtout les petites choses simples qui peuvent me relaxer. C’est important car la vie en tournée est plutôt intensive  et il est dés lors essentiel d’être à 100% mentalement et physiquement. En dehors de la scène, je suis plutôt quelqu’un de passif. Sinon, comme tout britannique qui se respecte, j’aime un club de football, Nottingham Forest, qui évolue en division 2 anglaise. Ce n’est pas une grande équipe mais quand vous êtes supporter c’est pour la vie !

    J’ai lu que vous aviez vos petites habitudes. En Belgique, vous descendez presque systématiquement dans le même hôtel à Bruxelles et il n’est pas rare de vous voir dans un bar cubain de cette même ville, où des quidams peuvent vous aborder…

    C’est vrai, c’est devenu une tradition de fréquenter l’établissement qui se trouve juste sur la Grand Place et ce club appelé « Havana » où d’excellents artistes jouent la nuit de la musique populaire cubaine, à deux minutes à pied de notre hôtel. Après un concert, je m’y arrête généralement avec Roger et Don pour profiter d’un instant musical, me relaxer et savourer quelques bières pendant une heure/une heure et demie. C’est le  genre d’endroit tranquille où l’on peut bavarder normalement. Ces moments-là vous permettent de décompresser après une journée intensive. Se produire sur scène devant des milliers de personnes est un plaisir mais le reste du temps vous devez voyager, répondre aux interviews et diverses sollicitations, respecter des timings serrés.

    Jean-Claude, le batteur du tribute band belge Fireball m’a confié qu’il était devenu batteur après avoir entendu ton groove sur In Rock et Machine Head. Lars Ulrich de Metallica a déclaré la même chose. Tu as probablement influencé plus de batteurs que n’importe qui d’autres mais tu restes très humble sur le sujet. 

    La musique est une passion pas une obsession. Je connais des batteurs qui sont obnubilés par la technique. Moi, je joue avant tout parce que cela me donne un plaisir énorme, et si en plus ma musique suscite de l’admiration chez les jeunes et les pousse à se perfectionner toujours davantage, c’est fantastique. 99% des individus ne parviennent à trouver le don qui est enfoui en eux. Si fortuitement, nous arrivons à provoquer une réaction, à éveiller leur imagination, c’est fabuleux Je n’ai pas commencé la batterie en me disant que j’allais devenir une rock star et entrer dans l’histoire. Tout le monde peut atteindre ces buts à condition de faire ressortir ce talent caché et d’accepter les moments de découragement. Pour en revenir à ta remarque, je suis évidemment très honoré d’avoir pu allumer la flamme de plusieurs batteurs connus ou moins connus. J’ai moi-même beaucoup écouté et copié Gene Krupa qui apparaît dans de nombreux films en noir et blanc hollywoodiens (Note : « Certains l’aiment chaud » de Billy Wilder, « Romance inachevée », « The Gene Krupa story »,…). En fait, je n’avais aucune envie de devenir batteur, je voulais juste être Krupa à l’âge de 12 ans. Le mouvement de ses bras m’impressionnait et captait toute mon attention. C’est son improvisation qui m'intéressait. J’ai commencé ma démarche artistique en analysant son style et sa technique, devant la télé assis dans le sofa de la maison. A 15 ans mon père m’a acheté mon premier kit de batterie et l’histoire a continué.

    En tant que citoyen anglais, que penses-tu du Brexit ?

    J’ai voté pour le maintien dans l’Union européenne. Ce qui est normal pour un musicien qui a l’habitude de voyager. Mais pour la majorité des britanniques, c’est différent. L’Angleterre n’est pas dans l’espace Schengen, nous devons donc toujours présenter notre passeport et l'euro n'est pas la devise adoptée par le Royaume-Uni. Mon sentiment personnel est que l’union économique et monétaire européenne est une idée fantastique malheureusement l’institution évolue vers le fédéralisme ce qui est une erreur. Il y a trop de cultures différentes en europe. Les politiciens de Bruxelles voient cela différemment, pour eux il faut d’abord être européen. Chaque pays doit régir ses propres lois, ses propres tribunaux et parfois même sa propre unité monétaire au regard des difficultés qui affectent la zone euro. Une partie importante des lois nationales résultent de décisions prises par un organe non élu, non représentatif du peuple. C’est ce qui a entraîné la victoire du camp du Brexit. La souveraineté de la représentation nationale britannique est sacrée dans l'esprit des Anglais. On n’a pas voulu quitter l’Europe, mais simplement reprendre le contrôle. Je crois en une Europe intègre mais pas en un état fédéral.  Nous ne sommes pas les Etats-Unis. Le citoyen américain se sent totalement américain, tandis que l’Européen se réclamera d’abord  de son État d’origine. 

     

    DEEP PURPLE : Infinite cover

    DEEP PURPLE

    InFinite

    EarMusic -Verycords

    Si vous avez craqué sur Now What ?!, il y a cinq ans, il en ira de même pour ce 20è album. Les vétérans britanniques montrent qu’ils en ont encore sous la pédale. On a droit tantôt à des choses surprenantes (« Johnny’s Band » dont le break est librement inspiré du célèbre « Louie Louie » des Kingsmen), tantôt à du Purple tout ce qu’il y a de plus classique (« Time For Bedlam ») ainsi qu’à des chansons matinées d’une influence jazz (« The Suprising »). Sans surprise, le travail des musiciens est mis en valeur par la production du sorcier Bob Ezrin. Lorsque Ian Gillan ouvre la bouche, les oreilles vibrent tandis que les claviers et guitares s’en donnent à cœur joie (« All I Got Is You », « Get Me Outta Of Here »). Enfin, le riff de « Birds Of Prey » est asséné avec une force phénoménale par le groupe soudé comme un seul homme. Un chef-d’œuvre ? N’anticipons pas, seul l’avenir confirmera si InFinite  est digne ou non des In Rock, Fireball ou Machine Head. Agrémentée d’un documentaire (From Here To inFinite), la version Deluxe témoigne de la période d’écriture de l’album et des sessions d’enregistrement. L’histoire de cet album a été habilement capturée dans le studio par les caméras de Craig Hooper (réalisateur). C’est touchant, amusant et grisant. Un constat s’impose, nos sexagénaires savent encore s’amuser. Demande-t-on autre chose à Deep Purple qui n’a plus rien à prouver ? [Ph. Saintes] 

     www.deeppurple.com/

     


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  • FRONTIERS MUSIC
    20 ans déjà !

    20 ans déjà que le label italien Frontiers nous distille ses pépites ; il était temps de célébrer l’évènement avec l’un des papas de l’entreprise… [Entretien avec Mario De Riso par Philippe Saintes ; traduit de l’anglais par Philippe Jawor]

    Frontiers logo

    Qu’est-ce qui vous a motivé à entré dans le music business, à l’origine ?
    Ce n’était pas vraiment une décision consciente. Après avoir obtenu mon diplôme de Droit, j’ai commencé à écrire dans un magazine qui s’appelait Metal Shock, le plus populaire d’Italie en ce qui concerne le Heavy Metal. Pour faire bref, c’est à peu près à la même période que Serafino lance Frontiers, à Naples. Le truc marrant, c’est qu’on vivait dans la même ville, mais qu’on ne se connaissait pas. Quand on a fini par se rencontrer, le courant est très vite passé : non seulement on aimait les mêmes artistes, mais en plus on s’entendait vraiment bien. 

    Serafino n’avait, comme moi, aucune expérience de ce business. C’était, comme moi, un fan de music frustré parce qu’il ne pouvait pas acheter la musique qu’il aimait. Dans les années 1990, le climat n’était pas propice au Rock mélodique… il fallait se lancer. 

    Quand est-ce que démarre officiellement l’aventure de Frontiers Records, dans ce cas ? Quel est le premier artiste que vous signez ?
    Frontiers voit le jour en 1996, quand Serafino décide, après une nuit blanche, de lancer une entreprise qui distribuerait des labels Rock qui ne trouvent pas de partenaire en Italie. Ça a commencé avec un petit label suédois, Westcoast Records, puis il y a eu MTM Music, Escape Music et Now & Then Records, qui était le principal partenaire quand Serafino a décidé de se lancer dans la création d’un label à part entière. On avait un deal avec eux : tous leurs artistes sortaient leur disque en Europe via Frontiers. À l’époque, c’était un bon deal, parce que ça nous permettait d’avoir un catalogue assez conséquent. Cependant, le premier groupe à signer sur Frontiers a été Drive, She Said, même si la première sortie était un album live de TEN, Never Say Goodbye. 

