• JIM PETERIK : Interview

    JIM PETERIK & WORLD STAGE

     L’empreinte du tigre

    Le nom de Jim Peterik (ex-Survivor) évoque immanquablement un nombre de mélodies gravées dans la mémoire collective universelle. C’est aussi paradoxalement l’un des musiciens les plus mal connus alors qu’il a aligné les hits planétaires comme « Vehicle », « Eye Of The Tiger » ou « Burning Heart ». Cinquante-cinq ans après ses premiers balbutiements musicaux, ‘Jimbo’ continue à produire des disques inspirés tout en restant un songwriter de génie. Si son supergroupe World Stage a fait l’actualité au printemps, l’homme à la chevelure pourpre termine déjà un nouvel album avec le groupe de funk rock The Ides Of March.[Entretien avec David Coverdale (chant) par Philippe Saintes  - photos : Kristie Mayfair Schram]

    Jim, Winds Of Change est le 2è album studio du collectif World Stage. Il fait suite au Vol. 1  sorti en 2012. On retrouve une nouvelle fois le concept des duos avec des monstres sacrés du hard mélodique.

    World Stage est avant tout un projet « live ». Pour cet album, j’ai souhaité capturer avec mes compagnons de route, notre héritage musical. Prenons l’exemple de Mike Reno [chanteur de Loverboy] avec lequel j’ai écrit « Without A Bullet Being Fired » après un concert de World Stage. Nous n’avions jamais composé ensemble auparavant. Survivor et son groupe Loverboy étaient représentatifs du genre appelé « Arena Rock » dans les années ’80. J’ai voulu faire apparaître cette énergie dans la chanson. Je formulerai la même remarque pour « Winds Of Change ». Don Barnes [chanteur de 38 Special} préférait faire quelque chose de plus moderne mais je l’ai convaincu de garder intact l’esprit des années ’80. Mon ami Dennis DeYoung s’est lui carrément inspiré du style de Styx sur « Proof Of Heaven » avec des arrangements prog rock et des éléments du théâtre. Je trouve cela très rafraîchissant car aujourd’hui trop de grands noms du rock des années ’70 et ’80 se détachent de l’univers musical qui a fait leur succès. En réalité, ils sont découragés par la crise de l’industrie du disque. 

    Le titre générique de l’album « Winds Of Change » est un vrai message d’espoir.

    Je me suis inspiré d’une fusillade dans un lycée en Floride qui a fait plusieurs victimes. Ces tueries de masse se répètent malheureusement à un rythme trop soutenu aux Etats-Unis. Des centaines d'étudiants ont manifesté dans la rue. Ce qui m’a frappé c’est le discours tenu par les enfants qui ont survécu au massacre à propos du contrôle des armes. Personnellement, à 17 ans, je n’aurais pas pu avoir des paroles aussi sensées après un tel drame. Ces enfants ont fait preuve d’une maturité incroyable. Ils incarnent le vent du changement. Grâce à eux, je reste optimiste devant l’humanité. 

    JIM PETERIK, promo

    On peut aussi entendre la version originale de « Just For You » qui a été popularisée par REO Speedwagon en 1999.

    En effet. Après avoir écrit « Just For You », j’ai invité Kevin Cronin [chanteur de REO] à me rejoindre dans mon home studio à Chicago. La chanson d’origine a un côté fragile, touchant.  Kevin a finalement choisi d’enregistrer avec son groupe une version alternative sur laquelle on peut entendre les merveilleux arrangements de Peter Asher [album The Ballads]. Il m’a appelé il y a quelques mois pour me dire qu’il possédait toujours la démo et m’a suggéré de l’ajouter sur le nouvel album. On se connaît depuis plus de 40 ans. C’est l’un de mes meilleurs amis.

    Tu partages le chant de « I Will What I Want » avec Kelly Keagy (Night Ranger) dont tu as produit les deux albums solos. Il ne se contente pas d’être un bon batteur, Il possède aussi une très belle voix à l’instar de Peter Criss (Kiss), Dean Castronovo (Journey) ou Don Henley (Eagles).

    Comme tous les artistes que tu viens de citer. Kelly est une force de la nature. C’est un batteur imprévisible. Tu ne sais jamais à quoi t’attendre avec lui. C’est assez surprenant mais une fois que tu as compris la subtilité qui se dégage de son jeu et entre dans le rythme, cela devient vraiment explosif. « I Will What I Want » est un bon exemple, c’est un titre plein d’énergie. Sa voix est sublime. Kelly est aussi un compositeur de talent. Et puis, humainement, c’est quelqu’un de très positif et de chaleureux.  

    Parlons des petits nouveaux, les Scandinaves de Work Of Art présents sur le très aéré « When The Eagles Dare ». Etait-ce un choix du label ?

