• L.A. GUNS : interview de Phil Lewis

     L.A. GUNS

    Gros calibres

     Vétéran de la scène du Sunset Strip, L.A. Guns était devenu un groupe à deux têtes. D’un côté la formation « officielle » menée par Phil Lewis et de l’autre, son alter ego dirigé par Tracii Guns (fondateur et guitariste). Une situation qui a débouché sur une certaine confusion, même auprès des fans. Quinze ans après leur séparation, les deux musiciens ont fini par enterrer la hache de guerre. Une réconciliation à défaut d’une vraie reformation mais  une attitude rock and roll. [Entretien avec Phil Lewis (chant) par Philippe Saintes – photos : Dustin Jack]

    L.A Guns - promo shoot 2017
     

    On est ravi de vous voir de nouveau réunis. Comment s’est fait le rapprochement avec Tracii Guns ? 

    C’est à l’occasion d’un événement caritatif à Las Vegas au profit d’enfants défavorisés, que nos chemins se sont croisés à nouveau. On ne s’était plus vu ni parlé depuis 15 ans. J'ai reçu un coup de téléphone du  promoteur de l’événement pour m’annoncer que mon ancien acolyte allait participer à ce concert-charité. Il m’a demandé si j’étais intéressé de jouer deux ou trois chansons avec Tracii, pour la bonne cause. Comme je résidais à Las Vegas, je n’avais aucune excuse. J’étais plutôt anxieux, car nous n’étions pas en très bons termes. Toutefois, les retrouvailles ont été cordiales. On a juste parlé de la soirée et des personnes qui allaient y prendre part. Sur scène, ce fut magique ! J’ai senti que l’alchimie était à nouveau là quand nous avons joué ces quelques morceaux…. On était là tous les deux, heureux de pouvoir récolter de l’argent pour des enfants. L’idée d’une reformation n’a même pas été effleurée. La semaine suivante, j’ai invité Tracii à un concert Unplugged. L’ambiance était détendue. Il m’a fait entendre quelques chansons de son nouvel album et m’a proposé de venir chanter sur quelques titres. C’était le début de notre seconde lune de miel (rires).

    Quelle a été ton implication dans cet album ? 

    Le projet remonte à 2015. Traci travaillait déjà sur ce disque depuis un an, lorsque je suis monté à bord. Il a été très impliqué dans le processus de composition et le son de The Missing Peace. Tout le mérite lui revient ! Une fois les pistes enregistrées, j’ai pris l’avion pour me rendre dans le studio du producteur Mitch Davis, à New-York. On a mis quatre jours à enregistrer les voix. Mitch m’a poussé dans mes derniers retranchements. Grâce à lui, il en est ressorti des émotions incroyables. Je n’ai jamais aussi bien chanté. 

    Tu es originaire de Londres, comment as-tu rejoint la bande de L.A., en 1985 ? 

    Tracii était fan de mon premier groupe Girl, qui a connu un certain succès en Angleterre (1980-1982). Je connaissais déjà à cette époque le manager de L.A Guns, Alan Johns. Tracii n’était pas très heureux avec son premier chanteur (Mars Black) en raison de son addiction pour les substances illégales. Par l’intermédiaire d’Alan, il m’a invité à le rejoindre à Los Angeles. Il tenait à ce que je devienne le nouveau frontman de L.A. Guns. Je suis parti dès le lendemain avec 200 dollars en poche et un sèche-cheveux, pour devenir une rockstar à L.A. (il rit). A Londres, il pleuvait depuis trente jours et je suis arrivé dans une ville où il y a 330 jours de soleil par an. C’était vraiment le paradis. Mon meilleur souvenir d’artiste ? Ma première tournée dans un van avec le groupe. J’ai alors découvert les Etats-Unis, d’Hollywood à Phénix en passant par Las Vegas, avec une bande de potes. Ce fut une aventure fantastique, inoubliable.  

    Qu'est-ce qui a changé aujourd'hui? 

    D’une certaine manière les années ’80 me manquent mais d’un autre côté, je ne regrette pas les interférences des maisons de disque, des managers ou des publicitaires. Nous étions devenus une machine à fric avec un tas de gens autour de nous pour nous ‘conseiller’. Nous n’avons pas su nous prémunir des aspects néfastes de ce milieu et la formation d’origine s’est scindée. La musique était devenue la propriété d’une industrie sans âme. Aujourd’hui, le groupe s’exprime librement et The Missing Peace est sans doute notre meilleur album. 

    Qu'attends-tu justement de celui-ci ?

    On sait que l’on ne vendra pas un million de copies comme Cocked and Loaded (1989) mais ce n’est pas le but. L.A. Guns n’est pas un groupe « fashion », la mode ne nous intéresse pas. Ce serait stupide de ma part de vouloir ressembler à Liam Gallagher (Oasis). Au niveau créatif, la collaboration avec Tracii me procure beaucoup de satisfaction. C’est juste génial de pouvoir faire un nouvel album ensemble.

    "Notre but était de régénérer le son rock des années '80 et de le transposer subtilement à l’époque actuelle."

    Tracii Guns & Phil Lewis 2017

     

    Steve Riley (batteur), qui a été un membre important de L.A. Guns ne figure pas sur The Missing Peace, pourquoi ?

    Tracii avait déjà un batteur, Gavin Purcell et un bassiste, Johnny Martin. Les textes étaient écrits et la musique déjà enregistrée, il n’y avait donc plus de place pour Steve sur cet album. Du groupe d’origine, nous avons invité Kelli Nickels (basse) et Mick Cripps (guitare) mais nos arguments n'ont guère provoqué d'enthousiasme chez eux, contrairement à Michael Grant, qui a joué auparavant dans ma version de L.A Guns. Ce surdoué de la six-cordes est le plus jeune membre du gang, et il apporte un véritable vent de fraîcheur. Tracii et Michael prennent vraiment du plaisir lors des démonstrations de guitare sur scène. Ce sont deux virtuoses.

    On imagine que vous allez opter pour une tournée européenne (novembre 2017) en forme de best-of. Comptez-vous aussi intégrer des chansons du nouvel album dans la setlist ? 

    « Speed » qui est le premier single, bien sûr. On vient d’ajouter la très belle ballade « The Flood Is The Fault Of The Rain » et je pense que « Sticky Fingers » sera le prochain titre de l’album à être transposé sur scène.

    Quel a été ton premier concert ?

    Black Sabbath et Uriah Heep au Royal Albert Hall de Londres, en 1973. J’en ai gardé un très bon souvenir.

    Et le premier album que tu as acheté ?

    J’ai assisté à Hyde Park à un festival gratuit avec notamment Grand Funk Railroad et Humble Pie. La prestation d’Humble Pie m’ayant impressionné, j’ai acheté leur premier disque en même temps qu’un vinyle de Ten Years After.

    Pour conclure, pourquoi nos lecteurs doivent-ils absolument acheter The Missing Peace ?

    L.A. Guns est un groupe catalogué 80s. Notre but était de régénérer le son rock des ces années et de le transposer subtilement à l’époque actuelle. Je pense que nous y sommes arrivés avec The Missing Peace. 

     

    L.A. GUNS : The Missing Peace cover

     L.A. GUNS

    The Missing Peace

    Frontiers / Harmonia Mundi 

    Guitares en bandoulières,  les Californiens (sans Steve Riley) repartent à l’assaut, bien décidés à remonter dans le peloton de tête du heavy Metal. La musique de L.A. Guns est une mixture de Led Zeppelin, Bon Jovi et des Sex Pistols mais le groupe parvient à conserver une certaine originalité. « It’s All The Same To Me » démarre l’album dans un nuage de poussière. Phil Lewis et Tracii Guns s’éclatent dans un heavy rock’n’roll sentant bon la sueur et le souffre. Ecoutez ces brulôts que sont « A Drop Of Bleach », le bien nommé « Speed » ou les entraînants « The Devil Made Me Do It » et « Baby Gotta Fever » alors que « Don’t Bring A Knife To A Gunfight » rappelle le gosier de Billy Idol. Les douze compositions sont très carrées et déboulent à une cadence d’un Colt 45. Lewis chante avec ses tripes. Les guitares ne sont pas en reste et, viennent zébrer de notes incandescentes ce hard rock qui a la valeur d’une grosse bouffée d’air pur. Energique, le groupe s’adonne aussi à des mélodies chatoyantes (« Christine », « The Missing Peace » ou la ballade à la Lynyrd Skynyrd « The Flood Is The Fault Of The Rain ») avec cette fois des guitares mélodieuses et sensuelles. Attention, ces fusils-là ne sont pas de vulgaires pistolets à eau ! [Ph. Saintes]   


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