• WHITESNAKE : l'interview de David Coverdale

    WHITESNAKE

    La langue du serpent 

    David Coverdale n’a jamais sa langue dans sa poche. Un regard tourné avec lucidité vers le passé, un autre qui fixe le futur avec enthousiasme, la tête pensante de Whitesnake évoque pour Metal Obs le nouvel album Flesh & Blood avant la tournée européenne qui fera escale au Graspop le 23 juin. [Entretien avec David Coverdale (chant) par Philippe Saintes  - photos : Tyler Bourns]

    WHITESNAKE : Band 2018

    Tu t’apprêtes à repartir pour une tournée mondiale avec Whitesnake. Les ennuis de santé sont derrière toi ?

    Oui, je suis d’attaque. J’ai souffert pendant dix ans d’une forme de dégénérescence articulaire au niveau des genoux. J’ai consulté de nombreux spécialistes dans le monde entier. Des injections de stéroïdes, des antidouleurs puissants et du gel m’ont permis de me produire sur scène jusqu’en 2016. Pendant les concerts  en Amérique du Sud et les traitements médicaux ne suffisaient plus à soulager les douleurs. J’ai alors appelé mon épouse pour lui dire que je ne pouvais plus continuer comme ça et qu’une opération était inévitable si je ne voulais pas terminer mon existence dans un fauteuil roulant. Mon genou droit abîmé a été remplacé par une prothèse en titane au mois de janvier 2017 et le gauche a suivi en mai. Grâce au docteur Brad Penenberg, un chirurgien remarquable, tout s’est bien déroulé.  Une fois remis sur pied, mon ami Mick Jones de Foreigner m’a invité à participer à une tournée des salles aux USA pendant deux mois, l’été dernier. Ce fut pour moi l’occasion de tester mes nouveaux genoux sans pression. A présent, je suis fin prêt pour la nouvelle tournée ! 

    Avec Flesh & Blood, vous allez droit au but. Tout est dit dans le titre (la chair et le sang)…

    Ce 13è album de Whitesnake est une extension de toutes les choses que le groupe a pu faire dans le passé, du hard rock au rhythm'n'blues en passant par des ballades, des morceaux couillus et des titres accrocheurs comme  « When I Think Of You (Color Me Blue) ». On retrouve aussi une inspiration plus sombre sur « Heart Of Stone » et des instants joyeux sur le single  « Shut Up & Kiss Me ». Je suis resté fidèle à ma façon d’écrire. C’est un album organique, honnête et sans artifice. En terme de progression, je pense que ce line-up s’est encore amélioré. Tommy Aldridge [batterie] et Michael Devin [basse] ont joué de façon incroyable. Les amateurs de bonne rythmique vont apprécier. Tous les membres ont travaillé dans une ambiance collective. Nous avons été très soudés tout au long de l’album. Ce groupe est un véritable mur du son !

    Beaucoup de grands guitaristes sont passés dans Whitesnake. Il y a eu Micky Moody, Bernie Marsden, Mel Galley, John Sykes, Vivian Campbell, Adrian Vandenberg, Steve Vai, Doug Aldrich et maintenant Joel Hoekstra. Ce dernier a très vite trouvé sa place.

    C’est la première fois que je composais avec Reb Beach et Joel Hoekstra. Je suis convaincu que cette association a été fructueuse et consistante. Joel est un musicien vrai, naturel et très créatif.  C’est un véritable plaisir de travailler avec lui. Nous avons écrit ensemble « Good To See You Again » la plage titulaire, qui me fait penser aux premiers enregistrements de Whitesnake, des Rolling Stones ou des Faces avec Rod Stewart, bref à la belle époque du blues-rock. « After All » a été le premier morceau que nous avons travaillé à l’issue du « Purple Tour » fin 2016. Joel a pris l’avion à New York pour me rejoindre à Reno et enregistrer la chanson avec la complicité d’un quatuor à cordes mais nous n’avons pas eu le temps de la terminer pour l’inclure dans le boxset Unzipped. J’avais ce titre en tête depuis plusieurs années déjà.  Je tenais à exprimer ma reconnaissance et ma gratitude à mon épouse, Cindy, qui m’accompagne depuis 29 ans maintenant. Dans le milieu du rock c’est un record ! Elle est une source d’inspiration au quotidien pour moi. 

    WHITESNAKE :David Coverdale Flesh And Blood

    Ton épouse et ton fils font une apparition dans le clip de la chanson « Shut Up And Kiss Me » qui est un clin d’œil à la période MTV du groupe…

    Absolument. J’ai écrit le script avec Tyler Bourns, un jeune réalisateur et scénariste qui avait déjà travaillé sur les vidéos de The Purple Album. Nous nous sommes retrouvés dans mon bureau avec un véritable storyboard comme pour un scénario de film ou de série télévisée. Whitesnake ne fait pas des vidéos au rabais. J’ai pu constater que plusieurs de mes collègues réalisaient des clips minimalistes parce qu’aujourd’hui le principale média de diffusion est internet. « Shut Up And Kiss Me » a été tourné comme un film. C’est le teasing parfait pour lancer l’album. Dans un premier temps, j’avais songé à louer un club dans le centre ville de Reno mais je me remettais seulement de mes opérations. J’éprouvais un certain mal être physique et ne souhaitais pas apparaître en public. Nous avons donc tourné ce clip chez moi, dans mon propre studio. C’est fou comme celui-ci donne l’illusion d’un club de rock. Nous avons fait appel à des amis  de tous âges. J’ai aussi ressorti du garage la Jaguar XJ qui avait été utilisée dans le clip de « Here I Go Again » réalisé il y a plus de trente ans. Grâce à Dieu, elle est toujours dans un état impeccable. C’est incroyable ! Cette vidéo est vraiment une machine à remonter le temps. On s’est énormément amusé durant le tournage avec cette voiture iconique et terriblement rok’n’roll. Pourquoi ne font-il plus des modèles aussi sexy aujourd’hui ? Je possède une Lexus LC 500 custom, cependant je préfère la vieille anglaise qui est la vraie vedette du clip. Come on baby (rires) !

    Flesh And Blood aurait dû sortir en 2018, mais vous avez rencontré de nombreux pépins…

    Comme chaque fois que je prépare un album il m’arrive des bricoles toujours au plus mauvais moment.  Après ma double opération, j’étais épuisé physiquement et mentalement. Pendant l’enregistrement, j'ai eu une horrible grippe. Il a fallu environ six semaines avant que je ne me sente de nouveau bien. Ensuite, alors que nous étions à un stade avancé de la production de l’album,  l’ordinateur avec le logiciel Pro tools a fait un crash pendant une session de mixage. C'était horrible ! Heureusement un spécialiste a pu récupérer les fichiers mais là encore nous avons perdu énormément de temps.

    Peux-tu confirmer que « Gonna Be Alright » est un morceau écrit à l’origine pour Jimmy Page ?

    Oui, c’est vrai. L’enregistrement de ce morceau m’a rappelé le bon vieux temps. « Gonna Be Alright » est basé sur un riff que j’avais spécialement écrit pour Jimmy. Ce dernier a été une vraie source d’inspiration. Travailler avec lui a été l’un des temps forts de ma carrière. Dans l’éventualité d’une suite au projet Coverdale-Page, je souhaitais proposer à Jimmy « Gonna Be Alright » ainsi que des titres comme « Woman Trouble Blues » et « Take Me Back Again » finalement achevés avec Adrian Vandenbergh pour l’album Restless Heart [1997]. Nous nous sommes mis d’accord, Jimmy et moi, pour remixer bientôt l’album Coverdale-Page. Cette nouvelle édition comportera 4 ou 5 titres inédits.

    Les fans ont été gâtés ces derniers temps avec l’édition spéciale 30è anniversaire de l’album 1987 puis le coffret Unzipped en 2018 et plus récemment l’édition de luxe de Slide It In. Comptez-vous sortir d’autres coffrets de ce type prochainement ?

    Certainement. Le box set Slip Of The Tongue sera commercialisé à la fin de l’année à l’occasion du 30è anniversaire de cet album. Nous allons faire des remixes avec plusieurs invités prestigieux. En 50 ans de carrière j’en ai des anniversaires à célébrer (rires). Comme tu le vois, je navigue en permanence entre le studio et la scène.

    WHITESNAKE :David Coverdale

    En 2021, tu fêteras tes 70 ans. C’est un cap !

    Je suis moi-même étonné. J’ai 67 ans. Avant c’était vieux, plus aujourd’hui. Et je suis toujours aussi jeune dans ma tête. Lors de la sortie du précédent disque studio, j’avais annoncé vouloir prendre ma retraite mais la tournée de 2016 a eu sur mois un effet régénérateur. Tout le monde est emballé par le nouvel album, le label, les musiciens, mon entourage. Le succès n'est pas garanti à l'avance mais il y a une telle énergie positive autour de ce disque que je n’ai qu’une seule envie, continuer à faire ce merveilleux métier le plus longtemps possible.

    Whitesnake se produira en Europe au mois de juin. Un mot sur la setlist ?

    2019 marque le 35è anniversaire de Slide It In. Le public aura droit à quelques morceaux de cet album. On jouera évidemment les classiques « Is This Love, « Here I Go Again » et « Still Of The Night » et j’espère quatre ou cinq chansons de Flesh And Blood. Je pense que « Shut Up And Kiss Me » et « Gonna Be Alright » sont taillés pour la scène. Le public va apprécier cette tournée car Whitesnake ne joue jamais à l’automatique.

    Pour les fans belges de Whitesnake, peux-tu me dire de que quoi s’inspire l’instrumental « Belgian Tom’s Hat Trick » qui figure sur le premier album de Whitesnake Trouble (1978) ?

    Cette histoire remonte à la 1ère tournée de Whitesnake. Le mouvement punk qui venait d’envahir des capitales comme Londres, Berlin et New York, avait quelque peu ringardisé les groupes de hard rock et de rhythm'n'blues. À 27 ans, j’étais considéré comme un dinosaure par la presse britannique. En guise de riposte, je décidai de baptiser la tournée « Back To The Roots » (retour aux sources). Nous avons joué dans des petits clubs en Angleterre. De nombreuses personnes devaient écouter à l’extérieur car il n’y avait pas assez de places pour tout le monde. Après un concert à Scarborough, une ville du littoral du Yorkshire, je me suis assis au bar avec Micky Moody. Celui-ci avait son légendaire chapeau à large bord vissé sur la tête. Une fille s’est approchée et lui a demandé : d'où viens-tu. D’un air très naturel, Micky a répondu :  Je suis belge et je m’appelle Tom. Elle a fini par le croire ! Comme ils étaient attirés physiquement, ils ont fait cela trois fois, si tu vois ce que je veux dire…le coup du chapeau. Voilà l’histoire ‘romantique’ de « Belgian Tom’s Hat Trick » (rires)…

     Retrouvez cet article dans Hellzine (avril-mai 2019)

     WHITESNAKE : Flesh And Blood - cover

     WHITESNAKE

     Flesh & Blood

    Frontiers Records 

    Avec Flesh & Blood, Whitesnake a retrouvé la flamme d’antan. On s’en souviendra comme des premiers albums ou de l’incontournable 1987. Reb Beach et Joel Hoekstra dessinent ensemble des chorus en arabesque comme à la belle époque. Quant au vieux routier Tommy Aldridge, il est resté un frappeur hors pair. Les musiciens ont mis leur compétence au service du patron Coverdale, dans l’esprit que celui-ci désirait, à savoir un hard musclé, bluesy et catchy. « Shut Up And Kiss Me » vous reste aussi facilement dans la tête qu’un conte de Perrault. « Good To See You Again », « Gonna Be All Right » et « Trouble Is Your Middle Name » sont obstinément heavy. « Well I Never» claque juste comme il faut. Tout aussi nerveux, le titre éponyme « Flesh & Blood » confirme le bien que l’on pense de cet album. « Heart Of Stone » est un blues plus vrai que nature. Enfin, trois morceaux sont à classer parmi les ballades rock. L’acoustique « After All » vous donne le frisson (normal pour un serpent), « Always & Forever » semble tout droit sorti de la période Slide It In tandis que « When I Think Of You » est une chanson d’amour triste. Coverdale reste parmi les plus grands, incapable de se trahir et incontestablement trop « jeune » pour s’embarquer dans une tournée d’adieu ! [Ph. Saintes] 

     

     


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