    Non. Lors du MelodicRock Fest à Chicago, il y a quatre ans, j’ai fait la connaissance des gars de Work Of Art. J’ai été fasciné par la voix de Lars Safsund tandis que Robert Säll est un brillant guitariste. Il s’est avéré qu’ils étaient tous les deux fans de mon travail. Je leur ai donné le titre « The Music Remembers »  la plage d’ouverture de l’album hommage à Jimi Jamison et Fergie Frederiksen [Torch]. Work Of Art est le premier groupe que j’ai contacté pour ce 2è opus de Live Stage. J’ai imaginé « When The Eagles Dare » en me basant sur le jeu de Robert et la voix de Lars. C’est l’un de mes morceaux préférés de ce disque bien qu’il soit différent du reste. 

    Comment vous êtes vous réparti le travail ? Quel a été la part de chacun ?

    En fat c’est assez simple, on travaillait ensemble sur la musique et j’apportais généralement les paroles sauf pour « Proof Of Heaven », une chanson entièrement écrite par Dennis DeYoung. C’était généralement du 50/50. Tous m’ont rejoint en studio à l’exception de Danny Vaughn [Tyketto] qui habite en Alaska. C’était compliqué au niveau organisation. Nous avons donc utilisé Skype et FaceTime pour créer « The Hand I Was Dealt ». C’est un enregistrement spontané.  C’est même l’un des moments fort du disque.

    JIM PETERIK et DENIS DE YOUNG

    On trouve aussi le très beau et émouvant « Love All Over The World » interprété par Jimi Jamison (Survivor). Un  titre posthume. 

    En effet, l’idée était d’avoir une chanson de Jimi Jamison que personne n’avait jamais entendue, même sur scène. En 2008, Jimi a commencé  à travailler sur un album orienté country car il était attaché à ses racines. J’ai trouvé l’idée excellente. Nous avons enregistré sept ou huit chanson dans l’esprit « new country ». Je considère certaines d’entre-elles comme intéressantes mais « Love All Over The Wolrd » est une perle. J’ai ajouté sur la démo des mandolines, des guitares acoustiques et une guitare dobro. Cependant, nous n’avons jamais achevé ce morceau car le boss du label de Frontiers m’a demandé de réaliser un nouvel album rock pour Jimi, le futur Crossroads Moment. Les premières années après sa mort, j’ai dû sortir du brouillard mais quand j’ai commencé à travailler sur ce deuxième disque de Wolrd Stage, cette chanson m’a traversé l’esprit. J’ai contacté la famille de Jimi et celle-ci m’a donné carte blanche pour utiliser sa voix avec une nouvelle orchestration.. Mon fils Colin, joue de la batterie sur ce morceau posthume, je partage les guitares avec Mike Aquino et Bill Syniar tient la basse. Ce fut une session très émouvante. Jimi n’était pas vraiment absent, son esprit était avec nous dans le studio. Je devais bien à mon vieil acolyte de fermer cette parenthèse. Il me manque beaucoup.

    Tu as perdu un autre bon camarade, Stephan Ellis (bassiste de Survivor) qui est décédé au mois de février. As-tu une anecdote à partager avec nous ?

    Stephan avait deux passions, le vin rosé et sa basse. C’était un homme très modeste mais il a été l’un des architectes du son de Survivor. Il faisait galoper son médiator donnant ainsi une attaque puissante aux notes. Son style était en fait similaire à celui de Chris Squire de Yes. Stephen était heureux de son statut d’artiste. Après la sortie du 1er album, Frankie et moi cherchions un son différent. Nous venions de nous séparer de Dennis Keith Johnson [bassiste] et Gary Smith [batteur]. Nous sommes partis à Los Angeles pour trouver leurs remplaçants. On a auditionné de nombreux musiciens sans succès jusqu’au jour où notre ami Ferggie Frederiksen nous a invité à boire un verre dans un bar appelé le Flippers Roller Disco. On regardait des filles qui faisaient du pole dance pendant qu’un groupe répondant au nom de Baxter jouait du rock’n’roll. Leur bassiste se débrouillait vraiment bien. Frankie trouvait qu’il avait le profil. J’étais de son avis. Profitant d’une pause j’ai invité Stephan à venir passer une audition pour Survivor. Sa réponse fut brève : « qui ? Jamais entendu parler ! » (il rit). Nous n’étions pas encore célèbres à ce moment-là. Je lui ai répondu que le groupe était sous contrat avec le label Scotti Brothers et avait déjà réalisé un disque. Le lendemain matin, il s’est présenté au studio d’enregistrement. Le batteur Marc Droubay était également présent ce jour-là. La séance fut magique. Nous tenions enfin notre section rythmique. Le nouveau line-up a travaillé durant cette première session sur « Heart Of Stone », un enregistrement qui n’a jamais vu le jour.

