• KXM
    La règle de trois

    KXM revient avec Circle Of Dolls, troisième album du trio Doug Pinnick (King’s X), George Lynch (Dokken, Lynch Mob) et Ray Luzier (Korn). Un melting-pot risqué mais réussi d’une formation qui n’en a que faire d’alibis quelconques. [Entretien avec Doug Pinnick (voix, basse) par Philippe Saintes – photo : Sébastien Paquet]

    KXM promo 2019

    Comment est né Circle Of Dolls ?

    Très spontanément. Nous n’avions pas planifié le style, les sujets, l’ambiance. On a laissé aller notre inspiration une fois réunis tous les trois dans la même pièce. On a enregistré très rapidement dans une excellente ambiance. Il y a eu beaucoup de fous rire. Chris Collier, un ami du groupe, a produit et mixé le disque. Est-ce le meilleur des trois ? Honnêtement, je ne sais pas. Si c’est l’avis des auditeurs et des critiques, alors j’accepte ce jugement. Pour moi, il s’agit juste d’un nouvel album de KXM dans lequel j’ai mis tout mon cœur et toute mon énergie et je suis très satisfait du résultat. Maintenant, j’espère que les auditeurs l’apprécieront autant que moi. Si nous avons l’opportunité de partir en tournée, nous le ferons avec plaisir car nous adorons tous les trois la scène.

    Circle Of Dolls est un manifeste engagé. Le titre « Border » évoque la barrière entre les Etats-Unis et le Mexique.

    Oui, c’est la guerre des mots chez nous à propos de la situation à la Frontière. On parle de réfugiés, de migrants ou de clandestins. C’est sans doute le sujet le plus clivant aux Etats-Unis. Au Royaume-Uni, le Brexit ouvre la porte à une discrimination généralisée. Ce n’est donc guère mieux.  Je ne prétends pas avoir la solution. Après tout, je ne peux aller nulle part sans mon passeport. Toutefois, je suis opposé à la tolérance zéro en matière de politique migratoire. Nous ne devons pas tourner le dos aux gens qui fuient la misère, la guerre ou l’oppression politique. Le moins que l’on puisse faire c’est d’en parler, de sensibiliser ceux qui nous écoutent.

    Dans le livre What You Make It (The Authorized Biography Of Doug Pinnick) on apprend que tu as eu l’opportunité de rejoindre Kansas et même Deep Purple mais tu as finalement préféré poursuivre l’aventure avec King’s X. Pas de regrets ?

    Aucun. Ian Gillan est mon chanteur préféré et j’adore Steve Walsh. J’ai décliné ces opportunités parce que je ne souhaitais pas reproduire ce que ces deux icônes du rock avaient créé et devenir un chanteur de substitution. Je préfère jouer ma musique sans règle, ni contrainte. Je n’étais de toute façon pas disponible car King’s X était très actif à la fin des années ‘80. Peu de groupes peuvent se targuer d’avoir continué avec le line-up d’origine, il y a ZZ Top ou U2. C’est cool de faire partie d’une formation qui a tenu aussi longtemps sans être un gros vendeur,  malgré un parcours semé d’embûches. C’est comme un mariage pour chacun de nous.

    KXM promo 2019 (2)

    King’s X sortira prochainement un nouvel album chez Golden Robot Records. On évoque un retour aux sources…

    Il n’est pas sans rappeler l’atmosphère de nos premiers albums, effectivement. J’ai enregistré avec Jerry (Gaskill, batterie et voix) et Ty (Tabor, guitare et voix) dans les mêmes conditions que Gretchen Goes To Nebraska (1989). Nous avons pris notre temps au niveau des arrangements et travaillé très dur pour ne pas décevoir les fans purs et durs. On a l’espoir d’en faire un « classique » de King’s X. Je ne vais pas m’avancer sur la date de sortie mais ce sera certainement pour 2020.  Nous sommes actuellement en pleine phase de mixage.

    Que peux-tu nous dire sur tes plans futurs ?

    Je pars en tournée cet automne avec Joe Satriani (guitare) et Kenny Aronoff (batterie) dans le cadre de l’Experience Hendrix Tour, aux Etats-Unis. Il n’y a malheureusement pas de dates programmées en Europe pour l’instant. Après, je vais commencer à travailler sur un album solo et ensuite je rejoindrai mes potes Jabo et Scot  Bihlman pour le troisième opus de Grinder Blues. C’est tout pour l’instant (rires). Une fois un album terminé, j’ai vraiment besoin de me mettre au projet suivant et travailler, j’adore ça !  

     

    KXM Circle Of Dolls cover

    KXM

    Circle Of Dolls

    Frontiers Records

    George Lynch nous revient déjà sept mois après la sortie de The End Machine, un album enregistré avec ses anciens acolytes au sein de Dokken (Jeff Pilson et Mick Brown). On retrouve cette fois l’ami George entouré du  chanteur-bassiste Doug Pinnick (Kings X) et du batteur Ray Luzier (Korn) qui sont loin d’être un backing de luxe pour guitar-hero en mal de reconnaissance planétaire. Circle of Dolls est déjà le troisième album de ce trio baptisé KXM. Descente d’intro, basse distordue, gospel rouleau compresseur et riffs à faire virevolter les étoiles : c’est « Mind Swamp ». On retrouve cette fièvre hard-rock funk dans « Big As The Sun » ou « Cold Sweats ».  « Time Flies » est un rock marathon alors que « Lightning » et « Twice » sont des petits joyaux de feeling où la guitare se fait langoureuse. Lynch nous met la gifle avec des solos souvent complexes mais  toujours variés prêts à accueillir les délire vocaux de Pinnick (« Vessel Of Destruction »).  Sur la plage finale « The Border », vous reconnaîtrez quelques belles influences (Beatles, Pink Floyd). Dans l’ensemble, le jeu reste fluide, acéré, ouvert à toute ébauche de groove, avec de bonnes trouvailles au niveau des arrangements. Une vraie réussite. [Ph. Saintes] 

    Retrouvez cet article dans Classic Obs' #4 (octobre-novembre 2019)

     

     

    votre commentaire
  • ANGEL 

     Le retour de l’Art Rock

     

    Figure marquante du label Casablanca dans les années ’70, Angel a été un entertainment band à l’américaine comme Kiss, son partenaire d’écurie dont il fut le vivant contraire. Dans le magazine Best n°112 (novembre 1977), le journaliste Hervé Picart décrivait la formation de Washington DC en ces termes élogieux : « l’archange blanc joue avec la foudre et pratique l’incendie comme un des Beaux-Arts. » Après 20 années de sevrage discographique, les fans d’Angel vont pouvoir se gaver jusqu’à plus soif avec Risen, un 7è album studio qui compte pas moins de 17 titres. Le groupe se produisait pour la toute première fois en Belgique, à l’occasion du Golden Age Rock Festival, à Liège. Nous avons rencontré à cette occasion les deux membres historiques, Frank DiMino (chant) et Punky Meadows (guitare solo) ainsi que leur nouveau complice Danny Farrow (guitare rythmique). [Interview par Philippe Saintes – photos : Phil de Fer]

      

     Angel band 2019

     

    Ce retour était très attendu et espéré par vos fans. Votre nouvel album porte un titre de circonstance, Risen (Résurrection). Pourquoi avoir redonné vie à Angel ?

    Punky : Angel n’a jamais officiellement arrêté. Il y a eu plusieurs changements de personnel au sein de la formation mais les musiciens d’origine ont continué à travailler ensemble occasionnellement et nous sommes restés d’excellents camarades. C’est le business qui a mis notre carrière en veilleuse quand Casablanca Records a été repris par Polygram en 1980. Nous étions tellement désabusés et fatigués par l’industrie musicale, que nous n’avons même pas réclamé les droits de nos chansons. Alors que le sort du groupe était en suspens, on nous demandait tout le temps si on allait se reformer un jour. A vrai dire, les choses se sont faites naturellement. Tout est parti du disque de Frank en 2016 (Old Habits Die Hard), puis de mon album solo (Fallen Angel) l’année suivante. Nous avons chacun joué sur le disque de l’autre. Ensuite, nous sommes partis en tournée avec mon groupe. L’accueil fantastique du public a été le détonateur de la nouvelle vie d’Angel. De là, on a signé avec une maison de disques qui a pignon sur rue, Cleopatra Records, en l’occurrence. La suite logique est ce nouvel album Risen qui sortira le 1er novembre. Il contient seize titres passionnants et une nouvelle version de « Tower », chanson emblématique du premier Lp.

    Frank : Risen est un album varié et divertissant.  Tu as un concentré de notre univers : le hard rock et une musique esthétique, avec un son moderne et une nouvelle énergie. On a toujours joué sur les contrastes. Si tu écoutes  « Stick Like A Glue » et « Under Suspicious » sur l’album White Hot, il y a un abîme, les ambiances sont totalement différentes. Nous avons gardé la même diversité sur Risen.

    Punky : Angel a changé de musique de nombreuses fois parce que nous sommes avant tout des musiciens éclectiques. Sur Risen, il y a des morceaux profonds et d’autres plus fun. Avec certains artistes, tu as l’impression que toutes les chansons sonnent pareilles. Ce n’est pas notre cas. Nous n’avons jamais recherché la facilité.  Frank, Danny et moi avons travaillé très dur même si on n’était pas toujours dans la même pièce. Il ne nous a pas été possible d’enregistrer ensemble en studio car nous sommes trop éloignés les uns des autres géographiquement. On se voyait de temps en temps pour des échanges puis on rentrait à la maison et on s’envoyait la matière par email. Travailler à distance n’a pas empêché la complicité.

     

    Le morceau « 1975 » est-il un clin d’œil à la période dorée du groupe ?

    Punky : Absolument. 1975 est un excellent millésime. David Bowie, Kiss, Aerosmith, Queen ont connu la consécration et Angel sortait son premier opus. Les disques de cette année mémorable vieillissent bien et s'écoutent toujours autant. « 1975 » parle de notre envie de grimper dans la machine à remonter le temps.                                                                                                                                                  Danny : La choriste que l'on entend sur la chanson s'appelle Amy Anderson.

    Les fans de la première heure sont restés fidèles. Pensez-vous que votre public s’est élargi à de nouvelles générations ?

    Punky : Angel a toujours eu pour but de toucher plusieurs générations. Les personnes qui viennent à nos concerts ont grandi avec nous mais il y a aussi des jeunes de 15-16 ans qui trouvent que la musique du groupe est intemporelle. C’est agréable d’avoir des gens qui découvrent aujourd’hui nos premiers albums. 

    Angel - Punky Meadows

    On ne trouve plus que deux membres fondateurs dans le groupe aujourd’hui. Pouvez-vous nous présenter les nouveaux ?

    Danny : Je m’appelle Danny Farrow et je suis le guitariste rythmique. J’ai co-écrit et co-produit l’album solo de  Punky. Steve E. Ojane (Initial Kick) est notre bassiste. Billy « The Beast » Orrico est à la batterie et est connu pour sa participation au tribute band Queen Extravaganza. Enfin, Charly Calv qui a fondé Shotgun Symphony est aux claviers. Il joue également sur le disque de Punky.

    Les autres musiciens du line-up classique (Felix Robinson, Barry Brandt et Gregg Giuffria) ne se sont pas montrés intéressés par ce come-back ?

     

    Frank : Félix n’était pas disponible pour participer à la tournée mondiale. Je suis régulièrement en contact avec Barry  mail il connaît des soucis de santé. Il n’est pas impossible que ce dernier nous rejoigne bien que cela ne soit pas à l’ordre du jour. Nous avons surtout envie d’aller de l’avant avec le line-up actuel.

    Punky : Steve, Bill, Charly et Danny sont incroyablement forts. Ils ont très vite trouvé leur place. Ce groupe est vraiment soudé. Je suis fier d’en faire partie. 

     

    Sur scène, vous avez gardé vos « peintures de guerre », les fameux costumes immaculés…

    En effet. Les personnes qui se rendent à un concert d’Angel veulent voir les costumes blancs et le logo lisible dans les deux sens (à l’endroit et à l’envers). La tournée sur la Côte Est aux Etats-Unis, a déclenché une vague d’enthousiasme. Je conserve également sur scène le micro blanc que j’avais utilisé lors de notre première tournée en 1975.

    Sur la pochette de White Hot, vos personnages (Note : cinq anges martyrs de la Terreur) sont immortalisés devant la cathédrale Notre Dame de Paris qui a été ravagée par les flammes plutôt cette année.

    Punky : Oui, c’est intéressant quand tu écoutes les paroles de Tower : Just A Light from a Tower, Burning on from dusk to dawn (Juste une lumière qui s’élève de la Tour, brûlant du crépuscule à l’aube…). Nous avons eu une sorte de vision prémonitoire. C’est triste bien sûr ! Notre Dame exerce une fascination et une attraction universelle. Nous étions en tournée et j’ai entendu l’information à la radio alors que je me trouvais dans ma voiture. La situation empirait d’heure en heure. J’ai été profondément ému en voyant les images terribles de la Flèche entrain de  s’effondrer. J’ai toujours du mal à comprendre l’origine de cet incendie. 

    Casablanca a déployé les grands moyens en finançant l’une des créations musicales les plus spectaculaires. C’était David Copperfield à la sauce hard rock.

    Frank : Le show était gigantesque en effet. Un logo de douze pieds (+/- 4m) représentant l’archange Gabriel s’élevait dans les airs au son de la musique de Ben-Hur, ouvrait les yeux et s’adressait à la foule (Note : la voix de l’acteur Marvin Miller). Des tours transparentes se matérialisaient puis s’illuminaient laissant apparaître à l’intérieur chacun des membres du groupe. Les illusions étaient bluffantes. A la fin du concert, nous devions nous diriger vers la pochette de l’album installée sur une plateforme qui montait avant de se désintégrer dans un déluge d’artifices, donnant l’illusion que le groupe s’était évaporé. Rien n’était improvisé, nous devions être synchro. Pour cela, nous avons intensément travaillé avec des illusionnistes d’Hollywood. La console digitale que Gregg Giuffria utilisait pour quitter son blockhaus de claviers était aussi quelque chose d’inédit. Il existe malheureusement très peu d’archives sur les premières années du groupe. A l’époque les caméras étaient énormes et tu ne pouvais pas entrer dans une salle de spectacle comme on le fait aujourd’hui avec un smartphone. Même les appareils photos étaient interdits. Ils étaient  retirés lors de la fouille à l'entrée ou dans la salle. Il y a bien quelques images 8mm filmées par des fans qui circulent mais pas vraiment de documents officiels si ce n’est quelques émissions télés. Je sais que Casablanca a enregistré notre show à Cleveland mais personne ne sait où sont passées les bandes. Après ce concert, nous sommes rentrés à Los Angeles pour réaliser des prises de vue dans un studio d’enregistrement pour le film Angel At Midnight mais une fois encore les vidéos sont introuvables.

    ANGEL : DiMino et Farrow

    Le groupe a reçu des critiques positives de la part de la presse spécialisée dans le monde entier, vous avez obtenu le prix très convoité de meilleur groupe de l’année 1976, les salles étaient bondées aux Etats-Unis et pourtant, vous n’avez jamais eu le succès que vous méritiez en terme de vente d’albums faute de passage en radio.

    Frank : Le destin nous a malheureusement pas toujours été favorable. Aujourd’hui encore, je m’interroge sur les raisons de ce rendez-vous manqué. Nous avons tout fait pour nous rapprocher au plus près du soleil du succès. Nous avons évolué d’un rock progressif et sans concession vers un univers plus proche du sacro saint hit parade, sans doute à cause de la pression mise sur nos épaules par notre label, mais je n’ai aucun regret sur le travail accompli durant les six premières années. Si je devais remonter le temps, je ne changerais rien. On a vécu des montagnes russes émotionnelles avec ce tremplin, et l’aboutissement fut au-delà de tout ce que l’on pouvait espérer. Angel a changé notre vie. Le groupe s’est investi à 100% aussi bien dans les répétitions, la composition, le travail en studio, le light-show. Cela reste une aventure inoubliable. L’absence de soutien des radios ne nous a tout simplement pas permis de nous faire une place sous les projecteurs. Nous étions sur un jeune label indépendant qui était surtout lié à la scène disco avec des  artistes comme Donna Summer ou Village People. Aucun groupe de Casablanca Records n’était diffusé sur les chaînes « rock » ni mentionné par les magazines comme Rolling Stones. Seul Creem, un journal musical mensuel moins prestigieux mais surtout moins prétentieux, nous a accordé plusieurs pages.

    Punky : Il n’y avait pas non plus de place pour la musique progressive sur les radios. Fleetwood Mac et Peter Frampton dominaient les ondes avec un rock grand public. Nous n’avons jamais basé nos chansons sur des tubes mais bien sur des albums à l‘instar de Led Zeppelin ou de Kiss qui a dû attendre la ballade « Beth » (1976) pour que les airplays lui soient enfin accordés ainsi que les unes des magazines.

    Frank : Le Web a institué de nouvelles pratiques d’écoute de la musique qui ne passe plus obligatoirement par les radios. Les réseaux sociaux sont devenus des médias de masse. Nous n’avions pas la même accessibilité à l’époque.

     

    Le grand public n’a pas acheté vos albums dans les années ’70 mais Angel est aujourd’hui devenu un groupe culte auprès de la presse et des musiciens.

    Frank : Pour un groupe connu de son vivant, il y a toujours un passage dans un purgatoire et, lorsqu’il est redécouvert, on utilise effectivement le mot culte. La mythologie autour d’Angel et notre attitude scénique ont contribué à cette légende.

    Avez-vous été approché par les producteurs du biopic Spinning Gold qui retrace la carrière de Neil Bogart, le patron de Casablanca ?

    Punky : Non ! Nous ne savons pas si le groupe figure dans le script. Le fils de Bogart a dit avoir acquis les droits d’utilisation de plusieurs grands succès de Kiss, Donna Summer, Village People et Parliament (Note : le groupe de George Clinton) mais il ne nous a pas contactés.  J’espère qu’au moins une de nos chansons figurera sur la bande-originale. Si l’on considère juste nos ventes, n’importe quelle maison de disques nous aurait probablement jetés ! Mas pas Casablanca. Neil préférait continuer avec nous. Il voulait faire d’Angel une machine aussi puissante que Kiss. C’était son obsession. Travailler avec lui ne fut pas de tout repos mais c’était un visionnaire et une personne drôle et loyale qui savait instaurer un climat familial. Nous avons été très accablés par son décès en 1982.

    Angel - Punky Meadows and Steve Ojane

    Le premier album, l’éponyme Angel sorti en 1975 est un mélange de rock « classique » avec des éléments de rock progressif. Pour la première fois, les claviers, du mellotron aux synthés, ont fait leur entrée dans le monde du métal lourd.

    Notre premier disque peut effectivement être classé dans la catégorie rock progressif. On a composé la majorité des morceaux de l’album dans un local de répétition situé à l’étage du Bogeys, à Washington DC. Nous les avons ensuite joués pour la première fois en public dans ce nightclub. Le travail a été intensif. Angel est sans aucun doute l’enregistrement le plus progressif de notre catalogue. Une chanson comme « Long Time » qui dure plus de sept minutes a été diffusée de façon inattendue à la radio. « Tower » et « Rock and Rollers » sont toutefois les plages dont on est le plus fier, elles nous ont permis de réunir une solide base de fans aux Etats-Unis.

    Helluva Band, votre deuxième opus est déjà plus contrasté avec le délicat « Feelings » et aussi plus agressif avec le bouillonnant « Feelin’ Right ». Ce fut d’ailleurs l’un des meilleurs albums de 1976.

    Frank : Comme nous étions en tournée pour soutenir le premier disque, nous avons passé moins de temps en studio. Helluva Band et donc plus viscéral. Nous avons approfondi les trouvailles sur le morceau symphonique « The Fortune ». On voulait en tirer la quintessence et ainsi montrer qu’Angel c’était du sérieux.  Les autres chansons ont certainement souffert de cette recherche de la perfection.  Nous avons travaillé avec la même équipe que pour le premier album.   

    Pour On Earth As It is In Heaven, Casablance a fait appel au génial Eddie Kramer, le célèbre producteur des Electric Lady studios de New York.

    Frank : Eddie est une légende. Il peut se vanter d'avoir travaillé avec les plus grands, les Beatles, les Rolling Stones, Hendrix, Bowie, Led Zep, Clapton, Kiss… A l’origine nous devions réaliser l’album au Record Plant mais il était déjà pris par Stevie Wonder tandis que le studio mobile était loué au même moment. Gary Kellgren, le patron du studio nous a proposé d’occuper son manoir sur les collines d’Hollywood où s’est déroulé le tournage du film le magicien d’Oz. Chaque instrument a été enregistré dans de conditions particulières. Toutes les pièces étaient truffées de micros. Les bases des morceaux ont été capturées dans le salon d’entrée. Nous avons aussi utilisé une petite salle ronde pour la voix de « Telephone Exchange ». La batterie a été installée dans une cuisine au rez-de-chaussée. La méthode était à la fois amusante et très intéressante. Le mixage de « Sur terre comme au paradis » a été réalisé avec Eddie à New York. En dix-huit mois, nous avions mis en boîte trois albums, ce qui est impensable aujourd’hui. 

    J’ai récemment trouvé sur Internet un bootleg de votre concert à Hiroshima, le 7 février 1977. Cette unique tournée au Japon a été un triomphe.

    Punky : On était des dieux vivants là-bas à l’instar des Beatles, de Kiss ou de Cheap Trick. Les gens voulaient nous toucher, arracher une mèche de cheveux ou un vêtement, tout ce qui pouvait leur servir de reliques. Il existe des photos où l’on voit chaque membre escorté par cinq gardes du corps en train de courir à travers des meutes de fans. La foule était hystérique. Je n’avais jamais connu cela auparavant. Nous avons joué deux soirs à guichets fermés au célèbre Budokan, à Tokyo. Cela reste une expérience fascinante et excitante.   

    White Hot marque un virage vers une musique plus pop, plus à la portée des teenagers.

    Frank : Une véritable Angelmania se propageait chez les 16-17 ans à travers les States et notre fan-club a vu le jour (Angel Earth Force) sur le modèle de la Kiss Army.  Il y a donc eu un peu plus de pression de la part de la maison de disque pour écrire des chansons aguichantes, plus accessibles mais nous n’avons pas pour autant perdu de notre fureur. On est parvenu à glisser dans un morceau deux ou trois mélodies qui accrochent  ou une attaque de solo jouée en harmonie. Sur les deux premiers albums, Punky, Gregg et moi avons écrit la majorité des morceaux. Nous étions les derniers à  arriver au studio ou à sortir des répétitions. L’un apportait le riff, un autre la mélodie et le troisième les paroles. Il y avait une extraordinaire complémentarité entre nous trois. Pour White Hot, nous avons commencé à composer séparément. J’ai écrit « Don’t Leave Me Lonely » avec Barry et  d’autres titres avec Punky. Il n’y avait plus nécessairement la combinaison des trois. Par ailleurs, les ingénieurs qui ont collaboré à cet album, nous ont aidé à pollisser notre son, avec succès je pense.

    Angel - Charly Calv

    « Ain’t Gonna Eat Out My Heart Anymore » la reprise des Young Rascals est d’ailleurs entrée dans le top 50 aux USA tandis que le morceau « The Winter Song » a bien marché en Europe et au Japon…

    Frank : « The Winter Song » s’appelait à l’origine « The Christmas Song ». Cette chanson ne devait pas figurer sur l’album. C’était un titre bonus pour les fans et les stations radios pendant la période de Noël mais les responsables de Casablanca ont adoré la chanson et nous ont demandés de l’inclure sur le disque et d’en faire le titre phare pour des raisons commerciales. Trente-six enfants d’un ensemble vocal de Californie nous ont accompagnés en studio. « Better Days » a été retiré de l’album et s’est retrouvé en face B du 45t. Opposé à cette idée au départ, j’ai finalement accepté de réécrire les paroles et de réenregistrer ma voix. Nous avons joué « The Winter Songs » en direct dans l’émission de Dick Clark « American Banstand » pour notre première télé nationale. La version originale se trouve sur une anthologie. Nous avons aussi donné deux chansons pour la bande-originale du teen movie Foxes (Ça plane, les filles !) en 1980 dont le disco « 21st Century Foxes » qui n’a malheureusement pas eu le couronnement planétaire d’ « I Was Made For Loving You » grâce auquel Kiss connut les ivresses du tube de l’été pleine vague disco quelques mois plus tard.

    Au cours de la tournée Heaven & Hell en 1978 qui a été enregistrée pour le double-album live Without A Net, vous avez été impliqué dans une bagarre homérique au Sport Arena de San Diego, le 7 mai 1978. Que s’est-il passé exactement ?

    Punky : Nous étions en plein milieu du concert et l’ambiance était excellente. Frank a alors demandé au public de se rapprocher de la scène. Aussitôt trois à quatre mille adolescents se sont miss debout. Dans cette salle, les règles étaient strictes. Les spectateurs ne pouvaient pas quitter leur siège. Les membres de la sécurité n’ont pas apprécié et ils ont commencé à malmener tous ceux qui leur tombaient sous la main. En se dirigeant vers le devant de la scène, Frankie s’est rendu compte que les vigiles frappaient violemment les kids. Il a demandé à un garde qui s’en prenait à une gamine de 14 ans, de la laisser tranquille. Le type très énervé lui a montré son index et a voulu attraper le pied de micro. Bang ! Frankie lui a envoyé celui-ci en pleine face. Le type a commencé à saigner et est entré dans une rage folle. Une énorme bagarre a éclaté devant la foule. Steve Brooks, un roadie, s’est jeté dans la fosse. J’ai suivi le mouvement tandis que Felix faisaient tournoyer sa basse au-dessus de sa tête. Barry lui a continué à jouer impassiblement. La lumière s’est rallumée au moment où nous sommes remontés sur scène. Personne n’était blessé. Nous avons eu le temps d’interpréter un dernier morceau avant la fermeture totale du courant mais il y avait toujours de l’adrénaline dans la salle. Le public continuait à siffler les vigiles zélés. Le garde qui nous a provoqués a rameuté plusieurs de ses collègues pour une nouvelle baston. Le groupe et les techniciens se sont regroupés autour de Frankie, puis nous nous sommes dirigés vers les loges, escortés par les membres de The Godz, la formation qui ouvrait nos concerts. Cela ne s’invente pas, les Dieux étaient venus à la rescousse des Anges (rires). Frankie est finalement revenu sur scène et il a demandé aux fans de rentrer calmement chez eux. Les esprits se sont aussitôt calmés. Pour les autres concerts de la tournée, un cordon de sécurité a été mis en place par la police pour contenir la foule.

    Sinful marie parfaitement le rock de Styx avec le hard FM des années ’80. Vous avez ouvert la voie à un nombre considérable de groupes, Poison, Warrant, Winger. Ce fut également votre dernier disque pour Casablanca. 

    Frank : Nous avons effectivement créé un pont entre ces deux décennies. Tous ces groupes que tu cites sont excellents. (rires) Le titre à l’origine devait être Bad Publicity. C’était de l’autodérision car l’artwork montrait le groupe faisant la fête avec des filles mais Neil Bogart s’y est opposé. Toutes les premières éditions ont été retirées de la vente et remplacées par une couverture  plus soft. Sur cette dernière, on voit le groupe en tenue de scène. C’était ça l’image d’Angel pour les responsables de Casablanca et pas celle d’une formation qui picole avec des groupies. Nous avons été déçus par ce manque de liberté artistique. Je pense surtout que ce fut une erreur de stratégie puisque contrairement à nos autre disques, Sinful n’a pas atteint le top 100 US alors que sa pochette originale est très recherchée par les collectionneurs.                                                                                                   Danny : Au moment de la sortie de Sinful, Casablanca était entrain de s’écrouler. Il n’y avait plus d’argent pour la promotion de l’album. Il n’y a eu aucun abattage publicitaire alors que ce disque avait un énorme potentiel. Angel était déjà une étoile montante du hard-rock américain mais il aurait pu hausser encore sa côte. Avec l’avènement du clip  et de MTV, le groupe aurait fait un carton, j’en suis convaincu. Il a malheureusement quitté la scène deux ans trop tôt.

    Angel - Billy Orrico

    Aujourd’hui comment analysez-vous In The Beginning, le premier disque sans le line-up original, sorti en 1999 ?

    Frank : J’ai composé les chansons de In The Begining avec Barry (Brandt). Après la séparation du line-up originel, nous avons continué à travailler ensemble, en studio mais aussi sur scène en compagnie d’un ami commun, le guitariste/claviériste Ritchie Marcello. Nous avons hésité à enregistrer ce disque sous le nom d’Angel. J’ai contacté Punky et les autres pour leur expliquer notre projet et ceux-ci se sont montrés très favorables. Avec le recul, nous n’aurions pas dû présenter In The Begining comme un album d’Angel même si Punky et Félix jouent sur quelques morceaux. Sur le plan personnel, je trouve ce disque intéressant.  

    Que pensez-vous du livre On A Wing And A Prayer With Angel, une sorte de biographie du groupe écrite par un ancien membre, Gordon G.G. Gebert ? 

    Punky : Nous n’avons rien à voir avec ce livre.

    Frank : Gordon fut un membre éphémère d’Angel (Note : claviériste de 1999 à 2002). Nous n’avons ni autorisé, ni participé à cet ouvrage. Je ne peux rien te dire sur son contenu car je ne l’ai pas lu.

    Pour conclure, comment s’annonce le futur d’Angel ?

    Punky : Nous comptons revenir en Europe au printemps 2020. On devrait aussi participer à quelques festivals durant l’été. Au mois de février nous jouerons en Australie, ensuite il y aura quelques dates au Japon. C’est un nouveau chapitre dans l’histoire d’Angel qui commence. Je suppose que l’on avisera ensuite mais j’espère que nous ferons encore un album, et ça ne devrait pas prendre 20 ans cette fois. (Rires)

    ANGEL Risen

     ANGEL

    Risen

    Cleopatra Records

    En tant que groupe de hard-rock esthétique, Angel était clairement en avance sur les autres dans les seventies. Des instrumentistes virtuoses, un chanteur de premier plan, des compositions, tout y était ! Pour ce come-back, le groupe n’a pas joué la carte de la modernité même si la proportion accordée aux claviers est nettement plus modérée que durant la période Greg Giuffria. Hard-rock de grande facture (« Slow Down » peut-être rapproché de Led Zep, l’excellent riff de « Punky’s Couch Blues » fait penser à AC/DC et « Tell Me Why » est tout simplement beatlesque), rock mainstream US (« Under The Gun », « Don’t Want You »), ballade bubblegum (« IOU »), morceau mid-tempo (« Turn Around ») et bien sûr hard progressif (« 1975 », « Revolution » ou « My Sanctuary »), Angel ne réécrit pas les tables de la loi du genre, mais s’applique à les mettre en œuvre pour offrir une musique de qualité bien produite avec un Frank DiMino exceptionnel qui sait donner du feeling à chaque chanson. Le flamboyant Punky Meadows, lui, renoue avec le jeu lourd, hérissé et virtuose de la grande époque. Il  n’est plus l’ange déchu, celui  qui avait raté les marches de l’élysée en refusant le poste laissé vacant par Ace Frehley au sein de Kiss en 1982. Plaisant et indéniablement accrocheur, Risen est le disque parfait pour rattraper le temps perdu ou tout simplement découvrir ce groupe culte. [Ph. Saintes]

      

     

    votre commentaire
  • Le documentaire "Bruce Tout Puissant" signé Gorian Delpâture (RTBF) sera diffusé ce vendredi 18 octobre à 21h sur La Trois. 52 minutes de Dickinson, d'Iron Maiden, de littérature, d'avions, de grosses guitares et de bières. Be there or be sorry !

    BRUCE DICKINSON : docu sur La Trois

     

    votre commentaire
  •  G. Bonnet (Alcatrazz)

    Souffrant de maux de dos, Graham Bonnet a joué assis mercredi à Ittres (il sera opéré en décembre), à l’occasion du concert de son groupe Alcatrazz au Zik Zak. A l’issue du show, le claviériste Jimmy Waldo,  seul membre d’origine avec Bonnet, a confirmé qu’Alcatrazz retournerait en studio dès la fin de la tournée européenne pour mettre la touche finale au quatrième album studio (sortie prévue en 2020). Plus tôt cette année, G. Bonnet avait affirmé que des parties de guitare enregistrées récemment par Steve Vai, seraient utilisées pour cet enregistrement.  

     

    Jimmy Waldo (Alcatrazz)

     Photos © Phil de Fer 2019


    votre commentaire
  •  LEE AARON

    Nouveau Règne

     

    Premier album en public pour la chanteuse canadienne. Le CD/DVD  Power, Soul, Rock N' Roll met en valeur la puissance vocale et l’énergie scénique de l'artiste. Dans une forme éblouissante, Lee  a en effet renoué avec le hard accrocheur et le blues rock lors de cette tournée estivale de 2017 en Allemagne. La Metal Queen a récupéré son trône de fer pour le plus grand bonheur de ses loyaux et fidèles sujets. [Entretien avec Lee Aaron (chant) par Philippe Saintes – photos : DR] 

      

     Lee Aaron

     

    As-tu choisi les morceaux en pensant à une rétrospective de ta carrière de rockeuse ?

    Absolument. Je voulais faire une sorte de greatest hits en mélangeant les chansons incontournables comme « Metal Queen » ou « Powerline » avec des titres plus récents et même inédits (Note : la tournée précédait la sortie de l’album Diamond Baby Blues) pour montrer que nous n’étions pas un groupe aux allures nostalgiques. Il existe un DVD live filmé en Suède (2012) et un autre plus ancien capté à Londres (2005) mais il s’agit de mon tout premier album en public. Une société de production allemande (Little-Guitar-Slinger) nous a proposé de réaliser la captation gratuitement à l’occasion du Bang Your Head Festival (2017). Nous nous sommes juste chargés du mixage. Power, Soul, Rock N' Roll a été filmé en très haute définition car aujourd’hui tu peux trouver les performances de tous les artistes sur Internet. En matière d’images, il y a souvent du très mauvais sur les plateformes d’hébergement de vidéos. Jack White et son groupe The Raconteurs ont en exigé qu’aucun smartphone ne soit sorti durant la durée de leur prestation. Un dispositif a même été installé à l’entrée pour mettre sous scellé tous les téléphones. Je trouve que c’est une excellente idée pour empêcher les gens de filmer parce que cela casse la communication entre les musiciens et le public. Certains ne suivent plus le concert en direct mais à travers leur application.

     

    Un mot sur les musiciens qui t’accompagnent en tournée depuis plusieurs années.

    Nous formons un véritable collectif aussi bien en studio que sur scène. C’est mon objectif de garder le même un line-up car la cohésion musicale est indéniable. John Cody est mon batteur depuis près de 20 ans, c’est aussi mon mari et le père des mes enfants. Dave Reimer (bassiste) est avec nous depuis quinze ans et le petit dernier, Sean Kelly (Helix, Four By Fate) a rejoint le groupe, il y a six ans maintenant. Nous recherchions à l’époque un soliste ayant l’esprit d’équipe. Cela fait partie de l’ADN de Sean qui est non seulement un brillant guitariste mais aussi un excellent compositeur.

    Lee Aaron band

    Tu joues désormais de la guitare rythmique sur scène.

     

    Oui, j’utilise une Stratocaster en tournée. Je ne suis pas une grande guitariste mais j’ai une bonne perception du rythme et un bon timing. Je compose d’ailleurs à la guitare. Après la tournée de 2017 en Europe, nous avons décidé de nous passer du claviériste. J’en ai profité pour jouer de la guitare rythmique. Je m’installe aussi au piano sur « Barely Holdin On ». Je trouve que le groupe sonne mieux dans une formule à quatre. 

     

    Es-tu satisfaite des ventes de Diamond Baby Blues (2018) malgré l’absence de diffusion sur les radios musicales ?

     

    Je ne sais pas comment cela se passe chez vous en Europe mais ici en Amérique du Nord, les artistes qui ont une carrière de plus de 20 ans ne sont plus diffusés. Vu de l'extérieur, ça peut sembler grotesque. Le dernier album de Bryan Adams et celui de Bruce Springsteen ne se sont pas retrouvés dans les playlists, alors tu penses bien, les nouvelles chansons de Lee Aaron n’ont aucune chance d’être programmées sur les stations commerciales. Aujourd’hui vous devez créer vos propres vidéos, profiter de YouTube ou des services de musique en streaming comme Spotify pour la diffusion. Le format physique de Fire And Gasoline s’est relativement bien vendu et selon la direction du label (Metalville Records) nous avons vendu deux fois plus de copies de Diamond Baby Blues en Europe. Je ne peux donc pas me plaindre.

    Lee aaron2

     

    Peux-tu nous donner des informations sur le prochain album studio.

     

    Nous avons réalisé une séance de compositions au mois d’avril à Vancouver. Cet enregistrement est différent. Pour les deux albums précédents, on s’envoyait des fichiers par e-mail. Cette fois, nous avons travaillé à « l’ancienne » en studio. Pendant que le groupe se lançait dans une séance de jam, je prenais le micro et commençais à chanter. C’était vraiment la musique qui nous dirigeait. Je veux que cet album dégage l’énergie des premiers disques de Led Zeppelin ou d’Appetite For Destruction des Guns N 'Roses, avec un son brut et live. Il n’a pas encore de titre mais je peux déjà te parler de quelques chansons.  « Devil’s Gold » évoque le côté matérialiste gens et notamment le côté addictif des réseaux sociaux sur de nombreux jeunes tandis que « Great Big Love » raconte l’histoire de deux personnes que tout oppose mais qui s’aiment. L’amour ne s’arrête pas aux différences, c’est en substance le message. Ma fille de quinze ans, que l’on peut voir dans les vidéos de « Tom Boy » et « American High », a une magnifique voix. Je souhaite l’inviter sur ce disque dont la sortie est prévue en 2020.

     

    Il paraît que toi et ton mai John, possédez une impressionnante collection de vinyles et de disques compacts.

     

    Oui, on a plus d’un quart de million de vinyles à la maison et environ cinquante mille CD. C’est vraiment dingue. (Rires)

      Lee Aaron Live

     LEE AARON

     Power, Soul and Rock'n'Roll

    Metalville Records

    Lee Aaron, toujours aussi splendide à 57 ans, publie un premier album live et nous procure beaucoup de plaisir. Au-delà des hymnes emblématiques comme « Metal Queen » et « Powerline », la chanteuse canadienne nous fait découvrir des morceaux des deux derniers albums qui sont tout aussi intéressants à commencer par le tonique « Tom Boy » (une chanson ironique sur les femmes s’inquiétant de leur âge et de leur aspect)  ou le bluesy « Diamond Baby », déjà remarquable en studio mais qui prend ici une toute autre dimension. Si on apprécie la poignante ballade « Barely Holdin On », le sommet du show reste la version époustouflante de « Mistreated » (Deep Purple) ou encore la reprise de Koko Taylor « I’m A Woman » - un pastiche du « I’m A Man » de Muddy Waters, sur lequel Lee sort les griffes. Derrière sa voix énergique, les musiciens font feu de tout bois si bien que les concerts donnés en plein air devant 20.000 personnes à Balingen et dans un club bondé à Nuremberg, explosent en une énergie brut. La reine du rock’n’roll est de retour ! En voici la preuve… [Ph. Saintes]   

     

    Retrouvez cet article dans Classic Obs' #4 (octobre-novembre 2019)

     

    votre commentaire
  • Classic Obs' #3

    Découvrez Metal Obs’ en version Classique !

     Avec Classic Obs’, on vous fait vivre et revivre l’authenticité des groupes mythiques et découvrir toute la modernité du heavy metal actuel ! 

    CLASSIC OBS’ #3

     À lire et à télécharger ici !


    votre commentaire
  •    IAN GILLAN

     Le feu sacré

    En vue de la sortie de « Contractual Obligation » trois albums live avec le Don Airey Band et orchestre philarmonique enregistrés en 2016, j’ai eu l’honneur de m’entretenir avec Ian Gillan, l’un des monstres sacrés du hard-rock, Hellzine ayant apparemment une cote excellente auprès du label ! J’attends l’appel téléphonique avec une certaine appréhension mais l’entretien commence bien. Lorsque je lui fais part de mon sentiment sur ce projet musical, mon interlocuteur me signale que le café matinal qu’il est entrain de boire va passer plus facilement. Une touche de bonne humeur qui nous permet de plonger dans le vif du sujet. [Entretien avec Ian Gillan (chant) par Philippe Saintes – photos : Deadly Pix]

     IAN GILLAN

    Ian, « Contractual Obligation » est une collection de trois “live”. Il n’est pas inintéressant de se procurer les différentes versions  car c’est bien connu, tu ne chantes jamais deux fois de la même façon

    Je me souviens d’une conversation avec le regretté Luciano Pavarotti dans laquelle il m’a dit : ‘Je t’ai vu interpréter « Smoke On The Water » à six reprises et à chaque fois tu chantais différemment. Parfois la voix est plus claire, parfois plus grave. Je t’envie car si je fais cela, le public me crucifierait. Je suis obligé de chanteur de la même façon chaque soir à l’opéra.’ J’ai cette liberté. J’aime interpréter une chanson de façon spontanée, selon l’inspiration et le feeling du moment même si cela ne se remarque pas nécessairement en concert. C’est comme raconter une même histoire de 99 manières différentes dans un bistro.

    Tu as choisi les morceaux en pensant à une rétrospective de ta carrière ?

    Je dirais plutôt que c’est un miroir de ma personnalité.  J’aime le blues, la soul-music, la pop, le rock, le jazz, le classique. On retrouve ici toutes les sensations musicales qui me fascinent. J’ai analysé mon répertoire et sélectionné les titres qui, tout en plaisant aux fans, devaient sonner parfaitement en concert avec un orchestre. Des compositions moins connues comme « Razzle Dazzle » et « Anya » me plaisent tout comme « Ain't No More Cane On The Brazos », une chanson importante pour moi. Si j’avais écouté mon cœur, on aurait fait un show de dix heures (rires).

    Parmi les moments forts du concert, il y a effectivement cette magnifique interprétation de « Ain't No More Cane On The Brazos », un titre toujours d’actualité puisqu’il parle de migration.

    « Ain't No More Cane On The Brazos » fait effectivement référence à la grande migration d’anciens esclaves qui ont traversé le Mississippi pour se rendre à Chicago. Ils interprétaient des chants de travail (work songs) pour se donner du courage dans les champs de coton. C’était aussi un moyen de communiquer entre-eux discrètement avec des messages codés sans que le maître comprenne ou se doute de quelque chose. Il reste encore malheureusement aujourd’hui des préjugés raciaux. Lors d’une tournée aux Etats-Unis dans les années 90 dans la région de la côte du Golfe, j’ai vu un couple mixte, un homme noir et sa compagne blanche, se faire conspuer par des passants. Le pire est que la police a demandé à ce jeune couple de dégager car il… troublait l’ordre public. C’était vraiment choquant !

    On trouve également dans la playlist l’instrumental « Difficult To Cure» de Rainbow, le groupe formé par le guitariste Ritchie Blackmore après son départ de Deep Purple. Un joli clin d’œil car malgré les conflits votre association fut extraordinaire.

    En effet ! Il a été mon compagnon de chambre en tournée lorsque j’ai rejoins le groupe en 1969. Nous nous sommes payés des parties de rigolades, nous nous encouragions mutuellement mais Ritchie est quelqu’un de lunatique. Avec lui, il y avait des jours avec et des jours sans. Cela fait partie de son caractère. Si les gens ne retiennent que les accrochages, nous avons réussi à tirer le meilleur de notre collaboration. Même si je doute que nous reparlions un jour, je suis le premier à dire qu’il nous a sorti de grandes choses et il m’arrivait d’être émerveillé. C’est un grand guitariste.

    Pour cette tournée symphonique, tu as pu compter sur le talent de Simon McBride, un virtuose dans la lignée des guitaristes de blues-rock irlandais, je pense  à Gary Moore et Rory Gallagher.

    Tout à fait d’accord. Pour moi, Il a de l’ADN de Rory Gallagher et de Jeff Beck. Simon maîtrise le rythme, le phrasé et la dynamique de façon incroyable. Il fait partie de cette catégorie de solistes dont on reconnaît la signature dès les premières notes. Le riff de « Hang Me Out To Dry »  qu’il joue en public est une merveille. C’est Leslie West qui avait créé celui-ci pour l’album « Toolbox » (1992). Je n’avais jamais entendu jusqu’ici quelqu’un capable de le reproduire parfaitement. Simon lui y est parvenu avec brio. Nous nous sommes revus il y a quelques mois et j’espère très vite retravailler avec lui.  

    Don Airey (v. Hellzine n° 14) t’a accompagné sur cette tournée. Qu’est-ce que tu apprécies le plus chez lui.

    La fidélité qui est la base de son éducation et de sa philosophie. Il n’y a jamais de surprise avec Don. Il ne joue jamais en demi-teinte. Ces prestations sont toujours cinq étoiles. Il domine son sujet chaque soir. Je le compare à un grand joueur de football avec beaucoup de technique et de style. Son groupe est composée d’excellents musiciens.  Il y a quelques semaines, j’ai assisté avec Ian Paice à un concert du Laurence Cottle Big Band au Ronnie Scott’s jazz club à Soho. Laurence (basse) était l’élément moteur sur scène avec beaucoup de présence. Il a chaque fois une approche différente des chansons, que ce soit des titres de Deep Purple ou de Ian Gillan. Il évolue dans un style qui est plus jazz que rock, et cette ouverture d’esprit a influencé notre performance collective lors des concerts donnés en 2016. N’importe quel chanteur serait heureux de se produire avec le groupe de Don Airey.

    Tu  as interprète « You’re Gonna Ruin Me Baby » en duo avec ta fille Grace lors de ces concerts. A n'en point douter, la relève est assurée !

    Nous avions déjà chanté ensemble dans des pubs ou des évènements organisés dans notre village mais jamais sur une grande scène. C’était génial. Elle a fredonné pour la première fois cette chanson à l’âge de 5 ans. Grace a aujourd’hui son propre groupe (Psychadelephant), mais tirer son épingle du jeu dans un secteur musical en crise, reste un parcours du combattant.

    IAN GILLAN (2)

     « Si j’avais écouté mon cœur, on aurait fait un show de dix heures » 

     Il n’est pas étonnant que ton choix se soit porté sur les pays de l’Est puisque tu as régulièrement tourné dans l’ancienne Union Soviétique durant ta carrière solo.

    La tourné « Naked Thunder », entreprise en 1990, un peu après la chute du Mur, fut un voyage épique. Nous avons débuté à Saint-Pétersbourg et terminé à Makhatchkala au Daghestan. Nous sommes passés par la Géorgie et la Tchétchénie avec notamment trois soirs d’affilées au stade de Grozny. Des villageois, descendus des montagnes pour venir nous entendre jouer, se sont installés autour d'un feu de camp avec des oies, des poulets et des chiens. C’était assez surréaliste. Ils n’avaient jamais écouté de musique occidentale et encore moins du rock. Le sourire de ces braves gens a été une belle leçon d’humilité. Plus tard, j’ai été reçu par Dmitry Medvedev qui occupait le poste de président de la fédération de Russie. Ce dernier m’a révélé qu’il avait été DJ dans son école de Léningrad. Avec l’aval de la jeunesse communiste et de son professeur, il a pu traduire en classe les paroles des chansons de l’album « In Rock », les analyser et les commenter. C’est ainsi qu’il a appris à parler anglais. Il a saisi le sens du message derrière le titre « Child In Time » qui est librement inspiré de la guerre froide. ‘On voyait les occidentaux comme des ennemis, des gens effrayants mais j’ai compris qu’il n’y avait pas de différences, les êtres humains veulent tous les mêmes choses et ont les mêmes espoirs.’ Je n’oublierai jamais ces paroles. Dmitry Medvedev est aujourd’hui l’un de nos plus grands fans. La culture n’a pas de frontière, elle rapproche les peuples.

    Ce n’est bien sûr pas la première fois que tu joues en compagnie d’un orchestre symphonique. On se souvient du fameux « Concerto pour groupe et orchestre », au Royal Albert Hall de Londres, en 1969. Ce devait être à la fois excitant et impressionnant pour le jeune chanteur que tu étais à l’époque ?  

    Je ne me rappelle pas avoir été impressionne. Néanmoins, ce fut un véritable défi car le climat était hostile durant les répétitions. Le groupe respectait évidemment le nom et la réputation de l’orchestre symphonique de Londres mais plusieurs de ses musiciens ne nous appréciaient guère. Deep Purple n’était pas encore très connu à cette époque et ils semblaient embarrassés de jouer avec une bande de  jeunes chevelus. L'autorité du chef d’orchestre (Malcolm Arnold) a néanmoins permis de remettre de l'ordre dans les rangs. Certains membres de l’orchestre étaient toutefois dissipés pendant la performance, si tu écoutes bien, tu peux entendre des erreurs et fausses notes mais je n’y ai pas prêté attention sur le moment. Ce n’est que trente ans plus tard, en 1999, quand nous avons réinterprété ce concerto que j’ai réalisé  l’extraordinaire œuvre musicale composée par Jon Lord. Elle est basée sous le signe du conflit, de la confrontation. Grâce à cette passe d’arme John a réussi à tracer des ponts entre deux genres musicaux. Deep Purple a été le premier à le faire. Ce fut compliqué car nous étions en pleine répétition de « In Rock », un album de hard rock. Ritchie Blackmore et Ian Paice n’ont pas pris du plaisir mais cette expérience a tout de même été bénéfique sur le plan médiatique. Personnellement, je retiens que mon grand-père, le prototype du gentleman anglais et ancien chanteur d’opéra, a assisté à ma prestation au Royal Albert Hall. Il était le plus heureux des hommes ce soir-là.

    Il y a également 50 ans, l’homme marchait pour la première fois sur la lune. As-tu regardé cet évènement en direct ? 

    Oui absolument. Je me souviens de ce jour comme si c'était hier. Cela peut paraître démodé aujourd’hui mais à l’époque on appelait cela l’ère spatiale. Ce fut un pas de géant technologique. Ceux qui possèdent aujourd’hui un iPhone, ne peuvent s’imaginer que l'informatique qui a permis l'alunissage de Neil Armstrong et de Buzz Aldrin a entraîné de nombreuses innovations. La conquête de la lune a été une vraie source d'inspiration pour ma génération. J’ai visité pas plus tard qu’hier une exposition sur la mission Apollo 11, c’était fantastique.

    Deep Purple se porte à merveille en 2019. Je ne vous vois pas ranger les guitares et le micro. Envisagez-vous de retourner tous les cinq en studio ?

    De toi à moi, je ne serais pas vraiment surpris. Pour ce qui est du futur, je vais mettre un frein aux  tournées après nos dates aux Etats-Unis cet été. Je viens de quitter les studios de Nashville et Toronto où j’ai travaillé sur trois projets différents. J’ai donc besoin d’un peu de repos. Je vais mettre à profit ce temps libre pour composer. Je pense que le prochain disque de Purple sortira dans un an et évidemment il y aura une tournée pour l’accompagner bien que pour l’instant, je ne peux pas te le confirmer car nous n’en avons pas encore vraiment parlé entre nous.

    Gillan Moscou

    Gillan - St Petersbourg

    Gillan - varsovie

     IAN GILLAN

    Contractual Obligation»

    Frontiers Records

    De sa dernière tournée dans la partie est de l’Europe en compagnie du groupe de Don Airey et de différents orchestres philharmoniques, Ian Gillan propose un triple live. Intégralement filmé au Kremlin Palace, le show de Moscou est disponible en Blu-ray, celui de Varsovie en disque compact tandis que le concert donné à Saint-Pétersbourg a été immortalisé sur vinyle. Une série labellisée avec humour « Contractual Obligation ». Nous sommes rassurés sur le contenu dès les premières arpèges de « Hang Me Out To Dry ». Tous les acteurs sont à la hauteur, à commencer par le boss dont les performances vocales restent d’un haut niveau. Don Airey s’amuse derrière ses claviers, Laurence Cottle donne du groove à l’ensemble et Simon McBride irradie sur scène sans en faire des tonnes. L’interaction entre le groupe et l’orchestre tient souvent de la perfection (« Lazy », « Anya », « Ain't No More Cane On The Brazos », « When A Blind Man Cries »). Outre des classiques de Deep Purple et quelques morceaux du répertoire du chanteur anglais, on note dans la setlist l’adaptation de l’hymne à la joie de Beethoven (« Difficult To Cure ») et la reprise d’un standard du blues « You’re Gonna Ruin Me Baby » que Gillan interprète en duo avec sa fille, Grace. Sur « A Day Late 'n' A Dollar Short », Ian rend hommage à son ancien complice au sein de Repo Depo, le batteur Lenny Haze, décédé un peu avant cette tournée (2016). Les concerts se terminent sur deux titres phares « Hush » et « Black Night » durant lesquels le public de 7 à 77 se déchaîne. Une belle leçon technique et émotionnelle. [Ph. Saintes] 

     

     

    votre commentaire
  • Sur scène, Europe a rarement déçu et cette prestation au Lokerse Feesten dimanche est là pour témoigner de la bonne santé du groupe qui a su faire apprécier d’entrée de jeu ses dernières compositions (« Walk The Earth » et « The Siege »). Joey Tempest (55 ans), bouillonnant d’énergie fut incontestablement la vedette de la soirée. En revanche, le guitariste John Norum est aussi amusant en live que Jack Nicholson dans Shining. « Carrie » a fait fondre les cœurs et les plastiques des briquets alors que « Supertitious », « Cherokee » et l’hymne « The Final Countdown » ont été repris à tue-tête par la foule. Merci aux cinq artistes scandinaves pour cet excellent concert malheureusement trop court (1h).

