• LAST IN LINE : l'interview de Vivian Campbell

     LAST IN LINE

     Engagé et engageant

    Après le succès de leur premier album Heavy Crown, nombreux sont ceux qui attendent avec impatience ce second disque des anciens membres de Dio. Que les amateurs se rassurent, Last In Line  propose douze morceaux saignants dont la qualité est à la mesure du talent des quatre musiciens. [Entretien avec Vivian Campbell (guitare) par Philippe Saintes  - photos : Jim Wright]

    Last In Line - II

    Viv, comment va ta santé ?

    Chaque jour qui passe est un cadeau. Je suis heureux de pouvoir jouer dans deux groupes fantastiques comme Def Leppard et Last In Line. Ce sont mes deux poumons. Je suis emballé par la sortie du nouvel album de Last In Line. Nous avons donné notre 1er concert le 17 janvier aux Etats-Unis. J'ai toujours l'énergie suffisante pour me produire sur scène et faire ce merveilleux métier.

    Le décès de Jimmy Bain (68 ans) début 2016 a été brutal. Last In Line a néanmoins souhaité poursuivre son parcours musical avec Phil Soussan. Comment définirais-tu leur façon de jouer? 

    Jimmy et Phil ont la même sensibilité. Ils ont évolué dans le même registre. Phil a en effet accompagné Ozzy Osbourne à l’époque où Jimmy, Vinny Appice et moi jouions avec Ronnie James Dio. Techniquement, le jeu de Jimmy était simple et carré. Phil est plus créatif. Son style ressemble davantage à celui de Geezer Butler (Black Sabbath) ou de John Entwistle (The Who). On a eu deux ans pour bien connaître la façon de jouer de Phil avant d’entrer en studio. Il s’est parfaitement intégré au sein du groupe. 

    Savais-tu que Phil avait aussi tourné avec la star française Johnny Halliday (1995-1996) ?

    Oui, il m’en a parlé. Il a été très affecté par la disparition de Johnny. Nous étions en tournée lorsque la nouvelle est tombée. Phil parle parfaitement le français. Il a même de la famille dans l’Hexagone. Celle-ci est d’ailleurs venue nous voir en concert à Paris, il y a deux ans. Ce n’est donc pas une surprise s’il a été recruté par Johnny Halliday. Ce dernier s’est toujours bien entouré.  

    Andrew Freeman met le feu sur cet album. On peut dire que c’est une bonne pioche !

    C’est un chanteur qui a du coffre, ce qui est un critère indispensable pour faire partie de Last In Line car il y a beaucoup d’énergie sur scène. On joue très fort et le chanteur doit répondre à cette dynamique. Andrew s’est imposé de façon magistrale. Il apporte quelque chose de frais et de différent dans son interprétation. Il a réussi à donner une couleur très personnelle à Last In Line. Cette évolution se ressent sur ce deuxième opus.

    Quant à ton vieux complice Vinny Appice (batterie), il développe toujours un style puissant, sans fioriture. 

    J’ai eu la chance de côtoyer plusieurs batteurs exceptionnels au cours de ma carrière comme Rick Allen (Def Leppard), Tommy Aldridge (Whitesnake) ou Terry Bozio mais Vinny est unique. Personne ne frappe aussi fort que lui. Il ne joue jamais deux fois de la même façon. Je ne sais jamais à quoi m’attendre en concert. C’est pour cela que j’aime jouer avec lui. Il me pousse à me dépasser car sa vitalité est communicative. C’est un type exigeant mais incroyablement drôle et chaleureux. 

    Andrew Freeman

    On retrouve à la production, Jeff Pilson (Dokken, Foreigner) qui était déjà là sur Heavy Crown. C’est en quelque sorte le 5è élément du groupe.

    Jeff est très important pour nous. Ces compétences techniques sont impressionnantes et c’est quelqu’un  avec qui il est très facile de s’entendre. Il nous a surtout aidé à finaliser les arrangements des morceaux. Le programme de chacun était très serré, Jeff avec Foreigner, Andrew avec Devil’s Hand et moi avec Def Leppard. Nous n’avons travaillé ensemble que pendant quelques jours. L’idéal aurait été de passer 4 ou 5 semaines en studio tous ensemble mais cela n’a pas été possible. Il y a eu beaucoup d’aller et venue. Je suis étonné par la cohérence et la solidité de l’album compte tenu du processus d’enregistrement. On peut remercier Jeff pour cela. 

    Last In Line a passé un cap. Ce qui fut autrefois une « jam » informelle dans un studio de répétition de Los Angeles en 2011 est devenu un groupe à part entière.

    Effectivement. On s’est lancé dans ce projet un an après le décès de Ronnie. Nous jouions essentiellement des morceaux de Dio au début. Last In Line (Note : titre du 2è album de Dio) était le nom le plus approprié pour le groupe mais celui-ci n’a jamais été une copie de la formation originale. On a d'ailleurs voulu montrer cette nouvelle identité sonore dès le premier disque Heavy Crown. Cette émancipation se poursuit avec II. Toutefois, le groupe continuera à interpréter des titres des trois premiers albums de Dio en concert. Je me rappelle que sur la tournée Holy Diver nous avions intégré dans la setlist des morceaux de Black Sabbath et de Rainbow, formation dont Ronnie fut le chanteur. C’est bien connu le passé hante le présent et conditionne l'avenir.

    Parlons des compositions. II est tissé de texte profond sur le monde actuel et sur ses dangers.

    L’album est très sombre dans son ensemble. Il parle de la vie d’aujourd’hui. Nous traversons une période compliquée politiquement, sociologiquement et écologiquement. Nous évoquons simplement ce que vous voyez aux actualités.  Andrew est le parolier de « Year Of The Gun ». Il vit à Las Vegas, où s’est déroulé la fusillade la plus meurtrière de l’histoire des Etats-Unis, pendant un festival de musique (1er octobre 2017). Nous avons été affectés par cette tragédie. Andrew n’a pas l’habitude d’écrire des chansons fades ou mielleuses. Je pense qu’il a une perception assez négative de l’humanité et cela se comprend quand on voit qu’un idiot occupe le bureau présidentiel à la Maison-Blanche. Aujourd'hui, la question est au moins autant de comprendre comment on en est arrivé là que de savoir comment en sortir, et au plus vite. Je ne suis pas Américain mais j’ai passé la plus grande partie de ma vie dans ce pays. Et si je n’ai pas écrit les paroles de l’album, j’avais une vision sonore. J’ai voulu faire ressentir dans la musique mes propres doutes et les choses qui  me heurtent avec une note d’espoir néanmoins. En fait, je suis plus optimiste qu’Andrew (rires). 

    Tu évoques la situation aux Etats-Unis mais en Angleterre, le Brexit, ce n’est pas mal non plus.

    Tu as entièrement raison. Il y a aussi la Hongrie, l’Italie ou la Pologne, des pays touchés par la vague du populisme. Les gens se positionnent de plus en plus à droite et votent pour des leaders qui jouent sur la haine, sur les peurs avec des discours anti-migrants. Nous devons construire des ponts et pas des murs. Il faut plus de compassion entre les individus quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent. 

    Sur la vidéo de Lanslide on peut découvrir ta nouvelle guitare fabriquée par le Gibson Custom Shop, l’as-tu aussi employée sur ce disque ?

    Elle apparaît sur 20 à 25% de l’album seulement car je travaillais encore sur le prototype pendant l’enregistrement. Ce n’est qu’à la fin des séances que j’ai pu jouer sur la version définitive. Mais pour le reste, j’ai joué sur ma Les Paul période « Dio », la n°72987537 qui va bientôt être recréée par Epiphone.  Je me suis également servi d’une Strat pour les overdubs.

    Viv Campbell - Last In Line II

    Vous êtes est actuellement en tournée aux States. Tu rejoindras ensuite Def Leppard pour les festivals du printemps et de l’été en Europe. Pouvons-nous espérer voir Last In Line en Europe avant la fin de l’année ?

    Nous nous produirons au Download festival le même jour que Def Leppard, sur la scène principale. Ce sera une journée chargée pour moi (il rit). Auparavant, Last In Line se produira dans un club de Londres. Pour le reste de l’Europe, il faudra sans doute patienter jusqu’à l’automne.

    Def Leppard a clôturé en décembre sa tournée Hysteria au Royaume-Uni et en Irlande. Quelle est ta chanson préférée de cet album paru en août 1987.

    Sans hésitation, « Gods Of War » car c’est le morceau le plus rock de cet album. J’apprécie surtout sa complexité. J’adore jouer les riffs et aussi le solo ce qui est un extra pour moi car comme tu le sais, je dois surtout me cantonner dans un rôle de guitariste rythmique dans Def Leppard. Sinon, je prends aussi beaucoup de plaisir à interpréter en concert « Two Late For Love », un morceau sur lequel mon prédécesseur Steve Clarck jouait de la lead. Chaque fois que nous ajoutons une chanson à la setlist je suis emballé  parce que Def Leppard se doit de jouer les chansons que les fans veulent en concert : « Animal », « Hysteria », « Pour Some Sugar On Me », « Photograph » ou « Rock Of Ages ». C’est devenu une routine. Dès lors, jouer des titres plus obscurs est excitant pour nous tous.

    « Les gens se positionnent de plus en plus à droite et votent pour des leaders qui jouent sur la haine, sur les peurs avec des discours anti-migrants. Nous devons construire des ponts et pas des murs. » 

    L’éponyme Def Leppard, votre dernier album remonte à 2015. Comptez-vous enregistrer de nouvelles chansons ?

    J’ai enregistré quelques idées. Nous travaillons individuellement pour l’instant même si Sav, Joe et Phil se sont retrouvés pour composer quelques morceaux ensemble. Je pense que le groupe devrait se rendre à Dublin pour enregistrer un nouveau disque mais ce ne sera pas avant 2020. Ce n’est là qu’une pure spéculation de ma part.

     Last In Line - Viv Campbell

     

    Quand sortira le box-set Rock Of Ages II qui couvrira ta période au sein des "Léopards" ?

    Je ne peux pas te répondre. Je suis généralement le dernier averti des projets de Def Leppard.

    Brian May devrait introniser Def Leppard, lors de la 34è cérémonie du Rock’n’Roll Hall Of Fame, le 29 mars prochain. Est-ce que tu as vu le biopic Bohemian Rhapsody ?

    Oui, j’ai vu le film. Rami Malek est exceptionnel  dans le rôle de Freddy Mercury. Il s’est approprié à la perfection sa gestuel. Le résultat est bluffant ! Beaucoup de personnes m’ont dit que Bohemian Rhapsody ne respectait pas la chronologie des évènements mais ces libertés scénaristiques ou anachronismes qui jalonnent ce long-métrage ne m’ont pas choqué. Je pense que c’est une belle réussite cinématographique.

    J’ai lu que le regretté Phil Lynott t’avait invité chez lui à Londres pour travailler sur les démos de ce qui aurait dû être son troisième album solo. Que sont devenues ces maquettes ?

    Je n’en sais rien mais j’espère qu’elles ont été détruites. J’ai rejoins Phil sept mois avant son décès. Il était alors complètement accroc à l’alcool et les drogues dures. Je ne comprenais absolument pas ce qu’il me disait tellement il était usé mentalement. C’est triste à dire car il était un héros pour moi. J’étais vraiment mal à l’aise. Je l’adorais et le respectais mais là, il avait totalement sombré dans la déchéance. Phil tentait de m’expliquer ce qu’il voulait que je joue mais cela n’avait ni queue ni tête et lorsque je lui demandais de répéter, sa réponse était tout à fait incompréhensible. C’était embarrassant. Musicalement, je me rappelle que Phil avait davantage besoin d’un guitariste comme Mark Knopfler qui a joué sur son dernier album solo. Te souviens-tu de la chanson « King’s Call » ? On entend le son cristallin d’une Fender branchée sur un twin reverb alors que je préfère le mariage Gibson-Marshall (rires). J’ai conservé un très mauvais souvenir de cette collaboration éphémère.

    Phil Lynott aurait eu 70 ans en 2019. On parle d’une reformation de Thin Lizzy pour l’occasion. Pourrais-tu y participer ?

    J’en doute car personne ne m’a contacté mais j’aimerais le faire bien sûr. Thin Lizzy fait partie de mon héritage. Même si mon apparition dans le groupe n’a duré que quelques mois, elle m’a permis de me reconnecter à ma véritable passion, qui est de jouer de la guitare rock. Elle est même à l’origine du projet Last In Line. J’ai retrouvé le même désir qu’à l’époque où je jouais avec Dio au début de ma carrière. Lizzy a énormément compté pour moi. Alors oui, si on me le proposait, j’accepterais avec grand plaisir !

    Retrouvez cet article dans Classic Obs' Mag

     Last In Line - II cover

    LAST IN LINE

    II

    Frontiers Records 

    Last In Line est une deuxième vie pour Vivian Campbell  et ses camarades. Lorsqu’il peut s’échapper de la cage dorée des léopards, celui que ses amis surnomment « Viv » sort les crocs. Le guitariste délivre riffs et solos de guitare « badass » (écoutez donc « Give Up The Ghost » et « False Flag » !). Cette fois encore l’Irlandais a ressorti sa vieille Les Paul, celle-là même qui a irradié les trois premiers disques de Dio. « Cette guitare a un côté émotionnel pour moi. Elle m’accompagne aussi en tournée », nous a-t-il confié. Le groove de batterie nerveux et haletant de Vinny Appice et la ligne de basse solide de Phil Soussan donnent également un cachet indéniable à un disque qui en a sous le pied niveau production. Et puis, il y a la voix unique et grave d’Andrew Freeman qui balise des chansons à la fois denses et bouillantes. Ni chichi, ni paillettes, le hard-rock de la formation américano-britannique est profondément vivant et humain. Chaque incursion sonique possède sa propre personnalité. Avec des morceaux véloces comme « Landslide », « Year Of The Gun » et « Black Out The Sun », le groupe continuera à donner sans problème des concerts qui hérissent la crinière. [Ph. Saintes] 

    Site web : http://www.lastinlineofficial.com/

     


  • Commentaires

    1
    Lundi 25 Mars à 07:13

    thank you so much for the information

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