    Quelles sont tes relations aujourd’hui avec les membres historiques de Survivor ?

    Stephan Ellis (basse) nous a malheureusement quitté au mois de février à l’âge de 69 ans. C’était un quelqu’un de très modeste mais il a été l’un des architectes du son de Survivor. Je suis resté en contact avec Dave Bickler (chant). Nos carrières ne se sont pas vraiment séparées puisqu’il joue occasionnellement au sein du collectif World Stage. Nous avons d’ailleurs interprété un titre de son album solo [Darklight] pendant un concert l’an dernier. Pour ce qui est de Frankie [Sullivan] c’est plus compliqué. Il y a un respect mutuel entre-nous mais on ne communique pas vraiment. Il est très protecteur par rapport au nom de Survivor (Katy Perry échappera de peu à un procès pour avoir utilisé, en 2013, l'expression «  Eye of the Tiger  » dans les paroles de son titre «  Roar  »). Je ne peux pas le blâmer pour cela car il a apporté énormément au groupe. C’est un guitariste et compositeur brillant. Est-ce que j’envisage de revenir au sein de Survivor ? Non, je préfère continuer mon bonhomme de chemin seul.

    Tu as écrit plus de 5.000 chansons au cours de ta carrière. Quel serait ton top 5 ?

    Tout d’abord « Vehicle » des Ides Of March. Je devais avoir une petite vingtaine d’année au moment d’écrire  ce tube. J’ai eu beaucoup de chance. Ensuite, il y a évidemment l’incontournable « Eye Of The Tiger » choisi par mon ami Sylvester Stallonne comme générique d'ouverture de Rocky III. « The Search Is Over », un autre titre de Survivor, « Hold On Loosely » un morceau composé pour 38 Special et « That’s Why God Made The Radio » des Beach Boys car j’ai réalisé un de mes rêves en composant une chanson pour mon idole, Brian Wilson.

    Ce sont pour la plupart des tubes intemporels. Il est certain que dans cinquante ans, « Vehicle » et « Eye Of The Tiger » seront encore diffusés sur les ondes.

    Je suis fier de savoir que ma musique me survivra. Ce n’est pas facile d’évoquer sa fin mais ces mélodies resteront gravées dans la mémoire collective car elles sont universelles. J’ai déjà atteint l’âge de la retraite. Je suis grand-père aujourd’hui et mon fils est un excellent musicien, compositeur et ingénieur du son. Je sais qu’il gérera efficacement mon patrimoine musical. Je ne me tracasse pas pour cela. Si je suis arrivé à faire passer des émotions à travers mes chansons durant toutes ces années, c’est ma plus belle récompense, mort ou vif (rires) !

    JIM PETERIK, promo 2

    Tu as présenté à Sylvester Stallone deux titres pour la B.O du film Rocky III, « Eye Of The Tiger » bien sûr mais quel a été le second morceau ?

    « Ever Since The Love Began », une de mes plus belles compositions. Malheureusement, cette ballade n’a pas été retenue par la compagnie cinématographique au grand dam de Sylvester Stallone d’ailleurs toutefois, il l’a utilisée pour la bande originale de Lock Up [Haute Sécurité}) en 1989. J’étais fier d’annoncer à mon père que j’avais écrit deux chansons deux chansons pour le long-métrage Rocky. Lorsque je lui ai joué « Ever Since The Love Began » il a eu les larmes aux yeux. Malheureusement, il n’a jamais entendu « Eye Of The Tiger » car son état s’est dégradé pendant que nous enregistrions l’album aux studios Rumbo, à Canoga Park, dans la banlieue de Los Angeles. Alerté par mon épouse, j’ai pris le premier avion pour Chicago mais je suis arrivé trop tard. C’est mon plus grand regret. Comme je suis une personne très spirituelle, je suis certain qu’il a entendu la chanson là-haut. « Fighter », une autre titre inspiré par le film est resté à l’état de maquette, Frankie Sullivan estimant qu’il ressemblait à « Eye Of The Tiger ».

    As-tu vu le film Creed II ?

    Non !

    La bande son de ne vaut pas celle des quatre premiers Rocky. On ne trouve pas des chansons iconiques de le trempe de « Eye Of The Tiger » et « Burning Heart »…

    C’est probablement la raison pour laquelle je n’ai pas été le voir. Je suis resté en contact avec Sly. Il m’a demandé plusieurs fois de lui écrire un nouvel hymne rock mais les types de la société de production ne voulaient que des artistes de hip hop et de rap pour la série Creed. Il n’a pas le contrôle la-dessus.

    On voit des images des missions Apollo dans le clip de « Vehicle ». Où étais-tu lorsque Neill Armstrong et Buzz Aldrin ont posé le pied sur la lune, il y a 50 ans ?

    J’avais 18 ans au moment de l’alunissage. Je me souviens avoir écarquillé des yeux comme des soucoupes en entendant la voix de Neill en direct. Mon frère s’est alors mis à rire : « c’est du chiqué Jim. Ces images sont prises dans un studio de télé… » Je lui ai répondu « Tu es complètement fou, tout cela est bien réel ! » . Il m’a vraiment mis hors de moi sur le moment. Les premiers hommes sur la lune, c’est l’Amérique que j’adore. Ce pays a accompli des choses extraordinaires durant de longues années. Je n’ai pas eu de rôle majeur dans le montage du clip mais la vidéo est devenue culte. Le type qui a réalisé cela a été bien inspiré.

    Tu ne chômes pas puisque le nouveau disque de la formation The Ides Of March, Play On devrait sortir en août 2019.

    Nous fêtons cette année notre 55è anniversaire. Le titre fait référence  à une citation de Shakespeare : If Music is the Food of Love, Play On ! (« Si la musique est la pâture de l’amour, joue encore ! »). C’est vraiment la philosophie de notre bande d’amis. De nombreux invités sont venus nous rejoindre en studio à Chicago pour cet enregistrement comme Joe Bonamassa et Mark Farner [Grand Funk Railroad]. Ce dernier chante avec moi sur « Swagger », une très belle chanson. Je fais aussi un duo avec Cathy Richardson [Jefferson Starship] sur « Blue Storm Rising » le 1er single. On trouve également sur le disque Bo Bice [participant de l’émission American Idol] et Paul Shaffer [pianiste du David Letterman Late Show] ainsi que Mindi Abair, une saxophoniste de blues rock qui joue un solo incroyable. Vous trouverez tous les ingrédients qui ont fait le succès des Ides Of March : des mélodies qui collent au cœur et au corps, des textes intéressants et des harmonies calibrées.

    Te souviens-tu de tes deux passages au Lokerse Feesten ?

    Bien sûr. Je m’y suis produit une première fois en 2005 avec Pride Of Lions. On ne savait pas trop à quoi s'attendre en venant en Belgique mais on n'a pas été déçu ! Nous avons joué devant 18.000 personnes enthousiastes. Je me rappelle avoir aperçu une banderole sur laquelle on pouvait lire « We Believe In Pride Of Lions ». Ce fut un moment particulier. Toby [Hitchcock, chant] a été tellement bon ce soir-là que nous avons décidé d’immortaliser le concert sur le CD/DVD « Pride Of Lions - Live In Belgium ». Je suis revenu deux ans plus tard avec Wolrd Stage en compagnie de Jimi Jamison, Kip Winger et Kelly Keagy. Nous avons terminé la nuit dans un bar de Lokeren où la bière belge a coulé à flots. Crois-moi, j’en garde un souvenir impérissable. (rires).

     Retrouvez cet article dans Hellzine (mai-juin 2019)

    JIM PETERIK & WORLD STAGE

    Winds Of Change

    Frontiers Records

    JIM PETERIK, Wolrd Stage cover

    Jim Peterik, l’ex-guitariste et claviériste de Survivor et co-auteur de la chanson « Eye Of The Tiger » n’a pas lésiné sur les moyens pour faire de ce nouvel exercice avec le projet World Stage, une bombe ! Winds Of Change propose un casting de fou. Don Barnes (38 Special), Jason Scheef (Chicago), Mike Reno (Loverboy), Dennis DeYoung (Styx), Kevin Cronin (REO Speedwagon), Kelly Keagy (Night Ranger), Danny Vaughn (Tyketto), Toby Hitchcock (Pride Of Lions), Kevin Chalfant (The Storm)… bref la Rolls des chanteurs. Chaque chanson correspond adéquatement au casting de cet album qui retrace quarante-cinq ans de Metal AOR. « Sometimes You Just Want More » et « Home Fires » sont des titres mélodiques, énergiques et accrocheurs tandis que « Without A Bullet Being Fired » est un tube en puissance.  L’album propose surtout une musique qui a pour elle de toucher directement l’auditeur. Si « Proof Of Heaven » est impérial, retrouver la voix du regretté Jimi Jamison (Survivor) sur une chanson inédite de 2008 (« Love You All Over The World »), est un réel bonheur. Les fans seront aussi heureux d’apprendre que Jim Peterik a enregistré un nouveau disque avec les Ides Of March (sortie en août).
     [Ph. Saintes]

     


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