     Drive She Said

     Drive, She Said : le premier

    C’est quoi, ta journée-type ? Écouter de la musique de 8h30 à 19h30 non-stop ?
    Pas vraiment ! Je me lève à 7h30, j’emmène mon gamin à l’école, et j’arrive au bureau vers 10h. C’est un bon horaire : ça nous permet de discuter avec les labels japonais qui finissent leur journée de travail, et le soir, on travaille jusqu’à 19h00, ce qui nous permet de discuter avec Los Angeles. Je n’écoute pas BEAUCOUP de musique en dehors de ce que je suis obligé d’écouter (un artiste que l’on décide de signer, ou une sortie à venir, par exemple). En fait, j’écoute plus de la musique pour enfants à la maison – mon fils n’aime pas trop ce que j’essaie de lui mettre dans les oreilles ! (rires)

    Honnêtement, je DEVRAIS écouter plus de musique, ne serait-ce que pour me tenir au courant des tendances du marché, mais ça reste surtout un vœu pieu… 

    Quels sont les éléments qui vont te convaincre de signer un artiste ?
    Les chansons, l’attitude, l’envie de réussir, la personnalité, et le désir de travailler dans un environnement positif et énergique. 

    En moyenne, combien d’artistes signez-vous par an ?
    Pas mal. Comme on sort trois, quatre albums par mois, on peut aisément dire un chiffre compris entre 40 et 50 

    Vous acceptez les candidatures spontanées ?
    Bien sûr. Plusieurs groupes que nous avons signés ont commencé à nous envoyer un disque, qu’on a écouté et que nous avons accepté de sortir. 

    Quand vous signez un groupe, vous impliquez-vous souvent dans le choix d’un producteur, ou vous préférez un groupe qui va avoir un nom en tête, que vous allez essayer de contacter ensuite ?
    Ça dépend de plusieurs facteurs (parmi lesquels le temps que l’on a à notre disposition, notre confiance en les capacités de tel ou tel producteur…) et tout peut arriver. Il n’y a pas de recette standard, pour l’enregistrement d’un disque. 

    Le fait que des groupes comme Whitesnake, Yes, Journey, Chicago, Def Leppard, Uriah Heep, Heart ou Toto soient chez Frontiers vous a offert une reconnaissance mondiale ; c’est une satisfaction personnelle ?
    Évidemment. Mais désormais, le palier à franchir est d’être aussi reconnu pour les nouveaux groupes que nous lançons. 

    Frontiers a aussi « réhabilité » de nombreux groupes qui ont connu le succès dans les 70’s et les 80’s. Certains ont même fait un come-back fantastique (Asia, Stryper, Mr. Big, Winger,… ) parce que vous avez cru en eux…
    On avait cette idée dès le départ. Pour Winger, ça nous a pris beaucoup de temps, mais nous sommes heureux que Kip ait décidé de réunir le groupe, surtout qu’ils ont sorti de bons titres après cette reformation. 

    Winger

    Winger : come-back réussit

    Quels ont été les cinq plus gros succès du label ? Qui aimeriez-vous signer désormais ?
    Les plus gros succès sont probablement les albums de Toto, Whitesnake, Journey (surtout Revelation), le Viva Hysteria de Def Leppard… plus l’album de la reformation d’Asia, et l’album de Boston, probablement au même niveau. Le Long Wave de Jeff Lynne a également eu beaucoup de succès. Qui nous voulons signer ? Les prochains AC/DC, Led Zeppelin, Journey, Whitesnake et Iron Maiden !  

    Le retour du vinyle offre une seconde vie aux disquaires ; penses-tu que le CD a un futur ?
    Bien sûr. Le format physique ne mourra jamais. Ça deviendra peut-être un produit de niche, vendu aux concerts ou en ligne, mais je ne pense pas qu’il disparaîtra. Les vinyles sont très chers à fabriquer ; c’est un business difficile. 

    Aujourd’hui, les radios et les télés ne diffusent plus que de la musique commerciale ; votre travail avec eux doit être plus difficile…
    Il y a d’autres moyens de promouvoir la musique. Internet a ouvert pas mal de portes, on essaie d’exploiter ces possibilités du mieux qu’on peut. 

    Tu as récemment appelé au boycott de certains sites après qu’un album ait leaké avant sa sortie ; penses-tu qu’il faut des mesures pour bloquer ce genre de sites ?
    C’est compliqué. Pour être honnête, je pense – et je vais le dire comme je le pense – que les fournisseurs d’accès ont vendu de la bande passante et de la vitesse de connexion sur notre dos. En d’autres termes, ce n’était pas dans leur intérêt de freiner le piratage, puisque chaque gamin des années 2000 a tanné ses parents pour avoir une connexion à la maison et télécharger gratuitement des films et de la musique.

    Le Stream n’est probablement pas la meilleure solution au problème, mais c’en est une. Pour l’instant, les gens estiment que c’est trop cher. Ça va prendre un peu de temps. Au début, ils ne comprenaient pas pourquoi payer pour des chaînes de télé en plus, mais ils s’y sont fait ; un jour ou l’autre ils comprendront le potentiel d’Apple Music, Spotify ou Deezer. 

    Ce que je trouve très gênant, c’est qu’en 2016, tous les labels sortent trois ou quatre singles (souvent avec des clips, qui coûtent de l’argent) avant la sortie de l’album. Même s’il est possible d’écouter l’album gratuitement à sa sortie, il y a quand même des gens qui ressentent le besoin de VOLER de la musique avant sa sortie ! Pourquoi ? Pour faire plaisir aux fans ? Non ! Ils vendent de la pub sur leur site, et se font de l’argent sur le dos des labels, des artistes, et de tous ceux qui essaient de maintenir ce business en vie. Il faudrait que les gens ouvrent les yeux et tournent le dos à ce genre de « services ». Pour moi, c’est totalement injustifiable quand on peut écouter quelque chose gratuitement et légalement avec les plate-formes de streaming. 

    Frontiers a désormais son propre festival, en Italie. Existe-t-il une possibilité  de le voir s’exporter ailleurs ? 

    On en parle beaucoup. Exporter ce concept est quelque chose que nous avons en tête, mais pouvoir le faire est une toute autre histoire. On a besoin de partenaires fiables, et l’aspect financier est à ne pas négliger non plus : jusqu’à maintenant, ces événements ne génèrent pas de bénéfices. C’est difficile : avec tous les festivals qu’il y a, les fans sont toujours plus exigeants. Par contre, on pourrait réfléchir à l’idée de plusieurs artistes Frontiers qui tourneraient ensemble ; ça, c’est quelque chose qu’on essaie de mettre en place. 

    Qu’est-ce qu’il vous reste à accomplir ? 

    Coller un sourire à chaque fan de rock pour chaque centime que l’on dépense sur une sortie Frontiers !

    Toto

    Toto : la plus grosse vente


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  • KEE MARCELLO

     Voodoo Child

    Première constatation, Kee Marcello méritait bien plus que cet emploi de simple figurant que lui proposait Joey Tempest au sein d'Europe, après le départ de John Norum en ’86. Ceux qui connaissent les albums Out Of This World et Prisoners in Paradise mais aussi son travail au sein d’Easy Action, le savaient probablement déjà. Le  globe-trotteur suédois nous dévoile tous les secrets de son dernier album mais aussi sa passion pour la mythologie vaudou. [Entretien avec Kee Marcello (chant-guitare) par Philippe Saintes – photos : Kathleen Devai]

                                                                     KEE MARCELLO : live 2016

     

    Kee, peu de gens s’attendaient à un album aussi impressionnant.

    J’ai énormément tourné au cours des deux dernières décennies avec mon groupe, dans des stades, des festivals ou des clubs. Cela faisait un petit moment que je souhaitais sortir un album comme celui-là. J’ai voulu revenir à une écriture intuitive en m’attaquant directement à l’essentiel, sans effets ou samples et le clinquant ou le surcroît d'arrangements. Le son devait être immédiatement reconnaissable. Après avoir collaboré avec Percy Sledge sur son dernier album Shining Through The Rain et offert le tube « Bang Bang Boom » au groupe canadienThe Moffatts,  je souhaitais  revenir à quelque chose de plus organique, à un son vintage avec de vrais instruments, bref je voulais être moi-même sur ce disque. J’ai rapidement pris contact avec les gens de Frontiers, le meilleur label pour ce type de musique. Scaling Up est un peu plus roots que Judas Kiss (2013).

    On trouve quelques morceaux massifs, je pense à « Black Hole Star » et « Blow By Blow ».

    Je suis passionné par les chevaux, et le riff de « Black Hole Star » a surgi de lui-même pendant un concours d’attelage. Le tempo est le reflet de cette course, rapide et intense. Il n’est pas nécessaire d’avoir entre les mains un instrument pour jouer le riff de « Blow By Blow ». Il suffit d’utiliser son organe vocal (il chante l’intro). Cela me fait penser à l’inusable « Smoke On The Water » dont le célèbre riff est facile à entonner.  Pour cet album, je me suis assis et j’ai simplement laissé mes doigts caresser ma guitare. Le refrain de « Don’t Miss You Much » a été composé avec une guitare acoustique. Sur « Fix Me », morceau créé à partir d’un synthétiseur, j’ai ajouté un riff entraînant dans le genre Aerosmith que j’avais dans la tête pour un autre titre. Je suis très satisfait du résultat. J’ai joué à l’inspiration, et le résultat ne s’est pas fait attendre. Il y a un vrai esprit de fantaisie sur ce disque. « Good Man Gone Bad » en est un parfait exemple par son côté hendrixien. J’avais enregistré une ébauche sur mon iPhone, dans un hall d’aéroport. Le solo est un clin d’œil à une de mes idoles, le saxophoniste John Coltrane. Il y a plusieurs changements de tonalité au cours du solo, façon jazz. J’aime changer de modulation. Cela s’entend également sur l’outro de « Blow By Blow ».

    As-tu enregistré toutes les parties de guitares ?

    Oui, les solos et les rythmiques, excepté sur « Good Man Gone Bad » où je partage le solo avec Mattias Eklundh (Freak Kitchen). Nous avons un jeu totalement différent mais cette opposition de style apporte une touche d’originalité, une combinaison harmonieuse.

    Quelles sont les guitares que tu as utilisées pour cet album ? 

    Je reste attaché à la Gibson Les Paul. J’aime le son qu’elle délivre. Je joue les parties électriques sur deux modèles Custom, en noir et « tobacco sunburst », équipés du nouveau système True Temperament qui amène une variante au niveau de la position des frets. Pour l’amplification, je mets des micros Lundgren qui sont les meilleurs au monde. Le Heaven 57 est vraiment extraordinaire. Selon moi il n’y a rien de mieux qu’une Les Paul branchée dans une tête Marshall JVM405.  J’utilise aussi un ampli à modélisation Vox.

    Scaling Up propose aussi des titres très « classic rock ». Sur « Soldier Down » on perçoit l’influence Deep Purple et Rainbow…

    C’est vrai. J’ai grandi en écoutant Deep Purple, je suis un vrai fan ! Il y a deux ans, j’ai eu la chance de jouer avec Ian Paice, Roger Glover et Don Airey à Cagliari, en Sardaigne, lors d’un concert de charité. Le manager de Deep  Purple m’avait appelé la veille pour me proposer de remplacer au pied levé le chanteur Doogy White (ex-Rainbow, Yngwie Malmsteen).  Je devais être à la fois Ian Gillan et Ritchie Blackmore sur scène. Tu peux imaginer ma surprise.  Ritchie Blackmore est la personne qui m'a donné envie de faire ce métier. J’ai répondu spontanément, « Putain, bien sûr que je vais le faire » (rires). J’ai répété toute la nuit car je n’avais jamais chanté les morceaux du groupe auparavant. J’ai donc interprété devant 10.000 personnes « Maybe I’m A Leo », « Highway Star », « Black Night » et « Smoke On The Water », accompagné de mes idoles.  Ce fut une soirée magique ! 

    Kee Marcello live 2016 BW

     

    Tu as dépoussiéré deux démos d'Europe, période 1988-1989.  Les versions originales de « Wild Child » et « Don't Know How to Love No More » n’étaient jamais sorties officiellement.

    Nous avons joué pour la première fois ces titres en public lors d’un concert au Whisky a Go Go (Los Angeles), sous le nom de 'Le Baron Boys' . Il s’agit des outtakes (titres non publiés) de Prisoners in Paradise. Le label Epic, la filiale de Sony aux Etats-Unis, ne pensait qu’en terme de stratégie marketing et se foutait royalement de la musique d’Europe. Cela a altéré nos relations. Lorsque nous avons rencontré les responsables du siège américains pour leur dire que l’on souhaitait une orientation plus direct sur le nouvel album, ceux-ci nous ont répondu : « Carrie » est votre plus grand succès ici. C’est une ballade, on en veut davantage de chansons comme ça. » J’avais envie de leur dire d’aller se faire voir mais le groupe était lié contractuellement et nous étions dans l’obligation de sortir un disque. Ils nous tenaient par les c…. On ne pouvait pas se permettre de perdre des dizaines de millions de dollars dans un procès en refusant tout compromis surtout que nous étions en pleine tournée mondiale. Plusieurs morceaux nettement plus rock sont restés à l’état de démos. Remettre ces deux titres au goût du jour me trottait dans la tête depuis un certain temps. J’ai imaginé le riff et la mélodie tandis que Joey (Tempest) a apporté sa partie, comme pour « Yesterday’s New », titre bonus de l’album Prisonners in Paradise. En fait, j’avais pas mal composé backstage pendant la tournée Out Of This World. Lorsque nous sommes rentrés en studio pour l’enregistrement de Prisonners, j’ai amené de nombreuses idées.

    As-tu gardé des contacts avec  les membres d’Europe ?

    Non, pas vraiment. Je revois de temps en temps Ian (Haugland), mais notre dernière rencontre date de deux ans déjà. Nous sommes restés bons amis. C’est un chouette gars. Il est DJ pour une radio classic rock (Rockkklassiker) à Stockholm. Lorsque je suis de passage dans les studios de cette station, on se croise chaque fois. Je tiens à préciser que j’ai eu les autorisations pour reprendre « Wild Child » et « Don’t Have To Love No More » sur mon album. Il n’y a pas de problème avec les membres d’Europe, tout le monde est content avec cela. J’adore ces deux chansons, mais je les considère surtout comme des titres bonus. Le reste du matériel figurant sur Scaling Up est vraiment différent.    

    Tu as pas mal bourlingué durant ta carrière mais ton cœur est resté en Suède comme l’indique le morceau « Scandinavia » .

    En effet, ce morceau parle du mal du pays. J’ai habité un temps à Los Angeles mais malgré le soleil ce n’était pas le paradis et j’ai senti le besoin de rentrer. Le retour aux sources, c’est aussi le thème général de l’album.

    Quels sont les nouveaux morceaux que tu comptes jouer en public ?

    Nous avons effectué une mini-tournée au Royaume Uni avant la sortie de l’album. Pour des raisons de droit, on a juste interprété deux titres : « Soldier Down » et « Scaling Up ».  Ça me plairait de jouer Scaling Up dans son  intégralité mais je vais devoir choisir avec le cœur. Deux soirées sont programmées pour le lancement du CD, à Göteborg et à Stockholm. On en discutera ensemble avec les musiciens. Je pense toutefois que l’on va jouer 7 ou 8 nouveaux morceaux sur la tournée.  

    Kee Marcello band

    Peux-tu nous présenter les musiciens qui t’accompagnent sur l’album et sur la tournée ?

    Ken Sandin (basse) est mon bras droit depuis 2004. Il est arrivé après la réalisation de Melon Demon Divine. Il y a une vraie complicité entre nous. Plusieurs batteurs se sont succédés au sein du Kee Marcello Band (Mike Terrana, Paul White, Snowy Show, Magnus Persson,…) durant toutes ces années, malheureusement cela n’a pas toujours fonctionné sur le plan humain. Darby Todd est mon nouvel acolyte. C’est un excellent batteur. Son association avec Gary Moore, Robben Ford, Robert Plant et The Darkness, démontre qu’il peut jouer différents styles musicaux. Travailler avec Ken et Darby ne demande aucun effort. On délire et l'on passe des moments forts ensemble. 

    Cela fait très longtemps qu’on ne t’a pas vu en France. C’est prévu pour bientôt ?

    Absolument. J’espère faire quelques dates en France, au Benelux et en Grande Bretagne en mars ou en avril. On va d’abord se rendre en Norvège, au Danemark et en Finlande pour jouer devant 5.000 à 10.000 personnes chaque soir. Ensuite, il y aura la Suède et les îles Féroé. La tournée passera non seulement par l’Europe mais aussi l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, l’Asie et l’Océanie. Le but du groupe est de tourner le plus possible avec ce nouvel album. 

    Pourquoi avoir appelé ce disque Scaling Up ?

    J’ai discuté avec des collègues de la « mort » du circuit. Beaucoup ont parlé d’arrêter, de donner un concert d’adieu car ils ne se retrouvaient pas dans le formatage commercial et le déclin de l’industrie musicale. Certains ont jeté l’éponge depuis mais pas moi.  Au contraire, j’en veux encore plus, more, more, more (rires). Pas question de baisser les bras, d’où le titre Scaling Up (littéralement « s’élever »).  Je reste optimiste. Les ventes d'albums CD ont augmenté, le vinyle enregistre une hausse impressionnante de même que le streaming dont les revenus dépassent désormais en pourcentage ceux des téléchargements. Les experts qui annoncent régulièrement  la mort du support physique peuvent revoir leur copie. Pour moi, les sites pirates sont voués à disparaître. C’est juste une question de temps et le plutôt sera le mieux.

    Quelle est l’histoire derrière la pochette de cet album ?

    J’avais imaginé quelqu’un grimpant sur une échelle pour illustrer le titre Scaling up (littéralement : à grande échelle). J’ai suggéré au graphiste de mettre le personnage « Papa Legba ». C’est un vaudou, le gardien entre le monde humain et celui des morts. Il est le dieu de la réflexion et des croisements. J’ai été impacté par cette culture lors d’un séjour dans les îles Turks-et-Caïcos (Antilles Britanniques) dans les années ‘90. J’ai aussi des amis dans la communauté haïtienne où le vaudou est un mythe très populaire. J’adore « Papa Legba ». Dans le film Crossroads il apparaît comme le Diable alors qu’au contraire c’est un esprit plutôt bienveillant. C’est lui qui monte sur cette échelle en pointant sa canne vers le ciel. L'atmosphère oppressante qui se dégage de la pochette est un avertissement. Voilà ce qui  nous attend si on ne fait pas attention au risque que le changement climatique nous fait courir. Les  conséquences seront irréversibles.

    N’as-tu jamais été tenté de publier ton autobiographie Rockstjärnan Gud Glömde (« la rock star oubliée de Dieu ») dans la langue de Shakespeare ?

    Une version anglaise était prévue à l’origine mais jusqu’ici personne n’a été capable de traduire correctement l’ouvrage qui a été publié en dialecte de la région de Stockholm avec des citations sex, drugs and rock'n'roll propres à l’industrie musicale. C’est la raison pour laquelle ce mémoire est devenu un best-seller en Suède. Trois personnes ont travaillé sur la traduction mais elles n’ont pas su restituer correctement la saveur du livre. J’envisage donc d’écrire moi-même le texte en anglais en ajoutant de nouveaux chapitres car la 1ère édition date tout de même de 2011. J’y travaille mais pour le moment je n’ai pas beaucoup de temps libres.

    Envisages-tu de rééditer le second album d’Easy Action, That Makes One ? Actuellement, il est mis en vente à…200 euros sur amazon !

    C’est totalement insensé, je sais. Je ne suis pas le raisonnement de ces vendeurs ni comment ils font pour « fourguer » leurs marchandises. J’ai contacté la maison de disque Warner il y a 6 ou 8 ans, mais celle-ci ne souhaitait pas me céder les droits de propriété. Aujourd’hui des versions pirates circulent, principalement en Asie. Je devrais demander à mon avocat d’entamer les démarches pour récupérer les droits et ainsi pouvoir utiliser les chansons comme bon me  semble à l’avenir. Je garde d’excellents contacts avec les membres d’Easy Action. Ressortir That Makes One permettrait surtout de faire dégringoler le prix exorbitant demandé pour cet album sur amazon (rires).

    J’ai entendu dire que tu n’étais pas satisfait de ta participation au morceau « Elephant Man » qui figure sur l’album hommage à Eric Carr (Kiss), Unfinished business ?

    J’ai accepté de participer à ce projet pour honorer la mémoire d’Eric mais le résultat est décevant, il faut bien l’avouer. Je suis d’ailleurs très fâché. J’avais enregistré toutes les guitares d’Elephant Man mais le producteur a décidé de remplacer le solo et la guitare rythmique sans m’en parler. Seule la partie acoustique a été conservée. Cette version est de la merde ! Ce n’est vraiment pas honnête car mon nom apparaît sur le disque et les fans ont réellement crû que je jouais dessus alors que cet enregistrement est une daube. Eric méritait beaucoup mieux. Je regrette de ne pas avoir pu enregistrer ce morceau avec lui, cela aurait été un truc énorme. 

    KEE MARCELLO : Scaling Up - cover

     KEE MARCELLO

    Scaling Up

    Frontiers / Harmonia Mundi

    Nous avions eu un aperçu des qualités de Kee Marcello lors de son passage au sein d’Easy Action et surtout  du groupe Europe entre 1986 et 1992 mais personne ou presque n’attendait le guitariste à pareille fête, 24 ans après son départ de la navette européenne. Il a d’ailleurs exhumé de ses archives deux inédits des sessions de Prisoners In Paradise : « Wild Child » et « Don’t How To Love No More ». Le reste de l’album est tout simplement brillant, du haut de gamme même. Un cocktail à la fois étonnant et détonnant qui emprunte de-ci, de-là à Van Halen (« Fix Me »), Deep Purple (« Soldier Down ») ou Aerosmith (« Scaling Up »). Armé se sa Gibson Les Paul, cet habile six-cordiste nous envoie dans la galaxie du bonheur. Scaling Up cache bien des surprises, avec notamment des titres heavy (« Black Hole Star », « Blow By Blow ») qui mettent en avant les qualités indéniables du Scandinave. Les solos sont exécutés avec beaucoup de feeling. En cela, Kee se situe dans la lignée d’un Gary Moore ou d’un Eddie Van Halen. C’est aussi un vocaliste hors pair. Dès lors, rien ne manque pour vous faire complètement craquer et surtout l’émotion reste intacte après plusieurs écoutes.

    [Ph. Saintes]   

     


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  • GLENN HUGHES

    Goldsinger

     

    L’illustre bassiste/chanteur n’est pas surnommé pour rien « The Voice of Rock ». Ceux qui le verront prochainement sur scène (la tournée européenne vient malheureusement d'être annulée), pourront en témoigner. En attendant, cette voix en or sort un nouvel album solo ou plutôt un nouveau chef d’œuvre. [Entretien avec Glenn Hughes (basse-chant) par Philippe Saintes -  photos : Arnie Goodmann et Georgina Cates ]


    GLENN HUGHES : Live

     

    Ce qui frappe après avoir écouté Resonate, c’est son côté puissant et énergique…

    Absolument. La variété de style est toujours là, mais je sentais que je voulais plus d’énergie et qu’elle était au fond de moi-même. C’est un disque puissant.  Le riff de « God of Money », par exemple est très sombre. On peut également  entendre dans le son de ma voix une forme de colère.  Je deviens un acteur dès que je me retrouve derrière un micro ou dans un studio d’enregistrement. J’aime me transporter dans mes chansons. Je suis convaincu que les fans réagiront positivement. Ils retrouveront les émotions que procurent la musique soul, le blues et bien entendu le rock dur.  A l’exception de « Steady » un titre prévu à l’origine pour l’album du groupe California Breed (2012), toutes les chansons ont été composées au printemps dernier.

    Tu as traversé les décennies avec des fortunes diverses mais ta voix ne cesse de se bonifier. Quel est le secret ?

    Je me repose beaucoup, je fais régulièrement des exercices de réchauffement des cordes vocales et je bois beaucoup d’eau. Maîtriser sa respiration au chant est essentiel. Je chante avec mon diaphragme et non de la gorge. Un examen récent a montré que mes poumons étaient solides.

    « Toujours plus bruyant, toujours plus fort, toujours plus loin », pourrait être ta devise. Tu es apparu  en grande en forme lors des derniers concerts !

    C’est vrai. Tout simplement parce que je suis en paix avec moi-même. Je suis devenu plus zen. J’essaie de me surveiller constamment, un peu comme si je faisais un régime. La méditation m’aide beaucoup. C’est un excellent exercice pour évacuer le stress et retrouver son énergie. Cela m’a d’ailleurs permis de guérir plus facilement et rapidement après avoir été opéré des genoux il y a onze mois. Aujourd’hui je suis en pleine forme, c’est extraordinaire ! 

    GLENN HUGHES : promo

     

    Tu as souvent pris en tournée des musiciens scandinaves, les gars de Europe, JJ Marsh et aujourd’hui Søren Andersen (guitare) et le fidèle Pontus Egborg (batterie)…

    C’est fou, n’est-ce pas ? J’ai habité à Stockholm dans les années ’90 et passé beaucoup de temps à Copenhague. Des affinités se sont formées avec des musiciens locaux au cours de ces différents séjours. J’ai fait le tour du monde, c’est donc effectivement étonnant d’avoir enregistré et tourné pendant tant d’années avec autant d’artistes nordiques. C’est aussi une chance. J’ai pris beaucoup de plaisir à travailler avec toutes les personnes que tu viens de citer.  J’ai rencontré Søren pour la première fois lors d’une convention NAMM (salon de la musique) à Los Angeles, il y a 12 ans. Le courant est vraiment passé à 100% de chaque côté. C’est vraiment un excellent guitariste, compositeur et producteur. L’album a d’ailleurs été enregistré et mixé dans son studio à Copenhague.

    Søren qui te décrit comme a Black man in a White body (« un noir dans un corps de blanc »)…

    Si Søren le dit (il rit) !

    Cette fois encore Chad Smith (Red Hot Chili Peppers) est de la partie…

    Chad et mois sommes très proches. Je suis le parrain de l’un de ses enfants. Lorsque l’on finalise l’écriture des chansons, je sollicite son avis, car il me pousse dans mes derniers retranchements. C’est donc tout naturellement qu’il a accepté de jouer sur Resonate.    

    Un nouvel album du supergroupe Black Country Communion est annoncé en 2017. Joe Bonamassa et toi sembliez pourtant en froid. Qui a fait le premier pas ?

    Joe m’a contacté au mois d ’avril. Lors d’un dîner passionnant et constructif, nous avons décidé de travailler à nouveau ensemble. Joe est souvent passé à la maison ces derniers mois pour écrire de nouveaux morceaux.  Ce sera un disque de rock. Jason (Bonham), Derek (Sherinan) et Kevin Shirley (producteur) sont évidemment de la partie. Le travail de production débute en janvier. Il n’est pas certain que nous entamions une tournée avant l’été prochain compte tenu de mon agenda très serré avec la sortie de Resonate et la réalisation d’un documentaire sur mes tribulations à Jakarta en 1975 (Note : décès de son garde du corps) après un concert avec Deep Purple. Le programme de Joe en 2017 est aussi bien rempli.    

    En parlant de Deep Purple, tu as fait ton entrée au célèbre Rock & Roll Hall of Fame. Pourtant, David Coverdale et toi avez été mis à l’écart pendant la performance live. C’est une déception ?  

    Mon ami David trouvait sympa l’idée de jouer avec Purple. Je lui ai répondu qu’il y avait peu de chance que cela se fasse car je voyais mal Ian Gillan partager le micro. Nous n’avons effectivement pas été autorisés à rejoindre le groupe pendant son tour de chant.  Ce n’est pas grave, je n’ai pas de liens particuliers avec les membres actuels. Le plus important, c’est d’être entré au panthéon du rock. Nous nous sommes bien amusés. David et moi avons d’ailleurs clôturé le gala avec les musiciens de Cheap Trick. Je suis désormais l’ambassadeur du Rock & Roll Hall of Fame. 

    GLENN HUGHES : Live

    On parle beaucoup d’une reformation de Hughes/Thrall pour donner suite au légendaire album éponyme…

    Retourner en studio pour enregistrer un nouvel album reste envisageable. Pat (Thrall) m’a rejoint sur scène, il y a trois mois à Las Vegas. C’était fantastique. Nous sommes toujours bons amis. Je garde d’ailleurs un excellent souvenir de notre première collaboration. Hughes/Thrall est considéré par la critique comme l’un des meilleurs albums de hard mélodique. Pat est un surdoué. Il a manqué ses rendez-vous avec la gloire, mais son talent est incontestable.

    Et en dehors de la musique, quelles sont tes passions ?

    J’adore aller dans mon jardin pour planter de nouvelles choses. C’est devenu un véritable hobby. Et puis, je suis un fan de foot. Robbie Keane, le capitaine des Los Angeles Galaxy, est un ami intime. J'ai beaucoup de considération pour le ballon rond. (Note : les noms de Glenn et de Keane ont été liés au possible rachat de Wolverhampton, club de deuxième division anglaise).

    En tant que citoyen britannique résidant à Los Angeles, comment analyses-tu la campagne présidentielle aux States ?

    Donald Trump a ébranlé les codes de comportement politique en faisant sortir de nombreux démons et Hilary est critiquée pour la légèreté avec laquelle elle a géré un serveur de messagerie privé. Les deux candidats sont au cœur des polémiques. Ce qui m’intéresse avant tout c’est l’avenir de notre planète. Les sujets essentiels comme le changement climatique, la lutte contre la drogue, les abus à l’égard des enfants et la pauvreté sont rapidement passés au second plan.  J’espère sincèrement que la nouvelle administration sera à la hauteur des vrais enjeux mais j’appréhende tout particulièrement le jour du scrutin.

    GLENN HUGHES : Resonate

    GLENN HUGHES

    Resonate

    Frontiers / Harmonia Mundi 

    Huit ans, c’est ce qu’il aura fallu à Glenn Hughes pour sortir un nouvel album solo. Impliqué dans divers projets, « The Voice of Rock » revient cette fois aux sources et à ses vraies passions musicales. Resonate, coproduit avec  le guitariste Søren Andersen, propose douze morceaux teintés de rock, de soul, de Rhythm 'n Blues et de funk. Outre son potentiel vocal, ce vieux Glenn ne laisse pas indifférent par ses qualités de quatre cordiste. Il y a du groove dans chacune des chansons de l’album. La formule guitare-basse-batterie-orgue Hammond fonctionne d’ailleurs à merveille. En invité de marque, on note la présence de Chad Smith (Red Hot Chili Pepper) derrière les fûts sur deux morceaux (« Heavy » et « Long Time Gone »). Enveloppé dans une production carrée, nette et sans bavure, Resonate transpire du sillon sur des compositions de grande intensité (« Flow », « Let It Shine », « How Long »,…) que la voix de ce grand rocker met irréprochablement en valeur. Ça envoie, ça dégage, ça dépote…La preuve que l’artiste arrive encore, à 64 ans, à nous donner des frissons. Il signe en tout cas un album qui comblera tous les amateurs de bonne musique. [Ph. Saintes] 

     


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  •   MICHAEL SWEET

    Le Missionnaire


    Tandis que Stryper s’apprête à fêter le 30ème anniversaire de l’album To Hell With The Devil, son chef de file sort un septième effort solo où il fait ressurgir des tréfonds de son âme généreuse le flot de ses influences et les a laissé déteindre. One Sided War est chargé de paroles à propos de Jésus et la foi en Dieu, mais également des défaillances de la société moderne. [Entretien avec Michael Sweet  (guitare-chant) par Philippe Saintes ]

    MICHAEL SWEET:


    Michael, quel est le message derrière le titre « One Sided War » ?

     

    Le message est simple et direct : aimons-nous les uns les autres et arrêtons de nous battre pour des futilités. Tu as pu le constater, les réseaux dits sociaux sont inondés de messages haineux. Beaucoup de gens ont déjà été victimes d’une agression ou d’une méchanceté en ligne. Facebook, Twitter et les autres sont si puissants que leur utilisation est parfois dangereuse. Ils sont un moyen très facile pour harceler, anonymement ou pas, sans ressentir d’empathie puisque l’impact direct sur la personne visée n’est pas visible derrière un écran. C’est une guerre unilatérale (One Sided War).

    A une époque où les discours de haine ont tendance à fleurir, je m’efforce de faire passer un message positif. L'amour c'est comme Dieu, il suffit d'y croire pour qu'il existe! 


    Est-ce toi qui incarne le Christ sur la pochette de l’album ?

     

    Beaucoup le pense en effet mais ce n’est pas moi. Je n’ai pas la prétention de représenter Jésus, jamais !


    Quelles sont les guitares que tu as utilisées pour cet album ?


    Une PRS Custom 24 et une Washburn ainsi que d'autres guitares que les gens ne sont pas habitués à m'entendre jouer : Fender et Gibson. J'ai effectué quelques solos et toutes les parties rythmiques.

     

    Tu as un don pour découvrir de jeunes artistes qui ont un réel talent. Il y a eu Gabbie Rae, Electra Mustaine et maintenant Moriah Formica (16 ans). Comment s’est passée cette dernière rencontre ?

    Moriah est incroyable. Elle a assuré la première partie de l’un de mes concerts et j’ai été bluffé  par sa performance vocale. Cette collaboration est en fait une idée de mon épouse, Lisa. Cela coulait de source. Nous avons enregistré ensemble deux titres : « Can't Take This Life » pour One Sided War et « Bring It On » pour son propre album. Cette fille chante du Pat Benatar, Heart, Skid Row, Halestorm ou Evanescence avec une facilité déconcertante. Moriah est dotée d’une voix très puissante. De plus, elle écrit ses propres chansons et joue de la guitare solo. C’est une future  star.

     

    Avec au moins deux albums par an, soit en solo, avec Stryper ou d’autres artistes, tu es un accro du travail. T’arrive-t-il de te reposer ?


    En fait, je dors avec les yeux ouverts (rires). Je travaille beaucoup car il viendra un moment où la flamme va se consumer. Je rentre en studio avec Stryper en février pour la réalisation d’un nouvel album qui devrait être terminé au printemps. L’album acoustique est déjà en boîte mais aucune date n’a été fixée concernant sa sortie. Ensuite, je suis censé enregistrer le second album de Sweet-Lynch. Suivront alors plusieurs concerts avec Stryper qui reste ma priorité. Fin 2017 ou début 2018, je m’attaquerai à la réalisation d’un disque en compagnie de mon ami Joel Hoekstra  (Whitenake). Il y aura aussi la réalisation d’un nouvel album solo. Par ailleurs, j’ai pris contact  avec Frank DiMino (Angel) car j’ai la volonté de collaborer avec lui prochainement. Je suis certain que nous pouvons réaliser un disque exceptionnel, sans ego mal placé. Pour être complet, un nouvel album de T&N est en négociation. George (Lynch) et Jeff (Pilson) m’ont demandé d’être le chanteur du groupe  mais tout dépendra surtout de l’agenda de Jeff. Il fait partie de Foreigner, et son programme est très chargé.  Bon, je ne sais pas si tous cela  est réaliste. Je ne veux surtout pas précipiter les choses au détriment de la qualité. Je veux le  meilleur du meilleur pour ces différents projets. Il y a tellement d’idées dans ma tête pour l’instant. Lorsqu’une opportunité se présente, je saute dessus car dans quelques années je ne pourrais plus faire tout cela.

     

    Michael Sweet


    Le dernier album de Stryper, Fallen, contient un morceau d’anthologie, « Yahweh » qui est inspiré de la bible et ouvre désormais chacun de vos concerts. Le groupe excelle dans ce long morceau épique. 


    Nous ne sommes pas un groupe de heavy metal rock progressif, mais nous adorons des groupes comme Iron Maiden, Judas Priest, et c’est notre façon de le montrer et de revenir à nos racines. Pour nos fans la marque de fabrique du son de Stryper, ce sont nos deux premiers albums Yellow Black Attack et Soldiers Under Command  car certaines chansons contenaient  différentes parties avec des éléments techniques, des arrangements variés, une structure complexe, alambiquée. Nous sommes passé à quelque chose de plus radiophonique, de plus direct sur l’album To Hell With The Devil. Avec Fallen, nous sommes revenus à quelque chose de plus sophistiqué. Il n’y a pas véritablement de colonne vertébrale  sur un titre comme « Yahweh ». Il se divise en trois sections musicales distinctes. Trois morceaux en un en quelque sorte. C’est un titre puissant. Clint Lowery, du groupe  Sevendust, m’a proposé un riff de guitare qui était énorme. J’ai adoré et à partir de celui-ci, j’ai composé le morceau « Yahweh ».


    Fallen représente probablement ce que Stryper a sorti de plus abouti jusqu’à présent. Tes textes sont très engagés. « Big Screen Lies » parle d’une relation historiquement « tendue » entre la machine libérale de Hollywood et les Chrétiens.


    C’est vrai. Dans de nombreux films les croyants sont plongés dans des situations ridicules. Ils sont présentés comme odieux, alcooliques, violents, pervers, fanatiques ou meurtriers. C’est une forme de subversion. Peut-on rire de tout ? On a le droit d’avoir des opinions politiquement incorrectes sur tel ou tel sujet. Mais je pense aussi qu’il doit y avoir une limite. Si l’offense ne tue pas, cela ne veut pas dire qu’elle est une vertu et que l’on doive la subir sans rien dire.


    2016 marque le 30èe anniversaire de l’album To Hell With The Devil. Stryper va donner une série de dates aux States avec les costumes Yellow/Black et la scène de l’époque. Comptez-vous aussi tourner en Europe avec ce Show ?


    Ce sera une grande tournée qui débutera à la fin du mois aux Etats-Unis. Nous serons aussi sur scène en Europe l'année prochaine, enfin je l'espère, car avec les organisateurs de concerts chez vous ce n'est pas gagné d'avance.


     

     MICHAEL SWEET : One Sided War

      

    STRYPER 

     

    One Sided War

     

    Rat Pack Records

     

    Le chanteur-guitariste de Stryper, propose un bel engin chromé, énergique et puissant.  Michael Sweet (53 ans) n’a pas oublié que les vitamines étaient indispensables  à la musique et plus particulièrement au hard, fut-il mélodique. Dans la lignée des deux derniers brûlots enregistrés avec Stryper, One Sided War, est convaincant à plus d’un titre : de la production à la composition en passant par quelques prouesses techniques (au niveau guitare s’entend). Cet album renferme une quantité de hits potentiels assez impressionnante. Parmi les musiciens, on note la présence de Joel Hoekstra (Whitesnake, ex-Night Ranger)) qui décoche des solos savoureux sur trois titres et celle d’Ethan Brosh, dont on admire l’excellence technique. La structure musicale puise ses racines chez Maiden (« Golden Age »), Dio (« I Am ») et Van Halen (« Bizarre »). Le single « Radio » se moque des rock stars qui se reconvertissent dans la musique country au gré du vent. On note aussi un morceau envoûtant à deux voix enregistré avec la complicité de la jeune et talentueuse Moriah Formica (« Can’t Take This Life »). Sweet ne passe pas son temps à s’autogratifier, ce qui est tout à son honneur. Il continue, au contraire,  de prêcher la bonne parole sur des morceaux qui s’enchaînent avec une pêche d’enfer, ce qui n’est guère étonnant quand on sait que celui qui tient les baguettes n’est autre que Will Hunt, le batteur d’Evanescence. Les connaisseurs ne se sont pas trompés puisqu’ils ont déjà propulsé One Sided War dans le Top 200 US ! [Ph. Saintes]


     

     

     


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  •  LITA FORD 

     Star 80 

    Le parcours de l’interprète de « Close My Eyes Forever » est loin d’être un long fleuve tranquille. Succès, traversée du désert et rencontres tumultueuses avec des bad boys du Metal se sont succédés. C’est cet itinéraire mouvementé qu’elle déroule dans sa biographie, « Lita Ford - Living Like A Runaway ». Autre bonne nouvelle pour les fans, des bandes datant des années ’80 retrouvées récemment au fond d’un tiroir ou d’un carton poussiéreux, sont aujourd'hui publiées dans un album intitulé « Time Capsule ».  [Entretien avec Lita Ford  (guitare-chant)  par Philippe Saintes - Photos : SPV]

     

     Lita Ford

    Qu’est-ce qui t’a poussée à sortir ces vieux morceaux qui sommeillaient depuis une trentaine d’années ?

    Ce sont des enregistrements que je gardais dans un coin de ma tête. J’étais contente de les réentendre en tomant dessus. Le monde de la musique a énormément changé. Je pense qu’il y a une vraie nostalgie des années ’80. Mais ça s’est produit avec toutes les décennies. Il y a d’abord eu les sixties, puis les seventies…Je crois que les gens aiment se replonger dans des périodes où la vie paraissait moins compliquée qu’aujourd’hui. L’album contient d’excellentes chansons jouées par des musiciens exceptionnels. Time Capsule  évoque les bons souvenirs du rock’n’roll. Nous avons transféré les bandes analogiques (24 pistes) vers le numérique et remixé les morceaux originaux pour leur donner une nouvelle fraîcheur et une touche de modernité. C’est tout ! On n’a pas changé une seule note.

    En 1984, tu avais terminé en tête du classement des lecteurs de Circus Magazine, dans la catégorie chanteuse rock devant Pat Benatar, Stevie Nicks, Joan Jett, Ann Wilson ou  Lee Aaron….

    C’était une vraie satisfaction car chanter en jouant de la guitare, au début, me paraissait impossible. Je criais plus que je ne chantais, un peu comme Wendy O. Williams. Après la sortie de Out For Blood (1983) j’ai suivi des cours avec Ron Anderson, le coach de Joe Elliott, Sting et Steve Perry. Il était très réputé à Hollywood. Je dois avoir suivi une quinzaine de leçons ce qui n’était pas beaucoup mais suffisant pour corriger mes lacunes.

    Quelles sont les personnes qui t’ont encouragé à te lancer dans la musique ?

    Je ne sais pas pourquoi j’ai fait de la musique. Je pense que ce sont mes parents qui m’y ont poussé et l’école de musique également. Ça m’a plu. Papa a assisté à tous mes concerts et maman me réclamait sans cesse à la maison le morceau « Black Magic Woman » et des riffs de Black Sabbath. Ils me manquent tous les deux terriblement.

    Le producteur/manager Kim Fowley, c’est une rencontre inattendue. C’est lui qui a donné une impulsion à ta carrière.

    Je jouais dans un petit groupe de reprises avec des potes. On reprenait des titres de Jimi Hendrix, Black Sabbath, Led Zeppelin, Deep Purple. Un ami d’un ami m’a demandé de remplacer le bassiste de son groupe pour un concert. J’ai dû boire un bon coup avant de grimper sur la scène car il y avait énormément de monde. C’était terrifiant ! Après le show, toute la scène musicale d’Hollywood parlait de cette ‘ fille qui jouait de la basse ‘. J’ai alors reçu un appel de Kim qui voulait engager une bassiste pour un girl band. Je lui ai répondu : « c’est gentil Monsieur Fowley mais je suis guitariste » « Ça tombe bien »  a-t-il répondu « j’en cherche une aussi ». Je venais de terminer mes études et on m’offrait déjà un premier job. Kim était convaincu du succès des Runaways : « Je vais faire de vous l’un des plus grands groupes de l'histoire du rock. Vous baiserez les plus célèbres stars. Vous jouerez dans les plus grandes salles. Vous serez sur les couvertures de tous les magazines. Vous entrerez dans la légende. » C’était un départ de rêve. 

    Lita Ford 2016

    « Lita Ford - Living Like A Runaway: A Memoir », est une autobiographie honnête qui narre les tribulations d’une artiste qui a vécu de façon très rock’n’roll.  Tu as eu des relations parfois tumultueuses avec des « bad boys » du Metal (Tonny Iommi, Nikki Sixx, Chris Holmes,…).

    Mais c’est parce que j’étais la seule fille dans ce milieu hypermasculin. (Rires) Dans les années ’80, les rapports sexuels, la drogue et le rock marchaient main dans la main.  

    Parmi les anecdotes, il y a cette soirée avec Eddie Van Halen, interrompue par l’arrivée de ton ex-petit-ami qui était une base.

    Ah oui, Eddie a eu cette phrase incroyable : « si ton copain me tue, enterre- moi avec ma guitare » puis il s’est enfermé dans la salle de bain et a filé en sautant par la fenêtre du 4è étage quasi nu. Je dois reconnaître que j’ai loupé quelque chose, ce soir-là ! (Rires)


    Tu as aussi enregistré le hit des Troggs « Wild Thing » en duo avec Ace Frehley pour l’album de reprises de ce dernier (Origins Vol. 1)

    Ce fut très agréable de travailler avec Ace. On a d’autres projets pour l’avenir. Nous avons choisi ce morceau parce que nous l'aimons bien. Notre interprétation est différente de l'original. Au-delà de réaliser cette reprise, ce fut une épreuve très intéressante pour nous. Même si au début, nous n'avions aucune idée de comment cela allait se passer, on a adoré le faire. Les reprises, c'est souvent très cool : ça remet au goût du jour une chanson un peu oubliée, ça lui redonne du crédit, ça la renouvelle. 

    En janvier, tu as perdu un bon copain, Lemmy Kilmister, lui qui t’a offert le texte de « Can’t Catch Me ».  

    Mon bassiste, Marty O'Brien a été invite à jouer un titre de Motöhhead lors d’une fête organisée pour Lemmy, une semaine avant don décès. Il paraissait si frêle. Je ne veux pas de me souvenir de lui comme ça, parce que ce n’est pas le Lemmy que j’ai connu. Le cancer est une chose horrible.  Lemmy a mené la vie qu’il a toujours voulue. Il était là au milieu de ses amis lors de cette fête car il ne voulait pas mourir dans un hôpital. Au lieu de cela il disait ‘allons faire du rock !’ Cela le rendait heureux.  Je lui rends hommage chaque fois que je monte sur scène.

    Si c’était à refaire, tu choisirais le même parcours ou une vie plus tranquille, mais sans chanson et sans notoriété ?

    Ah non, le rock, c’est ma vie ! Malgré des moments pénibles, tant pis, je resigne. J’adore la scène et rien d’autre ne me procure une sensation qui s’en rapproche un tant soit peu. Chanter, jouer de la guitare pour les fans, c’est quelque chose de magique. Je suis aussi accompagnée par un groupe fantastique ! 

     Lita Ford Time Capsule

      LITA FORD

    Time Capsule

    SPV

    Time Capsule est un véritable voyage dans le temps qui s'arrête à l'époque bénie des années ‘80. Lita interprète en duo le très réussi « Where Will I Find My Heart Tonight» avec un Jeff Scott Soto au meilleur de sa forme. Sur « Killing Kind », morceau FM racé, on retrouve Dave Navarro (ex-Red Hot Chili Peppers, Jane’s Addiction) à la mandoline, Billy Sheehan (Mr. Big) à la basse, Rodger Carter (John 5) aux fûts et la paire Robin Zander-Rick Nielsen (Cheap Trick) dans les chœurs. « Rotten To The Core », titre imparable, est co-signé par Gene Simmons qui joue d’ailleurs de la basse alors que Bruce Kulick (ex-Kiss) assure les parties rythmiques. « Anything or The Thrill » est une plage furieuse dont le riff penche du côté de « Rock Bottom » le classique de UFO ! Du rentre dans le lard mais de la douceur aussi avec la ballade « War Of The Angels » qui déroule une tension magnifique. Time Capsule propose  également deux instrumentaux dont un hommage direct à Jimi Hendrix (« Little Wing »). Au total 10 titres pour rappeler à tous que Lita Ford appartient bien à la grande histoire du hard rock. [Ph. Saintes]

     


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  • LAST IN LINE

    Récidivistes

    Last In Line est le groupe formé par les premiers musiciens de Dio (période 1982-1986). Si l’ADN de cette formation dirigée par feu Ronnie James Dio est présent sur ce premier album avec un hard rock traditionnel, ses héritiers ont enregistré un opus inspiré et efficace grâce à leur envie et leur alchimie. [Entretien avec Vivian Campbell (guitare) par Philippe Saintes  - photos : Ross-Halfin]

    Last In Line

    Vivian, merci de m’accorder cet entretien alors que tu es en tournée avec Def Leppard au Royaune-Uni. Parlons tout d’abord de la genèse de «  Last In Line », projet qui marque un retour aux sources pour toi ?

    Le groupe existe depuis quatre ans. Après mon aventure au sein de Thin Lizzy en 2011, j’ai pris conscience qu’il me fallait revenir aux racines. J’ai donc appelé Vinny Appice et Jimmy Bain, respectivement batteur et bassiste de la première mouture de Dio. Tout a commencé par une jam session. C’était très excitant ! Nous n’avions plus joué ensemble depuis 26 ans mais l’alchimie était toujours présente. Alors, tous les trois, on s’est dit : « Trouvons un nom et un chanteur ». Le groupe a donné  quelques concerts avec Andrew Freeman (ex-Lynch Mob) dans le sud de la Californie, au Royaume-Uni et au Japon. J’ai réappris à jouer les solos comme sur les  albums Holy Diver, The Last In Line et Sacred Heart . Chez Def Leppard, tout est pensé et mûrement réfléchi, rien n’est laissé au hasard. Avec Last In Line, je reviens à des choses plus spontanées, à ce que je fais de mieux : jouer de la guitare.

    Vinny Appice - Last In Line

    Vinny Appice

    Ce disque est-il une manière pour le groupe d’être jugé sur la musique et pas sur le nom de Dio ?  

    Notre seule motivation est de jouer des titres qui ont fait leur preuve et que les gens attendent. Jimmy, Vinny et moi ressentons les choses de façon naturelle. Le fonctionnement interne est très démocratique. Nous formons une équipe. A trois, nous avons réalisé la trame du nouvel album, ensuite Andrew a apporté la mélodie et les textes. C’est vraiment un type fantastique, en tant que personne et en tant que professionnel. Ce n’est pas un clone de Ronnie James Dio. Soyons francs, j’ai pris grand plaisir à collaborer avec Ronnie mais nos relations n’étaient pas excellentes. Je n’aurais jamais songé à monter ce groupe de son vivant.

    Le sentiment premier qui ressort à l’écoute de Heavy Crown est qu’il sonne comme Holy Diver, dans l’esprit du moins.

    Une fois encore, cela s’est fait naturellement et non pas intentionnellement. C’est selon moi un disque « old-school » avec une approche plus moderne au niveau des riffs.  Nous avons travaillé rapidement et de façon très live avec un minimum d’overdubs. On a juste doublé la guitare rythmique comme pour le premier album de Dio. J’ai aussi sorti de son étui une Les Paul achetée à Belfast quand j’avais 15 ans. Je l’ai utilisée avec mon premier groupe Sweet Savage et elle m’a accompagnée à Los Angeles  pour l’enregistrement de Holy Diver en ‘82. Nous avons d’ailleurs suggéré à la personne chargée du mixage et du mastering, Chris Collier, d’écouter ce disque plusieurs fois et de mixer Heavy Crown avec la même dynamique sonore. 

    Viv Campbell - Last In Line

    Vivian Campbell

    Un mot sur la symbolique de la pochette de l’album ?

    La photo a été prise par Andrew Freeman dans le désert à Las Vegas. C’est en fait son fils que l’on voit sur la pochette. C’est le contraste entre un enfant représentant la jeunesse et le logo du groupe Last In Line qui symbolise le passé. Le groupe s’est formé en 2013, c’est donc une jeune formation avec de vieux types (rires). 

    Si ton état de santé le permet, comptez-vous donner quelques concerts en Europe, et as-tu une idée des nouveaux morceaux que vous allez interpréter ?

    Certainement « Devil In Me » et « Starmaker », deux clips vidéos ont été produits pour ces chansons, et probablement « Martyr » en plus des classiques de Dio. J’adore la scène, tu sais et je souhaite que l’album rencontre du succès mais faute de temps et faute d’argent, nous ne pouvons pas garantir une tournée. Le programme de Def Leppard est chargé entre les shows aux Etats-Unis et l’enregistrement d’un nouvel album. Dès lors, il ne me reste que la période de mars à juin pour promouvoir Heavy Crown. Heureusement, mon combat contre le lymphome (Note : cancer du système immunitaire) ne m’empêche pas d’être créatif et de monter sur scène.

    Tu es devenu très américain avec ta carrière. Te sens-tu cependant toujours proche de tes racines irlandaises ?

    Je ne suis pas un nationaliste mais je respecte profondément mes racines. Mes parents sont tous les deux Irlandais même si  je porte un nom à consonance écossaise. J’ai grandi à Belfast dans les années 70, une période particulièrement trouble en Irlande du Nord. Je reste prudent sur mes opinions car cela reste un sujet sensible. Je ne crois pas que je verrai un jour une Irlande réunifiée et d’ailleurs je ne pense pas que ce soit une solution bénéfique pour les Irlandais, tant sur le plan économique que social.

    Pour conclure, en tant qu’Irlandais et fan de foot, tu as dû apprécier la qualification des « deux » Irlande pour le prochain championnat d’Europe, en France.

    C’est chouette, effectivement bien que le tirage au sort n’ait pas été très favorable à ces deux équipes. L’Irlande du Nord tombe dans le groupe de l’Allemagne, le champion du Monde.

    Et l’Eire devra affronter la Belgique au 1er tour.

    On a très peu de chance de passer. Vous avez une sacrée bonne équipe (rires).

    Jimmy Bain

    Jimmy Bain (RIP)

    Depuis la réalisation de cette interview, nous avons appris la disparition de Jimmy Bain (68 ans) le 28 janvier dernier, pendant la croisière « Hysteria On The High Seas ». Vivian a tenu à rendre un hommage à son ami dans un communiqué :  « C’est avec le coeur lourd que je confirme l’annonce de la disparition de notre cher ami et compagnon de Last In Line, Jimmy Bain. Jimmy est celui qui m’a permis de percer dans l’industrie musicale et je lui serai à jamais redevable de ça. Les combats de Jimmy face à ses démons au fil des ans ont été largement débattu, mais ces derniers 18 mois, il avait finalement gagné cette bataille et était calme, lucide et motivé pour écrire et enregistrer le nouvel album.

    Il laisse derrière lui un riche héritage avec son travail pour Rainbow, Wild Horses, Dio et finalement Last In Line. Jimmy était extrêmement fier de notre nouvel album et sa participation dans ce projet fut énorme. C’était une âme très gentille, douce et généreuse et nos vies se sont particulièrement enrichies de l’avoir connu. Nous continueront à célébrer son existence à travers sa musique. Au nom de Vinny et Andrew, nos pensées et condoléances vont à sa famille, en ces temps difficiles. Repose en paix, cher ami.» 

     

    Last In Line : Heavy Crown

     LAST IN LINE

    Heavy Crown

    Frontiers / Harmonia Mundi

    Last In Line poursuit son émancipation, tant est si bien que l’étiquette de groupe hommage à Dio qu’on lui avait apposé, est désormais obsolète. Le chanteur Andrew Freeman est irréprochable ; la rythmique (J. Bain – V. Appice) reste diablement efficace et Vivian Campbell utilise toujours ses médiators avec aisance et dextérité. Le quatuor démontre aussi un véritable talent de composition. Le riff de la plage d’ouverture, « Devil In Me », est terrassant. « Already Dead » est un véritable coup de flingue, « Blame It On Me » est très lourd, presque sabbathien, « Curse The Day » est sublime, et ainsi de suite, jusqu’au dernier morceau. Il n’y a pas d’esbroufe, juste un groupe efficace qui joue à la perfection et avec une cohésion impressionnante. Tout sent la spontanéité. Laissez-vous tenter par ce Heavy Crown produit par le génial Jeff Pilson (Dokken, Foreigner) qui a correctement cerné les aspirations du groupe. Au milieu des mouvances actuelles, il est bon d’écouter un disque de hard rock au sens propre du terme, celui-ci fait parfaitement l’affaire. [Ph. Saintes]

     


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  • Vivian Campbell nous parle de ses racines irlandaises et de Heavy Crown, le premier album de LAST IN LINE, groupe formé par d'anciens membres de DIO (Campbell, Vinny Appice et Jimmy Bain) ainsi que le chanteur Andrew Freeman. L’album sortira le 19 février dans un contexte particulier puisque le bassiste Jimmy Bain est décédé d'un cancer des poumons, le 24 janvier dernier pendant la croisière ‘Hysteria On The High Seas’, à l’âge de 68 ans. Ce "phoner" a été réalisé avant la disparition de Jimmy (1er à gauche sur la photo).

     Last In Line 2015


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