• Interview Ace Frehley

      ACE FREHLEY

     2014 : l’odyssée de l’esp…Ace


    Les envahisseurs: ces êtres étranges venus d'une autre planète. Leur destination: la Terre. Leur but : en faire leur univers. David Vincent n’est pas le seul à les avoir vu. Ace Frehley, alias le Spaceman, aussi y croit dur comme fer. Consacré au Rock N’ Roll Hall of Fame, en avril dernier, l’ancien soliste de Kiss revient à l’avant plan avec un solide skeud histoire de démonter à tous qu’il s’est définitivement débarrassé de ses vieux « démons ». Amis terriens, méfiez-vous, l’invasion ne viendra peut-être pas de mars ! [Entretien avec Ace Frehley (Chant, guitare) par Philipe Saintes - Photos : DR ]

      

    Ace 2014


    Ace, quelle différence vois-tu entre  Space Invader et ton effort solo précédent Anomaly sorti en 2009 ?


    Mes fans ont trouvé que le jeu de guitare sur Anomaly n’était pas assez heavy. J’ai réécouté plusieurs fois mon album solo de ’78, avec lequel j’ai rencontré un très grand succès. A l’époque, j’avais tellement de chose à prouver à tout le monde. J’ai essayé d’intégrer des éléments de ce disque devenu culte sur Space Invader. Celui-ci est plus puissant et plus spontané qu’Anomaly. J’espère en tout cas avoir répondu à l’attente du public. Quand je suis impliqué dans un processus de création musicale, j'écoute toujours ce que j'ai déjà composé auparavant pour avoir une base de référence. Au-delà de cet aspect technique, j'ai toujours eu l'intime conviction que l'on ne devrait réaliser uniquement que des albums que l'on voudrait soi-même acheter, que l'on prendrait soi-même un immense plaisir à écouter.


    Tu as fait appel à de nouveaux musiciens pour ce disque.


    Jusqu’à présent Anton Fig figurait sur tous mes albums solos. Cette fois, j’ai invité Matt Starr (Mr. Big, Burning Rain), un musicien décidé et volontaire. Nous avons joué comme un bloc, du moins, pour les prises de batterie et les basic tracks de basse et de guitare, à Turlock, en Californie, à quatre heures de route au nord de Los Angeles. J’adore vraiment cet endroit. Turlock est une communauté agricole. Un de mes amis a construit un studio d’enregistrement là-bas. J’ai visité l’endroit l’été dernier et j’ai vraiment été impressionné. C’est le lieu idéal pour travailler, sans être distrait. Je m’y sentais débordant de créativité. Pour revenir à ta question, Chris Wyse (The Cult) joue de la basse sur deux morceaux « What Every Girl Wants » et « Starship ». Chris  et Scot Coogan (Matt Starr vient de rejoindre Mr. Big) m’accompagneront sur scène. Je cherche actuellement un guitariste rythmique pour compléter le line-up de la tournée. 


    Ce qui m’a le plus impressionné à l’écoute de ce dernier album, c’est ta voix, que le temps qui passe n’a pas altéré.


    Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, je ne fais pas d'exercice pour améliorer ma voix. Je ne m’exerce pas non plus à la guitare. La dernière fois que je suis monté sur scène, c’était en avril dernier à la House of Blues de LA, lors d’un concert hommage à John Entwistle et Keith Moon des Who. A part cela, je n’ai plus tourné depuis au moins 2 ans. Je suis moi-même étonné par la texture de voix sur Space Invader qui est pratiquement la même que sur le 1er album.  


    L’intro de la chanson « Immortal Pleasures » commence avec un extrait du film Forbidden Planet (Planète interdite), un vieux film des années ‘50. Un clin d’œil à ta passion pour la science-fiction.


    C’est vrai (rires). Je cherchai un truc entraînant pour débuter ce morceau car je n’étais pas satisfait de mon intro de guitare. J’ai opté pour un peu de fantaisie tout en me faisant plaisir. Forbidden Planet est l’un de mes films de science-fiction préférés. L’intro est vraiment fabuleuse. Sur « Starship » on peut entendre une conversation piratée d’un astronaute de la mission Apollo et le centre de contrôle de la NASA. J’ai découvert ce son sur YouTube et je l’ai immédiatement envoyé à Warren Huart qui était en train de terminer le mixage de l’album.  

      

    Tu reprends la chanson « The Joker » du Steve Miler Band sur l’album. Elle semble avoir été écrite pour toi ?


    C’est vrai, je suis une sorte de joker (littéralement : farceur), le boute-en-train de Kiss (rires).  Au départ, l’idée est venue de ma maison de disque. Je trouvais que cette chanson n’était pas assez heavy pour l’album mais je me suis souvenu de l’enregistrement de New-Yok Groove sur mon premier LP, qui était également un morceau à part. J ’ai maquetté rapidement une version du « Joker » à la maison avec une boîte à rythme avant de retravailler le morceau en studio avec Matt. J’ai changé quelques paroles et le morceau sonne beaucoup plus rock que la version originale.


     Ace Frehley 2014

     

    As-tu composé cet album seul ?


    Rachael Gordon ma fiancée a co-écrit deux chansons, « Change » et « Immortal Pleasures ». J’ai écrit « Gimme A Feelin » avec mon assistant John Ostrosky (Note : co-auteur de l’autobiographie de Ace No Regrets). Enfin, un vieil ami de New-York, Chris Cassone a collaboré avec moi sur « Past The Milky Way ». J’ai écrit le matériel en quelques semaines à l’exception de « Starship » qui date de 2004. J’ai longtemps travaillé sur ce morceau pour en arriver à la version qui figure aujourd’hui sur l’album. .


    La pochette de l’album, signée Ken Kelly, c’est un cadeau aux fans de la première heure de Kiss.


    Je suis resté en contact régulier avec Ken. L’idée de lui confier la réalisation d’une pochette germait depuis plusieurs années dans mon esprit. Lorsque j’ai trouvé le titre Space Invader, la 1ère chose à laquelle j’ai pensé est mon personnage sortant d’un vaisseau spatial. Faire appel à Ken devenait un choix évident. Je lui ai envoyé une ébauche réalisée avec photoshop. Une ne semaine plus tard, il m’a appelé pour me dire que le dessin était terminé. Ken a illustré à merveille la thématique de l’album.  


    Avec des chansons comme « Space Invader », « Past The Milky Way » et « Starship », tu entretiens le mythe du « Spaceman ». Es-tu réellement fasciné par les extraterrestres ?


    Absolument. Je suis entièrement convaincu que des extraterrestres ont visité la planète terre au cours des siècles et ont eu des relations sexuelles avec des humaines. C’est ce qui a permis de faire avancer la civilisation plus rapidement. Ma conclusion est que la vie arrive continuellement sur Terre depuis l'espace.


    Et sur notre bonne vieille terre, quels sont tes projets ?


    J’espère débuter la tournée prochainement aux Etats-Unis. J’ai reçu des propositions d’Australie et d’Europe. Je n’ai plus joué en France depuis des lustres. J’espère vraiment pouvoir donner quelques concerts chez-vous. Et puis, j’ai commencé à écrire un deuxième livre, qui contiendra de nombreuses anecdotes de tournées. Je n’ai pas eu le temps de les ajouter dans le premier en raison de la deadline imposée par l’éditeur. L’année prochaine, j’envisage de sortir un album entièrement composé de reprises avec des potes : Slash (Guns N’ Roses), Mike McCready (Pearl Jam), Lita Ford et d’autres dont je communiquerai prochainement les noms. Je compte aussi inviter Gene Simmons. Depuis la cérémonie de Rock N’Roll Hall Of Fame à New-York, nous nous sommes passés trois au quatre coups de fils. Nous avons certes quelques différents mais il ne faut pas toujours prendre au sérieux tous les propos venimeux postés sur internet.


    A propose du Rock N’ Roll Hall of Fame, qui a récompensé cette année le line-up d’origine de Kiss, tu es le seul membre à avoir répondu aux journalistes présents, à l’issue de l’intronisation. Ce rôle de « porte-parole » était une décision  collective ?


    Non, en fait après la séance photos qui à suivi, Gene avait vraiment l’envie de rester mais Paul (Stanley) lui a jeté un regard qui sous entendait « sortons d’ici ». Paul n’avait pas envie de répondre aux médias car il était fâché avec les organisateurs. Je me suis alors retourné et j’ai constaté que Peter (Criss) s’était lui aussi éclipsé. La presse semblait plus s’intéresser à moi ce soir-là (rires). J’ai passé un très bon moment et j’ai savouré cette belle récompense. 

     

    Ace Frehley 2014 (2)


     

    As-tu lu les autobiographies de Paul et Peter ?


    J’ai parcouru le livre de Paul. On y trouve des choses intéressantes et d’autres plus étonnantes. Il donne l’impression d’être le seul responsable du succès de Kiss (rires). Ce qui me dérange le plus c’est sa façon de rabaisser Peter Criss. Je trouve cela dommage. L’ouvrage de Peter est plus cru que le mien sur les questions relatives aux dépendances. 


    L’Allemagne a gagné la Coupe du Monde de football, en juillet. Tu dois être content si l’on se réfère à tes origines.


    Ah, j’aime regarder le football. J’apprécie de plus en plus ce sport. Lorsque je tourne en Europe, il n’y a pas de baseball ou de football américain à la télé. Je me suis donc laissé aller à regarder des matches de soccer. Je trouve ce sport  vraiment spectaculaire et distrayant. J’ai suivi quelques matches de la Coupe du Monde mais pas la finale. Quel est le score final ?

    Allemagne – Argentine : 1-0

    Fantastique !


    N’as-tu jamais songé à reformer le Frehley’s Comet avec Tod Howarth et John Regan ?


    Non. Je ne sais pas d'où sortent ces rumeurs, mais cela ne m’a jamais traversé l’esprit. C’est du passé pour moi. (°)


    (°) Tod Howarth nous a confirmé que Ace avait été approché indirectement pour une reformation du groupe à l'occasion du 25è anniversaire de la sortie de l'album Frehley's Comet. Ace qui préparait son nouvel album, a décliné l'invitation de anciens camarades.

     

    Tod et John ont un nouveau groupe aujourd’hui. Ils interprètent même des chansons du Comet en concert. Tu en penses quoi ?

     

     

    Tod et John ont un nouveau groupe aujourd’hui. Ils interprètent même des chansons du Comet en concert. Tu en penses quoi ?

     

    Je n’étais pas au courant. Quel est le nom du groupe ?

     - Four By Fate. Tes anciens comparses ont enregistré une nouvelle version de « Breakout » pour un album caritatif A World Without Heroes. Tu peux entendre cette version sur You Tube.

     - Cool ! Je vais aller voir ça.

     

    D’après une source sur internet, tu aurais produit la 1ère démo de Wasp en 1982, pendant que Kiss enregistrait Creatures of The Night . Vrai ou faux ?


    Totalement faux !


    Envisages-tu de sortir un jour un coffret avec des titres rares et inédits, qui n'ont pas trouvé leur place sur un album. Je pense à des chansons comme « I Got The Touch », « Wired Up » ou  « Back Into My Arms ». 


    Je ne sais pas. C’est possible. Pour l’instant je me focalise sur l’album suivant. J’ai dans une armoire près de 200 enregistrements. Certains titres n’ont jamais été entendus. Il me faut cependant transférer ces casettes et bandes audios sur un 24 pistes puis les numériser. C’est un fameux travail. Mon prochain album doit sortir fin de l’année prochaine ou début 2016. Le box-set sera probablement l’étape suivante.


     Ace et Phil de Fer

    © Phil de Fer 

     

    Tu as récemment déclaré que les premiers albums de Kiss n’étaient plus compétitifs au niveau du son en tenant compte des techniques modernes. Ne penses-tu pas qu’ils devraient ressortir dans une version sonore améliorée ?


    C’est une idée intéressante. J’aimerais vraiment remasteriser nos trois premiers albums avec de la réverbe numérique et d’autres effets pour leur donner une nouvelle jeunesse. Je suis certain de pouvoir faire un boulot formidable mais je ne pense pas que Kiss m’autorise à le faire (rires).


    Que penses-tu du remastering de Destroyer (Destroyer Resurrected) réalisé par Bob Ezrin ?


    Je n’ai pas écouté cette édition remixée. Peux-tu m’en dire plus ?

     - L’album est sorti il y a deux ans avec la pochette qui était prévue à l’origine en ’76. Bob a surtout retrouvé dans les bandes originales, une version de « Sweet Pain » avec ton solo de guitare.

     - Tu en penses quoi ?

     - C’est un bon solo, différent de celui de Dick Wagner.

     - Tu sais pourquoi ils ont utilisé celui de Dick sur le disque ? Il voulait tout simplement me donner une leçon parce que j’avais quitté une séance d’enregistrement. C’était une réaction puérile de leur part. 


    Es-tu plutôt optimiste ou pessimiste en ce qui concerne le futur de l'industrie musicale, et plus largement en ce qui concerne le futur d'une musique grâce à laquelle les artistes peuvent subsister ?

      

    J’ai grandi à l’époque du disque vinyle. J’ai ensuite vu l’arrivée des cartouches huit pistes, des casettes, du CD et et enfin le téléchargement. Je préfère toujours le support physique. Au bout du compte, en tant qu'artiste, je pense qu'il est essentiel de s'adapter aux formats de diffusion, c'est inévitable. Tout est bon tant que je peux vendre ma musique (rires). Je suis heureux du nouveau boom du vinyle. Nous allons sortir Space Invader en disque, un double album avec trois titres sur chaque face. L'artwork est magnifique ! Je pense que la version vinyle va bien se vendre.

     

     

    Ta relation avec ta fille, Monique, est très fusionnel. Elle chante notamment sur « A Little Below the Angels », un titre d’Anomaly. Que fait-elle aujourd’hui ?

      

    C’est amusant que tu m’en parles car je l'ai appelée il y a une heure. Elle habite et travaille à Los Angeles. Je réside pour l’instant à San Diego mais Rachel et moi comptons déménager à LA prochainement. Monique est ravie de cette décision.

     


    Tu as été intronisé au Rock N’ Roll Hall of Fame et réalisé un nouvel album. On peut dire que Ace Frehley est un homme heureux en 2014 ?


    Je suis satisfait pour des tas de raisons. Ma carrière connaît un nouveau bond en avant, sur le plan sentimental, la vie est merveilleuse et je n’ai plus touché à une goutte d’alcool depuis 7 ans. Oui, je suis heureux d’être Ace Frehley aujourd’hui.


    Merci, Ace. Je suis convaincu que Space Invader va faire un carton.

     

    Merci, Philippe !

     

     

    Ace Frehley - Space Invader

     

    ACE FREHLEY

     Space Invader

     Hard-Rock

     Steamhammer / SPV


    Un rapide coup d’œil sur la pochette et l’on sent déjà que ce bon vieux Ace a envie de faire plaisir aux plus ardents fans de Kiss. Ce multi-instrumentiste accompli (il chante, assure les backing-vocaux, joue de la guitare, de la basse et produit l’album) va au-delà de la simple démonstration, il « communique » avec sincérité. Le titre autobiographique « Change », co-écrit avec son amie Rachael Gordon, témoigne de la positive métamorphose du fils de l’Espace. L’ancien compagnon de route de Paul Stanley et Gene Simmons, possède un sens inné de la mélodie qui se superpose à merveille sur des rythmiques sèches et des refrains entraînants (« Space Invader, « Toys »). Quelques réminiscences des temps héroïques (« I Wanna Hold You », « What Every Girl Wants ») côtoient des compositions plus surprenantes dont le complexe et hypnotique « Into The Vortex » porté par une basse Fender Précision tandis que la Gibson Les Paul glapit sur « Gimme A Feelin’ », teigneux à souhait. On notera également une reprise fumante de « The Joker » du Steve Miller Band. Enfin, l’instrumental « Starship » vient calmer l’atmosphère bouillonnante de cet album. Frehley a commis plus d’une bêtise dans sa vie mais un Ace qui ne titille plus de la bibine, pique là où il faut. [Ph. Saintes]


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