    Europe : Lokerse Feesten 2019 (4)

    Europe : Lokerse Feesten 2019 (2)

    SCORPIONS/EUROPE : Lokerse Feesten, Lokeren, 4 août 2019

    Europe : Lokerse Feesten 2019 (3)

    A l’instar d'Iron Maiden, Scorpions est l’un des derniers géants capables de faire l’unanimité auprès de la population métallique, et ce au mépris de toutes les divisions. Toutefois, le groupe de Rudolf Schenker semble souffrir d’un manque de renouvellement. Ce show est effet un "copier-coller" de celui donné à Forest National le 4 avril 2018. Il n’en reste pas moins que les Allemands ont sorti l'artillerie lourde et que les fans ont pu se régaler sur les incontournables « Make It Real », « Holidays », « The Zoo », « Coast to Coast », « Send Me An Angel », « Wind of Change », « Blackout », « Big City Nights » et en rappel, « Still Loving You « et « Rock You Like a Hurricane »…

     Scorpions - Lokerse Feesten 2019

    Scorpions - Lokerse Feesten 2019 (2)

    Scorpions - Lokerse Feesten 2019 (3)

    Scorpions - Lokerse Feesten 2019 (4)

    Scorpions - Lokerse Feesten 2019 (5)

    Texte et Photos © Phil de Fer 2019

     

    votre commentaire
  •  THE END MACHINE

     Les copains d’abord

    The End Machine est composé de trois membres de la formation américaine Dokken : George ‘Mr. Scary’ Lynch, Jeff Pilson, et ‘Wild’Mick Brown. Le chant étant assuré par un ami de la ‘famille’, Robert Mason (Warrant). Ce spin-off de Dokken méritait donc bien l’attention de Metal Obs’. [Entretien avec Jeff Pilson (basse) par Philippe Saintes  - photos : Alex Solca et Kevin Baldes]

    THE END MACHINE

    Jeff, The End Machine mélange retour aux sources et modernité. Il est d’ailleurs bien difficile de ne pas succomber à la fraîcheur qui se dégage de ce disque.

    Merci. Il est vrai que certaines chansons se rapprochent de nos racines mais c’est quelque chose de naturel et non de calculé. D’autant que nous ne sommes pas du genre à regarder en arrière. Il y a surtout des titres très actuels sur cet album. Il ne répond finalement qu’à nos propres envies et notre propre intuition du moment. Le secret de sa fraîcheur ? Les musiciens se connaissent depuis longtemps et ça se ressent.

     

    Robert Mason est votre chanteur mais Michael Sweet (Stryper) n’avait-il pas été pressenti pour ce poste à l’origine ?

    Nous avions pensé à lui pour une tournée avec le projet Tooth & Nail en 2012. C’est un excellent chanteur mais aussi un très bon guitariste. Michael aurait été la personne idéale pour nous renforcer en concert et interpréter les chansons de Dokken. La tournée n’a cependant pas eu lieu. Entre-temps, Michael et George ont sorti deux albums sous le nom Sweet & Lynch. Cela n’aurait eu aucun sens de prendre Michael car le but était de proposer quelque chose de nouveau. Je l’adore et j’espère que nous aurons l’occasion de travailler ensemble dans le futur mais c’est Robert qui a été choisi. Ce dernier n’est pas un inconnu puisqu’il a évolué au sein de Lynch Mob et a chanté sur « It’s Not Love », un titre de l’album de Slave To The Empire de T&N.

    Comment envisages-tu l’avenir de The End Machine ?

    Honnêtement c’est très compliqué de se projeter dans l’avenir. Robert joue dans Warrant, George a des projets avec Lynch Mob et je serai en tournée avec Foreigner jusqu’en novembre. En avril dernier, nous avons donné trois concerts sur la Côte Ouest sans Mick. Officiellement parce qu’il devait se produire la même semaine avec Dokken. En réalité, il n’a plus le feu sacré pour jouer simultanément dans deux groupes. Un jour, j’ai pris l’avion à Mexico où je m’étais produit avec Foreigner afin de me rendre à une répétition de The End Machine à Los Angeles.  C’est épuisant physiquement mais je prends du plaisir. Je ne peux toutefois par exiger la même chose de Mick. Il a été remplacé sur ces trois dates par Will Hunt (Evanescence, Black Label Socienty, Gus G.). On verra bien ce qui va se passer mais je suis convaincu qu’ il y aura un deuxième album de The End Machine car l’accueil du premier a été très positif et le label nous soutient à 100%.

     THE END MACHINE, promo

    Tu a également travaillé sur un nouveau projet pour le label Frontiers en compagnie de Reb Beach (Whitesnake, Winger), Robin McAuley (MSG) et Matt Starr (MR. Big, Ace Frehley). Que peux-tu nous en dire ?

    L’album sortira à la fin de l’année. Reb et moi avons composé onze chansons en onze jours. Ce sont des morceaux solides et pleins d’énergie. Robin n’a jamais aussi bien chanté. Je suis impatient de lire les commentaires. Pour l’instant, je ne suis pas autorisé à te dévoiler le nom du groupe parce que le label a imposé un embargo. Désolé !

    Tu es un ingénieur du son, un producteur, un musicien et un compositeur. Quelle facette de ton métier apprécies-tu le plus ?

    Je donne toujours le meilleur de moi-même dans tout ce que j’entreprends. J'ai eu la chance d'avoir de multiples rôles au cours de mon parcours musical mais comme je suis souvent sur la route pour le moment, mon job de producteur est celui qui me procure le plus de satisfaction. J’aime me retrouver dans mon propre studio.

    Tu as produit récemment le deuxième album de Last In Line dont tu es devenu en quelque sorte le 5è membre… 

    Les musiciens de Last In Line sont des gens ouverts et humbles. Ce qui me touche c'est surtout l'énergie et les émotions que dégagent Vinny Appice, Vivian Campbell, Phil Soussan et Andrew Freeman sur scène mais aussi en studio. C’est facile de travailler avec de tels professionnels parce que nous avons une vision similaire de la musique. Ma contribution principale consiste à amener l’artiste à donner le meilleur de lui-même. Je peux m’adapter tant que cela reste dans mon univers. J’adore sincèrement les gars de Last In Line. Ils sont merveilleux. Leur deuxième album est certainement mon favori.

    Tu as rejoint Foreigner il y a tout juste quinze ans (2004). Le groupe n’est-il pas impatient de retourner en studio et d'enregistrer un nouvel album?

    Foreigner a fêté ses 40 ans en sortant un double CD Forty Hits From Forty Years sur lequel on trouve un inédit « Give My Life For Love ». Nous avons ensuite réenregistré la chanson « The Flame Still Burns » que Mick (Jones) avait composé pour le film Still Crazy en 1998. Nous continuerons à proposer occasionnellement de nouveaux morceaux mais je ne nous vois pas interrompre notre tournée pour retourner en studio et enregistrer un album complet. Nous n’avons tout simplement pas le temps.

    THE END MACHINE, Jeff Pilson

    Toi qui a joué dans le film culte Rock Star, qu’as-tu pensé du biopic dédié à Mötley Crüe The Dirt ?

    Ce n’est pas un chef-d’œuvre mais ce n’est pas la faute de Mötley Crüe (il rit). C’est difficile de juger quand tu connais les personnes. Le comédien qui joue le rôle de Tommy Lee (Machine Gun Kelly) est excellent. Son interprétation est remarquable. Celui qui campe Niki Sixx est également crédible. En revanche, je n’ai pas reconnu Vince Neil et encore moins Mick Mars. Le jeu d’acteur est un peu bancal. Cependant, l’histoire est passionnante et j’ai beaucoup de respect pour les « Saints de Los Angeles ». Ils ont donné au rock une place plus grande qu’il n’en avait. Chapeau pour ce qu’ils ont accompli. Mötley Crüe mérite bien une consécration au Rock’n’Roll Hall of Fame. 

    The Dirt montre que le slogan « sex, drugs and rock’n’roll » n’était pas une légende urbaine dans les années ‘80. Tu as aussi dû connaître des histoires étonnantes avec Dokken ?

    (Il rit). Oh oui beaucoup. J’ai commis pas mal d’excès mais le meilleur souvenir remonte à mon 30è anniversaire.  Dokken se produisait à Vancouver et à la fin de la soirée, on a évidemment décidé de faire la bringue. Je ne bois plus mais à l’époque quand je faisais la tournée des bars avec les copains, j’étais complètement bourré. Le propriétaire d’un club a commencé à m’insulter en insinuant que j’avais tripoté des filles. Est-ce que j’avais flirté ? Absolument mais je n’ai pas eu de geste déplacé envers qui que ce soit. Soudain, quatre types me sont tombés dessus et m’ont traîné vers la sortie. Ce n’est pas une histoire spécialement glorieuse mais j’en rigole aujourd’hui car elle s’est bien terminée. Don Dokken, George et Mick qui avaient suivi la scène, se sont précipités sur les quatre types et le propriétaire. La bagarre a tourné à notre avantage. La presse a souvent parlé des engeulades et des conflits internes chez Dokken, pourtant cette soirée a été ma plus belle expérience de camaraderie. 

    Si tu devais résumer ta carrière en cinq chansons. Quels titres choisirais-tu ?

    Pour commencer « Burn The Truth », mon morceau préféré de The End Machine. J’en suis très fier. Ensuite, « It’s Not Love » de Dokken, une très bonne chanson mélodique qui résiste bien à l’épreuve du temps mais aussi l’emblématique « Dream Warriors ». Nous étions en pleine tournée et le producteur de Nightmare On Elm Street 3 (« Les Griffes du Cauchemar ») est venu nous proposer ce titre, pour lequel nous devions composer un morceau. Ça a été l’un des succès de l’été aux States en 1987. Dokken qui participé à la carrière de Freddy Kruger mérite bien deux titres dans ce top 5 (rires). J’ajouterai « Ever Higher » une plage électro-acoustique de l’album Wicked-Underground (Lynch-Pilson) que les gens ne connaissent pas beaucoup. On y trouve pourtant d’excellentes compositions. Mon dernier choix se porte sur « Back From The Dead » titre éponyme de l’album d’Adler sorti en 2012. Collaborer avec Steven Adler (ex-Guns N’ Roses) fut une chouette expérience. Steven est selon moi un batteur sous-estimé. Quand il tient le groove, il dégage une énergie unique. C’est aussi l’un de mes meilleurs amis.

    Quel a été ton premier concert ? 

    Le M’Woky Pop Fest au Memorial County Stadium de Milwaukee, en juin 1970, avec les Beach Boys, Tommy Row, les Supremes, Andy Kim et le groupe Ides Of March. Un événement fabuleux !

    Et ton premier disque vinyle ?

    Meet The Beatles. J’ai été complètement soufflé quand j’ai entendu pour la première fois les Beatles. Et je continue à les écouter encore maintenant car on découvre toujours quelque chose de nouveau dans leur travail.

     Retrouvez cet article dans Classic Obs' #3

     THE END MACHINE, cover

     THE END MACHINE

    The End Machine

    Frontiers Records 

    The End Machine est un spin-off de Dokken, puisque composé de trois membres de la formation américaine : George ‘Mr. Scary’ Lynch (guitare), Jeff Pilson (basse) et ‘Wild’Mick Brown (batterie). Il fait également suite au projet musical T&N. Le chant ici est assuré par un ami de la ‘famille’, Robert Mason (Warrant) actif autrefois au sein de Lynch Mob. Alors que trouve-t-on sous le capot de cette machine ? Un moteur à explosion surgénéré qui délivre au quart de tour des guitares vitaminées, des lignes de basse dévastatrices et une batterie graissée à la moelle de buffle. Je ne vous livrerai pas l’album en pièces détachées. Je signalerai juste que l’on trouve des titres accrocheurs (« Leap Of Faith », « Hold Me Down ») , du gros calibres (« Bulletproof » et « Ride It »), mais aussi un titre atmosphérique (« Burn The Truth ») qui navigue entre le Dog Eat Dog de Warrant et le style mi-blues de Lynch Mob. Mason est en état de grâce sur cet album, Pilson impressionne avec son jeu de basse percutant, Brown cogne toujours aussi fort tandis que Lynch reste ce grand acrobate du solo pirouette et incisif. Tempo cul de plomb, déluge électrique, riffs au napalm et chant divin, tout est au top niveau sur ce disque qui en laissera plus d’un sur le bitume. [Ph. Saintes] 

     

     

    votre commentaire
  • JIM PETERIK & WORLD STAGE

     L’empreinte du tigre

    Le nom de Jim Peterik (ex-Survivor) évoque immanquablement un nombre de mélodies gravées dans la mémoire collective universelle. C’est aussi paradoxalement l’un des musiciens les plus mal connus alors qu’il a aligné les hits planétaires comme « Vehicle », « Eye Of The Tiger » ou « Burning Heart ». Cinquante-cinq ans après ses premiers balbutiements musicaux, ‘Jimbo’ continue à produire des disques inspirés tout en restant un songwriter de génie. Si son supergroupe World Stage a fait l’actualité au printemps, l’homme à la chevelure pourpre termine déjà un nouvel album avec le groupe de funk rock The Ides Of March.[Entretien avec David Coverdale (chant) par Philippe Saintes  - photos : Kristie Mayfair Schram]

    Jim, Winds Of Change est le 2è album studio du collectif World Stage. Il fait suite au Vol. 1  sorti en 2012. On retrouve une nouvelle fois le concept des duos avec des monstres sacrés du hard mélodique.

    World Stage est avant tout un projet « live ». Pour cet album, j’ai souhaité capturer avec mes compagnons de route, notre héritage musical. Prenons l’exemple de Mike Reno [chanteur de Loverboy] avec lequel j’ai écrit « Without A Bullet Being Fired » après un concert de World Stage. Nous n’avions jamais composé ensemble auparavant. Survivor et son groupe Loverboy étaient représentatifs du genre appelé « Arena Rock » dans les années ’80. J’ai voulu faire apparaître cette énergie dans la chanson. Je formulerai la même remarque pour « Winds Of Change ». Don Barnes [chanteur de 38 Special} préférait faire quelque chose de plus moderne mais je l’ai convaincu de garder intact l’esprit des années ’80. Mon ami Dennis DeYoung s’est lui carrément inspiré du style de Styx sur « Proof Of Heaven » avec des arrangements prog rock et des éléments du théâtre. Je trouve cela très rafraîchissant car aujourd’hui trop de grands noms du rock des années ’70 et ’80 se détachent de l’univers musical qui a fait leur succès. En réalité, ils sont découragés par la crise de l’industrie du disque. 

    Le titre générique de l’album « Winds Of Change » est un vrai message d’espoir.

    Je me suis inspiré d’une fusillade dans un lycée en Floride qui a fait plusieurs victimes. Ces tueries de masse se répètent malheureusement à un rythme trop soutenu aux Etats-Unis. Des centaines d'étudiants ont manifesté dans la rue. Ce qui m’a frappé c’est le discours tenu par les enfants qui ont survécu au massacre à propos du contrôle des armes. Personnellement, à 17 ans, je n’aurais pas pu avoir des paroles aussi sensées après un tel drame. Ces enfants ont fait preuve d’une maturité incroyable. Ils incarnent le vent du changement. Grâce à eux, je reste optimiste devant l’humanité. 

    JIM PETERIK, promo

    On peut aussi entendre la version originale de « Just For You » qui a été popularisée par REO Speedwagon en 1999.

    En effet. Après avoir écrit « Just For You », j’ai invité Kevin Cronin [chanteur de REO] à me rejoindre dans mon home studio à Chicago. La chanson d’origine a un côté fragile, touchant.  Kevin a finalement choisi d’enregistrer avec son groupe une version alternative sur laquelle on peut entendre les merveilleux arrangements de Peter Asher [album The Ballads]. Il m’a appelé il y a quelques mois pour me dire qu’il possédait toujours la démo et m’a suggéré de l’ajouter sur le nouvel album. On se connaît depuis plus de 40 ans. C’est l’un de mes meilleurs amis.

    Tu partages le chant de « I Will What I Want » avec Kelly Keagy (Night Ranger) dont tu as produit les deux albums solos. Il ne se contente pas d’être un bon batteur, Il possède aussi une très belle voix à l’instar de Peter Criss (Kiss), Dean Castronovo (Journey) ou Don Henley (Eagles).

    Comme tous les artistes que tu viens de citer. Kelly est une force de la nature. C’est un batteur imprévisible. Tu ne sais jamais à quoi t’attendre avec lui. C’est assez surprenant mais une fois que tu as compris la subtilité qui se dégage de son jeu et entre dans le rythme, cela devient vraiment explosif. « I Will What I Want » est un bon exemple, c’est un titre plein d’énergie. Sa voix est sublime. Kelly est aussi un compositeur de talent. Et puis, humainement, c’est quelqu’un de très positif et de chaleureux.  

    Parlons des petits nouveaux, les Scandinaves de Work Of Art présents sur le très aéré « When The Eagles Dare ». Etait-ce un choix du label ?

    Non. Lors du MelodicRock Fest à Chicago, il y a quatre ans, j’ai fait la connaissance des gars de Work Of Art. J’ai été fasciné par la voix de Lars Safsund tandis que Robert Säll est un brillant guitariste. Il s’est avéré qu’ils étaient tous les deux fans de mon travail. Je leur ai donné le titre « The Music Remembers »  la plage d’ouverture de l’album hommage à Jimi Jamison et Fergie Frederiksen [Torch]. Work Of Art est le premier groupe que j’ai contacté pour ce 2è opus de Live Stage. J’ai imaginé « When The Eagles Dare » en me basant sur le jeu de Robert et la voix de Lars. C’est l’un de mes morceaux préférés de ce disque bien qu’il soit différent du reste. 

    Comment vous êtes vous réparti le travail ? Quel a été la part de chacun ?

    En fat c’est assez simple, on travaillait ensemble sur la musique et j’apportais généralement les paroles sauf pour « Proof Of Heaven », une chanson entièrement écrite par Dennis DeYoung. C’était généralement du 50/50. Tous m’ont rejoint en studio à l’exception de Danny Vaughn [Tyketto] qui habite en Alaska. C’était compliqué au niveau organisation. Nous avons donc utilisé Skype et FaceTime pour créer « The Hand I Was Dealt ». C’est un enregistrement spontané.  C’est même l’un des moments fort du disque.

    JIM PETERIK et DENIS DE YOUNG

    On trouve aussi le très beau et émouvant « Love All Over The World » interprété par Jimi Jamison (Survivor). Un  titre posthume. 

    En effet, l’idée était d’avoir une chanson de Jimi Jamison que personne n’avait jamais entendue, même sur scène. En 2008, Jimi a commencé  à travailler sur un album orienté country car il était attaché à ses racines. J’ai trouvé l’idée excellente. Nous avons enregistré sept ou huit chanson dans l’esprit « new country ». Je considère certaines d’entre-elles comme intéressantes mais « Love All Over The Wolrd » est une perle. J’ai ajouté sur la démo des mandolines, des guitares acoustiques et une guitare dobro. Cependant, nous n’avons jamais achevé ce morceau car le boss du label de Frontiers m’a demandé de réaliser un nouvel album rock pour Jimi, le futur Crossroads Moment. Les premières années après sa mort, j’ai dû sortir du brouillard mais quand j’ai commencé à travailler sur ce deuxième disque de Wolrd Stage, cette chanson m’a traversé l’esprit. J’ai contacté la famille de Jimi et celle-ci m’a donné carte blanche pour utiliser sa voix avec une nouvelle orchestration.. Mon fils Colin, joue de la batterie sur ce morceau posthume, je partage les guitares avec Mike Aquino et Bill Syniar tient la basse. Ce fut une session très émouvante. Jimi n’était pas vraiment absent, son esprit était avec nous dans le studio. Je devais bien à mon vieil acolyte de fermer cette parenthèse. Il me manque beaucoup.

    Tu as perdu un autre bon camarade, Stephan Ellis (bassiste de Survivor) qui est décédé au mois de février. As-tu une anecdote à partager avec nous ?

    Stephan avait deux passions, le vin rosé et sa basse. C’était un homme très modeste mais il a été l’un des architectes du son de Survivor. Il faisait galoper son médiator donnant ainsi une attaque puissante aux notes. Son style était en fait similaire à celui de Chris Squire de Yes. Stephen était heureux de son statut d’artiste. Après la sortie du 1er album, Frankie et moi cherchions un son différent. Nous venions de nous séparer de Dennis Keith Johnson [bassiste] et Gary Smith [batteur]. Nous sommes partis à Los Angeles pour trouver leurs remplaçants. On a auditionné de nombreux musiciens sans succès jusqu’au jour où notre ami Ferggie Frederiksen nous a invité à boire un verre dans un bar appelé le Flippers Roller Disco. On regardait des filles qui faisaient du pole dance pendant qu’un groupe répondant au nom de Baxter jouait du rock’n’roll. Leur bassiste se débrouillait vraiment bien. Frankie trouvait qu’il avait le profil. J’étais de son avis. Profitant d’une pause j’ai invité Stephan à venir passer une audition pour Survivor. Sa réponse fut brève : « qui ? Jamais entendu parler ! » (il rit). Nous n’étions pas encore célèbres à ce moment-là. Je lui ai répondu que le groupe était sous contrat avec le label Scotti Brothers et avait déjà réalisé un disque. Le lendemain matin, il s’est présenté au studio d’enregistrement. Le batteur Marc Droubay était également présent ce jour-là. La séance fut magique. Nous tenions enfin notre section rythmique. Le nouveau line-up a travaillé durant cette première session sur « Heart Of Stone », un enregistrement qui n’a jamais vu le jour.

    Quelles sont tes relations aujourd’hui avec les membres historiques de Survivor ?

    Stephan Ellis (basse) nous a malheureusement quitté au mois de février à l’âge de 69 ans. C’était un quelqu’un de très modeste mais il a été l’un des architectes du son de Survivor. Je suis resté en contact avec Dave Bickler (chant). Nos carrières ne se sont pas vraiment séparées puisqu’il joue occasionnellement au sein du collectif World Stage. Nous avons d’ailleurs interprété un titre de son album solo [Darklight] pendant un concert l’an dernier. Pour ce qui est de Frankie [Sullivan] c’est plus compliqué. Il y a un respect mutuel entre-nous mais on ne communique pas vraiment. Il est très protecteur par rapport au nom de Survivor (Katy Perry échappera de peu à un procès pour avoir utilisé, en 2013, l'expression «  Eye of the Tiger  » dans les paroles de son titre «  Roar  »). Je ne peux pas le blâmer pour cela car il a apporté énormément au groupe. C’est un guitariste et compositeur brillant. Est-ce que j’envisage de revenir au sein de Survivor ? Non, je préfère continuer mon bonhomme de chemin seul.

    Tu as écrit plus de 5.000 chansons au cours de ta carrière. Quel serait ton top 5 ?

    Tout d’abord « Vehicle » des Ides Of March. Je devais avoir une petite vingtaine d’année au moment d’écrire  ce tube. J’ai eu beaucoup de chance. Ensuite, il y a évidemment l’incontournable « Eye Of The Tiger » choisi par mon ami Sylvester Stallonne comme générique d'ouverture de Rocky III. « The Search Is Over », un autre titre de Survivor, « Hold On Loosely » un morceau composé pour 38 Special et « That’s Why God Made The Radio » des Beach Boys car j’ai réalisé un de mes rêves en composant une chanson pour mon idole, Brian Wilson.

    Ce sont pour la plupart des tubes intemporels. Il est certain que dans cinquante ans, « Vehicle » et « Eye Of The Tiger » seront encore diffusés sur les ondes.

    Je suis fier de savoir que ma musique me survivra. Ce n’est pas facile d’évoquer sa fin mais ces mélodies resteront gravées dans la mémoire collective car elles sont universelles. J’ai déjà atteint l’âge de la retraite. Je suis grand-père aujourd’hui et mon fils est un excellent musicien, compositeur et ingénieur du son. Je sais qu’il gérera efficacement mon patrimoine musical. Je ne me tracasse pas pour cela. Si je suis arrivé à faire passer des émotions à travers mes chansons durant toutes ces années, c’est ma plus belle récompense, mort ou vif (rires) !

    JIM PETERIK, promo 2

    Tu as présenté à Sylvester Stallone deux titres pour la B.O du film Rocky III, « Eye Of The Tiger » bien sûr mais quel a été le second morceau ?

    « Ever Since The Love Began », une de mes plus belles compositions. Malheureusement, cette ballade n’a pas été retenue par la compagnie cinématographique au grand dam de Sylvester Stallone d’ailleurs toutefois, il l’a utilisée pour la bande originale de Lock Up [Haute Sécurité}) en 1989. J’étais fier d’annoncer à mon père que j’avais écrit deux chansons deux chansons pour le long-métrage Rocky. Lorsque je lui ai joué « Ever Since The Love Began » il a eu les larmes aux yeux. Malheureusement, il n’a jamais entendu « Eye Of The Tiger » car son état s’est dégradé pendant que nous enregistrions l’album aux studios Rumbo, à Canoga Park, dans la banlieue de Los Angeles. Alerté par mon épouse, j’ai pris le premier avion pour Chicago mais je suis arrivé trop tard. C’est mon plus grand regret. Comme je suis une personne très spirituelle, je suis certain qu’il a entendu la chanson là-haut. « Fighter », une autre titre inspiré par le film est resté à l’état de maquette, Frankie Sullivan estimant qu’il ressemblait à « Eye Of The Tiger ».

    As-tu vu le film Creed II ?

    Non !

    La bande son de ne vaut pas celle des quatre premiers Rocky. On ne trouve pas des chansons iconiques de le trempe de « Eye Of The Tiger » et « Burning Heart »…

    C’est probablement la raison pour laquelle je n’ai pas été le voir. Je suis resté en contact avec Sly. Il m’a demandé plusieurs fois de lui écrire un nouvel hymne rock mais les types de la société de production ne voulaient que des artistes de hip hop et de rap pour la série Creed. Il n’a pas le contrôle la-dessus.

    On voit des images des missions Apollo dans le clip de « Vehicle ». Où étais-tu lorsque Neill Armstrong et Buzz Aldrin ont posé le pied sur la lune, il y a 50 ans ?

    J’avais 18 ans au moment de l’alunissage. Je me souviens avoir écarquillé des yeux comme des soucoupes en entendant la voix de Neill en direct. Mon frère s’est alors mis à rire : « c’est du chiqué Jim. Ces images sont prises dans un studio de télé… » Je lui ai répondu « Tu es complètement fou, tout cela est bien réel ! » . Il m’a vraiment mis hors de moi sur le moment. Les premiers hommes sur la lune, c’est l’Amérique que j’adore. Ce pays a accompli des choses extraordinaires durant de longues années. Je n’ai pas eu de rôle majeur dans le montage du clip mais la vidéo est devenue culte. Le type qui a réalisé cela a été bien inspiré.

    Tu ne chômes pas puisque le nouveau disque de la formation The Ides Of March, Play On devrait sortir en août 2019.

    Nous fêtons cette année notre 55è anniversaire. Le titre fait référence  à une citation de Shakespeare : If Music is the Food of Love, Play On ! (« Si la musique est la pâture de l’amour, joue encore ! »). C’est vraiment la philosophie de notre bande d’amis. De nombreux invités sont venus nous rejoindre en studio à Chicago pour cet enregistrement comme Joe Bonamassa et Mark Farner [Grand Funk Railroad]. Ce dernier chante avec moi sur « Swagger », une très belle chanson. Je fais aussi un duo avec Cathy Richardson [Jefferson Starship] sur « Blue Storm Rising » le 1er single. On trouve également sur le disque Bo Bice [participant de l’émission American Idol] et Paul Shaffer [pianiste du David Letterman Late Show] ainsi que Mindi Abair, une saxophoniste de blues rock qui joue un solo incroyable. Vous trouverez tous les ingrédients qui ont fait le succès des Ides Of March : des mélodies qui collent au cœur et au corps, des textes intéressants et des harmonies calibrées.

    Te souviens-tu de tes deux passages au Lokerse Feesten ?

    Bien sûr. Je m’y suis produit une première fois en 2005 avec Pride Of Lions. On ne savait pas trop à quoi s'attendre en venant en Belgique mais on n'a pas été déçu ! Nous avons joué devant 18.000 personnes enthousiastes. Je me rappelle avoir aperçu une banderole sur laquelle on pouvait lire « We Believe In Pride Of Lions ». Ce fut un moment particulier. Toby [Hitchcock, chant] a été tellement bon ce soir-là que nous avons décidé d’immortaliser le concert sur le CD/DVD « Pride Of Lions - Live In Belgium ». Je suis revenu deux ans plus tard avec Wolrd Stage en compagnie de Jimi Jamison, Kip Winger et Kelly Keagy. Nous avons terminé la nuit dans un bar de Lokeren où la bière belge a coulé à flots. Crois-moi, j’en garde un souvenir impérissable. (rires).

     Retrouvez cet article dans Hellzine (mai-juin 2019)

    JIM PETERIK & WORLD STAGE

    Winds Of Change

    Frontiers Records

    JIM PETERIK, Wolrd Stage cover

    Jim Peterik, l’ex-guitariste et claviériste de Survivor et co-auteur de la chanson « Eye Of The Tiger » n’a pas lésiné sur les moyens pour faire de ce nouvel exercice avec le projet World Stage, une bombe ! Winds Of Change propose un casting de fou. Don Barnes (38 Special), Jason Scheef (Chicago), Mike Reno (Loverboy), Dennis DeYoung (Styx), Kevin Cronin (REO Speedwagon), Kelly Keagy (Night Ranger), Danny Vaughn (Tyketto), Toby Hitchcock (Pride Of Lions), Kevin Chalfant (The Storm)… bref la Rolls des chanteurs. Chaque chanson correspond adéquatement au casting de cet album qui retrace quarante-cinq ans de Metal AOR. « Sometimes You Just Want More » et « Home Fires » sont des titres mélodiques, énergiques et accrocheurs tandis que « Without A Bullet Being Fired » est un tube en puissance.  L’album propose surtout une musique qui a pour elle de toucher directement l’auditeur. Si « Proof Of Heaven » est impérial, retrouver la voix du regretté Jimi Jamison (Survivor) sur une chanson inédite de 2008 (« Love You All Over The World »), est un réel bonheur. Les fans seront aussi heureux d’apprendre que Jim Peterik a enregistré un nouveau disque avec les Ides Of March (sortie en août).
     [Ph. Saintes]

     


    1 commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires