•  LEE AARON

    Inoxydable 

    Elle a tout vu, tout vécu. Lee Aaron n’a pas seulement traversé les âges, elle n’a cessé de se réinventer. Reine autoproclamée du metal, elle fut bien plus qu’une copie de Pat Benatar ainsi que l’attestent des albums comme Call Of The Wild ou Bodyrock. La jolie canadienne a régné sur les années ’80 avant que la vague grunge n’emporte tout sur son passage.  Après un break nécessaire pour élever ses enfants et une parenthèse jazz, elle est redevenue aujourd’hui une chanteuse de rock à part entière comme en témoigne sa récente prestation au festival de Wacken. [Entretien avec Lee Aaron (chant) par Philippe Saintes – photos : DR]

    Lee Aaron - promo 2018

    L’album Diamond Baby Blues sorti au printemps 2018 présente un répertoire plus roots et moins rentre-dedans que le précédent. Quelle est ta nouvelle approche musicale ?

    Je ne voulais pas faire un deuxième Fire and Gazoline qui était un retour à un style plus hard et aussi percutant qu’à mes débuts avec Metal Queen et Bodyrock. Cette fois le but était de créer un disque old school mais dans un esprit résolument moderne. On retrouve la richesse du son et les harmonies vocales du blues rock des années ’70. Des chanteurs comme Paul Rogers ou Janis Joplin, des groupes comme Led Zeppelin, Deep Purple, Fleetwood Mac. J'ai adoré jouer ces titres et également de cette patine Soul de ma voix  sur ce disque. Je suis folle de cette musique !

    La complicité en matière de composition avec le nouveau guitariste, Sean Kelly (Nelly Furtado, Helix), rappelle ta collaboration avec Steve Albany au tout début de ta carrière.

    Elle est assez similaire, c’est vrai ! La différence est que je n’étais que simple co-auteur à l’époque.  Sur ce disque, j’ai aussi co-signé plusieurs titres avec Sean ou mon bassiste Dave Reimer mais si tu regardes attentivement les crédits tu peux voir que j’ai composé seule « Mercy ». C’est une question d’expérience et de confiance en soi. Aujourd’hui, je suis bien plus téméraire pour écrire les textes et la musique. Les retours positifs de Sean m’ont beaucoup aidé aussi. J’adore ça ! Le compositeur est un architecte du son, et en bien des points, l'écriture d'une chanson peut s'apparenter à la construction d'une maison. Mes chansons ont un côté social. « American High » est une référence à l’America First de Donald Trump. « Best Thing »  parle d’une fille qui est devenue plus forte sur le plan mental et plus mature après une rupture. C’est un titre autobiographique en quelque sorte. Je m’inspire d’expériences personnelles, de sentiments connus. « The Bedroom » évoque les stéréotypes « homme-femme ». C’est parti d’une plaisanterie de mon mari qui dit souvent que je porte la culotte (rires). J’aime l’esprit d’entreprise au féminin. De nos jours, une femme doit souvent assumer plusieurs rôles à la fois.

    Que penses-tu de l’affaire Harvey Wenstein qui ébranle pas mal de monde ? 

    Je suis heureuse que les femmes s’élèvent pour dire « non, ça suffit ! » Cette affaire a levé le voile sur l’épidémie d’abus et de harcèlement qui sévit dans nos sociétés. J’ai aussi connu cela durant ma carrière. Mon premier manager qui avait droit de regard sur tout ce que je faisais me répétait sans cesse que j’étais stupide si je ne posais pas nue pour un magazine national américain. J’avais 19 ans, j’étais jeune et influençable. Le harcèlement, les jeux de pouvoir où un contact intime est exigé par des hommes pour une quelconque raison, et bien sûr, toutes formes d’agression sont des outrages qui ne devraient jamais se produire. Je suis en revanche exaspérée par le caractère unilatéral des messages publiés sur les réseaux sociaux. Un grand nombre de personnes préfèrent fustiger des individus pour avoir voulu se défendre juridiquement contre des accusations fausses et extrêmement dommageables pour leur carrière.  Il faut laisser la justice faire son travail. Elle condamnera les coupables et ceux-ci affronteront les conséquences.

    Avant le premier album, Lee Aaron Project (1982), tu as longtemps hanté le circuit des clubs canadiens en faisant des imitations de Janis Joplin. 

    J’ai interprété des reprises des Who, de Led Zeppelin, Deep Purple,…au début de ma carrière, à l’âge de 19 ans mais c’est Janis qui m’a influencée. Sa capacité vocale me fascinait. Elle a touché mon âme au plus profond. Elle n’interprétait jamais deux fois de la même manière ses chansons. Elle vivait les sentiments et les émotions différemment chaque soir. C’est la plus belle chose qu’une artiste m’ait transmise. Chez Janis Joplin tout venait du coeur. Elle avait une approche similaire à celles des artistes de jazz en live. Ses morceaux n’étaient pas identiques à ceux des albums.  

    Tu reprends un titre d’une autre grande dame sur Diamond Baby Blues : « I’m A Woman » de Koko Taylor. 

    On a ajouté ce morceau à la setlist. C’est toujours un challenge de jouer devant le public un titre qu’il ne connaît pas ou qu’il n’a pas l’habitude d’entendre mais j’adore ça. Je suis curieuse de voir la réaction des fans pendant le show. « I’m A Woman » est un classique du blues. C’est un pastiche du  « I’m A Man » de Muddy Waters. Koko a subtilement transformé le refrain. Sa version est un hymne de l’émancipation avec un texte coup de poing : ‘profite de mon mari si tu veux, mais laisse-le moi pour faire le ménage…’ Lorsque l’on joue ce titre en concert, les gens deviennent hystériques (rires).

    Mon fils qui a 11 ans adore ce morceau…. 

    Génial ! Le mien en a 12. Cette chanson est intemporelle. Nous l’avons réinventé en ajoutant des éléments rock à la Led Zeppelin au milieu du morceau. Il faut parfois dépoussiérer de belles chansons avec audace et je pense effectivement que la jeune génération apprécie notre adaptation.

    Lee Aaron band 2018

    Le groove de « Mercy » est un autre moment fort de l’album…

    Je suis d’accord. L’histoire de cette chanson est amusante. Mon manager à Montréal travaillait avec un jeune prodige de la guitare âgé de 18 ans. Ce dernier a signé un contrat avec une maison de disque ici au Canada. Ce garçon me fait penser à Eddie Van Halen. Le problème est qu’il n’a aucune chanson car il ne sait pas composer. A la demande de mon manager, j’ai écrit « Mercy » pour lui mais il n’a pas aimé. Donc, j’ai décidé de l’utiliser pour mon album en modifiant les paroles. Ma version est nettement plus mature. Je me suis tellement appliquée sur cette chanson. Quant à ce jeune guitariste, il n’a toujours rien sorti jusqu’à présent. Il déteste les chansons des autres (rires). Comment veux-tu qu’il ait une carrière alors qu’il ne sait pas composer et refuse les titres des autres ?

    Comme de nombreux artistes rock des années 80 tu as été rayées du paysage musical durant la mode grunge qui a bouleversé le panorama de la musique. Ce fut une période pénible pour toi. 

    Le grunge a effectivement eu un impact terrible sur la vie de nombreux groupes et chanteurs de glam rock. Peu de gens le savent mais j’ai été déclarée en faillite en 1996. J’ai senti le vent tourner dans l’industrie musicale au début des années ’90 avec la percée du courant « Indie ». Lorsque votre maison de disque investit des millions pour votre carrière elle a automatiquement un droit de regard sur la façon dont vous vous habillez, sur le choix des chansons, du producteur. Cela fait partie du business. Pendant plusieurs années, j’ai été pieds et poings liés avec Attic qui contrôlait tout. J’ai créé mon label dans un esprit d’indépendance, pour avoir un meilleur contrôle sur ma carrière, sur le marketing mais pas plus que les autres, je n’avais anticipé le tsunami grunge. Les années 90 furent un véritable désastre. Du jour au lendemain, je n’étais plus une artiste, j’avais disparu de l’espace médiatique. Plus personne ne voulait m’accorder d’interviews. L’industrie musicale était devenu complètement folle. En conséquence, j’ai arrêté mon label sur les conseils de mon manager et de mon avocat. C’était la seule chose à faire. Ce fut un coup très dur mais je m’en suis bien remise. Je considère cela comme une expérience de la vie ! J’ai pu faire le point sur les aspects négatifs du business et je me suis accordée une pause pour réfléchir de la suite à donner à ma carrière. J’ai changé d’univers en explorant des musiques qui m’ont toujours attirées comme la musique classique et le jazz. J’ai été invitée à jouer dans les principaux festival de jazz au Canada. Finalement, ce fut la plus belle période de ma vie sur le plan musical. Certains fans de hard rock n’ont pas compris, ils ont cru que je les abandonnais pourtant ce ne fut pas une démarche opportuniste de ma part. Le jazz et le blues sont les racines du rock. Ce sont les jazzmen et les bluesmen qui ont « électrifié » la musique. Je suis juste revenue aux sources. Grâce à cela, je suis devenue une meilleure chanteuse et j’ai également pu développer mes talents en tant que productrice.

    « Ce sont les jazzmen et les bluesmen qui ont ‘électrifié’la musique. »

    Pourquoi dès lors être revenue au son des années ’80 sur ton précédent disque ? 

    2004 fut l’année de la naissance de ma fille. Mon fils est arrivé deux ans plus tard. J’ai fait un break d’environ 10 ans pour remplir mon rôle parental. J’ai donné mon temps, mon amour et mon énergie pour qu’ils deviennent de bonnes personnes. C’est important à mes yeux. Mes enfants ont grandi et l’envie de faire des disques est revenue. J’ai commencé par écrire des chansons pour l’album Fire and Gazoline avec Sean Kelly.  Je n’avais pas de but précis sur son orientation, blues ou rock ? Ce sont finalement les titres de rock mélodique qui ont pris le dessus. Sean a trouvé sa place dans le groupe, il a inclus sa vision de la musique. C’est un excellent guitariste et quelqu’un qui a du cœur. Les choses sont allées très vite. Une fois encore ce ne fut pas quelque chose de prémédité. 

    Tu as été l’une des artistes féminines de hard-rock les plus en vue durant les 80s avec la regrettée Wendy O’Williams, le groupe Vixen, Doro Pesch, Lita Ford, Fiona, les sœurs Wilson et Joan Jett. Vous jouissez encore aujourd’hui d’un statut « culte ». Existait-il une sorte de compétition ou d’émulation entre-vous ? 

    Lorsque nous étions jeunes chanteuses, la comparaison était inévitable. On avait toute une image, un look, une attitude. Je dirais un mélange de sensuel et de classe mais les groupes et artistes féminins souhaitaient réussir avec leur musique et pas seulement pour leur impact visuel dans le milieu macho des hard-rockers. Je pense sincèrement que les gens ont commencé à nous prendre au sérieux à la fin des 80s, avant cela on en a bavé. Je nous considère comme des survivantes. C’est intéressant ce que tu me dis là car j’ai joué avec Joan Jett il y a quelques années et j’ai rejoins sur scène le groupe Heart plus récemment. J’ai d’ailleurs reçu à cette occasion un compliment de la part d’An Wilson, une de mes idoles. Elle est venue me voir dans la loge parce que j’étais tellement anxieuse de ne pas pouvoir sortir la bonne note pendant le show mais elle a eu ces mots rassurants : « pas de problème Lee, tu sais tout chanter ! » Ça m’a touché très profondément. En octobre 2017, j’ai également joué avec Lita Ford à Winnipeg. On s’est bien amusée en coulisse et on a interprété en duo « Cherry Bomb » des Ru

    Lee Aaron 2018

    nnaways. Il y a beaucoup de complicité entre-nous. Il y a un respect mutuel. J’admire les filles qui se sont investies dans le rock comme Lita et Doro car elles sont restées honnêtes envers leur art..

    Lee, pour toi la musique est un travail ou un hobby ?  

    Ni l’un, ni l’autre. Je ne vois pas cela comme un job alimentaire mais c’est tout de même plus sérieux qu’un hobby. Ma vie n’est plus consacrée à 200% au rock’n’roll et je ne fais plus de tournée de 300 dates chaque année, néanmoins je monte sur scène 2 à 3 fois tous les mois et je le fais très sérieusement. J’ai décidé de ne plus être tout le temps sur la route. C’est peut-être à cause de l’âge (rires). A présent, je détermine ce que je fais et quand je veux le faire. On vient de terminer deux vidéos clips et d’autres projets sont inscrits sur les tablettes. Après la tournée de l’été, le groupe va s’accorder un peu de repos puis nous allons nous atteler à l’écriture de chansons pour un nouvel album qui devrait être enregistré au printemps prochain.

    Qui sont les jeunes filles qui t’accompagnent dans la vidéo de « Tom Boy » qui a cartonné sur You Tube ? 

    La demoiselle qui tient la guitare est ma fille. Les autres sont ses copines de classe à l’école d’art. « Tom Boy » est une chanson ironique sur les femmes qui s’inquiètent de leur âge et de leur aspect. J’adore l’esprit frivole des jeunes filles de 10-12 ans qui ne se préoccupent pas de leur look ou du jugement que l’on pourrait avoir d’elles. C’est la période de l’insouciance.

    Quel est ton film préféré ? 

    Les nuits de Cabiria de Frederico Fellini 

    Pour conclure, quel serait pour toi le groupe idéal ?

    Oh mon Dieu ! C’est difficile. Je déteste cette question (elle rit).  Il y a tellement de noms qui me viennent à l'esprit. Bon, je me lance, Keith Moon à la batterie, Paul Mc Cartney à la basse et Jimi Hendrix à la guitare !

    Lee Aaron Diamond Baby Blues

     


    votre commentaire
  • Richie Faulkner (013 de Tilburg), 6 août 2018

    La machine priestienne s’est emballée lundi à Tilburg lors d’un concert sold-out dans la salle  013. La bande de Rob Halford (qui a encore pu nous faire apprécier l’étendue de sa technique vocale) a offert au public hollandais la plus longue set list de la tournée 2018 (20 titre, c’est mieux qu'au Wacken Open Air) dans laquelle figuraient notamment « Saints In Hell » et « Tyrant ». L’énergie et  l’enthousiasme du virtuose Richie Faulkner n’ont échappé à personne. Le groupe qui a tenu à contenter ses fans les plus fidèles, a aussi présenté en avant première le titre « No Surrender », extrait du dernier album Firepower.

    JUDAS PRIEST (013 de Tilburg), août 2018

    Malgré la maladie de Parkinson, le  guitariste Glenn Tipton  est venu jouer lors du rappel composé de « Metal Gods », « Breaking the Law », « No Surrender », « Victim Of Changes » et « Living After Midnight ». La foule l'a accueilli sous un tonnerre d'applaudissements.

    JUDAS PRIEST (013 de Tilburg), 6 août 2018

    Halford & Tipton (013 de Tilburg), 6 août 2018

    JUDAS PRIEST salute (013 de Tilburg), 6 août 2018

    Photos et texte © Phil de Fer 2018


    votre commentaire
  •  AXL RUDI PELL

    Le teuton errant

    17è album studio déjà pour le modeste et sympathique virtuose allemand. Alors que sort Knights Call, nous n’allons pas nous battre pour tenter de vous persuader que ce travailleur acharné est un génie. On se contentera de lui laisser la parole. Comme on vous laisse juges de poser une oreille ou non sur son œuvre. C’est désormais une affaire entre lui et vous. [Entretien avec Axl Rudi Pell (guitare) par Philippe Saintes – photos : SPV]

      Axel Rudi Pell Band

    Axl, comment s’est passée la composition de l’album ? 

    J’écris les textes et la musique seul. Je m’installe avec ma guitare, en compagnie d’un ordinateur et je laisse l’inspiration venir. Ensuite, Bobby (Rondinelli, batterie) m’accompagne ; c’est donc avec lui que j’enregistre les maquettes. Après, je réenregistre les guitares rythmiques et je viens greffer les claviers et la basse avec les logiciels. Une fois les structures des morceaux terminées, Johnny Gioeli (chant) vient apposer  sa voix. Je finis toujours le boulot avec les parties lead. Je suis un artiste fondamentalement indépendant dans l’âme et, à ce titre, j’ai besoin d’avoir un maximum de contrôle sur ce que je crée. Et puis, je n’avais pas le budget pour réunir tous les musiciens dans un studio. Le climat économique actuel est ce qu’il est. 

    A l’écoute de Knights Call on ressent plusieurs gammes d’émotions.

    Le feeling est différent, en effet. Cet album est plus varié, plus étendu. Chaque morceau est différent et a sa propre couleur. Knights Call couvre un spectre plus large de genres tout en restant cohérent puisque l’aspect mélodique d’ « ARP » est toujours présent.

    Le morceau « Long Live Rock » est-il un clin d’œil à Dio ?

    (Il rit). C’est vrai J’ai écrit ce morceau qui a une orientation musicale proche de Dio. Je voulais un titre fort pour la scène. Sans Dio, « A.R.P. » n’existerait sans doute pas. 

    L’instrumental « Truth And Lies » met en relief tous les musiciens d’A.R.P. 

    Chacun a effectivement son moment de gloire. Pour l’anecdote, je tiens la basse sur ce titre. Certains fans m’ont déjà dit que ça ressemblait à du Uriah Heep. Pour d’autres, il sonne plutôt comme du Deep Purple. Pour d’autres encore, le son est proche du répertoire de Michael Schenker. Je ne peux pas leur donner tort, c’est un mélange d’influences.  C’est là que sont mes racines.

    En parlant des influences, on trouve un morceau arabisant sur le disque, l’excellent « Tower Of Babylon ».  

    Merci. En fait, il s’agit d’un hommage à Rainbow, période « Stargazer », avec une influence zeppelinienne. J’adore ces deux groupes. C’est également mon titre préféré de l’album ! Il devrait figurer dans la setlist de la tournée avec quatre autres morceaux de Knights Call.  

    Axl Rudi Pell 2018

    « Slaves On The Run » évoque de son côté la « zombification » de la société moderne.

    Effectivement, je suis très touché par la destruction du lien sociale. Internet a vraiment modifié les comportements. Aujourd’hui les gens sont accrocs à leur portable. J’ai un smartphone mais je ne l’utilise pas 60 fois sur une journée. Ce n’est pas utile. Malheureusement, on n'a plus la possibilité de se retirer de ce monde numérique.  Bon, je ne vais pas monter sur scène et me plaindre du monde dans lequel nous vivons.

    Quels sentiments aimes-tu suggérer à ton public ?

    Lorsque je compose mes textes, j’aime qu’ils laissent l’auditeur assez libre de les interpréter à sa guise. Je n’écris guère sur des sujets trop personnels, à l’exception d’un titre adressé à mon épouse sur le précédent opus. Mais à mon avis, la musique c’est avant tout l’évasion.

    Tu as collaboré avec de nombreux chanteurs Bob Rock, Jeff Scott Soto et aujourd’hui Johnny Geoli. N’as-tu jamais souhaité chanter tes propres compositions ?

    Oh, mon Dieu non ! J’ai mis ma voix une seule fois, ça devait  être en 1999 sur « Hey Joe », la reprise du classique de Jimi Hendrix, titre bonus figurant sur l’album Ballads II. Les gens ont détesté, c’était une calamité. (il rit). Johnny fait ça beaucoup mieux que moi. On travaille ensemble depuis exactement 20 ans. C’est quelqu’un de très charismatique et sans discussion l’un des meilleurs chanteurs de heavy metal mélodique. 

    Into The Storm (2014) et Game Of Sins (2016)  ont connu le succès dans les charts dans plusieurs pays européens.  Est-ce que tu regardes les chiffres de ventes de tes albums?

    Je ne vais pas te mentir, bien sûr mais je regarde surtout les commentaires des fans lorsqu’un nouvel album sort. Les deux précédents disques studios se sont bien vendus. Cool ! Knights Call est  meilleur et plus fort du début à la fin, dès lors je m’attends à un bon accueil du public même tu ne sais jamais comment cela va se passer. Laissons donc le temps au temps…

    Axl Rudi Pell : Knights Call cover

    Tu rends souvent hommage à l’ère médiévale dans tes albums. Comment expliques-tu le succès de cette période auprès des groupes de heavy metal ?

    Je ne sais pas l’expliquer. Je pense qu’il y a une similitude entre le poing levé des kids en l'honneur du rock'n'roll lors de chaque concert et celui des guerriers sur le champ de bataille. Le geste est nettement plus populaire et amusant aujourd’hui, heureusement d’ailleurs (il rit).

    Uli Jon Roth participe la tournée européenne du 3G en compagnie de Joe Satriani et John Petrucci.  A quand un 3G 100% allemand, Uli Jon Roth, Michael Schenker et Axl Rudi Pell ?

    Si un organisateur me le propose, je le fais sans problème. Michael Schenker a bercé ma jeunesse quand il évoluait au sein de UFO dans les années ’70. J’ai également le plus grand respect pour Uli. Ce serait un honneur de jammer sur scène avec de tels musiciens. Qui sait ? 


    votre commentaire
  •  GENE SIMMONS BAND (013 de Tilburg), 19 juillet 2018

    Surprenants et plein d'énergie, Gene Simmons et ses musiciens ont proposé jeudi soir un concert effarouché et détonnant, une soirée totalement imprévisible. Le Demon sans fard est devenu une attraction unanimement acclamée. Apostrophant ses fans en néerlandais « Godverdomme !», suant et souriant, le bassiste-chanteur de Kiss s’est sincèrement amusé à Tilburg.

    GENE SIMMONS BAND (013 de Tilburg)3

    L’énergie de Gene, des guitaristes Phil Shouse, Jeremy Asbroke et Ryan Cook et du batteur Brent Fitz (Slash) s’est transmise aux spectateurs de la salle 013 en ébullition. Et ce n’est pas l’exécution des  hits « Deuce », « Dr. Love » et « War Machine » qui allaient tempérer leurs ardeurs. Le Gene Simmons Band a alterné les titres les plus significatifs de Kiss avec des morceaux surprenants (l’inédit « Are You Ready », « I », « Charisma » ou « Radioactive » - interprété à l’occasion des 40 ans du premier album solo du père Gene) en passant par des reprises comme le « Long Tall Sally » de Little Richard !    

    GENE SIMMONS BAND (013 de Tilburg)

    GENE SIMMONS BAND (013 de Tilburg), 19 juillet 2018

    Lorsque la foule lance des titres, Gere les rattrapent ! On a ainsi eu droit aux intros de « Unholy » et de « Domino », le premier couplet de « She’s So European » et de « La Bamba » ainsi qu’une version totalement improvisée de « I Was Made For Lovin’ You » en compagnie de quelques fans invités sur scène. D’autres veinards présélectionnés ont eu l’occasion de chanter avec le groupe « I Love It Loud » et « Rock’n’Roll All Nite » tandis qu’un musicien en herbe a joliment assuré à la six cordes sur la totalité de « Parasite ».  Simmons a  également invité son épouse Sharon et sa fille Sophie, à le rejoindre sur le podium. Une soirée inédite.   

    GENE SIMMONS BAND (013 de Tilburg)2

    Photos et texte © Phil de Fer 2018


    votre commentaire
  • STRYPER

    Vade Retro Satanas !

    Les hard-rockers chrétiens bousculent une nouvelle fois avec assurance les préjugés grâce à un album à mi-chemin entre génie artistique et « hérésie » musicale! Mais que cache donc le titre choc : God Damn Evil ? [Entretien avec Michael Sweet (chant, guitare) par Philippe Saintes – photos : Alex Solca]

    Stryper : God Damn Evil - groupe

    Voilà un disque surprise. Les critiques qui ont suivi la sortie de God Damn Evil ont été élogieuses. Même des metallistes endurcis ont apprécié votre travail.

    Nous avons donné le meilleur de nous-même pour cet album et les retours sont effectivement très positifs. Il a été bien accueilli par nos fans mais également par des inconditionnels de Judas Priest ou de Slayer, comme j’ai pu le constater sur le web et les réseaux sociaux. J’en suis très fier car je suis moi-même un grand admirateur de Rob Halford et de Judas Priest. Si un témoignage doit rester, ce sont les mots et sensations du public. 

    « Take It To The Cross » est le morceau le plus ‘endiablé’ de l’album en raison notamment des grognements  death metal de Matt Bachand (Shadows Fall, Act Of Defiance). Peux-tu nous en dire plus sur cette collaboration. 

    Matt est un artiste passionné originaire comme moi du Massachusetts. Il habite à 10 minutes du studio d’enregistrement. Il était disponible et en une demi-heure, il a bouclé sa partie vocale. Matt était une évidence pour cette chanson car il a un timbre guttural incroyable. Il faut une technique vocale particulière pour cela. Ce n’est pas du tout mon style !

    35 années d’existence, ça donne la liberté de composer ce qui vous tient à cœur, quitte à désorienter votre public ?

    Oui ! Mais quoi qu’il en soit, tu dois aussi garder ton cap pour ne pas décevoir les fans. L’album a un côté heavy  et rapide mais on trouve aussi des chansons mid-tempo comme « The Valley », « Sorry », ou « Lost », des titres à la fois mélodiques et puissants, qui sont selon moi les meilleurs de l’album. Ces chansons épiques rappellent la glorieuse époque de Stryper entre 1986 et 1988. Nous les avons d’ailleurs intégrées dans la set-list.  Musicalement et artistiquement, il ne faut jamais oublier son héritage, pourquoi on a eu envie de faire ça un jour, pourquoi des gens continuent à écouter ton travail. Je crois que nous avons réussi la fusion entre deux styles, l’ancien et le moderne. Il n’y a pas d’opportunisme. J'aime beaucoup ce disque car le son est très naturel. Les compositions ont été terminées en une dizaine de jours. Nous n’avons fait aucune démo, préférant nous focaliser sur l’élaboration des bandes finales. Il n’y a pas eu plus de deux ou trois prises par morceau, en studio.

    Il y a eu une brève polémique à propos du titre « God Damn Evil » aux Etats-Unis. La chaîne de distribution Walmart a décidé de retirer l’album de la vente. Visiblement les responsables de cette boîte n’ont pas pris la peine d’écouter ou de lire les paroles. Il s’agit clairement d'une déclaration de foi et non d’un juron. Dès lors, quel est le problème ?

    Je n’en sais rien, à vrai dire. C’est une bonne question. Certaines personnes ont besoin de créer le problème là où il n’y en n’a pas. C’est typique de notre société. Ce n’est pas du racolage. Nous sommes attachés à des convictions et nous sommes très à l’aise avec cela, parce que la musique ne sert pas qu'à se changer les idées ou à danser. C’est aussi un moyen de communiquer. Stryper a souvent utilisé des titres forts pour ses albums :  To Hell With The Devil », In God We Trust, Murder By Pride, c’est dans notre nature.  « God Damn Evil » ( littéralement « Dieu damne le mal ») invite les individus à demander à Dieu de mettre fin à la haine et à la violence qui gangrènent le monde. C’est une à la fois une prière et un hymne ! Lorsque nous jouons cette chanson en concert, le public se déchaîne. Je n'ai pas de mots pour décrire le plaisir et les émotions que celui-ci ressent.

    STRYPER :groupe 2018

    Quel a été le rôle de Robert (Sweet, batteur) et de Oz (Fox, guitariste) sur cet album ?

    Ils ont collaboré à l’écriture de certains morceaux et Robert a trouvé le titre de l’album. J’ai toujours composé la majorité des titres au sein de Stryper tout simplement parce que c’est mon rôle. Robert a peut-être co-écrit une dizaine de chansons sur les 200 de notre catalogue. L’écriture est quelque chose qui vient facilement chez moi. Créer une chanson me prend généralement deux heures. J’imagine le groove puis le riff et ensuite je trouve les paroles et la mélodie et c’est terminé. Cela me vient naturellement ! 

    « God Damn Evil » invite les individus à demander à Dieu de mettre fin à la haine et à la violence qui gangrènent le monde. » 

    Considères-tu que Stryper a encore des choses à dire après un tel album ?

    Bien sûr car le groupe regarde toujours vers l’avant. On m’a dit plusieurs fois que nous ne pourrions pas réaliser un album plus fort que No More Hell To Pay ! Pourtant, on l’a fait avec Fallen en 2015 et maintenant God Damn Evil. Notre secret ? Celui d’être animé par la passion. Pour moi, chaque nouvel album doit être supérieur au précédent.

    Au niveau de l’artwork, vous avez choisi de confier le travail à un certain Stanis Dekker qui avait réalisé les pochettes des deux précédents albums, No More Hell To Pay et Fallen.

    Absolument, il s’agit d’un artiste français. Si tu regardes d’un peu plus près les trois images en les plaçant l’une à côté de l’autre, tu constateras qu’il s’agit d’une trilogie. Il y a une similarité au niveau de la technique, du graphisme, des couleurs, des détails. 'Stan' est un passionné qui est également fan du groupe. Cela se voit car il restitue à merveille l’univers de Stryper grâce à ses illustrations. 

    La lyric vidéo de « Take It To The Cross » vaut le coup d’œil, elle semble directement inspirée des jeux vidéos. La réalisation est très réussie.

    C'était le single idéal pour présenter l'album. La vidéo a été conçue par Wayne Joyner, un grand spécialiste en matière de multimédia et d’images de synthèse. Je trouve l’animation  vraiment intéressante. Wayne a fait un travail remarquable. Cela ressemble davantage à un clip musical qu’à une simple vidéo avec lyrics.

    Une nouvelle fois Stryper est le grand absent des principaux festivals Metal de l’été en Europe.

    Sur le plan de la logistique et financièrement, c’est très compliqué de jouer en Europe. Par ailleurs, certains organisateurs préfèrent nous éviter pour ne pas être estampillés de l’appellation « chrétien ». Je ne mets pas tout le monde dans le même sac puisque le groupe est invité au Rock Fest de Barcelone, le 7 juillet prochain. Ensuite nous nous envolerons vers l’Australie et le Japon.

    Quels sont tes plans et projets futurs ? 

    J’ai signé un deal avec le label Rat Pack pour un nouveau disque solo. Ensuite, je vais enchaîner avec un album en duo avec Joel Hoekstra (Whitesnake). L’enregistrement commencera au mois de janvier 2019. J’imagine que le prochain Stryper sortira fin 2019 ou début 2020.  Il y aura entre-temps la commercialisation d’un album acoustique qui a déjà été enregistré mais aussi d’un documentaire sur le groupe. Enfin, il y a toujours une probabilité de voir un troisième Sweet-Lynch. J’espère pouvoir continuer notre collaboration. George (Lynch) désire faire un album concept sur la chrétienté mais ça ne me botte pas car nous avons des divergences sur le sujet. Et puis, nous n’avons jamais pu défendre sur scène les deux premiers albums. Sans tournée, ce projet deviendrait superflu pour moi !

     Stryper : God Damn Evil - cover

    STRYPER

     God Damn Evil

    Frontiers Records

     « Je pense que le white-metal est un concept stupide. Faire du rock ou du hard-rock est un moyen de se rebeller, de sortir d’une certaine sorte d’oppression. Les groupes de white-metal, en plus de n’avoir rien compris au rock, n’ont aucun talent ! Stryper, c’est de la daube ! ».

    Ces paroles sont celles de Fernando Ribeiro (Moonspell), un grand visionnaire qui n’a probablement jamais écouté un album de Stryper. Ce groupe de métal chrétien fut incontestablement la bête noire des musiciens de black et death metal mais aussi de journalistes rock souvent méprisants. Il a lutté contre les préjugés et les stéréotypes tout au long de sa carrière. Ignoré, snobé par les organisateurs de concert en France, Stryper tient sa revanche avec ce sulfureux God Damn Evil. La riposte est foudroyante. Dès le 1er morceau, « Take It To The Cross » vos enceintes prennent une grande paire de « baffles » tant le rythme est speedé. Sur la musique se mêlent deux voix, celle gutturale de Matt Bachand (Shadows Fall) et une claire, celle de Michael Sweet. Deux chanteurs, deux univers différents qui se marient très bien ! Avec des titres comme « The Devil Doesn’t Live », « Open Up » ou « The Sea Of Thieves », c’est la lourdeur qui prédomine. La qualité ne souffre d’aucune critique. Comment ne pas réaliser en écoutant cet album que Michael Sweet et Oz Fox méritent leur place dans le panthéon des guitar-heroes. Leur jeu combine une technique hallucinante à un rare sens de la mélodie. La basse de John O’ Boyle gronde tandis que Robert Sweet enfonce le clou avec sa batterie. Michael Sweet nous déclarait avant la sortie ce brulôt : « Nous sommes convaincus qu’il s’agit d'un excellent enregistrement studio. Il a une touche unique mais également une énergie et un groove communicatif.  Il y a une ballade rock, quelques  chansons qui restent dans la continuité de notre répertoire mélodique, je pense à « Sorry » ou « Beautiful », mais le reste de l’album ravira les fans de metal. »

    Stryper va effectivement recruter de nouveaux disciples dans les rangs des fans d’Accept, Judas Priest, King Diamond ou Megadeth. Le titre God Damn Evil s'est même attiré les foudres de l'Amérique puritaine. La chaîne de magasins Walmart et quelques béotiens pontifiants ont boycotté l’album car ils n’avaient pas compris le jeu de mot. Le groupe reste fidèle à ses convictions. Il ne reste plus qu’à espérer que la métamorphose musicale soit acceptée. [Ph. Saintes]     

     


    votre commentaire
  •  Sunstorm : The Road To Hell -cover

    SUNSTORM

    Road To Hell

    Frontiers Records

    La nouvelle a d'abord été rapportée sur un site web russe le 16 avril dernier expliquant que Joe Lynn Turner, 66 ans, avait souffert d'un infarctus lors d’un concert à Minsk et qu'il était dans un état stable. La nouvelle nous a été personnellement confirmée par le label Frontiers. Nous souhaitons donc à Mr. Turner un rétablissement complet et rapide. Quelques mois plutôt, l’artiste avait décidé de mettre sa voix sur les chansons du claviériste-compositeur italien Alessandro Del Vecchio (Revolution Saints). Il s’agit déjà du 5è album de ce projet musical baptisé Sunstorm. Les musiciens de studio tiennent bien leur rôle tandis que Joe révèle une fois de plus ses larges possibilités vocales. L'ensemble n'est pas spécialement original et demeure très mid-tempo et homogène avec surabondance de claviers. Les quelques brûlots sont surtout là pour ne pas faire paraître le « package » trop pâlots. Généralement les « albums sur commande » de la bande à Serafino Perugino (boss de Frontiers) nous laisse indifférent et le seul attrait de celui-ci, vous l’aurez sans doute compris, est la performance de l’ancien compagnon de route de Ritchie Blackmore et d’Yngwie Malmsteen, que l’on peut toujours considérer comme l’une des plus belle voix du hard. Bien que ce dernier se soit contenté d’enregistrer le chant dans son home studio, le contenu vaut bien le contenant. Del Vecchio a réussi à pondre des titres qui tiennent la route et la distance. Les morceaux sont construits et accrocheurs : les refrains («The Road To Hell », «  Everywhere ») et les riffs (« On The Edge », « Resurrection » ). Personnellement, je préfère entendre Joe Lynn Turner dans son registre favori : le hard fortement teinté de blues mais si vous êtes un habitué de  la section Adult Oriented Rock, il y a toutes les raisons pour que vous soyez comblés par cette route de l’enfer. [Ph. Saintes] 

     


    votre commentaire
  •  DOKKEN : Return To The East Live 2016

    DOKKEN

    Return To The East Live 2016

    Frontiers Records

    Mis sur pied à l’automne 1982 par le chanteur Don Dokken en compagnie de deux anciens membres de la formation Xciter - George Lynch (guitare) et Mick Brown (batterie) - et du bassiste Jeff Pilson, Dokken n’a jamais atteint les sommets malgré de somptueux albums comme Tooth And Nail et Under Lock And Key. Le groupe n’a d’ailleurs pas résisté à la lassitude et surtout aux tiraillements – les relations entre les quatre hommes devenant plus qu’exécrables dès la fin des années ‘80. Il a donc fallu attendre près de 20 ans après la rupture (fin ’97), pour revoir sur scène le quatuor original lors d’une mini-tournée japonaise (six concerts) et un unique show sur le sol US. Ce live a été capté en octobre 2016 au pays du Soleil-Levant à l’occasion du festival Loud Park. Les quatre musiciens ont mis de côté les guerres intestines pour proposer une prestation irréprochable. Tout le monde est en place, Pilson rayonne dans les chœurs et épaule Don Dokken empâté mais solide en voix tandis que les solos du maestro Lynch sont parfaitement exécutés. Quant à ‘Wild’ Brown, ce n’est pas un grand showman mais sa frappe est solide. Ce Return To The East regroupe les immortels classiques « Unchain the Night », « Dream Warriors », « Kiss of Death », « Breaking the Chains » et « In My Dreams » sans oublier « Into The Fire ». Au total : 12 morceaux et un bain de jouvence partagé par un public qui ne perd pas une miette de cet instant que chacun sait éphémère. Le DVD bénéficie d'une réalisation sobre mais de qualité, sans fioritures inutiles. En guise de bonus, on trouve un titre inédit (« It’s Another Day ») et deux versions acoustiques (« Heaven Sent », « Will The Sun Rise »). Il s’agit surtout d’un testament musical car il n’y aura malheureusement pas de suite à cette (trop courte) réunion. Jeff Pilson est en effet retourné au sein de Foreigner qui a un planning chargé et George Lynch poursuit ses nombreux projets (Lynch Mob, KXM, Sweet & Lynch). Une reformation fracassante mais finalement…fracassée ! [Ph. Saintes]


    votre commentaire
  •  DON AIREY 

     Le patient anglais

    Don Airey, c’est une carrière exceptionnelle. Son CV est long comme la Tamise (Cozy Powell, Colosseum II, Rainbow, Michael Schenker, Ozzy Osbourne, Gary Moore, Whitesnake…). C’est aussi le gentleman qui officie depuis plus de 15 ans derrière l’orgue Hammond au sein de Deep Purple. Nullement rassasié, le vétéran britannique sort ces jours-ci un cinquième album solo One Of A Kind. Nous l’avons appelé chez lui du côté de Cambridge, peu après le tea-time. Of course ! [Entretien avec Don Airey (claviers) par Philippe Saintes – photos : Jim Rakete et Phil de Fer] 

    Don Airey - Lille 2017

    Don, pour One Of A Kind, tu as travaillé avec de vieux camarades. Cela ressemble plus à un projet de groupe qu’à un effort solo.  

    Tout à fait. J’ai d’ailleurs récemment reçu un e-mail de Laurence Cottle dans lequel il me dit adorer le morceau « Stay The Night » car il y joue un solo de basse. Le concept a démarré pendant un festival en Belgique en 2015. J’avais commencé à écrire un premier morceau, et un ami musicien là-bas, m’a encouragé à enregistrer un album complet. On s’est ensuite réuni pour composer, Simon (McBride, guitare), Carl (Sentance, chant) et moi. Carl a pensé au titre « One Of A Kind » qui a donné son nom à l’album.

    Avez-vous fait des prises « live » ou un gros travail en studio avec de nombreux arrangements et des pistes doublées ? 

    Les musiciens ont enregistré en même temps, dans des pièces différentes. En deux ou trois prises, l’album était en boîte. Carl a bouclé les voix et les harmonies en à peine deux ou trois jours. Les solos de guitare et les parties de Moog ont été enregistrées un peu après. Le travail en studio n’a pris qu’une vingtaine de jours mais  il a fallu deux ans pour trouver des dates qui arrangeaient tout le monde. C’était dès lors excitant d’enregistre rapidement.  

    Tu as aussi pris en charge la production. 

    Oui, c’est moi le producteur. Si tu n’es pas content, tu peux me payer un autre ingénieur du son, mais moi j’en suis très satisfait (il rit). 

    Non, pas de soucis  l’album est très bien comme ça (rires). Il est très riche musicalement parlant. Qu’avais-tu à l’esprit pendant les séances d’enregistrement ? 

    Mon but était vraiment de tirer le meilleur de chacun, surtout de Simon McBride, et bien sûr, de Laurence Cottle (basse) qui a joué sur tous mes albums solos. J’ai voulu donner à ce disque une énergie proche de la musique que l’on produisait avec Rainbow. Il y a aussi une belle interaction entre la guitare et les claviers.  

    Cet album est un hommage à tous les groupes dans lesquels tu as joué. Je pense que les fans de Rainbow, Deep Purple ou Judas Pries l’apprécieront. 

    Cet album est effectivement inscrit dans le classic rock britannique. Il fait partie de mes racines musicales. J’ai adoré travailler avec tous ces excellents groupes.  

    Don Airey

    Le titre « Remember to Call » est-il un hommage à la musique de Gary Moore ? 

    Il en est inspiré, mais le titre n’a rien à voir : c’est un clin d’œil à mon fils qui a longtemps vécu chez nous et qui a acheté une maison pour y vivre avec son épouse après son mariage. C’est pour ça que j’ai appelé le morceau « Remember to Call » (« N’oublie pas de passer un coup de fil »). Cette réminiscence à la musique de Gary Moore réside surtout dans le jeu de Simon qui s’en inspire beaucoup. Je ne pense pas que ça soit une mauvaise chose pour quiconque de s’inspirer du jeu d’un grand artiste. 

    Simon McBride est également irlandais. 

    Exact, et d’ailleurs il vient de Belfast, ils sont vraiment du même coin. Simon tient parfois des propos que Gary aurait tout à fait pu tenir. Il est charmant et j’adore travailler avec lui. 

    Charmant et brillant guitariste avec ça ! Comment l’as-tu rencontré ? 

    J’organise un festival caritatif dans mon village natal tous les deux ans, le « Blues and Soul ». Depuis vingt ans, tous les bénéfices sont reversés à des hôpitaux et des écoles. Je suis ami avec le gestionnaires des exportations et importations pour la marque PRS. Ce dernier m’avait recommandé Simon il y a six ans pour m’accompagner lors de ce festival. Il était excellent et on a gardé le contact. Finalement, j’ai pensé à lui pour ce nouveau projet.  

    « Everytime I See Your Face » est une belle ballade, et la performance de Carl est exceptionnelle. 

    C’est un morceau pour lequel j’étais très inquiet. Je me demandais si la musique n’était pas un peu hors contexte pour un groupe de rock. Carl a demandé de commencer l’enregistrement de l’album par ce morceau, et j’ai dit ‘OK, je vais nous acheter des sandwiches pendant que tu enregistres' , et quand je suis revenu, il avait terminé (rires) ! En une ou deux prises, Mr. Speed (rapide) avait fini. 

    « All Out of Line  » et  « Stay the Night  » ont beaucoup de groove.  

    « Stay the Night » vient en fait d’une excellente idée de Jon (Finnigan, batterie) pendant l’improvisation d’une partie rythmique jouée avec Carl et moi-même. Je ne savais pas vraiment comment la faire rentrer dans cet album mais je suis content d’y être parvenu car c’est un des meilleurs morceaux de l’album. 

    Il y a quelques influences de musiques orientales dans le morceau « Victim of Pain ». 

    Tout à fait, l’univers musical arabe s’est toujours bien marié au rock, surtout la partie proche du metal. Après réflexion, je dirais que c’est mon titre préféré. J’en suis particulièrement fier. 

    « Running Free » est quant à lui un très beau morceau de piano ambiant. 

    Ce morceau m’est venu très spontanément. J’ai décidé de l’intégrer à l’album après avoir terminé deux morceaux difficiles, je pense que c’était « Victim of Pain » et « Children of the Sun ». Comme on avait encore une autre chanson difficile à enregistrer, je me suis dit : ‘tu ne peux pas infliger ça au groupe’. Je me suis alors rappelé d’un riff mis de côté et j’y ai ajouté une intro. L’arrangement a été très rapide. Simon et Jon ont inséré des sons de maracas, ce qui donne une cadence intéressante au morceau. 

    « Lost Boys » est quant à lui un morceau de rock progressif. 

    J’ai composé ce morceau avec Carl et ce fut l’un des premiers à être mixé. J’ai été agréablement surpris en écoutant la version finale. « Lost Boys » donne toujours bien en concert. 

    Malgré une sonorité metal prog, cet album reste accessible pour le grand public. 

    Oui, je pense qu’il y a quelques jolies mélodies. C’est ce qui manque à beaucoup de morceaux de rock progressif actuellement. On a essayé d’avoir une partie accrocheuse par morceau et de rendre le style plus simple. Comme dirait Jimi Hendrix, il n’y a rien de mal à écouter les chansons du juke-box !  

    Don Airey - Lille 2017(2)

    La tournée s’est clôturée avant même la sortie de l’album. Etrange, non ?  

    Normalement, One Of A Kind devait être publié en mars et cette tournée devait le promouvoir mais la sortie a été retardée en raison d’un changement de pochette et du remix. On a tout de même décidé de maintenir la tournée. Nous avons interprété « Lost Boys » ainsi que « Victim Of Pain » et « All Out Of Line » durant la tournée européenne. Comme nous étions un peu lassés de notre répertoire, nous avons décidé de jouer ces nouveaux morceaux. Le public était sous le choc (rires) mais ça s’est très bien passé. 

    Lors des tournées avec Deep Purple, tu joues une chanson traditionnelle dans chaque ville. A Lille, l’an dernier, tu as interprété  "Le P’tit Quinquin". Le public était en feu… Quand trouves-tu le temps d’apprendre ces musiques ? 

    Avant chaque concert, je demande à un membre de l’équipe technique de me fredonner une chanson représentative du folklore local. Ensuite, je mets les notes de musique sur une partition et s’il y a un clavier dans la loge, je l’interprète devant le technicien du coin pour qu’il puisse me dire si ce que je joue est correct. J’ai une immense collection de chansons populaires à la maison, je pense avoir stocké 700 fichiers au total depuis mon arrivée dans Deep Purple . 

    Connais-tu une chanson populaire belge ? 

     J’en connais plusieurs, mais je ne pense pas que je pourrais t’en chanter une comme ça sur le vif . 

    À propos de la Belgique, vous descendez presque systématiquement dans le même hôtel à Bruxelles et il n’est pas rare de vous voir dans un bar cubain de cette même ville, où des quidams peuvent vous aborder  

    C’est pour cela qu’on a choisi cet hôtel. On adore ce bar, surtout Ian Paice. On y passe toujours un très bon moment. Il y a toujours d’excellents groupes là-bas… 

    Un café ou un bar est-il pour vous un lieu de choix pour vous détendre après un concert ? 

    Absolument. En général, rentrer d’un concert est un peu comme rentrer du boulot : c’est étrange d’aller directement se coucher en rentrant. Donc s’il y a un bon café pas loin, comme ce bar cubain, ça fait toujours plaisir d’y boire quelques bières avant d’aller dormir. On se sent un peu plus humain. 

    L’album éponyme du groupe Whitesnake (1987) a soufflé ses trente bougies. As-tu un souvenir précis des sessions d’enregistrement ? 

    Je me souviens d’avoir pris l’avion à Londres-Vancouver pour aller enregistrer avec le groupe, mais l’appareil a fait demi-tour en plein milieu de l’Atlantique car un des moteurs avait pris feu. C’était un peu flippant. Tous les  passagers se sont retrouvés dans un hôtel de Londres et le lendemain, un autre avion a décollé pour Vancouver. J’étais assis à côté d’un gars qui m’a dit : ‘Au moins, aucun moteur ne fume cette fois-ci.’ Il avait vu qu’un moteur dégageait de la fumée au moment du décollage la veille. Je lui ai demandé pourquoi il ne l’avait pas signalé aux hôtesses de l’air, et il m’a répondu laconiquement : ‘Parce que je pensais que c’était normal’ (rires). Je suis resté de quatre à cinq jours à Vancouver. David Coverdale avait malheureusement une extinction de voix et tout était entre les mains de John Sykes, dont le jeu de guitare était électrifiant ! L’ingénieur du son, Mike Stone, était excellent. J’ai d’ailleurs travaillé plusieurs fois avec lui. C’était une bonne session d’enregistrement. Dès mon retour, ma femme m’a dit : ‘les contractions me donnent envie de pousser’. Je l’ai aussitôt emmenée à l’hôpital et ma fille est née. C’est un sacré souvenir ! 

    Il paraît que tu collectionnes les vinyles des années ‘50 et ‘60. 

    Tout à fait, je m’intéresse principalement aux albums de jazz de Jimmy Smith, Bill Adams et Charlie Parker, mes premières inspirations. 

    Tu es aussi un fan du cosmos et de l’astronomie ! 

    Oui  

    Mars : c'est pour quand le grand départ ? 

    J’y jouerais bien en concert, mais je ne pense pas que la technologie le permettra de mon vivant. (rires). 

    Quelles sont tes activités en dehors des tournées ? Faire du jardinage, regarder la télévision, aller voir un match de foot… ? 

    Je suis un grand fan de football, oui. 

    De l’équipe des Sunderland, n’est-ce pas ? 

    C’est ça. Cette saison n’est pas des meilleures, mais j’apprécie toujours d’aller voir l’équipe et la soutenir. J’aime bien jardiner aussi, je marche beaucoup et puis j’ai aussi quatre petits-enfants maintenant, et je leur consacre beaucoup de temps. 

     

    Deep Purple 2017

     

    On dit jamais deux sans trois. Quand comptez-vous retravailler avec Bob Ezrin pour l’ultime album de Deep Purple ? 

    Je suis le claviériste, personne ne me tient au courant (rires). Le temps nous dira ce qu’il en est. Je sais que Bob est très impatient de créer un nouvel album, et il a déjà plusieurs idées pour le différencier de Now What ?! et Infinite. Bob a fait du très bon travail. Le groupe a beaucoup d’estime pour lui. 

    Est-il en quelque sorte le sixième membre de Deep Purple ? 

    On pourrait dire ça, oui. Il a toujours quelque chose à dire et ce qu’il dit est toujours pertinent. S’il a envie de créer un nouvel album, c’est qu’il y a une bonne raison. 

    Et quel est ton prochain projet personnel ? 

    Je suis en train de travailler sur un album qui contiendra des instruments à cordes et peut-être du violon. Ce  projet prend forme et devrait aboutir à l’automne prochain. 

    Pour conclure cette interview, je vous propose de jouer au portrait chinois. Si tu étais un livre, lequel serais-tu ? 

    Madame Bovary, de Gustav Flaubert.

    Si tu étais un sportif connu ? 

    Kevin De Bruyne.

    Qui gagnera la coupe du monde de Russie cette année, la Belgique ou l’Angleterre ? 

    Je n’y ai pas vraiment réfléchi. J’ai vu l’Angleterre jouer l’autre soir et j’ai été surpris par leur niveau ! Évidemment, la Belgique a ses chances. L’Italie ou l’Allemagne pourraient aussi gagner, car ces équipes sont douées pour saisir les opportunités qui leur sont offertes. 

    L’Italie ne participera pas cette année… 

    Oh oui c’est vrai, elle a été éliminée ! 

    Dernière question. Tu as joué avec les meilleurs guitaristes de la scène hard rock. Pourrais-tu décrire Gary Moore et Michael Schenker par le biais d’une anecdote ? 

    J’en ai une pour Gary ! Lorsqu’on était en studio pour l’album Back on the Streets, il a fait huit prises pour un solo. Chacune d’entre-elle était phénoménale. L’ingénieur du son Chris Andrew, nous a proposé de venir les écouter pour sélectionner la meilleure. Une fois le choix opéré, j’ai proposé à Gary de doubler la piste. Il  s’est assis et a reproduit instantanément le solo. Il se souvenait à la perfection des huit prises. J’étais vraiment scotché. 

    Pour Michael Schenker ? 

    Ce qui m’a le plus marqué chez lui, c’est ce regard farouche qu’il me jetait lorsque je jouais en boucle un de ses riffs et que je finissais par trouver une suite. Ses yeux disaient ‘Mais comment t’as fait ?’ Je pense que je l’énervais un peu, ce qui est toujours bien avec un guitariste (rires). 

    Je te remercie pour ta gentillesse durant cette interview. Tu es un vrai gentleman ! 

    Je te remercie aussi : j’ai fait plusieurs interviews par téléphone récemment, et certaines étaient vraiment désagréables, à cause des questions lourdes de certains journalistes. Toutes tes questions étaient pertinentes, et ça fait vraiment plaisir. 

    Merci Don. Si tu passes par la Belgique, avec ton groupe ou avec Deep Purple, passe un coup de fil ! 

    Je n’y manquerai pas ! 

     Don Airey : One Of A Kind

    DON AIREY 

    « One Of A Kind » 

    earMUSIC 

    Don Airey a réuni au Headline Music Studio, dans le comté du Cambridgeshire, quelques pointures du rock : le chanteur Carl Sentance (Krokus, Nazareth) à la voix chaude et hyper-émotionnelle, le nouveau prodige irlandais de la six-cordes Simon McBride (Snakecharmer, Sweet Savage), le fidèle bassiste Laurence Cottle (Clapton, Sting) et le batteur Jon Finnigan (Gang Of Four). On peut reconnaître que la diversité dont cet album fait preuve est un atout majeur. Don et ses camarades de jeu peuvent aussi bien nous servir un rock punchy (« Respect ») que de longues plages d’atmosphère (« Running Free ») ou encore des envolées bluesy (« Remeber To Call, « Want You So Bad »). « Everytime I See Your Face » est une ballade aux harmonies envoûtantes et sereines. Sur « Children Of The Sun » la guitare et les claviers se succèdent, se rejoignent et se chassent dans une ambiance et un son devenu culte. L’épique « Victim Of Pain » jongle entre metal et consonance orientale/arabisante. Sur l’hymne progressif « Lost Boys » les riffs de guitare font encore mouche. Enfin les lignes de basse sur « All Out Of Line » et surtout « Stay The Night » sont groovy à souhait. Ce petit bijou mérite d’être entendu et ce n’est certainement pas de l’indulgence bienveillante. [Ph. Saintes] 

     


    votre commentaire
  •  The Dead Daisies 

     Rock dur, rock pur, rock fort

    Les musiciens des Dead Daisies ne sont pas nés de la dernière pluie. Avec leur 4è album studio, Burn It Down, le quintet US attaque de plein fouet le printemps 2018. C’est un déluge de décibels et de riffs électriques qui s’abat sur nos tympans. Grâce à ces irréductibles, le vent du rock’n’roll n’a pas fini de souffler, comme en témoignent ces propos. Entretien avec Doug Aldrich (guitare) par Philippe Saintes – photos : DR]

    Doug Aldrich

    © Phil de Fer 2018

    Burn It Down se démarque de vos précédents disques en composition comme en production. Qu’est ce qui pour vous, prononce cette différence ?

    Ce quatrième album on l'a voulu différent avec des sons plus 70s  et des riffs bien rock’n’roll. C’est notre ami producteur Marti Frederiksen qui nous rapproché de ce hard rock traditionnel. Nous avons écrit 25 chansons en dix jours à New-York. Marti a écouté le tout et effectué la sélection. Nous avons ensuite enregistré les backing tracks dans son studio à Nashville. Nous avions besoin de sang neuf, d’énergie nouvelle, d’excitation….Des titres comme « Set Me Free », « Burn It Down » ou « Judgement Day » apportent une couleur différente.

    Quel est ton titre préféré de l’album ?

    Probablement « Set Me Free » qui est une ballade mais surtout un morceau de blues avec une touche hendrixienne dans le solo joué à la moitié du morceau. J‘adore aussi le refrain et la mélodie. C’est une très belle chanson. Ensuite, je placerai « Burn It Down » qui possède le style et le son des années 70. La plupart de nos groupes favoris sont issus de ces années.

    Votre reprise métal de « Bitch » des Rolling Stones est une réussite…

    Au départ on l’a fait pour le fun et finalement nous en avons fait un morceau des Dead Daisies avec un riff plus heavy.  Les reprises feront toujours parties de la setlist. Elles apportent une certaine fraîcheur à nos concerts. 

    J’imagine que tu as contribué à faire entrer dans le groupe ton compère Deen Castronovo (ex-Journey, Revolution Saints) après le départ de Brian Tichy ?

    Brian a été honnête, il nous a informé qu’il n’était pas certain de pouvoir remplir toutes ses obligations en 2018. C’est un batteur très demandé. Deen étant l’un de mes meilleurs amis, j’ai logiquement pensé à lui pour remplacer au pied levé Brian. Les autres membres ont été enchantés par cette idée. Ce fut le bon choix ! Je suis heureux pour Deen car il a traversé une période difficile dans sa vie (problèmes avec la justice en 2015). Il a perdu sa place au sein de Journey, cependant il a pu compter sur mon soutien et celui de Jack (Blades, bassiste des Revolution Saints) pour résoudre ses problèmes. Il a payé cher certaines erreurs mais il a grandi en tant que personne ! Sur le plan musical, Deen a apporté plus de groove aux chansons. C’est un atout pour nous de l’avoir sur scène car en plus d'être un fabuleux batteur c’est un excellent chanteur.

    Peut-on tirer une comparaison entre ta collaboration avec David et celle avec Reb Beech du temps de Whitesnake ?

    Ces sont deux profils différents. Dans Whitesnake on jouait l’un contre l’autre, à la demande de David Coverdale. David Lowy et moi sommes complémentaires pour fonctionner en duo. Cela s’entend d’ailleurs sur l’album Live And Louder. Le style de David est  simple, direct et brut. Le mien est davantage « poli ». Parfois sur scène nous jouons le même riff mais bien souvent nous alternons ce qui permet d’avoir deux sonorités bien distinctes. C’est aussi plus amusant.  Bun It Down véhicule d’ailleurs cette impression. On entend parfaitement le son des deux guitares.

    "Le groupe est devenu plus stable aujourd’hui. On a un excellent line-up tant sur le plan humain que musical."

     Dead Daisiesphoto promo 2018

    Vois-tu une perspective à long terme pour The Dead Daisises ?

    A chaque jour suffit sa peine !  Si tu penses trop à l'avenir tu ne peux pas réussir complètement ce que tu entreprends dans le présent. Evidemment, chaque fois que j’intègre un projet je souhaite qu’il rencontre le succès et à chaque fois je vis des choses intenses, comme actuellement avec les Dead Daisies. Cette formation a un énorme potentiel mais la vie est imprévisible. J’ai toujours pris les choses au jour le jour. Je considère que cette attitude est la plus réaliste.

    Il y a toutefois eu divers changements depuis que le collectif s’est mis en place en 2013.

    Effectivement mais le groupe est devenu plus stable aujourd’hui. On a un excellent line-up tant sur le plan humain que musical. J’inclus Brian dans cette remarque. Et puis, c’est vraiment incroyable d'avoir à présent Deen avec nous. C’est un groupe fort, solide et soudé. Les Dead Daisies vont  déchirer sur la tournée.

    Vous avez l’habitude de rencontrer gratuitement vos fans après chaque concert. Que penses-tu des artistes qui chargent entre mille et deux mille dollars pour des M&G ?

    Si des personnes sont prêtes à dépenser de telles sommes alors ce n’est pas un soucis, je crois. Les grands groupes doivent financer le personnel technique et un équipement très coûteux pendant de longs mois lors de tournées marathons dans des grands lieux de spectacle. Tout cela a un prix j’imagine. Je ne veux pas juger. Les Dead Daisies ne font pas payer les Meet & Greet. Nous devons toutefois limiter le temps de la séance de dédicace car nous n’avons pas toujours la possibilité de rester deux heures supplémentaires après un concert mais c’est une chance de pouvoir échanger des impressions et discuter avec les personnes qui ont payé pour vous voir jouer et qui achètent vos albums. Des fans sont là à plusieurs concerts. Ils viennent du monde entier. Certains sont d’ailleurs devenus des amis proches.

    As-tu écouté Viva La Rock, l’album solo de Marco Mendoza ?

    Absolument. C’est un excellent album de hard-rock avec un gros son et des mélodies accrocheuses. Marco a une magnifique voix et il voulait vraiment réaliser son propre disque. On va peut-être jouer quelques titres de cet album bien que Marco tourne actuellement avec ses musiciens en Europe. Il n’a donc plus besoin de nous pour en faire la promotion (rires).

    Tu as accompagné Glenn Hughes sur scène en 2016. Aimerais-tu retravailler avec lui ?

    Absolument. Jouer avec cet artiste a été du pur bonheur. Glenn est quelqu’un d’exceptionnel. L’un des plus grands chanteurs de sa génération. Je l’ai appelé il y a quelques jours et on a longuement parlé du dernier album des Black Country Communion. Glenn est infatigable. Il est actuellement en tournée avec le Classic live Deep Purple. C’est un show exceptionnel, que je recommande. J’espère évidemment travailler à nouveau avec lui mais ce n’est pas pour tout de suite au vu de nos programmes respectifs. 

    Dans son autobiographie, Michael Sweet a écrit qu tu avais auditionné pour Stryper en 1983. Est-ce exact ?

    Non, je ne sais pas pourquoi il a déclaré cela. C’est probablement lié au fait qu l’on tournait dans les mêmes petits clubs à l’époque. J’étais alors le guitariste de la formation Fighter. Le groupe de Michael et Robert Sweet ne s’appelait pas encore Stryper mais Roxx Regime.  Ce sont d’excellents amis. J’adore ce qu’ils font. 

    Dead Daisies promo 2018

    L’hiver dernier tu as enregistré un titre (« It Might Be This Christmas ») pour les victimes du feu en Californie, avec le chanteur Keith St. John. A quand un nouvel album de Burning Rain ?

    Des personnes ont tout perdu dans les incendies apocalyptiques qui ont ravagé l’état en 2017. Nous avons modestement tenté d’apporter une éclaircie dans la vie de ces gens. Pour répondre à ta question, le nouvel album est prêt. Je suis très content du résultat. C’est probablement le meilleur disque de Burning Rain et c’est pour ça qu’on est impatient. Une fois que la tournée des Dead Daisies sera clôturée, j’aurais plus de temps pour le promouvoir. J’espère qu’il sortira cette année.

    Je te propose de terminer l’interview avec le portrait chinois …. 

    Si tu étais un livre ? All Quiet On The Western Front (Tout est calme sur le front Ouest), pour la symbolique du titre. Je vis en Californie, dans l’Ouest des Etats-Unis, depuis plus de 35 ans maintenant et je suis quelqu’un de calme et posé, sauf quand j’ai une guitare dans les mains (rires).

    Une émission ou une série télé ? (Il rit). Les Real Housewives de Beverly Hill, une émission familiale très amusante. J’adore l’esprit seventies de cette télé-réalité.

    Un sportif ? Nick Foles, le quarterback des Eagles de Philadelphie.

    Quel a été ton premier concert ? Les Beach Boys. 

    Et ton premier disque vinyle ? Led Zeppelin II acheté en 1972.

      Dead Daisies cover Burn It Down

    THE DEAD DAISIES

    Burn It Down 

    Spitfire Music / SPV

    Burn It Down est un disque où l’influence penche clairement du côté de Black Sabbath et d’Aerosmith période ’70s. Il se situe un cran au-dessus de l’album précédent « Make Sone Moise » (2016) mais n’atteint pas la diversité de Revolución (2015). Comme si les idées s’étaient raréfiées après un effort de créativité intense. Il faut dire qu’entre temps le line-up a pas mal changé, que Doug Aldrich est retourné en studio avec les Revolutions Saints et que Marco Mendoza s’est offert une petite promenade solo. On trouve néanmoins ici des moments savoureux. Ainsi «  Resurrected » est un fracas sonore, le titre générique est soutenu par une basse vénéneuse et des colonnes de guitares alors que « Judgement Day », enregistré en une seule prise, est probablement le titre le plus subtil grâce à son mélange électrique-acoustique.  Mention très bien aussi pour « Set Me Free » une ballade blues sur laquelle Doug Aldrich tient une place prépondérante avec  une touche hendrixienne dans le solo. Enfin « Dead And Gone » devrait faire un malheur sur scène. En conclusion, Burn It Down est un disque tonique qui ne manquera pas de satisfaire les fans des Dead Daisies ! [Ph. Saintes] 

     


    votre commentaire
  • Notre interview de Ian Hill publiée dans un numéro hors-série du magazine Metal Obs : http://www.metalobs.com/wp-content/uploads/2016/04/Hors-Se%CC%81rie-Judas-Priest.pdf


    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires