• ANGEL : l'interview

    ANGEL 

     Le retour de l’Art Rock

     

    Figure marquante du label Casablanca dans les années ’70, Angel a été un entertainment band à l’américaine comme Kiss, son partenaire d’écurie dont il fut le vivant contraire. Dans le magazine Best n°112 (novembre 1977), le journaliste Hervé Picart décrivait la formation de Washington DC en ces termes élogieux : « l’archange blanc joue avec la foudre et pratique l’incendie comme un des Beaux-Arts. » Après 20 années de sevrage discographique, les fans d’Angel vont pouvoir se gaver jusqu’à plus soif avec Risen, un 7è album studio qui compte pas moins de 17 titres. Le groupe se produisait pour la toute première fois en Belgique, à l’occasion du Golden Age Rock Festival, à Liège. Nous avons rencontré à cette occasion les deux membres historiques, Frank DiMino (chant) et Punky Meadows (guitare solo) ainsi que leur nouveau complice Danny Farrow (guitare rythmique). [Interview par Philippe Saintes – photos : Phil de Fer]

      

     Angel band 2019

     

    Ce retour était très attendu et espéré par vos fans. Votre nouvel album porte un titre de circonstance, Risen (Résurrection). Pourquoi avoir redonné vie à Angel ?

    Punky : Angel n’a jamais officiellement arrêté. Il y a eu plusieurs changements de personnel au sein de la formation mais les musiciens d’origine ont continué à travailler ensemble occasionnellement et nous sommes restés d’excellents camarades. C’est le business qui a mis notre carrière en veilleuse quand Casablanca Records a été repris par Polygram en 1980. Nous étions tellement désabusés et fatigués par l’industrie musicale, que nous n’avons même pas réclamé les droits de nos chansons. Alors que le sort du groupe était en suspens, on nous demandait tout le temps si on allait se reformer un jour. A vrai dire, les choses se sont faites naturellement. Tout est parti du disque de Frank en 2016 (Old Habits Die Hard), puis de mon album solo (Fallen Angel) l’année suivante. Nous avons chacun joué sur le disque de l’autre. Ensuite, nous sommes partis en tournée avec mon groupe. L’accueil fantastique du public a été le détonateur de la nouvelle vie d’Angel. De là, on a signé avec une maison de disques qui a pignon sur rue, Cleopatra Records, en l’occurrence. La suite logique est ce nouvel album Risen qui sortira le 1er novembre. Il contient seize titres passionnants et une nouvelle version de « Tower », chanson emblématique du premier Lp.

    Frank : Risen est un album varié et divertissant.  Tu as un concentré de notre univers : le hard rock et une musique esthétique, avec un son moderne et une nouvelle énergie. On a toujours joué sur les contrastes. Si tu écoutes  « Stick Like A Glue » et « Under Suspicious » sur l’album White Hot, il y a un abîme, les ambiances sont totalement différentes. Nous avons gardé la même diversité sur Risen.

    Punky : Angel a changé de musique de nombreuses fois parce que nous sommes avant tout des musiciens éclectiques. Sur Risen, il y a des morceaux profonds et d’autres plus fun. Avec certains artistes, tu as l’impression que toutes les chansons sonnent pareilles. Ce n’est pas notre cas. Nous n’avons jamais recherché la facilité.  Frank, Danny et moi avons travaillé très dur même si on n’était pas toujours dans la même pièce. Il ne nous a pas été possible d’enregistrer ensemble en studio car nous sommes trop éloignés les uns des autres géographiquement. On se voyait de temps en temps pour des échanges puis on rentrait à la maison et on s’envoyait la matière par email. Travailler à distance n’a pas empêché la complicité.

     

    Le morceau « 1975 » est-il un clin d’œil à la période dorée du groupe ?

    Punky : Absolument. 1975 est un excellent millésime. David Bowie, Kiss, Aerosmith, Queen ont connu la consécration et Angel sortait son premier opus. Les disques de cette année mémorable vieillissent bien et s'écoutent toujours autant. « 1975 » parle de notre envie de grimper dans la machine à remonter le temps.                                                                                                                                                  Danny : La choriste que l'on entend sur la chanson s'appelle Amy Anderson.

    Les fans de la première heure sont restés fidèles. Pensez-vous que votre public s’est élargi à de nouvelles générations ?

    Punky : Angel a toujours eu pour but de toucher plusieurs générations. Les personnes qui viennent à nos concerts ont grandi avec nous mais il y a aussi des jeunes de 15-16 ans qui trouvent que la musique du groupe est intemporelle. C’est agréable d’avoir des gens qui découvrent aujourd’hui nos premiers albums. 

    Angel - Punky Meadows

    On ne trouve plus que deux membres fondateurs dans le groupe aujourd’hui. Pouvez-vous nous présenter les nouveaux ?

    Danny : Je m’appelle Danny Farrow et je suis le guitariste rythmique. J’ai co-écrit et co-produit l’album solo de  Punky. Steve E. Ojane (Initial Kick) est notre bassiste. Billy « The Beast » Orrico est à la batterie et est connu pour sa participation au tribute band Queen Extravaganza. Enfin, Charly Calv qui a fondé Shotgun Symphony est aux claviers. Il joue également sur le disque de Punky.

    Les autres musiciens du line-up classique (Felix Robinson, Barry Brandt et Gregg Giuffria) ne se sont pas montrés intéressés par ce come-back ?

     

    Frank : Félix n’était pas disponible pour participer à la tournée mondiale. Je suis régulièrement en contact avec Barry  mail il connaît des soucis de santé. Il n’est pas impossible que ce dernier nous rejoigne bien que cela ne soit pas à l’ordre du jour. Nous avons surtout envie d’aller de l’avant avec le line-up actuel.

    Punky : Steve, Bill, Charly et Danny sont incroyablement forts. Ils ont très vite trouvé leur place. Ce groupe est vraiment soudé. Je suis fier d’en faire partie. 

     

    Sur scène, vous avez gardé vos « peintures de guerre », les fameux costumes immaculés…

    En effet. Les personnes qui se rendent à un concert d’Angel veulent voir les costumes blancs et le logo lisible dans les deux sens (à l’endroit et à l’envers). La tournée sur la Côte Est aux Etats-Unis, a déclenché une vague d’enthousiasme. Je conserve également sur scène le micro blanc que j’avais utilisé lors de notre première tournée en 1975.

    Sur la pochette de White Hot, vos personnages (Note : cinq anges martyrs de la Terreur) sont immortalisés devant la cathédrale Notre Dame de Paris qui a été ravagée par les flammes plutôt cette année.

    Punky : Oui, c’est intéressant quand tu écoutes les paroles de Tower : Just A Light from a Tower, Burning on from dusk to dawn (Juste une lumière qui s’élève de la Tour, brûlant du crépuscule à l’aube…). Nous avons eu une sorte de vision prémonitoire. C’est triste bien sûr ! Notre Dame exerce une fascination et une attraction universelle. Nous étions en tournée et j’ai entendu l’information à la radio alors que je me trouvais dans ma voiture. La situation empirait d’heure en heure. J’ai été profondément ému en voyant les images terribles de la Flèche entrain de  s’effondrer. J’ai toujours du mal à comprendre l’origine de cet incendie. 

    Casablanca a déployé les grands moyens en finançant l’une des créations musicales les plus spectaculaires. C’était David Copperfield à la sauce hard rock.

    Frank : Le show était gigantesque en effet. Un logo de douze pieds (+/- 4m) représentant l’archange Gabriel s’élevait dans les airs au son de la musique de Ben-Hur, ouvrait les yeux et s’adressait à la foule (Note : la voix de l’acteur Marvin Miller). Des tours transparentes se matérialisaient puis s’illuminaient laissant apparaître à l’intérieur chacun des membres du groupe. Les illusions étaient bluffantes. A la fin du concert, nous devions nous diriger vers la pochette de l’album installée sur une plateforme qui montait avant de se désintégrer dans un déluge d’artifices, donnant l’illusion que le groupe s’était évaporé. Rien n’était improvisé, nous devions être synchro. Pour cela, nous avons intensément travaillé avec des illusionnistes d’Hollywood. La console digitale que Gregg Giuffria utilisait pour quitter son blockhaus de claviers était aussi quelque chose d’inédit. Il existe malheureusement très peu d’archives sur les premières années du groupe. A l’époque les caméras étaient énormes et tu ne pouvais pas entrer dans une salle de spectacle comme on le fait aujourd’hui avec un smartphone. Même les appareils photos étaient interdits. Ils étaient  retirés lors de la fouille à l'entrée ou dans la salle. Il y a bien quelques images 8mm filmées par des fans qui circulent mais pas vraiment de documents officiels si ce n’est quelques émissions télés. Je sais que Casablanca a enregistré notre show à Cleveland mais personne ne sait où sont passées les bandes. Après ce concert, nous sommes rentrés à Los Angeles pour réaliser des prises de vue dans un studio d’enregistrement pour le film Angel At Midnight mais une fois encore les vidéos sont introuvables.

    ANGEL : DiMino et Farrow

    Le groupe a reçu des critiques positives de la part de la presse spécialisée dans le monde entier, vous avez obtenu le prix très convoité de meilleur groupe de l’année 1976, les salles étaient bondées aux Etats-Unis et pourtant, vous n’avez jamais eu le succès que vous méritiez en terme de vente d’albums faute de passage en radio.

    Frank : Le destin nous a malheureusement pas toujours été favorable. Aujourd’hui encore, je m’interroge sur les raisons de ce rendez-vous manqué. Nous avons tout fait pour nous rapprocher au plus près du soleil du succès. Nous avons évolué d’un rock progressif et sans concession vers un univers plus proche du sacro saint hit parade, sans doute à cause de la pression mise sur nos épaules par notre label, mais je n’ai aucun regret sur le travail accompli durant les six premières années. Si je devais remonter le temps, je ne changerais rien. On a vécu des montagnes russes émotionnelles avec ce tremplin, et l’aboutissement fut au-delà de tout ce que l’on pouvait espérer. Angel a changé notre vie. Le groupe s’est investi à 100% aussi bien dans les répétitions, la composition, le travail en studio, le light-show. Cela reste une aventure inoubliable. L’absence de soutien des radios ne nous a tout simplement pas permis de nous faire une place sous les projecteurs. Nous étions sur un jeune label indépendant qui était surtout lié à la scène disco avec des  artistes comme Donna Summer ou Village People. Aucun groupe de Casablanca Records n’était diffusé sur les chaînes « rock » ni mentionné par les magazines comme Rolling Stones. Seul Creem, un journal musical mensuel moins prestigieux mais surtout moins prétentieux, nous a accordé plusieurs pages.

    Punky : Il n’y avait pas non plus de place pour la musique progressive sur les radios. Fleetwood Mac et Peter Frampton dominaient les ondes avec un rock grand public. Nous n’avons jamais basé nos chansons sur des tubes mais bien sur des albums à l‘instar de Led Zeppelin ou de Kiss qui a dû attendre la ballade « Beth » (1976) pour que les airplays lui soient enfin accordés ainsi que les unes des magazines.

    Frank : Le Web a institué de nouvelles pratiques d’écoute de la musique qui ne passe plus obligatoirement par les radios. Les réseaux sociaux sont devenus des médias de masse. Nous n’avions pas la même accessibilité à l’époque.

     

    Le grand public n’a pas acheté vos albums dans les années ’70 mais Angel est aujourd’hui devenu un groupe culte auprès de la presse et des musiciens.

    Frank : Pour un groupe connu de son vivant, il y a toujours un passage dans un purgatoire et, lorsqu’il est redécouvert, on utilise effectivement le mot culte. La mythologie autour d’Angel et notre attitude scénique ont contribué à cette légende.

    Avez-vous été approché par les producteurs du biopic Spinning Gold qui retrace la carrière de Neil Bogart, le patron de Casablanca ?

    Punky : Non ! Nous ne savons pas si le groupe figure dans le script. Le fils de Bogart a dit avoir acquis les droits d’utilisation de plusieurs grands succès de Kiss, Donna Summer, Village People et Parliament (Note : le groupe de George Clinton) mais il ne nous a pas contactés.  J’espère qu’au moins une de nos chansons figurera sur la bande-originale. Si l’on considère juste nos ventes, n’importe quelle maison de disques nous aurait probablement jetés ! Mas pas Casablanca. Neil préférait continuer avec nous. Il voulait faire d’Angel une machine aussi puissante que Kiss. C’était son obsession. Travailler avec lui ne fut pas de tout repos mais c’était un visionnaire et une personne drôle et loyale qui savait instaurer un climat familial. Nous avons été très accablés par son décès en 1982.

    Angel - Punky Meadows and Steve Ojane

    Le premier album, l’éponyme Angel sorti en 1975 est un mélange de rock « classique » avec des éléments de rock progressif. Pour la première fois, les claviers, du mellotron aux synthés, ont fait leur entrée dans le monde du métal lourd.

    Notre premier disque peut effectivement être classé dans la catégorie rock progressif. On a composé la majorité des morceaux de l’album dans un local de répétition situé à l’étage du Bogeys, à Washington DC. Nous les avons ensuite joués pour la première fois en public dans ce nightclub. Le travail a été intensif. Angel est sans aucun doute l’enregistrement le plus progressif de notre catalogue. Une chanson comme « Long Time » qui dure plus de sept minutes a été diffusée de façon inattendue à la radio. « Tower » et « Rock and Rollers » sont toutefois les plages dont on est le plus fier, elles nous ont permis de réunir une solide base de fans aux Etats-Unis.

    Helluva Band, votre deuxième opus est déjà plus contrasté avec le délicat « Feelings » et aussi plus agressif avec le bouillonnant « Feelin’ Right ». Ce fut d’ailleurs l’un des meilleurs albums de 1976.

    Frank : Comme nous étions en tournée pour soutenir le premier disque, nous avons passé moins de temps en studio. Helluva Band et donc plus viscéral. Nous avons approfondi les trouvailles sur le morceau symphonique « The Fortune ». On voulait en tirer la quintessence et ainsi montrer qu’Angel c’était du sérieux.  Les autres chansons ont certainement souffert de cette recherche de la perfection.  Nous avons travaillé avec la même équipe que pour le premier album.   

    Pour On Earth As It is In Heaven, Casablance a fait appel au génial Eddie Kramer, le célèbre producteur des Electric Lady studios de New York.

    Frank : Eddie est une légende. Il peut se vanter d'avoir travaillé avec les plus grands, les Beatles, les Rolling Stones, Hendrix, Bowie, Led Zep, Clapton, Kiss… A l’origine nous devions réaliser l’album au Record Plant mais il était déjà pris par Stevie Wonder tandis que le studio mobile était loué au même moment. Gary Kellgren, le patron du studio nous a proposé d’occuper son manoir sur les collines d’Hollywood où s’est déroulé le tournage du film le magicien d’Oz. Chaque instrument a été enregistré dans de conditions particulières. Toutes les pièces étaient truffées de micros. Les bases des morceaux ont été capturées dans le salon d’entrée. Nous avons aussi utilisé une petite salle ronde pour la voix de « Telephone Exchange ». La batterie a été installée dans une cuisine au rez-de-chaussée. La méthode était à la fois amusante et très intéressante. Le mixage de « Sur terre comme au paradis » a été réalisé avec Eddie à New York. En dix-huit mois, nous avions mis en boîte trois albums, ce qui est impensable aujourd’hui. 

    J’ai récemment trouvé sur Internet un bootleg de votre concert à Hiroshima, le 7 février 1977. Cette unique tournée au Japon a été un triomphe.

    Punky : On était des dieux vivants là-bas à l’instar des Beatles, de Kiss ou de Cheap Trick. Les gens voulaient nous toucher, arracher une mèche de cheveux ou un vêtement, tout ce qui pouvait leur servir de reliques. Il existe des photos où l’on voit chaque membre escorté par cinq gardes du corps en train de courir à travers des meutes de fans. La foule était hystérique. Je n’avais jamais connu cela auparavant. Nous avons joué deux soirs à guichets fermés au célèbre Budokan, à Tokyo. Cela reste une expérience fascinante et excitante.   

    White Hot marque un virage vers une musique plus pop, plus à la portée des teenagers.

    Frank : Une véritable Angelmania se propageait chez les 16-17 ans à travers les States et notre fan-club a vu le jour (Angel Earth Force) sur le modèle de la Kiss Army.  Il y a donc eu un peu plus de pression de la part de la maison de disque pour écrire des chansons aguichantes, plus accessibles mais nous n’avons pas pour autant perdu de notre fureur. On est parvenu à glisser dans un morceau deux ou trois mélodies qui accrochent  ou une attaque de solo jouée en harmonie. Sur les deux premiers albums, Punky, Gregg et moi avons écrit la majorité des morceaux. Nous étions les derniers à  arriver au studio ou à sortir des répétitions. L’un apportait le riff, un autre la mélodie et le troisième les paroles. Il y avait une extraordinaire complémentarité entre nous trois. Pour White Hot, nous avons commencé à composer séparément. J’ai écrit « Don’t Leave Me Lonely » avec Barry et  d’autres titres avec Punky. Il n’y avait plus nécessairement la combinaison des trois. Par ailleurs, les ingénieurs qui ont collaboré à cet album, nous ont aidé à pollisser notre son, avec succès je pense.

    Angel - Charly Calv

    « Ain’t Gonna Eat Out My Heart Anymore » la reprise des Young Rascals est d’ailleurs entrée dans le top 50 aux USA tandis que le morceau « The Winter Song » a bien marché en Europe et au Japon…

    Frank : « The Winter Song » s’appelait à l’origine « The Christmas Song ». Cette chanson ne devait pas figurer sur l’album. C’était un titre bonus pour les fans et les stations radios pendant la période de Noël mais les responsables de Casablanca ont adoré la chanson et nous ont demandés de l’inclure sur le disque et d’en faire le titre phare pour des raisons commerciales. Trente-six enfants d’un ensemble vocal de Californie nous ont accompagnés en studio. « Better Days » a été retiré de l’album et s’est retrouvé en face B du 45t. Opposé à cette idée au départ, j’ai finalement accepté de réécrire les paroles et de réenregistrer ma voix. Nous avons joué « The Winter Songs » en direct dans l’émission de Dick Clark « American Banstand » pour notre première télé nationale. La version originale se trouve sur une anthologie. Nous avons aussi donné deux chansons pour la bande-originale du teen movie Foxes (Ça plane, les filles !) en 1980 dont le disco « 21st Century Foxes » qui n’a malheureusement pas eu le couronnement planétaire d’ « I Was Made For Loving You » grâce auquel Kiss connut les ivresses du tube de l’été pleine vague disco quelques mois plus tard.

    Au cours de la tournée Heaven & Hell en 1978 qui a été enregistrée pour le double-album live Without A Net, vous avez été impliqué dans une bagarre homérique au Sport Arena de San Diego, le 7 mai 1978. Que s’est-il passé exactement ?

    Punky : Nous étions en plein milieu du concert et l’ambiance était excellente. Frank a alors demandé au public de se rapprocher de la scène. Aussitôt trois à quatre mille adolescents se sont miss debout. Dans cette salle, les règles étaient strictes. Les spectateurs ne pouvaient pas quitter leur siège. Les membres de la sécurité n’ont pas apprécié et ils ont commencé à malmener tous ceux qui leur tombaient sous la main. En se dirigeant vers le devant de la scène, Frankie s’est rendu compte que les vigiles frappaient violemment les kids. Il a demandé à un garde qui s’en prenait à une gamine de 14 ans, de la laisser tranquille. Le type très énervé lui a montré son index et a voulu attraper le pied de micro. Bang ! Frankie lui a envoyé celui-ci en pleine face. Le type a commencé à saigner et est entré dans une rage folle. Une énorme bagarre a éclaté devant la foule. Steve Brooks, un roadie, s’est jeté dans la fosse. J’ai suivi le mouvement tandis que Felix faisaient tournoyer sa basse au-dessus de sa tête. Barry lui a continué à jouer impassiblement. La lumière s’est rallumée au moment où nous sommes remontés sur scène. Personne n’était blessé. Nous avons eu le temps d’interpréter un dernier morceau avant la fermeture totale du courant mais il y avait toujours de l’adrénaline dans la salle. Le public continuait à siffler les vigiles zélés. Le garde qui nous a provoqués a rameuté plusieurs de ses collègues pour une nouvelle baston. Le groupe et les techniciens se sont regroupés autour de Frankie, puis nous nous sommes dirigés vers les loges, escortés par les membres de The Godz, la formation qui ouvrait nos concerts. Cela ne s’invente pas, les Dieux étaient venus à la rescousse des Anges (rires). Frankie est finalement revenu sur scène et il a demandé aux fans de rentrer calmement chez eux. Les esprits se sont aussitôt calmés. Pour les autres concerts de la tournée, un cordon de sécurité a été mis en place par la police pour contenir la foule.

    Sinful marie parfaitement le rock de Styx avec le hard FM des années ’80. Vous avez ouvert la voie à un nombre considérable de groupes, Poison, Warrant, Winger. Ce fut également votre dernier disque pour Casablanca. 

    Frank : Nous avons effectivement créé un pont entre ces deux décennies. Tous ces groupes que tu cites sont excellents. (rires) Le titre à l’origine devait être Bad Publicity. C’était de l’autodérision car l’artwork montrait le groupe faisant la fête avec des filles mais Neil Bogart s’y est opposé. Toutes les premières éditions ont été retirées de la vente et remplacées par une couverture  plus soft. Sur cette dernière, on voit le groupe en tenue de scène. C’était ça l’image d’Angel pour les responsables de Casablanca et pas celle d’une formation qui picole avec des groupies. Nous avons été déçus par ce manque de liberté artistique. Je pense surtout que ce fut une erreur de stratégie puisque contrairement à nos autre disques, Sinful n’a pas atteint le top 100 US alors que sa pochette originale est très recherchée par les collectionneurs.                                                                                                   Danny : Au moment de la sortie de Sinful, Casablanca était entrain de s’écrouler. Il n’y avait plus d’argent pour la promotion de l’album. Il n’y a eu aucun abattage publicitaire alors que ce disque avait un énorme potentiel. Angel était déjà une étoile montante du hard-rock américain mais il aurait pu hausser encore sa côte. Avec l’avènement du clip  et de MTV, le groupe aurait fait un carton, j’en suis convaincu. Il a malheureusement quitté la scène deux ans trop tôt.

    Angel - Billy Orrico

    Aujourd’hui comment analysez-vous In The Beginning, le premier disque sans le line-up original, sorti en 1999 ?

    Frank : J’ai composé les chansons de In The Begining avec Barry (Brandt). Après la séparation du line-up originel, nous avons continué à travailler ensemble, en studio mais aussi sur scène en compagnie d’un ami commun, le guitariste/claviériste Ritchie Marcello. Nous avons hésité à enregistrer ce disque sous le nom d’Angel. J’ai contacté Punky et les autres pour leur expliquer notre projet et ceux-ci se sont montrés très favorables. Avec le recul, nous n’aurions pas dû présenter In The Begining comme un album d’Angel même si Punky et Félix jouent sur quelques morceaux. Sur le plan personnel, je trouve ce disque intéressant.  

    Que pensez-vous du livre On A Wing And A Prayer With Angel, une sorte de biographie du groupe écrite par un ancien membre, Gordon G.G. Gebert ? 

    Punky : Nous n’avons rien à voir avec ce livre.

    Frank : Gordon fut un membre éphémère d’Angel (Note : claviériste de 1999 à 2002). Nous n’avons ni autorisé, ni participé à cet ouvrage. Je ne peux rien te dire sur son contenu car je ne l’ai pas lu.

    Pour conclure, comment s’annonce le futur d’Angel ?

    Punky : Nous comptons revenir en Europe au printemps 2020. On devrait aussi participer à quelques festivals durant l’été. Au mois de février nous jouerons en Australie, ensuite il y aura quelques dates au Japon. C’est un nouveau chapitre dans l’histoire d’Angel qui commence. Je suppose que l’on avisera ensuite mais j’espère que nous ferons encore un album, et ça ne devrait pas prendre 20 ans cette fois. (Rires)

    ANGEL Risen

     ANGEL

    Risen

    Cleopatra Records

    En tant que groupe de hard-rock esthétique, Angel était clairement en avance sur les autres dans les seventies. Des instrumentistes virtuoses, un chanteur de premier plan, des compositions, tout y était ! Pour ce come-back, le groupe n’a pas joué la carte de la modernité même si la proportion accordée aux claviers est nettement plus modérée que durant la période Greg Giuffria. Hard-rock de grande facture (« Slow Down » peut-être rapproché de Led Zep, l’excellent riff de « Punky’s Couch Blues » fait penser à AC/DC et « Tell Me Why » est tout simplement beatlesque), rock mainstream US (« Under The Gun », « Don’t Want You »), ballade bubblegum (« IOU »), morceau mid-tempo (« Turn Around ») et bien sûr hard progressif (« 1975 », « Revolution » ou « My Sanctuary »), Angel ne réécrit pas les tables de la loi du genre, mais s’applique à les mettre en œuvre pour offrir une musique de qualité bien produite avec un Frank DiMino exceptionnel qui sait donner du feeling à chaque chanson. Le flamboyant Punky Meadows, lui, renoue avec le jeu lourd, hérissé et virtuose de la grande époque. Il  n’est plus l’ange déchu, celui  qui avait raté les marches de l’élysée en refusant le poste laissé vacant par Ace Frehley au sein de Kiss en 1982. Plaisant et indéniablement accrocheur, Risen est le disque parfait pour rattraper le temps perdu ou tout simplement découvrir ce groupe culte. [Ph. Saintes]

      

     

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